Greverath, Achille, Simon
Biographie
Né le 18 fructidor an VI (4 septembre 1799) à Paris (ancien) Xe arrondissement. Contremaître carrossier chez Gebel, fabricant de voitures, 9, rue des Martyrs. Il fut, le 29 juillet vers midi, blessé d’un coup de feu reçu qui lui traversa la poitrine, alors qu’il combattait dans la rue Saint-Honoré près de Saint-Roch. Il fut soigné par le pharmacien Caventou, 22, rue de Gaillon, puis par le docteur Dufour. On peut lire dans Le Constitutionnel, en date du 10 août 1830, l’article suivant où il est fait mention de lui : « Dans la journée mémorable du jeudi 29, passait dans la rue du Helder un braucard sur lequel était porté un blessé, suivi d'un assez nombreux cortège, portant des drapeaux tricolores, et criant, à son exemple : Vive la charte ! vivent nos libertés ! Vers le n°17, sa marche fut arrêtée par une dame qui offrit des secours et un logement. Ce ne fut qu'après de vives instances qu'elle céda au désir du malade d'être porté chez lui. Cette généreuse dame est Mme la comtesse de Plancy, et le jeune homme M. Achille Greverath, contre-maître chez M. Geibel, fabricant de voitures, rue des Martyrs, n° 9, qui, après s'être fait remarquer les jours précédents, eut le corps traversé d’une balle rue Saint-Honoré, près Saint-Roch. » Il reçut (sous le nom de Greverat) un secours de quarante francs en août et de soixante francs en septembre 1830, sur les secours distribués par Le Constitutionnel. Il fit partie avec Carly de Wazzema Montaigne, Huet Michel Laurent, Moutardier Hortense dit Eugène, Regent Auguste, Martinon Joseph, Boucher-Dugua Nicolas, Augé Placide Antoine, des huit membres composant le jury de la Commission des récompenses nationales pour le (ancien) IIe arrondissement. Le dossier d’examen de ses droits fut instruit par la Commission des récompenses nationales du (ancien) IIe arrondissement. Le 24 mars 1831, devant le juge de paix, du (ancien) IIe arrondissement, comparurent : Caventou, Joseph, Bienaimé, chevalier de la Légion d’honneur, pharmacien, demeurant 22, rue de Gaillon ; Carly, Montaigne (voir Carly de Wazzema, Montaigne), vérificateur au ministère des Finances, demeurant 13, rue du Marché-Saint-Honoré ; Guersent, Louis, Benoît, médecin, demeurant 12, rue ... Ils attestèrent connaître parfaitement Greverath, Achille, Simon et savoir « qu’il a été transporté chez le sieur Caventou, le jeudi 29 juillet 1830 vers midi pour recevoir des secours pour une blessure des plus graves faite par une balle qu’il a reçue dans le côté droit de la poitrine, dans les combats qui ont eu lieu à cette mémorable époque ». Il fut décoré de la Croix de Juillet auprès de la mairie du (ancien) IIe arrondissement. Admis dans la 6e classe des blessés, il fut pensionné de huit cents francs et reçut une inscription de rentes de la part de la Commission de la souscription nationale. Il signa le certificat suivant en faveur de Francon, Pierre : « Le 29 juillet, en combattant contre la garde royale, j’ai reçu une blessure très grave, occasionnée par une balle qui m’a traversé la poitrine. Sans être prié par personne, monsieur le docteur Francon est venu me secourir dans la rue. Il m’a fait transporter chez moi le plus promptement possible, où il m’a accompagné pour me panser d’une manière convenable. Là, il m’a donné des soins affectueux, en commençant par une saignée. Il ne m’a quitté que lorsqu’il m’eut confié aux soins du docteur Dufour, médecin de quartier. » Si la loi du 13 décembre 1830 instaura les récompenses de Juillet, une ordonnance, en date du 30 avril 1831, voulut changer les règles de la distribution et stipuler, entre autres, que la Croix de Juillet porterait gravée la légende Donné par le roi des Français, que la couleur du ruban serait bleue avec des lisérés rouges et que les citoyens décorés de la Croix de Juillet prêteraient serment de fidélité au roi des Français, et d’obéissance à la charte constitutionnelle et aux lois du royaume. Cette nouvelle ordonnance souleva des protestations