Grisier, Augustin

Biographie


Né le 28 novembre 1792 à Paris. Maître d’armes. Le Figaro, en date du 6 août 1830, publiait l’avis suivant : « M. Grisier, professeur d’escrime, doit donner dimanche prochain, 15 août, un assaut et concert au profit des veuves et blessés. Ce n’est pas la seule preuve que M. Grisier et son frère aient donnée de leur patriotisme. » Il fit parvenir à la Commission des récompenses nationales un Résumé des sincères efforts que je fis pour la cause nationale, ainsi rédigé : « J’eus le bonheur par mes discours et mon exemple de décider un grand nombre de personnes à se réunir à moi pour la défense des libertés publiques. J’étais un des premiers sur la place de la Bourse. J’y contribuai au départ des gendarmes. Je haranguais la troupe de ligne pour qu’elle ne tirât pas sur le peuple et je ne quittai pas la place de la Bourse qu’ils ne fussent partis (dans une autre lettre, il précise avoir été alors accompagné du colonel Servatius, Mathias [voir ce nom] et de Degournay, Pierre, Claude, Alexandre [voir ce nom]). Le mercredi, en courant après les Suisses pour avoir leurs armes, un homme fut tué près de moi. M. Degournay, jury aux récompenses nationales et M. le colonel Servatius ont été témoins de ces faits. Je fus un des premiers dans mon quartier à encourager les habitants pour former les barricades, auxquelles j’ai travaillé sans relâche et tout armé. J’étais au Théâtre-Français, j’y fis le coup de feu, j’y fus renversé. Je fus aux Tuileries, de là aux Champs-Elysées. J’arrêtai la voiture d’un prince étranger, croyant que c’était un de nos ennemis qui fuyait (dans une autre lettre, il précise avoir été alors accompagné de Pinette, Joseph [voir ce nom], avoir remis au peuple la personne qui se trouvait dans la voiture et avoir couru après un soldat du 15e qui s’enfuyait, l’avoir saisi et ramené aux Tuileries). J’ai entraîné beaucoup de monde avec moi et je les ai armés. Enfin, il résulte de mes efforts : 1° que j’ai failli être tué boulevard Poissonnière d’un coup de baïonnette. 2° que j’ai couru plus d’un danger même boulevard. 3° qu’on me tira un coup de pistolet faubourg Montmartre. 4° que j’eus le bonheur de parer un coup de sabre terrible, qui me fut porté faubourg Saint-Honoré. 5° je courus les plus grands dangers à Saint-Cloud. 6° J’arrêtai un malfaiteur armé. 7° je fis le coup de fusil au Théâtre-Français. 8° je fonde toutes mes espérances sur ce que j’ai entraîné avec moi mes concitoyens au combat et à Saint-Cloud. Mes opinions, ma vie, ma conduite en juillet, tout me fait concevoir l’espérance que je puis compter sur la justice et l’impartialité des membres de la Commission. » Dans une autre lettre, il donnait les précisions sur son voyage à Saint-Cloud : « J’ai décidé par mes discours plusieurs personnes à m’accompagner jusqu’à Saint-Cloud, où nous sommes entrés des premiers en même temps que le peuple. Nous y étions déjà lorsque près de nous, dans la cour du château un colonel fut blessé par la maladresse d’un citoyen. […] Je suis arrivé à Saint-Cloud cinq ou six heures avant la colonne qui y fut envoyée. » Il joignait à sa demande un certificat attestant qu’il avait « en armes, le 28 et 29 juillet » travaillé aux barricades de la rue du Faubourg-Montmartre, signé : Ventris illisible, B., demeurant 19, rue Bergère ; Degournay, Pierre, Claude, Alexandre (voir ce nom), demeurant 31, rue des Fossés-Saint-Germain ; …iney illisible, demeurant 16, rue de Bercy ; Lamotte, plombier, demeurant 4, rue du Faubourg-Montmartre ; Piestre illisible, demeurant 167, rue Montmartre. Un autre certificat était ainsi rédigé : « Nous, soussignés, certifions que M. Grisier, maître d’armes rue du Faubourg-Montmartre n° 4, a été un des premiers qui nous ait engagés à le suivre à Saint-Cloud le 30 juillet pour participer à la prise du château et de plus nous certifions que ce dernier s’est joint à nous et a fait tous ses efforts pour y maintenir le bon ordre. » Signé : Blés, Alphonse, demeurant 32, rue Hauteville ; Alerme, Eugène, demeurant 16, place Vendôme ; Lhorie illisible, artiste dramatique, demeurant 3, cité Bergère. Il joignait aussi une lettre de remerciement de Patin, demeurant 67, rue de Cléry, pour l’empressement et la complaisance avec laquelle il avait envoyé de la charpie, des bandes et des compresses pour le service des blessés recueillis à l’hôpital de la Pitié. Il disait avoir une réputation comme maître d’épée et de sabre des mieux établie depuis longtemps, et avait pour élève de neveu du duc de