Gravey, Thomas, Bernardin

Biographie


Né le 30 avril 1793 à Percy (mais le 28 avril 1793 in Tableau des pensions) (Manche), une heure avant sa sœur, Modeste, fils et fille de Gravey, Thomas, Guillaume, marchand mercier, et de Voisin, Marie, Jeanne, son épouse. Ancien canonnier de 1re classe au 5e régiment d’artillerie à pied, noté pour la croix de la Légion d’honneur en 1813 à la bataille de Leipzig ou à celle de Lutzen, ayant en tout servi huit années et reçu deux blessures, il devint fileur de coton. En juillet 1830 il était cocher (mais journalier in Archives de Paris DM13 1 dans le registre quil signe). Le 29 juillet, se battait devant les numéros 24 et 31 de la rue de Richelieu quand il fut atteint d’un premier coup de feu à la cuisse droite. Malgré les exhortations qui lui furent faites de se retirer, il voulut continuer le combat. Mais un second coup de feu l’atteignit au pied droit et, ne pouvant plus se tenir debout, il fut contraint de quitter les combats. Il fut d’abord soigné à l’hôtel garni des Deux-Siciles puis transporté à l’ambulance du palais de la Bourse. Le National, en date du 5 août 1830 rapportait ainsi sa conduite dans les combats : « A eu la cuisse traversée de deux coups de feu, le 29 juillet. Transporté à la Bourse sur un brancard, il y est arrivé en chantant la Marseillaise. » Après la révolution, il partit se reposer à Percy. Il reçut un secours de cent trente francs en août 1830, sur les secours distribués par Le Constitutionnel. Il reçut un secours de dix francs, le 7 août 1830 à la mairie du (ancien) IIIe arrondissement. « Il est de fait que plusieurs fois les journaux ont cité sa bravoure », affirmait-il dans une lettre au général Fabvier et afin d’obtenir la décoration de la Légion d’honneur. Le dossier d’examen de ses droits fut instruit par la Commission des récompenses nationales du (ancien) XIIIe arrondissement, sous-préfecture de Saint-Denis. Il était porteur du certificat suivant : « Nous, soussignés, habitants domiciliés rue de Richelieu n° 24 et 31, quartier du Palais-Royal à Paris, certifions et attestons que le 29 juillet le sieur Gravey, Thomas, Bernardin, en combattant les armes en mains devant les maisons des susdits numéros, a été atteint de deux coups de feu très graves et que malgré les instances qui lui furent faites de se retirer, ayant la cuisse percée d’une balle, il s’y est constamment refusé et que ce brave défenseur de nos libertés n’a cessé de se battre que lorsqu’il reçut une seconde blessure au pied, qui ne lui permit plus de pouvoir se soutenir. C’est dans cet état que le sus-dénommé a été recueilli et soigné provisoirement à l’hôtel garni des Deux-Siciles, situé en face et d’où il a été transporté le même jour à l’ambulance établie au palais de la Bourse. » Signé, le 20 octobre 1830 : Bert, demeurant 31, rue de Richelieu ; Blot, demeurant 24 ou 31, rue de Richelieu ; Halphen fils, demeurant 24 ou 31, rue de Richelieu ; Aublet, demeurant 24 ou 31, rue de Richelieu ; Lecesne, Thomas, négociant, demeurant 24 ou 31, rue de Richelieu. Le 9 avril 1831, devant le juge de paix du canton de Neuilly, comparurent : Piyon, Jean-Baptiste, capitaine en retraite, chevalier de la Légion d’honneur, demeurant à Montmartre ; Mirmont, Charles, Joseph, marchand chaudronnier, demeurant à Montmartre. Ils attestèrent parfaitement connaître Gravey, Thomas, Bernardin « et savoir positivement que ledit sieur Gravey a été blessé de deux balles dans la journée du 29 juillet dernier dans la rue de Richelieu ». Le maire de Percy lui délivra, en date du 9 avril 1831, le certificat suivant : « Nous, maire de la commune de Percy, certifions à qui il appartiendra que le sieur Thomas Bernardin Gravey, demeurant présentement à Montmartre, rue Traînée n° 6 (sic), près Paris, est né en cette commune le 30 avril 1793 de parents sans fortune et que lui-même n’en possède aucune. Certifions en outre que pendant qu’il habitait cette commune il s’y est toujours comporté de manière à mériter l’estime et la confiance de ses concitoyens et celle de l’administration. » Il fut décoré de la Croix de Juillet auprès de l’arrondissement de Saint-Denis. Admis dans la 5e classe des blessés, il fut pensionné de six cents francs. Il avait épousé Journet, Victoire à Verdun (Meuse), le 30 novembre 1816. Sur l’acte de mariage, Journet, Victoire est indiquée comme née le 30 juin 1791 à Bitterey (Meuse), fille de feu Journet, François, pêcheur, et de Barrière, Barbe, son épouse, et comme étant journalière. Il avait, en 1830, un enfant