Grignon-Dumoulin, Jules, Gustave
Biographie
Né le 13 avril 1811 à Passavant, fils de Grignon-Dumoulin, Auguste, Gaspard et de Boisnet, Marie, son épouse. Commis négociant dans une maison de commerce. . Il se distingua dans les combats de la place Louis XVI à Nantes et fut blessé d’un coup de feu au tiers supérieur de la cuisse gauche avec fracture du fémur. Un certificat de notoriété attestait qu’il avait « fait partie le 30 juillet 1830 des habitants de Nantes qui prirent les armes pour la défense de la liberté et qui combattirent contre la troupe de la garnison entre les deux promenades dites du cours ; qu’il y fut blessé d’un coup de feu qui l’atteignit en dehors du haut de la cuisse gauche, blessure dont il est resté infirme et estropié pour toute sa vie ; que le même jour il fut également atteint d’un autre coup de feu au bras gauche mais que les suites de cette dernière blessure n’ont pas été fâcheuses pour lui ». Laissé dans l’impossibilité de se livrer à aucun travail, il était sans fortune et à la charge de ses parents. Il fut décoré de la Croix de Juillet, sur la proposition de la ville de Nantes par l’ordonnance du 31 juillet 1831. Il fut pensionné de mille francs. Il fit partie de la députation des blessés nantais, qui furent désignés par les autres blessés, le 12 septembre 1830, pour, sous la présidence de Grignon-Dumoulin, féliciter Louis-Philippe de son avènement au trône et lui formuler des vœux de « voir enfin succéder l’ordre légal au régime arbitraire et despotique » « Le 14, au soir, relatait cette députation, nous quittions Nantes, et le 17 à midi nous étions à Paris, après avoir recueilli sur notre route les marques nombreuses d’approbation de la part des populations au milieu desquelles nous passâmes. Partout nous fûmes accueillis par ce cri de ralliement de nos immortelles journées de juillet : vive la Charte ! vive la Liberté !… » Arrivée à Paris, la députation fut d’abord reçue par Lafayette puis par Benjamin Constant. Elle eut à souffrir de nombreuses entraves qui lui furent faites pour l’empêcher d’être présentée au roi, et ne le rencontra finalement que le 22, en même temps que les autres députations de la ville de Nantes, celles de la mairie, de la garde nationale, de la chambre de commerce, et du tribunal de commerce. Toutes les députations furent présentées au roi, revêtu de son uniforme de colonel de la garde nationale et entouré de la reine et des princes. Le roi adressa « à M. Léon Petit, au sujet de sa blessure, des paroles pleines de bonté et d’intérêt, avec une expression qui laisse apercevoir toute la sensibilité de son cœur ». Le soir, seul Grignon-Dumoulin, comme président de la députation, fut invité à dîner à la table du roi. La députation fut de retour à Nantes le 28 septembre et rendit compte à ses mandants de son séjour à Paris. Il fut décoré de la Croix de Juillet sur proposition de la Commission des récompenses de la ville de Nantes. Il fut un des très nombreux (deux pages de nom, voir la liste à Catheaugrue, Frédéric, Julien) qui, en mai 1832, apostillèrent la lettre que Catheaugrue fit parvenir à son député, afin d’obtenir, en raison des blessures qu’il avait reçues, une pension du gouvernement : « Lorsque le peuple parisien détruisait en quelques heures une insupportable tyrannie, de généreux citoyens, s’associant à ces périls, luttaient au même instant contre un pouvoir exécré qui ne fut trop longtemps que l’opprobre de notre belle patrie. Partout en France comme à l’étranger, des souscriptions furent ouvertes pour venir au secours des hommes que leurs blessures mettaient hors d’état de pourvoir aux besoins de leurs familles, et des veuves de ceux qui étaient restés sur le champ de bataille. Le roi, que nos vœux appelaient au trône et que nos bras y avaient placé, créa pour nous une décoration spéciale et mit à la disposition de ses ministres un fonds destiné aux pensions qui furent accordées depuis. De tous les blessés de Nantes, je suis, par une étrange fatalité, resté seul dans l’oubli pour la pension annuelle. Ce qui m’a convaincu de la chose c’est que j’ai vu mes frères d’armes du 30 juillet toucher tout récemment leur trimestre, et, sans vanité, Monsieur, je peux me compter au nombre de ces braves défenseurs de nos libertés. Retenu longtemps par mes graves blessures et qui se sont rouvertes le 24 septembre dernier, je fus, pendant ce temps, obligé de confier à des ouvriers la direction de mon établissement, qui a depuis beaucoup perdu de sa valeur : aussi je me demande pourquoi je n’ai pas eu part à la munificence du gouvernement. Est-ce pour avoir distribué des armes à plusieurs de mes concitoyens et qui ont combattu avec moi ? je ne le pense pas. Mon dévouement a été trop louable. Cependant, par mes blessures, je me vois sur le point de réduire ma famille à la plus affreuse misère, à laquelle j’ai, pour ma patrie, volontairement contribué. Je vous prie donc, Monsieur, de prendre en considération l’exposé sincère de ces faits. C’est avec toute la franchise d’un bon patriote que j’ai l’honneur de vous adresser ma demande. J’ai l’honneur, etc. » Les frères Grignon-Dumoulin sont dits républicains par Giraud-Mangin in Nantes en 1830 et les journées de Juillet. Il était célibataire en 1830. Il demeurait 1, rue Mercœur ou 4, place de Bretagne à Nantes en 1830. Nantes en 1830 et les journées de Juillet, Giraud-Mangin, in Revue d’histoire moderne et contemporaine, année 1931, p. 459 ; Rapport de la députation des blessés nantais, du 17 octobre 1830, Grignon-Dumoulin, président, 1830, imprimerie de Mellinet ; Ordonnance du roi qui accorde la croix et la médaille de Juillet à divers citoyens de la ville de Nantes, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Archives nationales F/1dIII/80, Loire-Inférieure et Etat des citoyens auxquels la décoration de Juillet a été décernée par l’ordonnance du 10 juillet 1831 ; Archives nationales F/9/1154, secours aux victimes de Juillet, 1831-1835 ; Tableau général et alphabétique des pensions inscrites depuis le 1er janvier jusqu’au 31 décembre 1831, Imprimerie royale, Paris, 1832, p. 66.