Grassal, Marie, Antoine
Biographie
Né le 1er septembre 1792 à Paris. Entré comme soldat dans la 1re cohorte, le 12 août 1812, nommé fourrier le 25 novembre 1812, passé au 135e de ligne le 24 janvier 1813, nommé sergent le 8 février 1813, sergent-major le 5 octobre 1813, nommé sous-lieutenant par décret impérial le 10 janvier 1814, passé au 1er régiment de ligne le 1er mai 1814, licencié à Montrénot et renvoyé pour la légion de la Seine à Châtellerault le 15 septembre 1815, licencié à Châtellerault le 16 novembre 1815, faisant partie de l’Armée de la Loire, admis à la demi-solde à Paris le 4 avril 1817, admis au traitement spécial de réforme le 1er juillet 1818 ; il avait fait les campagnes de Wesphalie (1812), Saxe, Prusse (1813), France (1814), Belgique (1815). Il était porteur d’un certificat signé de Renouf, lieutenant au 1er régiment d’infanterie de ligne, qui attestait qu’il avait été porté, en juillet 1815, sur une liste de candidatures présentée par le conseil d’administration du 1er régiment d’infanterie de ligne pour obtenir la décoration de la Légion d’honneur. Le certificat suivant, dont il ne reste qu’une copie datée de 1835, constatait la participation aux combats de Juillet : « Le 29 juillet 1830, vers 10 heures du matin, le poste des Ecuries du roi, commandé par trois officiers du 2e régiment de l’ex-garde royale, fut sommé par les patriotes de se rendre. Ils se refusèrent à cette sommation et la fusillade avec le peuple devint des plus vives et fut soutenue par les patriotes pendant deux heures environ. Mais comme ils manquaient de forces et de munitions, ils se retirèrent pour aller chercher des secours, laissant de chaque côté des morts et bon nombre de blessés. Ledit poste prit alors la détermination d’effectuer sa retraite ; n’ayant plus d’obstacle à redouter, quarante hommes et deux tambours se mirent en route pour se diriger sur la barrière de l’Etoile. M. Grassal, Marie, Antoine, officier de l’ancienne armée, se présenta, seul, à leur tête, et, les menaçant d’artillerie qu’il dit être braquée dans l’angle de la rue Neuve-de-Berry et qui n’y existait pas, il leur fit, par son énergie courageuse, déposer les armes, bien que quelques bourgeois seulement se fussent rapprochés de lui sur son interpellation. Ce désarmement procura de suite aux patriotes quarante fusils. M Grassal montra, dans cette circonstance autant de présence d’esprit que de courage. Il parvint à faire fraterniser le peuple avec les soldats, chose difficile en ce moment où l’exaspération était à son comble et telle qu’un sergent-major de ladite compagnie en faillit devenir victime ; que M. Grassal lui accorda asile et protection, après l’avoir soustrait à la vengeance populaire ; que la multitude vint le demander à son domicile plusieurs fois et qu’il lui sauva la vie, à l’aide de travestissement. Le service rendu par M. Grassal est d’autant plus important qu’il est à notre connaissance que le sieur Labourdonnais, capitaine commandant le poste, avait, au moment d’opérer sa retraite, fait faire à chacun le serment de tirer sur tous ceux qu’ils rencontreraient. En foi de quoi, nous délivrons le présent certificat à M. Grassal, pour lui valoir et servir où besoin sera et comme un témoignage particulier de notre reconnaissance pour sa conduite au jour du danger. » Signé (pour les signatures lisibles) : Gavoy, instituteur, demeurant 13, rue Neuve-de-Berry ; Clapeyron, demeurant 13, rue Neuve-de-Berry ; Dardon, marchand de liqueurs, demeurant 66, rue du Faubourg-du-Roule ; Poulain, maître menuisier, demeurant 66, rue du Faubourg-du-Roule ; Chambet, tailleur de pierres, demeurant 13, rue Neuve-de-Berry ; Gromain, cordonnier, demeurant 33, rue du Faubourg-du-Roule ; Bernard, demeurant 36, rue du Faubourg-du-Roule ; Tisserand, demeurant 16, rue du Faubourg-du-Roule ; Fonchet ; Fayet ; Coindrel ; Bourdier, propriétaire, demeurant 