Grün, Sébastien, Jacques
Biographie
Né le 10 septembre 1797 à Thann (ou à Dahiez in Archives de Paris VD6 3 sur les listes peu fiables ou à Dahnn in Archives de Paris VK3 34 et in Archives de Paris, VD6 672 n° 1 ; Dahm in Archives de Paris VK3 33) (Haut-Rhin). Mécanicien. Il adressa à la Commission des récompenses nationales un Mémoire du sieur Grün sur sa conduite pendant les journées de Juillet, 26, 27, 28, 29 et 39, contenant mention des faits de divers citoyens qui se sont passés sous ses yeux, et ainsi rédigé : « Le 26 au matin, instruit que les journaux venaient d’être enlevés dans tous les cafés, par ordre des commissaires, je voulus en connaître le motif : je quittai mon domicile et me rendis aussitôt au Palais-Royal, où j’eus connaissance des fatales ordonnances. Bien persuadé que ce coup terrible devait être le devancier d’un événement marquant, je revins dans mon quartier et je communiquai cette fatale nouvelle à toutes les personnes que je connaissais. Déjà, ce jour-là, j’ai entendu plusieurs personnes se dire Tenons-nous prêts et voyons à nous procurer des armes. L’événement du 26 vint réveiller en moi cet amour de la liberté ; aussi, dès le matin du 27, voulant connaître quelle en serait l’issue, je me rendis de nouveau sur les 10 heures au Palais-Royal, et les rassemblements nombreux que je vis me confirmèrent assez quel coup devait éclater. J’entendis les mêmes propos que la veille, divers orateurs lisaient les journaux alors prohibés et appelaient à la défense de la liberté. Un d’eux me frappa le plus : il avait un chapeau gris, monté sur une chaise ; je l’entendis plusieurs fois et à divers endroits du jardin, après sa lecture, dire à ses nombreux auditeurs : la liberté est enchaînée, mourrons pour la défendre. Ces paroles étaient répétées et plusieurs fois les cris Aux armes ! se firent entendre. Je vins alors (il était à peu près 11 heures) sur la place du Palais. Les attroupements étaient plus considérables et déjà les nombreux détachements de gendarmes à cheval cherchaient à les dissiper, sans aucun ménagement. De toute part, on entendait chacun se dire Préparons-nous au combat. Persuadé que bientôt la troupe agirait avec plus d’aigreur, je gagnais le domicile d’un de mes oncles, rue de Grenelle-Saint-Honoré. J’avais l’intention de me procurer une arme pour me défendre à la première attaque. Je ne pus réussir car mon oncle m’affirma ne point en avoir. Il était près de 2 heures, les premières décharges se sont fait entendre. J’étais désespéré de me trouver sans défense. Force fut à moi de me retirer. Je ne m’attendais pas à être sitôt témoin d’une scène douloureuse. A peine arrivé vers l’Oratoire, un peloton de la garde royale fit feu et un malheureux jeune homme, tombe à mes côtés, baignant dans son sang. Furieux de voir combien grande était la lâcheté de ces forcenés soldats, j’appelle Aux armes ! et crie Vengeance ! Je demande une arme, bien résolu à m’en servir. Un bourgeois se rend à mes instances et me donne un fusil, que je reçois toujours avec l’intention d’en faire bon usage. Mais je manquais de munitions. Espérant en trouver ailleurs, je revins vers le Palais-Royal et, là, un monsieur, que je crois être un chasseur, courut rue du Chantre et me rapporta de la poudre et du plomb. Déjà quelques citoyens étaient armés. Je m’adjoignis à eux et tirai deux coups mais voyant notre petit nombre et l’acharnement des troupes, je me crus en danger. Je remis mon arme à un individu du peuple, en bras de chemise et jugeai prudent de me retirer pour m’utiliser où besoin serait. Je regagnai mon quartier. Ayant rencontré plusieurs imprimeurs, notre conversation roula sur les fatales ordonnances et nous convînmes de nous armer si les choses se continuaient dans le même état. J’offris à ces citoyens de leur fournir des munitions s’ils en manquaient, ce qu’ils acceptèrent ainsi qu’un grand nombre d’habitants qui avaient grossi notre groupe. Afin de stimuler leur élan, je leur fis un tableau exact de ce que je venais de voir. Je m’empressai de rapporter exactement ce qui se passait aux personnes de mon quartier, qui, toutes, me parurent animées du même esprit. Dès les 6 heures du matin le 28, je partis afin de savoir sur les lieux qui en avaient été le théâtre quel devait être le résultat des événements de la