âgé de cinq ans. Son témoignage devant le juge de paix du (ancien) IIe arrondissement, le 19 mai 1831, permit d’établir la date de naissance de Duclos, Edouard (voir ce nom), enfant naturel né vers 1792 et dont l’état civil de la ville de Rouen n’avait pas conservé la trace. Soigné à l’ambulance de la Bourse, il apostilla la demande de Guilbert mademoiselle, Joséphine (voir ce nom), dans la lettre qu’elle adressa à la Commission des récompenses nationales pour obtenir un bureau de timbre ou de poste à Paris. Il prêta son serment de décoré de Juillet, le 19 mai 1831 à la sous-préfecture de Saint-Denis. Ce serment était ainsi libellé : « Je jure fidélité au roi des Français, obéissance à la charte constitutionnelle et aux lois du royaume. » Il reçut sa croix le 24 juin 1831. Gravey est représenté dans le tableau de Gosse, exposé pour la première fois en 1833 et conservé au Musée du Carnavalet, Sa Majesté la Reine des Français visitant les blessés de Juillet à lambulance de la Bourse, le 25 août. Les Annales du Musée et de lEcole moderne des Beaux-Arts donnèrent, à l’occasion de sa première exposition, le commentaire explicatif suivant sur le tableau : « Tous les personnages, ainsi que tous les détails de ce tableau, sont historiques. En donnant ici un court récit de la scène qu’il représente, nous aurons fait connaître sa composition et les diverses figures que l’auteur a dû y faire entrer. “Après les mémorables journées de Juillet, dit M. Gosse dans la notice du livret, S.M. la reine, accompagnée de S.A.R. Mme Adélaïde, du prince de Joinville, des princesses Louise et Marie, et de Mme la marquise de Dolomieu, alla visiter l’ambulance établie à la Bourse dès les premiers jours des combats, et prodigua aux blessés et aux personnes qui leur donnaient leurs soins, des secours et des consolations.” La reine fut reçue par MM. Ruffin, greffier en chef du tribunal de commerce, Vassal (voir Vassal, Jacques, Claude, Roman), Richebourg (voir Baudesson de Richebourg), Novins (voir Novince, Pierre, François), Rousseau (voir Rousseau, Jean, Joseph), et un jeune Anglais nommé Schripton (voir Shrimpton, Charles), naturalisé français depuis la révolution de Juillet, et qui, pendant les trois jours, ne cessa de prodiguer ses soins aux blessés de la Bourse. Parmi ces blessés, on remarque Julien (voir Julien, Fortuné), vieux soldat de la garde impériale : c’est celui dont la reine prend la main ; M. Guillaume (voir Guillaume, Henri, François, Guillaume), cousin de M. le préfet de police ; il reçut vingt blessures ; M. le docteur Marc est auprès de lui. Viennent ensuite Hureaux (voir Hureau, Julien, Charles), près duquel est Mme Novins ; Gravey (voir Gravey, Thomas, Bernardin), cocher de cabriolet, et sa famille ; Brisset (voir Brisset, Jean, François), ciseleur ; Bouvier (voir Bouvier, Benoist, Marie), Chambron (voir Chambeiron, Pierre, Antoine), Séné (voir Séné, Adolphe, Louis, Baptiste), tous blessés, et les personnes qui ont pris une part plus ou moins active aux soins qui leur ont été donnés, et parmi lesquelles il faut principalement remarquer Mlle Pelletier (voir Lepelletier, Angélique, Adélaïde, Suzanne), marchande de modes ; c’est elle qui est placée près de Mme la marquise de Dolomieu. Sur le premier plan, on remarque le nommé Marquet, garde royal ; et près du vieux Julien, M. le docteur Guillon (voir ce nom), médecin en chef de l’ambulance, à qui, la veille de l’arrivée de la reine, M. de Lafayette avait remis une médaille d’or. Dans le fond est le drapeau national, et une affiche aux trois couleurs portant ces mots : Aux braves blessés pour la patrie. Tels sont à peu près les nombreux personnages de cette riche composition que quelques personnes, par un esprit de parti plus qu’injuste et fort mal entendu, avaient d’abord sévèrement critiquée. Placé sous un faux jour lors du premier mois de l’exposition, ce tableau n’avait pu être sainement jugé : mais enfin, lorsqu’il a pu être offert aux regards des connaisseurs sous un jour favorable, il a été pleinement vengé de l’injuste rigueur des censeurs. Nous ne voulons pas dire cependant que toutes leurs critiques aient porté à faux. On a remarqué avec raison que l’ensemble du tableau, d’ailleurs bien composé, manquait de vigueur d’effet, principalement le côté droit ; que peu de figures avaient l’énergie d’expression que le sujet comportait. Excepté le soldat à qui la reine prend la main, l’opposant qui se couvre le visage de ses mains pour cacher son émotion à la vue d’une princesse dont la bonté