chez les décorés de Juillet. Ces derniers trouvaient en effet cocasse de prêter serment à un roi qui, lui, n’avait pas combattu sur les barricades ! Et le journal la Révolution de demander : « Que parlez-vous donc de serment à des gens qui vous ont fait ce que vous êtes, et qui seraient plutôt en droit de vous demander compte de vos promesses...? » Alexandre Dumas, quant à lui, dans ses Mémoires, ajoutait la précision suivante : « Le droit acquis à la place de Grève, au Louvre et à la caserne de Babylone, est antérieur à tous autres droits : on ne peut, sans tomber dans l’absurde, supposer la décoration donnée par un roi qui n’existait point à cette époque, et pour la personne duquel, nous l’avouons hautement, nous ne nous battions point alors. » Une réunion eut lieu, à ce sujet, le 6 mai 1831, dans la salle de la Grande Chaumière, passage du Saumon, qui réunit un millier de décorés. Elle fut présidée par Garnier-Pagès (voir Garnier dit Pagès, Etienne, Joseph, Louis), avocat et qui représentait le (ancien) VIIe arrondissement. Avec au bureau : Lamoure (voir Lamoure, Auguste), représentant le (ancien) Ier arrondissement ; Arago (voir Arago, Etienne, Vincent), représentant le (ancien) IIe arrondissement ; Trélat (voir Trélat, Ulysse), représentant le (ancien) IIIe arrondissement ; Moussette (voir Moussette, Paul, Benoît), représentant le (ancien) IVe arrondissement ; Higonet (voir Higonet, Guillaume, Philippe, Joseph), représentant le (ancien) Ve arrondissement ; Bastide (voir Bastide, Jules), représentant le (ancien) VIe arrondissement ; Garnier-Pagès (voir Garnier dit Pagès, Etienne, Joseph, Louis), représentant le (ancien) VIIe arrondissement ; Villeret (voir Villeret, Antoine, Médéric ), représentant le (ancien) VIIIe arrondissement ; Gréau (voir Gréau, Anne, Louis), représentant le (ancien) IXe arrondissement ; Cavaignac (voir Cavaignac, Godefroy, Jacques, Eléonore), représentant le (ancien) Xe arrondissement ; Raspail (voir Raspail, François, Vincent), représentant le (ancien) XIe arrondissement ; Bavoux (voir Bavoux, François, Nicolas), représentant le (ancien) XIIe arrondissement ; Geibel (voir Geibel, Antoine, Benoit), représentant le (ancien) XIIIe arrondissement (arrondissement de Saint-Denis) ; Dumas (voir Dumas, Alexandre), représentant le (ancien) XIVe arrondissement (arrondissement de Sceaux). Voici comment Le Constitutionnel, du 7 mai 1831, rapporta le déroulement de cette réunion : « Les citoyens désignés pour la décoration de Juillet avaient été invités à se rendre aujourd’hui à la Grande-Chaumière, passage du Saumon, pour délibérer sur plusieurs questions relatives aux dispositions de l’ordonnance du 30 avril, qui détermine la couleur du ruban, décide que ces mots donné par le roi seront inscrits sur la décoration et prescrit un serment aux citoyens désignés. La réunion était très nombreuse. Un projet de résolution a été mis aux voix, article par article, et adopté sans discussion et sans réclamation. Voici l’acte proposé à l’approbation de l’assemblée : “Considérant que le serment en France ne peut être demandé que par une loi ; que nul article de la loi du 13 décembre 1830, qui a institué la décoration de Juillet, ne prescrit de serment ; que reconnaître au gouvernement le droit d’imposer une condition quelconque en dehors de la loi du 13 décembre 1830 ce serait lui reconnaître celui de modifier arbitrairement cette loi, et par conséquence de refuser les décorations acquises ou d’en distribuer de nouvelles sans le concours de la Commission ; que le roi, comme représentant de la nation, peut remettre aux décorés de Juillet, qui alors la recevraient de sa main, l’étoile qu’ils doivent porter mais que rien de l’autorise à la donner en son nom ; que ces mots donné par le roi, changeraient la nature de la récompense, qui cesserait d’être une récompense nationale, pour devenir une faveur royale ; que les faits à raison desquels la décoration a été instituée sont antérieurs à l’existence même du gouvernement