veille. J’eus la douleur d’apprendre que plusieurs individus avaient été tués et que l’exaspération était à son comble. J’étais alors sans armes. Je revins sur la place du Palais-Royal, plusieurs détachements arrivèrent sur la place et le peuple, sans défense, se contentait de dire que c’était chose abominable (car je n’aperçus dans la foule que quelques individus armés). La foule allait croissante et la troupe prenait une attitude menaçante. Lorsque le dernier peloton, faisant volte-face, fit une décharge sur de nombreux citoyens sans arme, en tua et blessa un grand nombre. Ce fait s’est passé près le café de la Régence. Furieux et plus que jamais zélé partisan de la liberté, outragée, je me dirigeai vers ma demeure, bien résolu d’appeler aux armes et d’encourager, par mon exemple. Chemin faisant, je me suis trouvé à la prise du poste de la place du Châtelet, où des coups de fusils ont été tirés et, après le désarmement, des gendarmes qui montaient le long du quai furent assaillis et un d’eux a été tué par un jeune homme, qui me parut être un ouvrier. Le cheval, qui revint sur ses pas fut arrêté par deux autres personnes, qui se prirent de dispute pour avoir les deux pistolets. Arrivé près le palais de justice, je m’adjoignis à plusieurs élèves, dont l’un en redingote verte et armé, et m’adressait à l’officier du poste pour l’engager à livrer les armes. Mes instances eurent du succès car aussitôt elles furent distribuées. Rentré chez moi, je voulus revêtir mon uniforme, ce qui fut impossible, il m’était devenu trop étroit. Je le remis aussitôt à Mmes Frontier et Brion, rue du Plâtre, nos 9 et 11 afin de l’élargir ; provisoirement, je pris mon sabre, ma giberne et fusil et me rendis ainsi armé au poste de la place Maubert, qui venait d’être pris. Là, je rapportais tout ce que j’avais vu, engageant chacun à s’armer pour la liberté. Je me dirigeai vers le pont d’Arcole et arrivé rue Saint-Landry au coin de celle des Marmousets, un ouvrier, âgé d’environ trente-six ans, fut atteint d’une balle dans la poitrine et tomba à mes côtés. Ayant cru entendre qu’il demeurait rue de la Vieille-Draperie, je proposai de le porter aussitôt dans son domicile pour lui faire administrer des secours. Un jeune homme s’adjoignit à moi. Chemin faisant, ce malheureux expira dans nos bras. Arrivés rue de la Juiverie, nous vîmes s’avancer un bataillon de troupe de ligne. Je dis aussitôt à mon compagnon : “Plaçons ce malheureux au milieu de la rue, pour barrer le passage des soldats. Ce spectacle ne peut que les toucher.” Je vis les soldats passer religieusement de chaque côté, évitant de le fouler à leurs pieds. Rentré chez moi, vers 1 heure, je revêtis mon uniforme et cherchai à réunir quelques voisins. J’arrivai seul au poste, où se trouvaient déjà cinq ou six gardes nationaux en uniforme et un grand nombre de citoyens. Y ayant séjourné quelques instants, un jeune homme armé accourut et dit que six vingt braves voulaient on pourrait traverser le pont et prendre l’Hôtel de ville. Je n’hésitai pas à le suivre et avec moi cinq ou six personnes. Nous gagnâmes le pont de l’Archevêché. Arrivé près le pont Rouge, vers les 3 heures, plusieurs de mes compagnons avaient disparu. Je vis un citoyen qui fut atteint d’un biscayen être renversé. J’ignore s’il était mort. Deux citoyens le prirent et l’emportèrent. Là, je rencontrai un nommé Carpentier, marchand de vin. Lui ayant dit que je me dirigeai sur le pont d’Arcole, il m’engagea à ne pas m’exposer. Je continuai ma marche et ne voulant pas braver inutilement les balles qui sifflaient sur ma tête, je descendis dans la rue Basse, que je suivis jusqu’à l’angle de la rue Colombe. Je vis plusieurs citoyens qui se disposaient à combattre. Ayant aperçu un chantier de pierres, où se trouvaient placés deux ou trois braves, je m’y plaçai et, agenouillé sur une pierre, je commençai à faire feu sur les Suisses et gardes royaux postés sur la Grève. Environ une heure après, un boulet vint frapper le poteau du réverbère contre lequel j’étais adossé. Aussitôt tous les combattants s’enfuirent. J’appelai une personne que je connaissais et qui était parmi les fuyards mais ce fut en vain. Je continuai d’occuper mon poste. Un jeune homme resta seul avec moi. Demi-heure après, un second boulet vint de nouveau atteindre le même poteau. