Grouvelle, Philippe
Biographie
Né à Copenhague (Danemark), fils de Grouvelle, Philippe, Antoine, alors ambassadeur de la France au Danemark, et qui avait été chargé, en 1793, en tant que secrétaire du conseil exécutif provisoire de porter à Louis XVI et de lui lire, dans sa cellule de la prison du Temple, l’arrêt de sa condamnation à mort ; ce qu’il fit, selon les Mémoires de Cléry « d’une voix faible et tremblante ». Ingénieur civil. Frère de Laure Grouvelle (qui sera emprisonnée pour sa participation à une tentative d’attentat contre Louis-Philippe), ingénieur mécanicien. Un rapport de la direction de la police, en date du 10 avril 1827, donnait sur son compte les renseignements suivants : « On assure qu’un nommé Grouvelle, fils d’un ancien homme de lettres et diplomate de la république, mort il y a longtemps, est établi à Metz. Cet individu s’occupait en 1823 soit à falsifier des passeports par des procédés chimiques, soit à organiser des presses clandestines, soit à faire des pièces clandestines. » Le cabinet du préfet rapportait pour sa part, le 20 du même mois : « […] Etabli à Metz depuis environ trois ans, il vit avec sa mère, qui est veuve, et une sœur. Sa conduite et ses relations politiques n’ont donné lieu à aucune observation. On remarque seulement qu’il fait assez fréquemment des absences d’un mois ou six semaines ; on n’en connaît pas l’objet. Lorsqu’il est à Metz, le sieur Grouvelle donne des soins à l’exploitation d’une usine dans laquelle il est intéressé et d’où il paraît tirer ses moyens d’existence. » En 1827, il sollicita un passeport pour se rendre à Bruxelles, pour affaires de commerce. Alexandre Dumas fut un des tout premiers combattants de la révolution de Juillet. Il en laissa un récit impartial et bien renseigné. Nous empruntons à ses Mémoires, son témoignage concernant Grouvelle : « Quatre attaques avaient été dirigées sur le Louvre : la première par le Palais-Royal ; la seconde par la rue des Poulies, par la rue des Prêtres-Saint-Germain-l’Auxerrois et par le quai de l’Ecole ; la troisième par le pont des Arts, et la quatrième par le pont Royal. La première était conduite par Lothon (voir Lothon, André, Charles), que nous avons, on s’en souvient, quitté à la hauteur de la rue Guénégaud. Frappé d’une balle à la tête, il était tombé évanoui sur la place du Palais-Royal.
La seconde était conduite par Godefroy Cavaignac (voir ce nom), Joubert (voir ce nom), Thomas (voir ce nom), Bastide (voir ce nom), Degousée (voir Degousée, François, Joseph), Grouvelle, les frères Lebon (voir ces noms), etc. Ce fut elle qui prit le Louvre, comme on le verra tout à l’heure. La troisième était celle qui avait eu lieu par le pont des Arts : on connaît son résultat. La quatrième, celle de la rue du Bac, ne traversa le pont, en réalité, que lorsque les Tuileries furent prises. » Aussi, sur une réunion au National, après la rentrée du duc d’Orléans au Palais-Royal, puis sur une réunion qui eut lieu entre le duc d’Orléans et des républicains : « Au moment où le duc d’Orléans, triomphant et joyeux, rentrait au Palais-Royal, six ou huit jeunes gens se réunissaient au-dessus des bureaux du National, dans l’appartement commun à Paulin et à Gauja.
Ils se regardaient les uns les autres avec un silence d’autant plus menaçant qu’ils étaient encore armés comme au jour du combat.
Ces jeunes gens étaient Thomas, Bastide, Chevalon (voir Chevallon, Alexandre), Grouvelle, Boinvilliers, Godefroy Cavaignac, Etienne Arago, Guinard. Peut-être un ou deux autres encore dont les noms m’échappent.
Chacun, selon son impatience, était assis ou debout.
Thomas était assis dans l’embrasure d’une fenêtre, avec son fusil de chasse à deux coups entre les jambes. C’était, à cette époque, un beau et brave garçon plein de loyauté, de courage, de franchise ; une tête froide et un cœur ardent.
On en était donc là ; on se racontait les détails de cette odyssée de l’hôtel de ville, et l’on se demandait ce qu’il fallait faire. M. Thiers entra.
Le matin avait paru, dans le National, un article sur l’arrestation du duc de Chartres à Montrouge 1.
Dans cet article, tout avait changé d’aspect.
Le duc de Chartres venait à Paris pour mettre son sabre à la disposition du gouvernement provisoire !
M. Lhuillier lui avait offert l’hospitalité. Le duc de Chartres avait quitté Montrouge dans l’enthousiasme des événements qui se passaient à Paris et avait promis de revenir avec son régiment.
Quelques jours après, grâce à cet article, M. Lhuillier fut décoré. L’article était du fait de M. Thiers.
L’apparition du futur ministre au milieu de nos six ou huit républicains ne fut donc pas heureuse.
Il s’était complétement dessiné depuis la veille au matin. Il était orléaniste.
En sa qualité d’orléaniste, il s’était inquiété de cette réunion qui avait lieu au-dessus de sa tête ; résolu d’attaquer ce taureau par les cornes, il monta au premier étage, et, comme nous venons de le voir, il entra sans être annoncé.
Un murmure significatif accueillit sa venue.
M. Thiers paya d’audace.
– Messieurs, dit-il, le lieutenant général désire avoir une entrevue avec vous.
– Et pour quoi faire ? demanda Cavaignac.
– Qu’y a-t-il de commun entre lui et nous ? demanda Bastide.
– Ecoutez toujours, messieurs, dit Thomas.
M. Thiers crut que, de ce côté-là, il allait trouver un soutien. Il s’avança vers Thomas et, lui posant la main sur l’épaule
– Voici un beau colonel, dit-il !
– Ah çà ! répondit Thomas en secouant doucement son épaule, est-ce que, par hasard, vous me prenez pour une p...
M. Thiers retira sa main.
– Continuez, dit Thomas, nous écoutons.
Alors, M. Thiers expliqua le but de l’entrevue.
Le duc d’Orléans voulait, pour sa politique à venir, prendre les conseils de ces braves jeunes gens dont l’héroïque insurrection avait fait la révolution de juillet. Il devait, toujours au dire de M. Thiers, les attendre, le soir, entre huit et neuf heures, au Palais-Royal.
Les républicains secouaient la tête.
Mettre le pied au Palais-Royal, c’était, leur semblait-il, pactiser avec le pouvoir nouveau, qui s’élevait à la fois contre leur conscience et contre leur volonté.
Mais Thomas vint encore en aide au négociateur.
– Voyons, dit-il en se levant, prouvons-leur jusqu’au bout que nous sommes de bons enfants.
Et, allant déposer son fusil dans l’angle de la cheminée :
– A ce soir, neuf heures, monsieur... Vous pouvez dire au lieutenant général du royaume que nous nous rendrons à son invitation.
M. Thiers sortit.
Il n’y avait pas la moindre invitation de la part du lieutenant général du royaume. M. le lieutenant général du royaume n’avait pas le moins du monde désiré voir MM. Thomas, Bastide, Chevalon, Grouvelle, Boinvilliers, Cavaignac, Arago et Guinard. M. Thiers avait pris le tout sous son bonnet, espérant qu’une entrevue concilierait les opinions. On a vu, par ce qu’il avait dit à Thomas, qu’il prenait les opinions pour des ambitions.
Le soir, les républicains furent exacts au rendez-vous. La duchesse d’Orléans, madame Adélaïde, les jeunes princes et les jeunes princesses venaient d’arriver, lorsqu’on annonça au duc d’Orléans qu’une députation l’attendait dans la grande salle.
Depuis le matin, les députations s’étaient succédé, et les salons n’avaient pas désempli.
Une députation n’étonnait donc pas le prince ; seulement, ce qui l’étonnait, c’était le personnel de la députation.
M. Thiers était là. En accompagnant Son Altesse, du salon où il était au salon où l’attendaient ces messieurs, il essaya de la mettre au courant prenant la moitié de la responsabilité sur lui, laissant l’autre aux républicains.
Tout cela avait pris un quart d’heure à peu près ; depuis un quart d’heure, ces messieurs attendaient. Ils commençaient à trouver l’attente un peu longue.
Tout à coup, la porte s’ouvrit et le duc entra, le sourire sur les lèvres ; seulement, le sourire n’avait pas eu le temps, si nous pouvons nous exprimer ainsi, de monter jusqu’aux yeux : la bouche souriait, mais le regard était encore interrogateur.
