Grandjean, François, Alphonse, Nicolas
Biographie
Né le 29 germinal an IV (18 avril 1796) à Vaucouleurs (Meuse), fils de Grandjean, Joseph, négociant, et de Lemoussu, Mélanie, son épouse. Chirurgien aide-major. Entré à l’Ecole de médecine de Paris le 17 avril 1810, sorti sous-aide au Val-de-Grâce le 5 mars 1812, reçu pour être envoyé comme sous-aide aux armées par les inspecteurs généraux du service militaire le 14 avril 1812, nommé aide-major à Magdebourg le 15 février 1814, il fit les campagnes de 1813 en Prusse, reçut deux coups de feu à l’affaire de Dodendorf le 15 décembre 1813 (une balle au bras gauche et un éclat d’obus à la jambe gauche), fit la campagne de 1814 au blocus de Magdebourg, où il reçut un froissement à la colonne vertébrale par un boulet le 1er avril 1814. Le 31 novembre 1831, il fit une demande de récompense nationale pour sa participation aux journées de Juillet : « Grandjean, François, Alphonse, Nicolas, chevalier de la Légion d’honneur, aide chirurgien-major, pensionné du gouvernement, commandant de la garde nationale de Void, arrondissement de Commercy, département de la Meuse, a l’honneur de vous exposer qu’il prit une part active à notre glorieuse révolution dans les journées des 28, 29, 30 juillet 1830, en se mettant à la tête du mouvement en faveur de notre liberté, en résistant à la force armée qui voulait arrêter l’élan populaire, en arborant les couleurs nationales et en se mettant à la tête de ses concitoyens pour barrer passage aux troupes du camp de Lunéville, et en s’assurant des sous-officiers en garnison à Commercy, pour résister aux ordres de marcher sur Paris, comme vous le prouveront les pièces ci-jointes. Messieurs les membres de la commission pourront d’ailleurs prendre les renseignements près M. Etienne, député de la Meuse. L’exposant à l’honneur, Messieurs, de vous prier de lui accorder pour récompense nationale la décoration de Juillet, qu’il croit avoir mérité autant que s’il s’était exposé à la mitraille : car il est certain que si nous n’eussions pas réussi à consolider notre révolution la hache du bourreau se serait aiguisée pour lui. J’ai l’honneur etc. » Il joignait deux certificats à sa demande. Le premier, ainsi rédigé : « Le maire de Void certifie que M. Grandjean, François, Alphonse, Nicolas, chevalier de la Légion d’honneur, aide chirurgien-major, pensionné du gouvernement, commandant de la garde nationale, a fait acte de dévouement à la cause de la liberté pendant les journées de juillet 1830, dans un zèle bien méritoire pour la consolidation de notre glorieuse révolution et d’un attachement sincère à notre roi-citoyen. Ce brave citoyen, aux premières nouvelles d’une émeute à Paris contre les fameuses ordonnances, fit entendre sur la place publique de Void les cris de Vive la liberté ! (c’était le 28 juillet au soir) ; plusieurs habitants se réunirent à lui ; il resta à leur tête en permanence nuit et jour sur la place et devant la poste aux chevaux et là nulle voiture ne put continuer sa route qu’après avoir rendu un compte exact de ce qui ce passait à Paris à M. Grandjean. On n’effaça les fleurs de lys qui décoraient les panneaux de la malle-poste pendant qu’elle restait. Le sous-préfet de Commercy arriva a Void avec le lieutenant de gendarmerie pour faire arrêter M. Grandjean mais ce dernier ne fut pas intimidé et resta à son poste bravant la force armée ; le sous-préfet, voyant qu’il ne pouvait faire arrêter M. Grandjean sans effusion de sang, retourna à Commercy avec l’officier de gendarmerie. Le 29 dans la nuit, M. Grandjean apprit d’une dame anglaise qui voyageait en poste qu’à son départ de Paris les bourgeois s’emparaient des barrières et que de toutes parts les troupes avaient été battues ; ils partit au point du jour pour Commercy avec le jeune Carmoièche illisible et là il apprit les événements qui venaient de se passer à Paris. En un moment toute la ville sut ces nouvelles ; le maire, le sous-préfet, l’officier de gendarmerie, M. le colonel du 2e régiment de chasseurs s’assemblaient en conseil à la mairie pour faire arrêter M. Grandjean, mais celui-ci, fut bientôt entouré sur la place par un grand nombre de citoyens et de sous-officiers de chasseurs qui lui dirent qu’il ne le laisserait pas arrêter. Le colonel ayant voulu donner des ordres à ses soldats pour l’arrestation de M. Grandjean, on lui répondit par les cris de Vive la liberté ! bientôt le colonel fut dépossédé de son commandement et les couleurs nationales furent arborées sur la caserne. On apprit ensuite que les troupes du camp de Lunéville marchaient sur Paris à la défense de Charles X. Aussitôt M. Grandjean prit des moyens convenables pour leur barrer passage. A Void, l’on fit des cartouches et l’on fondit des balles ; M. Losemedy illisible, maître de poste, fut en reconnaissance jusqu’à Toul mais le camp avait changé de direction et allait sur Saint Michel. Les citoyens assemblés élirent à l’unanimité M. Grandjean pour leur commandant et il les aurait conduits au secours de Paris si notre glorieuse révolution ne se fût aussi promptement accompli. M. Grandjean a bien mérité de la patrie par son dévouement et son zèle à la cause de la liberté et a mis sa tête en jeu en agissant comme il l’a fait au moment même ou rien n’était certains pour notre noble cause et en se mettant à la tête du mouvement en faveur de la liberté. C’est aussi à son zèle que l’on a dû la prompte organisation de notre garde nationale. » Fait à Void le 20 novembre 1831 : Fayon, maire. Le second : « Moi, juge de paix, canton de Void, certifions que M. Grandjean, François, Alphonse, Nicolas, chevalier de la Légion d’honneur, aide chirurgien-major, pensionné du gouvernement, commandant de la garde nationale, a constamment prouvé depuis la révolution de Juillet son parfait dévouement au roi Louis-Philippe et à la patrie. Qu’il s’est fait surtout remarquer par son audace dès le 29 juillet en se mettant à la tête du mouvement et du nouvel ordre de choses qui se préparaient et en arborant un des premiers la cocarde tricolore qu’il est allé présenter aux citoyens de Commercy et au régiment de chasseurs qui y tenait garnison. Enfin M. Grandjean, excellent officier, s’est tellement adonné à l’instruction de notre belle garde nationale que son zèle et ses talents lui ont mérité les éloges des autorités civiles et militaires. L’excès de son travail relatif aux exercices et manœuvres lui ont occasionné une maladie grave qui a excité les plus vives craintes pour ses jours parmi ses concitoyens. Enfin c’est avec autant de justice que de patriotisme que nous nous permettons de déclarer que, sous tous les rapports, politiques et moraux, . Grandjean mérite que le gouvernement le récompense de ses anciens et de ses nouveaux services. » Signé à Void, le 12 mars 1832 : Peire. Sa demande ayant été présentée trop tardivement, il ne put y être donné suite. Il fut nommé chevalier de la Légion d’honneur le 18 avril 1831. Il était capitaine de la garde nationale de Void (Meuse) en 1831. Il mourut le 22 mai 1950. Archives nationales F/1dIII/80, Meuse ; base leonore de la Légion d’honneur, dossier LH/1188/23.