Grenet, Jean, Adolphe
Biographie
Né vers 1801 à Paris. Fourrier à Cherbourg. Instituteur. Son père déposa pour lui un dossier à la Commission des Réclamants (banlieue), sise 10, rue Bourg-Labbé puis 6, rue Dalayrac. Il adressa en effet à la Commission la lettre suivante : « J’ai l’honneur de vous exposer qu’étant père de neuf enfants, je fondais toutes mes espérances sur mon fils aîné, Jean, Adolphe Grenet, âgé de vingt et un ans. Il a reçu une bonne éducation. Ses talents le mirent à même de dédier en 1827 au prince de Joinville Auguste, fils de notre roi, quatre tableaux chronologiques de l’histoire de France (ce qui peut être prouvé par Sa Majesté même). En 1829, il fut reçu instituteur par l’université. Pénétré comme moi de l’amour de la patrie, il manifesta son goût pour la carrière militaire. Loin de comprimer cette noble ardeur, je l’encourageais à suivre le chemin de l’honneur et de la gloire. Aux grandes journées de Juillet, il resta huit jours sans prendre le moindre repos, depuis le 27 juillet jusqu’au 3 août. 1°) Il monta la garde au ministère des Finances, à la barrière des Martyrs, au quartier de la Nouvelle-France faubourg Poissonnière (ce qui peut être attesté par MM. Cruchet, teinturier, et Julien, limonadier, demeurant tous deux faubourg Montmartre n° 18, et par plusieurs autres personnes de la connaissance MM. Cruchet et Julien qui montaient au même poste. 2°) Il fut un de ceux qui arrêtèrent un omnibus, et lui-même arrêta un tombereau lequel avec l’omnibus servirent à former la première barricade rue Saint-Honoré au coin de celle de Richelieu (ceci peut être attesté par l’un de vos honorables membres M. Hermmann Puchois (voir Puchois, Hermann), demeurant rue Saint-Antoine n° 12, qui y était présent). 3°) Il fut du nombre des cinquante hommes que le général Pajol conduisit au ministère des Finances et un des quinze qui restèrent pendant vingt-quatre heures à ce poste après en avoir pris possession. Il y rempli les fonctions de caporal avec un zèle et une ardeur sans exemple (ce fait peut-être prouvé par M. Leroyer, sergent et M. le capitaine du poste. 4°) Il a gardé et maintenu l’ordre parmi deux cent cinquante Rouennais, Havrais et Balbecquais arrivés le soir et placés dans le bâtiment de l’octroi et des douanes, rue de Pinon derrière l’Opéra. Il lui a fallu le talent de l’orateur et la force de la conviction pour ramener les esprits égarés par la dissension qui était au comble (ce fait peut être attesté par le concierge et le commissaire du même octroi, qui ont fait avec lui la distribution des vivres à tous ceux qui logeaient dans le bâtiment et par le lieutenant du poste dont le certificat est ci-joint. 5°) Il accompagna le général Estève à Vincennes lorsqu’il s’y rendit avec sept ou huit cents hommes en parlementaire, pour la reddition du fort (ce fait peut-être attesté par le général lui-même, demeurant rue Coquenard n° 36 [mais 52, rue Coquenard sur un courrier qui lui est envoyé, N.D.A.]). 6°) Il faut considérer le désintéressement de toute sa conduite, dont le but n’était que le bien public et l’honneur de servir sa patrie. Il n’a jamais cherché à retirer aucun avantage de ses services, il n’a même pas pensé à se faire inscrire à la Commission des récompenses. 7°) Enfin il a quitté l’état d’instituteur, qui pouvait le mettre au-dessus de tous besoins, il a délaissé une famille de onze personnes, dont il était le second père, pour courir le sort des armes et peu content de n’avoir reçu aucune blessure honorable, il s’est engagé volontairement le 20 août dans le 50e de ligne maintenant en garnison à Cherbourg. 8°) Dès son entrée au corps, il se fit tellement remarquer par sa bonne conduite et par son activité que son colonel lui confia, au bout d’un mois, les fonctions de fourrier. Jusqu’à ce jour, il n’a cessé de mériter l’estime et les éloges de ses chefs (ainsi que l’attestent les certificats ci-joints). Ils désirent tous sa promotion. Je prie donc instamment MM. les membres de la Commission des récompenses nationales d’examiner les faits ci-dessus énoncés et de juger si le nommé Jean, Adolphe Grenet n’a pas mérité la sous-lieutenance accordée aux jeunes gens qui se sont bien conduits pendant les mémorables journées de Juillet, récompense qui ne peut compenser la perte d’une nombreuse famille, qui regardait ce jeune homme comme son unique soutien mais qui peut produire un homme précieux pour la France, un vrai défenseur de la patrie. » Favereau (voir ce nom), colonel de son régiment, le recommandait, comme un de ceux sur lesquels il fondait les plus grandes espérances et à qui il avait confié les fonctions de fourrier, en raison de son zèle, de sa conduite et de son activité. Grenet était porteur de plusieurs certificats. Le premier certificat, ainsi rédigé : « Je, soussigné, sergent du poste qui a pris possession du poste du Trésor le 29 juillet 1830, certifie que le porteur du présent, M. A. Grenet fils a rempli sous moi les fonctions de caporal avec un zèle et une activité sans exemple et qu’il a mérité, surtout dans la circonstance où nous sommes, soit par son instruction militaire et son dévouement à la cause nationale d’être employé avec distinction dans la garde mobile où il s’est fait inscrire. » Signé : Le Royer, sergent de la IIIe légion, 2e compagnie de grenadiers, demeurant 7, rue Bourbon-Villeneuve. Suivait l’apostille suivante : « Le commandant du poste de l’octroi de Paris du 4 au 5 août 1830 certifie que le sieur Grenet fils dont il est question dans le certificat ci-dessus, a fait un service actif pendant ce temps à son poste et au bâtiment dit la Douane, pour maintenir l’ordre dans le bâtiment occupé maintenant par les braves habitants du Havre, de Balbec et de Rouen. » Signé, au poste de l’octroi le 5 août 1830 : Desroches, sous-lieutenant ; illisible, sergent du poste. Le deuxième certificat, ainsi rédigé : « Je, soussigné, capitaine commandant la 1re compagnie du 4e bataillon, certifie que le nommé Grenet, Jean, Adolphe, fusilier à ladite compagnie, faisant les fonctions de fourrier à la 6e compagnie du même bataillon, s’est toujours conduit d’une manière exemplaire et qu’aucune plainte ne m’est parvenu sur son compte. » Signé, à Cherbourg le 7 mai 1831 : Celestel au 50e régiment de ligne ; suivait l’apostilles de Favereau (voir plus haut), colonel. Le troisième certificat, ainsi rédigé : « Je, soussigné, capitaine commandant la 6e compagnie du 4e bataillon, déclare que le nommé Grenet, Jean, Adolphe, fusilier à la 1re compagnie, faisant les fonctions de fourrier à ma compagnie, s’est toujours comporté et que je suis satisfait de son zèle et de son obéissance et que je n’ai qu’à le louer de sa conduite. » Signé, le 6 mai 1831 : Fafore illisible. Son père, 35, grand-rue à Saint-Mandé. Archives de la préfecture de police AA 391.