– Messieurs, dit le prince, vous ne doutez pas du plaisir que j’ai à vous recevoir ; mais...
Bastide devina, et regarda M. Thiers.
– Mais vous ne comprenez rien à notre visite ? Demandez, alors, une explication à M. Thiers, et M. Thiers voudra bien vous la donner, je l’espère, telle que la dignité du parti que nous représentons n’ait point à en souffrir.
M. Thiers, en effet, donna une explication équivoque, embarrassée à laquelle le duc d’Orléans coupa court en disant :
– C’est bien, c’est bien, monsieur... Je vous remercie de me procurer la visite de nos plus braves combattants.
Puis, se tournant de leur côté, il parut attendre que l’un d’eux commençât. Boinvilliers prit le premier la parole.
– Prince, dit-il, demain, vous serez roi...
Le duc d’Orléans fit un mouvement.
– Demain, monsieur ? dit-il.
– Si ce n’est demain, ce sera dans trois jours, ce sera dans huit jours... Peu importe le temps !
– Roi ! répéta le duc d’Orléans ; et qui vous dit cela, monsieur ?
– La marche que suivent vos partisans, la pression qu’ils exercent sur les choses, n’osant pas l’exercer sur les hommes ; les placards dont ils couvrent les murailles, l’argent qu’ils répandent dans les rues.
– Je ne sais pas ce que font mes partisans, répondit le duc, mais ce que je sais, c’est que je n’ai jamais aspiré à la couronne, et qu’aujourd’hui encore, je ne la désire pas, quoique beaucoup de gens me pressent de l’accepter.
– Enfin, monseigneur, supposons, cependant, que l’on vous presse de telle sorte que vous ne puissiez la refuser, nous est-il permis de vous demander quelle est votre opinion sur les traités de 1815 ? Faites-y attention, ce n’est point seulement une révolution libérale qui vient de s’accomplir, c’est une révolution nationale ; la vue du drapeau tricolore, voilà ce qui a soulevé le peuple ; c’est la dernière amorce de Waterloo que nous venons de brûler, et il serait plus facile encore de pousser le peuple sur le Rhin que sur Saint Cloud.
– Messieurs, répondit le duc, je suis trop bon Français, je suis trop bon patriote surtout pour être partisan des traités de 1815. Mais je crois la France fatiguée de guerres ; la rupture des traités, c’est la guerre européenne... Croyez-moi, il importe de garder beaucoup de mesure vis-à-vis des puissances étrangères, et certains sentiments ne doivent pas être exprimés trop haut.
– Passons donc à la pairie, prince...
– A la pairie, soit.
Et le duc se mordit les lèvres, comme un homme habitué à interroger, et qu’on force à son tour à subir un interrogatoire.
– La pairie, et vous serez forcé d’en convenir, continua Boinvilliers, la pairie n’a plus de racines dans la société... Le Code, en abolissant le droit d’aînesse, les fidéicommis et les majorats ; le Code, en divisant les héritages à l’infini, a étouffé l’aristocratie dans son germe, et l’hérédité nobiliaire a fait son temps.
– Peut-être, messieurs, vous trompez-vous sur cette question d’hérédité, qui est, à mon avis, la seule source d’indépendance qu’il y ait dans les institutions politiques... Un homme sûr d’hériter de son père ne craindra pas d’avoir une opinion à lui, tandis que l’homme à élire aura l’opinion qu’on lui imposera... Au reste, reprit le duc, c’est là une question à examiner, et, si la pairie héréditaire croule réellement, ce n’est point moi qui la réédifierai à mes frais.
– Prince, dit alors Bastide, je crois que, dans l’intérêt même de la couronne qui vous est offerte, il serait bon de réunir les assemblées primaires.
– Les assemblées primaires ? dit le duc en tressaillant. Oui, en effet, je sais que je parle à des républicains.
Les jeunes gens s’inclinèrent ; ils étaient venus moins en alliés qu’en ennemis : ils acceptaient la qualification, au lieu de la repousser. Leur intention était de faire la situation bien nette entre eux et le pouvoir.
– Franchement, messieurs, dit le duc, croyez-vous la république possible dans un pays comme le nôtre ?