du roi ; que le seul serment à exiger, en ce cas, serait celui de fidélité aux principes qui ont mis les armes à la main et valu la décoration nationale. Par ces motifs, les citoyens présents à la délibération s’engagent à ne pas se soumettre à la condition du serment, qu’ils considèrent comme illégale. Ils s’engagent, en outre, à porter immédiatement, après la décision prise par l’assemblée, la décoration spéciale, telle qu’elle a été fabriquée sur le modèle donné par la Commission.” La commission qui avait rédigé cette déclaration étant d’avis qu’il ne convenait pas à des citoyens, surtout à des citoyens de Juillet, d’attacher de l’importance à la couleur d’un ruban, le premier article a été adopté à la presque unanimité. Sur la question de l’inscription Donné par le roi, il a été clairement expliqué qu’il ne pouvait être dans la pensée d’aucun des patriotes de Juillet de refuser la décoration de la main du roi, et que la résolution n’était proposée que dans l’intérêt des principes et de la loi. La troisième question, celle du serment, a été résolue pour des motifs semblables. L’ordre le plus parfait a été observé dans cette délibération. Parmi cette élite des patriotes de Juillet, plusieurs portaient des marques glorieuses de leur courage. On a distingué avec intérêt un vieux citoyen (voir Decombis, Antoine) blessé une première fois, le 14 juillet 1789, devant la Bastille, et blessé de nouveau, le 28 juillet 1830, devant l’Hôtel de ville. Il avait obtenu la médaille commémorative de la victoire du 14 juillet 1789. Toute l’assemblée s’est empressée de rendre honneur à ce vétéran de la liberté. La séance levée, plusieurs des assistants se sont empressés de se séparer du ruban bleu bordé de rouge. Une quête a été faite au profit des détenus politiques. » Il fut cependant l’un des signataires (voir la liste des signataires à Fribourg, François) de la pétition suivante, qui protestait contre les différentes contestations qui repoussaient les délais de remise des décorations : « Sire, les combattants de Juillet s’attendent depuis longtemps à voir briller sur leur poitrine un signe de liberté et d’honneur. La Commission des récompenses nationales avait arrêté le modèle des décorations et même le ruban, il était rouge avec deux raies noires. Elle avait voulu sans doute, par un signe perpétuel de deuil, rappeler le souvenir de nos braves camarades qui ont succombé dans la glorieuse lutte de la liberté contre le despotisme. Cette décision a reçu son exécution, la croix et le ruban ont été fabriqués et, la Commission ayant terminé son travail, rien ne s’oppose à ce que les décorations soient distribuées dans les premiers jours de mai et que cette distribution soit l’épisode le plus glorieux de la fête de Votre Majesté. Mais, Sire, il n’en n’est pas ainsi : on croit aujourd’hui devoir ôter de la décoration les mots qui la caractérisent, la date de nos immortelles journées, changer la couleur du ruban et prolonger ainsi indéfiniment l’exécution des promesses sacrées. Les blessés et tous les combattants de Juillet sont persuadés, Sire, que vous ignorez ces misérables tracasseries et que jamais vous n’avez eu l’intention de déprécier une récompense acquise au prix de leur sang et d’empoisonner ainsi la joie qu’ils éprouvent de recevoir de votre main un signe si glorieux. Ils vous supplient, Sire, de donner des ordres pour que rien ne soit changé aux dispositions arrêtées par la Commission et déjà exécutées et de fixer le jour le plus prochain pour cette distribution. Ils sont, Sire, de Votre Majesté, les très fidèles sujets. » Son nom est sur une liste de décorés [bien qu’il soit du (ancien) IIe arrondissement et qu’il s’agît d’une liste du (ancien) Xe arrondissement] (trois devaient être choisis, en plus de trois orphelins, pour chacun des quatorze arrondissements) qui désiraient participer à la cérémonie funèbre à l’église Saint-Germain-l’Auxerrois le 28 juillet 1840, à l’occasion de la translation des corps des victimes