le confond ; excepté encore la jeune femme en marmotte, la figure du jeune prince, et surtout celle de la reine des Français, dont les traits respirent la bonté et la compassion, presque tous les personnages de cette scène sont peu animés, peu expressifs, même la reine des Belges, dont l’artiste n’a fait, à bien dire, qu’un portrait hors d’œuvre. Toutefois, il faut convenir que donner l’expression convenable à une scène où la douleur physique et la satisfaction morale devaient se peindre sur les traits de nombreux personnages qui, étant tous historiques, devaient être tous ressemblants, était une tâche difficile à remplir, et que plus d’un des hommes de mérite qui ont critiqué le tableau de M. Gosse, ne l’aurait probablement pas accompli avec autant de bonheur que lui. » Il demeurait rue Ozomond à Verdun en 1816 ; 110, rue Traînée en haut de la butte Montmartre en juillet 1830 (36 de la même rue dans La Liberté reconquise ou histoire complète et détaillée de la révolution de Paris en juillet 1830 par J.-B. Ambs) ; 16, même rue en avril 1831. Le National, 5 août 1830 ; Histoire de la révolution des 27, 28 et 29 juillet 1830, Fayot, tome premier, Paris, Hocquart jeune éditeur, 1830, p. 150 ; Premier état de distribution des secours patriotiques versés au Constitutionnel ; Liste des morts, des blessés, des veuves et des orphelins, 2e édition, Paris, chez A. Barbier, imprimeur, rue des Marais S.-C., 17, 1830, p. 24 ; Journées des 27, 28 et 29 juillet, liste des morts, des blessés, des veuves, des orphelins, Paris, A. Boulland, 1830, p. 26 ; La Liberté reconquise ou histoire complète et détaillée de la révolution de Paris en juillet 1830, J.-B. Ambs, troisième édition revue et corrigée, Paris, Terry jeune, libraire, Palais-Royal, galerie de Valois, n° 185, 1830, p. 258 (sous le nom de Gravet, Thomas, Bernardin) ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la Croix de Juillet, instituée par la loi du 13 décembre 1830 sur les récompenses nationales, Liste n° 7, des blessés de Juillet pensionnés, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la Croix de Juillet, instituée par la loi du 13 décembre 1830, sur les récompenses nationales, Le Moniteur universel, 2 mai 1831 ; Citoyens blessés pendant les événements de juillet, qui ont obtenu, aux termes de l’article 5 de la loi, la pension de 300 fr. à 1.000 fr., le Moniteur universel 5 septembre 1831 ; Compte-rendu des travaux de la Commission de la souscription nationale en faveur des veuves, orphelins et blessés de juillet 1830, liste des blessés de Juillet envoyés aux eaux de Bourbonne, lu et approuvé à la séance générale du 11 juillet 1832, Paris, Imprimerie de Crapelet, rue de Vaugirard, n° 9, novembre 1832, p. 65 ; Tableau général et alphabétique des pensions inscrites depuis le 1er janvier jusquau 31 décembre 1831, Imprimerie royale, Paris, 1832, p. 66 ; Archives de Paris VD3 1-2, état des sommes payées par MM. les commissaires ci-après désignés aux combattants et blessés de juillet 1830 du (ancien) IIIe arrondissement ; Archives de Paris VD6 3, liste des décorés de la Croix de Juillet de l’arrondissement de Saint-Denis ; Archives de Paris VD6 172 n° 6 in dossier Guilbert mademoiselle, Joséphine ; Archives nationales F/1dIII/37, Commission des récompenses nationales, (ancien) XIIIe arrondissement, état des sommes payées aux blessés pensionnés pour le compte de cette Commission, du 8 octobre 1830 au 31 août 1831 par la sous-préfecture de Saint-Denis, comprenant les arrérages à partir du 1er août 1830 ; Archives nationales F/1dIII/38 A, blessés admis à la pension ; Archives nationales F/1dIII/39 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens qui ont mérité la décoration spéciale, arrondissement de Saint-Denis ; Archives nationales F/1dIII/54 in dossier Duclos, Edouard ; Archives nationales F/1dIII/57 ; Archives nationales F/1dIII/82 Compte rendu des travaux de la Commission de la souscription nationale en faveur des veuves, orphelins et blessés de juillet 1830, lu et approuvé à la séance générale du 11 juillet 1832, liste des blessés de Juillet envoyés aux eaux de Bourbonne, Barèges, Mont-d’Or et Néris et liste nominative des veuves, orphelins, ascendants et blessés auxquels il a été accordé des inscriptions de rentes, (ancien) XIIIe arrondissement, arrondissement de Saint-Denis, blessés de la 5e classe ; Annales du Musée et de lEcole moderne des Beaux-Arts, Landon, Salon de 1833, Paris, chez Pillet, 1833, pp.73-75.

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