– Nous croyons qu’il n’y a pas de pays où le bon ne puisse être substitué au mauvais.
Le duc secoua la tête.
– Je croyais que 1793 avait donné à la France une leçon dont elle saurait profiter.
– Monsieur, dit Cavaignac, vous le savez aussi bien que nous 1793 était une révolution, et non une république ; d’ailleurs, continua-t-il avec une fermeté d’accent et une netteté de prononciation qui ne permettaient pas de perdre une seule syllabe de ce qu’il disait, autant que je puis me le rappeler, les événements qui s’écoulèrent de 1789 à 1793 obtinrent votre entière adhésion... Vous étiez de la société des Jacobins ?
Il n’y avait pas à reculer ; on déchirait hardiment le voile du passé, et le futur roi de France apparaissait entre Robespierre et Collot d’Herbois.
– Oui, c’est vrai, dit le duc, j’étais de la société des Jacobins. Mais, heureusement, je n’étais pas de la Convention.
– Votre père et le mien en étaient, monsieur, dit Cavaignac, et tous deux ont voté la mort du roi.
– C’est justement pour cela, monsieur Cavaignac, reprit le duc, que je n’hésite pas à dire ce que je dis... Je pense qu’il est permis au fils de Philippe-Egalité d’exprimer son opinion sur les régicides. Au reste, mon père a été fort calomnié ; c’est un des hommes les plus respectables que j’aie jamais connus !
– Monseigneur, reprit Boinvilliers comprenant que, s’il n’interrompait pas la conversation, elle allait s’égarer sur le terrain des personnalités, il nous reste encore une crainte...
– Laquelle, messieurs ? demanda le prince. Oh ! dites, tandis que vous y êtes.
– Eh bien, nous craignons – et nous avons nos raisons pour cela – nous craignons, dis-je, de voir les royalistes et les prêtres encombrer les avenues du nouveau trône.
– Oh ! quant à ceux-là, s’écria le prince avec un geste presque menaçant, soyez tranquilles, ils ont porté de trop rudes coups à notre maison pour que je les oublie ! Une partie des calomnies dont je parlais tout à l’heure vient d’eux ; une barrière éternelle nous sépare... C’était bon pour la branche aînée, cela !
Les républicains, étonnés de l’expression presque haineuse avec laquelle le prince venait de prononcer ces mots : “C’était bon pour la branche aînée !” se regardèrent les uns les autres.
– Eh bien, messieurs, dit alors le duc, est-ce que, par hasard, j’avance une vérité qui vous soit inconnue en proclamant tout haut cette différence de principes et d’intérêts qui a toujours séparé la branche cadette de la branche aînée, la maison d’Orléans de la maison régnante ?... Oh ! notre haine ne date pas d’hier, messieurs ; elle remonte à Philippe, frère de Louis XIV ! C’est comme mon aïeul le régent, qui donc l’a calomnié ? Les prêtres, les royalistes ; car, un jour, messieurs, quand vous aurez mieux approfondi les questions historiques, fouillé jusqu’aux racines l’arbre que vous voulez abattre, vous saurez ce que c’était que le régent, les services qu’il a rendus à la France en décentralisant Versailles, et en faisant passer, par son système de finances, l’argent et l’or du pays jusque dans les dernières artères de la société. Ah ! je ne demande qu’une chose, c’est, si Dieu m’appelle à régner sur la France, comme vous le disiez tout à l’heure, c’est qu’il me soit accordé une portion de son génie !
Alors, il s’étendit longuement sur les améliorations que la politique du régent avait amenées dans la situation diplomatique de l’Europe ; et, à propos de l’Angleterre, il dit quelques mots indiquant qu’il chercherait près d’elle le même point d’appui que son aïeul.
– Pardon, monsieur, dit Cavaignac, mais je crois que le véritable point d’appui d’un roi des Français doit être dans la France.
Le duc d’Orléans n’éluda pas l’explication, et, avec sa facilité d’élocution habituelle, il développa alors, il faut lui rendre cette justice, le système qui acquit, depuis, tant de célébrité sous le nom de système du juste milieu.
Cavaignac, auquel il s’adressait plus particulièrement, comme ayant soulevé la question, écouta avec la plus grande impassibilité le développement politique auquel se livra le prince.