dans le caveau de la colonne de Juillet, place de la Bastille. Il demeurait 9, rue des Martyrs en 1830-1831 (41, rue de Lille en 1831 sur les listes – peu fiables – de la mairie in Archives de Paris VD6 3 et surtout in Archives nationales F/1dIII/39 et in Archives nationales F/15/2557-2559 ; mais bien 9, rue des Martyrs in Archives nationales F/1dIII/34 et in Archives nationales F/1dIII/38 A, blessés admis à la pension) ; 41, rue de Lille en 1840. Le Constitutionnel, 10 août 1830 ; Le Journal des débats, 10 août 1830 ; Premier état de distribution des secours patriotiques versés au Constitutionnel ; Troisième et dernier état de distribution des secours patriotiques versés au Constitutionnel ; Liste des morts, des blessés, des veuves et des orphelins, 2e édition, Paris, chez A. Barbier, imprimeur, rue des Marais S.-C., 17, 1830, p. 24 ; Journées des 27, 28 et 29 juillet, liste des morts, des blessés, des veuves, des orphelins, Paris, A. Boulland, 1830, p. 26 ; Rapport de M. Sensier, ancien notaire, commissaire du IIe arrondissement chargé de constater le nombre des victimes et les faits mémorables des glorieuses journées des 27, 28 et 29 juillet 1830, Paris, imprimerie de Ambr. Firmin Didot, 24, rue Jacob, 1830, p. 19 (sous le nom de Grevrath) ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la Croix de Juillet, instituée par la loi du 13 décembre 1830 sur les récompenses nationales, Liste n° 7, des blessés de Juillet pensionnés, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la Croix de Juillet, instituée par la loi du 13 décembre 1830, sur les récompenses nationales, Le Moniteur universel, 2 mai 1831 ; Citoyens blessés pendant les événements de juillet, qui ont obtenu, aux termes de l’article 5 de la loi, la pension de 300 fr. à 1.000 fr., le Moniteur universel 5 septembre 1831 ; Tableau général et alphabétique des pensions inscrites depuis le 1er janvier jusqu’au 31 décembre 1831, Imprimerie royale, Paris, 1832, p. 66 ; Compte-rendu des travaux de la Commission de la souscription nationale en faveur des veuves, orphelins et blessés de juillet 1830, liste nominative des blessés de la 6e classe auxquels il a été accordé des inscriptions de rentes du IIe arrondissement lu et approuvé à la séance générale du 11 juillet 1832, Paris, Imprimerie de Crapelet, rue de Vaugirard, n° 9, novembre 1832, p. 95 ; Archives de Paris VD6 3, liste des décorés de la Croix de Juillet du (ancien) IIe arrondissement (sous le nom de Greverath de Swarrema, Achille, Simon) ; Archives de Paris VD6 172 n° 6, idem in dossier Francon, Pierre ; Archives de Paris VD6 524 n° 3, 1840, 10e anniversaire, exhumation des victimes de Juillet et service funèbre ; Archives nationales F/1dIII/34, Commission des récompenses nationales, état des sommes payées aux blessés pensionnés pour le compte de cette commission, du 8 octobre 1830 au 31 octobre 1831 par la mairie du (ancien) IIe arrondissement et par la caisse municipale, pendant le mois de novembre comprenant les arrérages à partir du 1er août 1831 ; Archives nationales F/1dIII/38 A, blessés admis à la pension ; Archives nationales F/1dIII/39 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens qui ont mérité la décoration spéciale, (ancien) IIe arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/57 ; Archives nationales F/1dIII/82 Compte rendu des travaux de la Commission de la souscription nationale en faveur des veuves, orphelins et blessés de juillet 1830, lu et approuvé à la séance générale du 11 juillet 1832, liste nominative des veuves, orphelins, ascendants et blessés auxquels il a été accordé des inscriptions de rentes, (ancien) IIe arrondissement, blessés de 6e classe ; Archives nationales F/15/2557-2559, état nominatif des membres de la Commission des récompenses nationales et des membres des jurys ; Le Constitutionnel, 7 mai 1831 ; Mes Mémoires, Alexandre Dumas, huitième série, nouvelle édition, Paris chez Lévy frères, 1869, pp. 162-166 ; Archives nationales F/9/1154 Protestations.