Gournay d’Arnouville de, Abel
Biographie
Né de Gournay, Abel, le 7 août 1781 à La Haye-Pesnel (Manche). En septembre 1818, alors qu’il était indiqué dans l’ordonnance royale comme « chevalier de l’ordre royal de la Légion d’honneur, capitaine en second de la compagnie des chasses, commissaire du roi près le premier conseil de guerre permanent de la première division militaire », il fut autorisé à ajouter à son nom celui d’Arnouville et de s’appeler désormais Gournay d’Arnouville. Il lui fut délivré, avec Jourdan, Antoine, demeurant alors 9, rue du Helder, le 10 novembre 1825, un brevet d’invention de dix ans pour un four économique à cuire la chaux, le plâtre et autres matières minérales et pour un moulin destiné à réduire ces matières en poudre. Capitaine de cavalerie en non-activité en 1830, chevalier de la Légion d’honneur, chef de bataillon commandant la garde nationale de Chaville. Le 15 octobre 1830, il faisait parvenir la lettre suivante à la Commission des récompenses nationales, afin de réclamer la décoration pour le bataillon de la garde nationale de Chaville : « Le bataillon de la garde nationale de Chaville, dès le 31 juillet, lorsque les troupes carlistes occupaient encore tout le pays, organisé comme il l’est encore aujourd’hui, marchant sous les mêmes officiers, a poursuivi dès ce dit jour 31 juillet et jours suivants, sur Saint-Cloud, Versailles et Rambouillet les troupes encore nombreuses de Charles X. Dirigé par le colonel Beauvais Poque, aide de camp du général en chef, l’immortel Lafayette, il a fait déloger de Versailles, le 31 juillet au soir, par la panique qu’il leur a causée, douze mille hommes de toutes armes qui s’étaient disposés à y passer la nuit ; et le 3 août au soir, le bataillon avait encore sous les armes, présents au camp sous Rambouillet, deux cents hommes présents qui ont été passés en revue par M. De la Nouais (lire de Lannoy et voir Lannoy Raignault de, Camille, François), élève de l’Ecole polytechnique, l’un de vous, messieurs ; et c’est lui qui leur a distribué des cartouches. Comme le premier bataillon organisé du royaume et pour les services qu’il a rendus dès le 31 juillet, le roi lui a donné un drapeau, quoique au-dessous de cinq cents hommes. Commandant du bataillon, me je me fais, messieurs, de cette faveur particulière du roi un titre spécial auprès de vous pour obtenir de votre justice pour moi et trente officiers, sous-officiers et soldats du bataillon la décoration destinée aux braves défenseurs de notre glorieuse révolution de 1830. Tous l’ont méritée mais étant obligés de restreindre la distribution à un petit nombre, j’ai joint à la présente le tableau de ceux qui, dans mon âme et conscience, m’ont paru les plus dignes de cette honorable récompense, qui d’ailleurs rejaillit sur tout le bataillon. Quant aux médailles, j’ose en réclamer un plus grand nombre. Vous verrez aussi, messieurs, que le tableau ci-joint porte en tête de nom de M. Royer, maire de la commune de Chaville. Mû par les sentiments du plus pur patriotisme, c’est lui qui a donné l’élan à la population, qui lui a communiqué son enthousiasme et a opéré avec moi l’organisation spontanée du bataillon de la garde nationale. Aucun ne mérite la décoration autant que lui et je la sollicite avec instance de votre justice. » Il joignait à sa lettre une Liste des gardes nationaux du bataillon de la commune de Chaville proposés par le commandant à la Commission des récompenses nationales pour obtenir la décoration destinée aux défenseurs de la révolution de 1830. Cette liste était constituée des noms suivants : Royer, Louis, Pierre, François, maire de Chaville ; de Gournay d’Arnouville, Abel, chef de bataillon, commandant ; Panis, capitaine de la 2e compagnie, Carrette ; lieutenant ; Dumoutier, Charles, sous-lieutenant ; Royer, Jean-Marie, sergent-major ; Royer, Guillaume, sergent-major ; Joyeux, Magloire, sergent ; Le Gay, Jean-Baptiste, sergent ; Buard, Jacques, Paul, René, sergent ; Morin, Jean-Baptiste, sergent ; Gentil, Raphaël, sergent ; Vaillant, Henry, caporal ; Bénard, Louis, Denis, caporal ; Fournier, Alexandre, caporal ; Muret, fusilier ; Lochut, Lambert, Louis, fusilier ; Egain, Charles, fusilier ; Bonnet, Symphorien, fusilier ; Lochard, Louis, fusilier ; Dupont, Pierre, fusilier ; Nicolas dit Bonville, Denis, fusilier ; Royer, Julien, fusilier ; Tavenet, Jules, fusilier ; Courgibet, Auguste, fusilier ; Thurier, fusilier ; Morin, Louis, fusilier ; Fréville, Noël, Antoine, fusilier ; Tristan, fusilier ; Devaux, Nicolas, fusilier ; Gervais, Adolphe, fusilier. Il joignait à sa demande plusieurs certificats. Le premier était ainsi rédigé : « Je soussigné, Beauvais Poque, colonel aide de camp du général Lafayette, commandant en chef des gardes nationales de France, certifie qu’ayant été envoyé en mission extraordinaire par la commission du gouvernement provisoire et par le général en chef le samedi 31 juillet dernier, pour soutenir et diriger l’élan des populations afin de poursuivre et harceler les troupes de Charles X, arrivé vers 5 heures de relevée dans le village que forme la commune de Chaville sur la grande route de Paris à Versailles, je trouvai sur la place de la commune un nombreux rassemblement des habitants bien armés et déjà formés en compagnies, commandés par un ancien militaire, décoré de la Légion d’honneur, que j’ai reconnu depuis pour être M. de Gournay d’Arnouville, capitaine de cavalerie en non-activité. A mon aspect, l’enthousiasme de cette brave troupe se manifesta par les expressions du plus ardent dévouement pour la liberté et, sur mon initiative, tous me suivirent et marchèrent sur Versailles, où les troupes carlistes encore très nombreuses s’étaient disposées pour passer la nuit. J’avais pris les devants et j’entrai seul dans Versailles. Le bataillon de Chaville, auquel s’étaient réunies quelques autres gardes nationales voisines s’étant approché de la ville, la rapidité avec laquelle ce mouvement s’opéra fut pour beaucoup dans la résolution spontanée que prirent les troupes royales, encore nombreuses, d’évacuer entièrement la ville. Je dois donc les plus grands éloges à ces braves du bataillon de Chaville et autres et particulièrement au commandant M. de Gournay d’Arnouville, qui, dans cette circonstance, a fait preuve du plus grand dévouement et du plus ardent patriotisme. Etant parti seul de Paris, il m’eût été difficile de faire évacuer Versailles par les troupes royales si je n’avais trouvé sur ma route des gardes nationales aussi dévouées et aussi patriotes. » Signé, le 15 décembre 1830 : Beauvais Poque ; le colonel aide de camp, remplissant les fonctions de sous-chef d’état-major : Joubert. Le deuxième certificat était ainsi rédigé : « J’ai eu l’occasion de voir M. Gournay d’Arnouville, chevalier de la Légion d’honneur, ancien capitaine de cavalerie, chef de bataillon, commandant la garde nationale de Chaville […]. Il commandait environ deux cents hommes. Le plus bel ordre, la plus stricte discipline y régnaient. Cette troupe faisait le plus grand honneur au zèle et au patriotisme de M. Gournay d’Arnouville. » Signé, le 20 décembre 1830 : De Lannoy, ancien élève de l’Ecole polytechnique. Le troisième certificat était ainsi rédigé : « Nous, Pierre, François, Louis, Royer (voir ce nom), adjoint remplissant par intérim les fonctions de maire de la commune de Chaville, soussigné, certifions que le 31 juillet dernier, vers 10 heures du matin, dans notre but zélé d’organiser la garde nationale provisoire de notre commune, avons invité les principaux habitants qui se sont réunis en notre mairie avec le conseil municipal et ont d’une voix unanime nommé pour leur commandant M. Abel de Gournay d’Arnouville, membre de la Légion d’honneur, ancien capitaine de cavalerie, résidant en la commune de Chaville ; et que, dès ledit jour 31 juillet et les suivants, il a marché à la tête de deux cents hommes de ladite garde nationale sur Saint-Cloud, Versailles et Rambouillet, à la poursuite des troupes restées autour de Charles X. » Signé, le 10 août 1830 : Royer. Le dossier d’examen de ses droits fut instruit par la Commission des récompenses nationales du (ancien) XIVe arrondissement, sous-préfecture de Sceaux. Il fut décoré de la Croix de Juillet auprès de l’arrondissement de Sceaux (sous le seul nom de Gournay d’Arnouville sur les liste du Bulletin des lois et sur celles du Moniteur universel). Il signa le certificat suivant en faveur de Vaillant, Pierre, François, Henri : « Nous, soussignés, habitants de la commune de Chaville […] certifions et attestons qu’il est à notre connaissance que le sieur Vaillant, Pierre, François, Henri, maître blanchisseur en linge, demeurant en notre commune, est parti avec la garde nationale de Chaville, dont il fait partie, le 31 juillet dernier, pour repousser les troupes de l’ex-roi et que, le 3 août suivant, il a été à Rambouillet, qu’il a accompagné les pièces de canon de l’héroïque population de Paris et qu’il ne l’a quittée qu’à leur retour de Versailles. » Il comparut, le 1er juin 1831, devant le juge de paix du canton de Sèvres, pour attester que Levaire, Denis, Joseph, comme caporal de la 1re compagnie du bataillon de la garde nationale de Chaville, « a fait partie le 31 juillet 1830 du détachement commandé par le déclarant, qui s’est porté sur Versailles et en a délogé les troupes royales encore nombreuses qui se disposaient à y passer la nuit. Que le 3 août suivant Levaire a également fait partie du détachement du bataillon de la garde nationale à Chaville, qui s’est dirigé simultanément avec les braves Parisiens sur Rambouillet. Que ledit jour Levaire, s’étant emparé d’un cheval à Versailles, fut mis en réquisition pour escorter les canons ; que Levaire, ainsi séparé du bataillon de Chaville, fut perdu de vue par le déclarant et qu’une fois arrivé au camp sous Cognères, le bivouac du bataillon de Chaville se trouvant éloigné du parc d’artillerie, le déclarant n’a plus revu Levaire jusqu’au retour. Ajoutant ledit Gournay d’Arnouville que dès le soir du 3 août le bruit se répandit dans le bivouac à Cognères que Levaire avait éprouvé en route une violente chute de cheval ; que, depuis cette époque, le déclarant a souvent entendu Levaire se plaindre de grandes douleurs dans le côté gauche et qu’il attribuait ces douleurs à la chute de cheval du 3 août, mais que la force et le courage habituels de Levaire l’avaient empêché d’apporter à son mal l’attention nécessaire pour en atténuer les suites. Les sieurs Fouilhoux, Quiquandon et Genty ont déclaré ce qui suit : Dans la soirée du 3 août dernier, vers minuit, nous trouvant ensemble à un quart de lieue avant Trappes, très fatigués du chemin que nous avions fait à pied et nous reposant sur le bord de la route, nous vîmes tomber de cheval un individu habillé en bourgeois, dont nous nous approchâmes aussitôt et qui fut reconnu par le sieur Genty, l’un de nous, pour être le nommé Levaire, blanchisseur de linge à Chaville. Nous nous empressâmes autour de lui pour savoir s’il n’était point blessé de sa chute, et Levaire nous répondit qu’il éprouvait une douleur assez vive dans le côté gauche ; mais que cela ne serait rien et ne devait pas l’empêcher de poursuivre sa route. Nous l’aidâmes à remonter à cheval et le vîmes sur-le-champ retourner auprès d’une pièce de canon, qu’il nous dit être chargé d’escorter ». Il prêta son serment le 17 mai 1831 et reçut sa croix le 28 juin 1831 à la sous-préfecture de Sceaux ; le serment était ainsi rédigé : « Je jure fidélité au roi des Français, obéissance à la charte constitutionnelle et aux lois du royaume. » En 1831, à l’occasion des fêtes anniversaires de Juillet, il reçut (sous le seul nom de Gournay), auprès de la sous-préfecture de Sceaux, vingt-cinq francs de gratification, à titre de décoré mais non blessé. Nommé commissaire de police, il fut tué de deux coups de feu pendant l’émeute des 5 et 6 juin 1832, devant le 42, rue Montmartre, alors qu’il avait reçu pour ordre de prendre l’hôtel des postes de la rue Jean-Jacques-Rousseau, occupé par les républicains insurgés. Il demeurait 26, Grande-Rue à Chaville en 1830-1831 ; 6, rue du Harlay en 1832. Bulletin des lois du royaume de France, 7e série, tome huitième, nos 257 à 291, ordonnance n° 6449, p. 476 ; Bulletin des lois n° 19, janvier 1825, p. 44 ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la Croix de Juillet, instituée par la loi du 13 décembre 1830 sur les récompenses nationales, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la Croix de Juillet, instituée par la loi du 13 décembre 1830, sur les récompenses nationales, Le Moniteur universel, 2 mai 1831 ; Archives de Paris DM13 1, sous-préfecture de Sceaux, état des sommes payées aux citoyens décorés de la croix ou de la médaille de Juillet, en vertu de la décision du 23 juillet 1831 ; Archives de Paris VK3 13 ; Archives de Paris VK3 37, état nominatif des citoyens décorés de la Croix de Juillet, qui ont retiré leur croix des bureaux de la sous-préfecture de Sceaux après avoir prêté entre les mains du sous-préfet le serment prescrit par l’article 4 de l’ordonnance du roi du 30 avril 1831 ; Archives de Paris VK3 45 ; Archives de Paris VK3 54 in dossier Vaillant, Pierre, François, Henri ; Archives nationales F/1dIII/37, Commission des récompenses nationales, (ancien) XIVe arrondissement, état des sommes payées en dépenses diverses pour le compte de cette Commission, du 8 octobre 1830 au 31 août 1831 par la sous-préfecture de Sceaux ; Archives nationales F/1dIII/39 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens qui ont mérité la décoration spéciale, arrondissement de Sceaux ; Archives nationales F/1dIII/63 in dossier Levaire, Denis, Joseph.