Puis, lorsque celui-ci eut terminé.
– Eh bien, dit-il, nous pouvons être tranquilles ; avec ce système-là, vous n’en avez pas pour quatre ans !
Le duc sourit d’un air de doute.
Quant aux républicains, comme ils savaient tout ce qu’ils voulaient savoir, ils s’inclinèrent en signe qu’ils voulaient se retirer.
Ce que voyant le prince, il les salua à son tour.
Mais, pour ne pas leur laisser le dernier :
– Allons, messieurs, dit-il, vous me reviendrez... Vous verrez, vous verrez !
– Jamais ! articula nettement Cavaignac.
– Jamais est un mot trop absolu, et nous avons un vieux proverbe français qui prétend qu’il ne faut pas dire : “Fontaine...”
Mais, avant qu’il eût achevé sa phrase, ces messieurs avaient déjà gagné la porte.
Le duc les regarda s’éloigner d’un air sombre.
C’était le premier nuage qui obscurcissait son soleil.
Dans ce premier nuage étaient toutes les tempêtes de l’avenir, même celle qui devait le renverser.
Maintenant que l’on a vu les hommes et les principes face à face, on comprendra mieux, je l’espère, les 5 et 6 juin, les 13 et 14 avril, le 12 mai et le 24 février. » Dumas cite aussi le nom de Grouvelle parmi ceux des combattants qui ont le plus contribué à la victoire de Juillet : « Ceux qui ont fait la révolution de 1830, ce sont ceux que j’ai vus à l’œuvre, et qui m’y ont vu ; ceux qui entraient au Louvre et aux Tuileries par les grilles rompues et les fenêtres brisées ; c’est, hélas ! – qu’on nous pardonne cette funèbre exclamation, la plupart d’entre eux sont morts, prisonniers, exilés aujourd’hui ! – c’est Godefroy Cavaignac, c’est Baude, c’est Degousée, c’est Higonnet, c’est Grouvelle, c’est Coste, Guinard, Charras, Etienne Arago, Lothon, Millotte, d’Hostel, Chalas, Gauja, Baduel, Bixio, Goudchaux, Bastide, les trois frères Lebon – Olympiade, Charles et Napoléon, le premier tué, les deux autres blessés à l’attaque du Louvre –, Joubert, Charles Teste, Taschereau, Béranger... Je demande pardon à ceux que je ne nomme pas et que j’oublie ; je demande pardon aussi à quelques-uns de ceux que je nomme, et qui aimeraient peut-être autant ne pas être nommés. Ceux qui ont fait la révolution de 1830 c’est cette jeunesse ardente du prolétariat héroïque qui allume l’incendie, il est vrai, mais qui l’éteint avec son sang ; ce sont ces hommes du peuple qu’on écarte quand l’œuvre est achevée, et qui, mourant de faim, après avoir monté la garde à la porte du Trésor, se haussent sur leurs pieds nus pour voir, de la rue, les convives parasites du pouvoir, admis, à leur détriment, à la curée des charges, au festin des places, au partage des honneurs. » Le dossier d’examen de ses droits fut instruit par la Commission des récompenses nationales du (ancien) VIIe arrondissement. Il fut décoré de la Croix de Juillet auprès de la mairie du (ancien) VIIe arrondissement. En 1831, à l’occasion des fêtes anniversaires de Juillet, il reçut, auprès de la mairie du (ancien) VIIe arrondissement, vingt-cinq francs de gratification, à titre de décoré mais non blessé. On trouve dans Internet, sur un site dirigé par Le Tourneau, Philippe, les indications suivantes : « Philippe Grouvelle (1799-1866), fils de Philippe Antoine, il naquit à Copenhague (où son père était ambassadeur). Chimiste (élève de Thenard) et ingénieur, Philippe Grouvelle fut inventeur dans le domaine de la chaleur, du chauffage, de la ventilation et d’appareils médicaux, ainsi qu’auteur d’ouvrages scientifiques (dont Le Guide du chauffeur et du propriétaire de machines à vapeur ou Essai sur l’établissement, la conduite et l’entretien des machines à vapeur ; précédé de principes pratiques sur la construction des fourneaux, qui eut quatre éditions, la première datant de 1830, la dernière de 1859 ; le chauffeur s’entend ici de la personne qui est chargée d’entretenir le feu de la machine). Il fonda une entreprise de chauffage central ; elle