Plaisance, duc qui reconnaissait en lui « un professeur habile et un bon citoyen ». Il invoquait aussi les témoignages de Flatters, Jean-Jacques (voir ce nom), statuaire ; Carafa militaire distingué et compositeur ; Desmarbœuf chef de bataillon ; Lacombe, Alexandre. Le dossier d’examen de ses droits fut instruit par la Commission des récompenses nationales de la mairie du (ancien) IIe arrondissement. L’examen de ses droits fit l’objet du rapport suivant : « Il résulte de l’examen des nombreux certificats délivrés au sieur Grisier et des renseignements pris sur les faits y énoncés, que ce citoyen a été vu armé dans différents endroits de la capitale. Cependant personne n’a attesté qu’il se soit battu pendant les trois jours avec cet énergique courage que déployaient nos braves combattants de Juillet. Il est constant toutefois que le sieur Grisier a beaucoup fait pour la cause nationale, en s’armant, en excitant ses concitoyens à s’armer et à se défendre contre l’oppression et la tyrannie. Il atteste cependant s’être battu le 29 au Théâtre-Français. La conduite du sieur Grisier me paraît devoir lui mériter la médaille. » Il reçut la médaille de Juillet auprès de la mairie du (ancien) IIe arrondissement. Il délivra, comme « maître d’armes de S.A.R. le prince de Joinville et un de ceux qui a protesté à votre bureau contre la médaille qui lui a été donnée » le certificat suivant en faveur de Ferdinand fils : « Je déclare qu’il est à ma connaissance que M. Ferdinand est un des combattants de Juillet. Toutes les personnes qui m’ont parlé de lui relativement à la conduite qu’il a tenue pendant les trois jours m’en ont fait les plus grands éloges. » Il sollicita une place de maître d’armes à l’Ecole polytechnique. Grenadier à la IIe légion de la garde nationale, il participa à la répression du soulèvement des 12 et 13 mai 1839 et fut grièvement blessé en bourrant son fusil : la balle lui coupa un doigt et déchira deux autres. Les renseignements suivants furent indiqués sur son compte et sur la blessure qu’il avait reçue : « M. Grisier est un des professeurs d’escrime les plus distingués de Paris et l’on peut craindre que sa blessure ne lui fasse perdre son seul moyen d’existence. Le doigt a été amputé. Le colonel le désigne comme un très bon garde national, faisant fort exactement son service. Grisier fut pensionné de cinq cents francs. Mendez, Théodore, Auguste (voir ce nom), dans la relation qu’il fit de la conduite de la IIe légion de la garde nationale dans la répression de l’émeute de juin 1848, dressa plusieurs éloges en faveur de ceux qui avait participé le plus activement à cette répression, dont celui-ci concernant Grisier : « […] Nous ne pouvons pas oublier Grisier (maître d’armes), vous avez été brave comme en Juillet, et la croix de la légion d’honneur repose à côté de celle de 1830. » Il reçut un secours de soixante francs en 1850, à titre de décoré de la Croix de Juillet. Grisier demeurait 4, rue du Faubourg-Montmartre (mais 22, cité Bergère en 1830 dans le certificat quil signe) en 1830-1831 ; 19, rue de Tivoli en 1839 ; 110, rue du Faubourg-Saint-… en 1850. Le Figaro, 6 août 1830 ; Le Figaro, 3 octobre 1830 ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la médaille instituée par la loi du 13 décembre 1830 sur les récompenses nationales, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la médaille instituée par la loi du 13 décembre 1830 sur les récompenses nationales, Le Moniteur universel, 19 juin 1831 ; Archives de Paris VD6 172 n° 6 ; Archives de Paris VK3 8 loi sur les pensions des gardes nationaux blessés dans les journées des 12 et 13 mai 1839 ; Archives de Paris VK3 50 in dossier Pinette, Joseph ; Archives nationales F/1dIII/39 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens proposés pour la médaille (ancien) IIe arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/88 in dossier Ferdinand fils, Edouard ; Archives nationales F/9/683 dossier 5, événements des 12 et 13 mai 1839, dossier garde nationale de Paris, blessés du 12 mai 1839, veuves et orphelins, renseignements à l’appui du projet de loi ; Archives de la préfecture de police AA 369, rapport du 3 septembre 1850, Allocation de secours s’élevant ensemble à 12.610 francs à 218 décorés ou blessés de juillet, 25 veuves de décorés et 1 ascendant de blessé de Juillet, minute 129-134 ; La deuxième légion pendant les événements de juin 1848, Mendez, Théodore, Auguste, imprimeur de Malteste, 1848.

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