18, rue Neuve-de-Berry ; Chapon, propriétaire, demeurant 20, rue Neuve-de-Berry ; Cohadon, demeurant 13, rue Neuve-de-Berry ; Lecompte, demeurant 13, rue Neuve-de-Berry ; Ach..., Joseph, commissaire, demeurant 13, rue Neuve-de-Berry ; Lagont illisible, porteur d’eau, décoré de Juillet, demeurant 4, rue Neuve-de-Berry ; Lerat, demeurant 13, rue Neuve-de-Berry ; Millard, demeurant 34, rue du Faubourg-du-Roule ; Lambert, demeurant 34, rue du Faubourg-du-Roule ; Devicque, demeurant 36, rue du Faubourg-du-Roule ; Tinet, demeurant 31, rue du Faubourg-du-Roule ; Odrichon, charbonnier, demeurant 51, rue du Faubourg-du-Roule ; Fleury, demeurant 47, rue du Faubourg-du-Roule ; Tonduz, chef d’atelier, demeurant 13, rue Neuve-de-Berry. Suivait l’apostille de Cottin, ancien Nre ou Mre, propriétaire à Beaujon et maintement maire d’Alger, qui précisait : « Je certifie, outre les faits ci-dessus rapportés, que ces soldats et deux de leurs officiers étaient tellement démoralisés que devant mes yeux, des passants et des enfants leur ont ôté épées, sabres et fourniements, seuls objets que M. Grassal leur eût laissés. » Et cette autre, signée de Miel illisible, demeurant 13, rue Neuve-de-Berry, et ainsi rédigée : « Je certifie les faits ci-dessus rapportés, tant en mon nom personnel qu’au nom du sieur Bourriot, mon neveu, sergent-major dont il est parlé dans le présent et actuellement adjudant sous-officier dans le 60e régiment de ligne, pour rendre hommage à la vérité et donner un témoignage public de notre reconnaissance envers M. Grassal. » En mars 1835, attaché depuis trois au cabinet particulier de Gisquet (voir Gisquet, Henri, Joseph), préfet de police, duquel il avait toute la confiance, il sollicitait dans ces termes la décoration de la Légion d’honneur : « Je viens solliciter de votre bienveillante justice la décoration de la Légion d’honneur que je crois avoir méritée, par mes différents services comme militaire sous l’Empire, comme citoyen pendant les journées de Juillet et comme employé du gouvernement depuis la révolution de 1830. Mes services militaires à la Grande Armée datent de 1812 et finissent à Waterloo. Parti comme soldat, je fus nommé officier par l’Empereur lui-même, le 10 janvier 1814 et proposé au gouvernement provisoire pour la décoration, le 3 juillet 1815. Après le licenciement de l’Armée de la Loire, j’abandonnai le service et me livrai aux affaires. Tels sont, monsieur le ministre, mes antécédents sous l’Empire et la Restauration. Pendant les journées de Juillet, je donnai plus d’une preuves de mon dévouement à la cause nationale. Je fus assez heureux notamment pour amener le désarmement du poste des Ecuries du roi ainsi que l’atteste un des certificats ci-joints (voir plus haut). Depuis notre glorieuse révolution, j’ai été appelé par M. le préfet de police actuel dans son cabinet particulier. La position toute de confiance que j’occupe près de ce magistrat sera sans doute pour Votre Excellence une considération puissante en ma faveur. Me serait-il permis enfin, monsieur le ministre, en terminant cette lettre, de mentionner ici une circonstance malheureuse pour moi, dont je suis loin de me faire un titre personnel mais qui cependant vous paraîtra peut-être de nature à appeler sur ma réclamation la bienveillance du gouvernement : mon frère, sous-officier au 27e régiment de ligne, est au nombre des militaires morts à Lyon au mois d’avril dernier [lors de l’insurrection des canuts de Lyon en 1834, N.D.A.] pour la défense des lois […]. » Gisquet appuya sa demande et le recommandait ainsi : « […] Depuis trois ans qu’il travaille sous mes yeux, il n’a cessé de donner de son zèle et de son dévouement des preuves non équivoques, qui lui ont acquis toute ma confiance […]. » Il donnait pour adresse la préfecture de police en 1835. Archives nationales F 1dIV G 9 récompenses honorifiques.