fut chargée d’installer le chauffage dans de nombreux monuments (dont le Petit Palais à Paris, comme en témoigne une inscription dans le péristyle). A l’entrée du musée monétaire (hôtel de la Monnaie, quai Conti à Paris), une grande plaque en bronze portait l’inscription “Philippe Grouvelle, Ingénieur civil” ; il semble qu’elle ait été enlevée lors de la rénovation du bâtiment en 2017. Au début du XXe siècle, la société Grouvelle, devenue depuis longtemps Grouvelle-Arquembourg, fabriqua aussi des radiateurs et des carburateurs pour les premières automobiles. La société Grouvelle-Arquembourg subsista sous ce nom jusqu’en 1965, date à laquelle la famille en perdit le contrôle et où elle fut absorbée par un concurrent. Philippe Grouvelle avait épousé Louise Coffin (1816-1881), petite-fille de Charles Coffin. Il avait séjourné en 1821 chez La Fayette, dans son château de la Grange. Dans La Presse du 18 septembre 1852, Alexandre Dumas qualifie Philippe Grouvelle de “mon vieil ami”. » Il épousa en 1839 à la mairie du (ancien) Xe arrondissement, Coffin, Louise, Hélène, Claire, née vers 1816, dont il eut au moins deux enfants : Philippe, Jules, né le 21 novembre 1840 à Paris, ingénieur et constructeur d’appareils de chauffage, professeur à l’Ecole centrale, nommé chevalier de la Légion d’honneur le 16 mars 1898 ; Antoine, Henry, né le 17 janvier 1843 à Paris, directeur de la manufacture de tabacs de Châteauroux, nommé chevalier de la Légion d’honneur le 28 décembre 1885. Il demeurait à Metz depuis 1824 jusque au moins 1827 ; 2, rue des Beaux-Arts en 1831 ; rue des Beaux-Arts en 1838 ; 19, rue du Regard en 1840-1843. Il avait été président de la Société libre pour l’instruction du peuple. Le National, 3 août 1830 ; Souvenir glorieux du Parisien, précis historique des journées des 26, 27, 28, 29, 30 et 31 juillet 1830, par P. G. Prosper L***, nouvelle édition revue et augmentée, Paris, chez l’auteur, place Saint-André-des-Arts, n° 26 et chez les principaux libraires, p. 106 ; Mes Mémoires, Alexandre Dumas, tome VI, cinquième série, nouvelle édition, Paris, Lévy frères, 1867 ; Etat supplémentaire et définitif des citoyens auxquels sera décernée la Croix de Juillet, instituée par la loi du 13 décembre 1830 sur les récompenses nationales, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Etat supplémentaire et définitif des citoyens auxquels sera décernée la Croix de Juillet, Le Moniteur universel 2 mai 1831 ; Archives nationales F/1dIII/36, Commission des récompenses nationales, état des sommes payées en dépenses diverses pour le compte de cette commission, du 8 octobre 1830 au 31 octobre 1831 par la mairie du (ancien) VIIe arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/39 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens qui ont mérité la décoration spéciale, (ancien) VIIe arrondissement et liste supplémentaire des décorés de Juillet ; Archives nationales F/7/6987/d 13611 Grouvelle ; Cour d’assises de la Seine, affaire Huber, attentat contre la vie du roi, Paris 1838 ; L’Epopée des régicides. Passions et Drames. 1814-1848, Louessard, l’Insomniaque, Paris, 2000, base leonore de la Légion d’honneur, dossier LH/1211/46 ; dossier LH/1211/45.
Le duc de Chartres, qui regagnait Paris à la tête de son régiment, venait de faire allégeance à la famille royale. Le baron de Damas devait témoigner du fait suivant : « Le 1er août, nous fûmes heureusement surpris par l’arrivée de Mme la dauphine. Cette princesse, qui était à Vichy lorsque les ordonnances furent rendues, avait été insultée à son passage à Dijon et avait montré dans cette circonstance son courage habituel. A Joigny, elle avait rencontré le duc de Chartres à la tête le son régiment de hussards et ce prince l’avait assurée de son dévouement. » Mémoires du baron de Damas (1783-1862), tome IIe (1823-1862), Paris, Plon, 1922, p. 183.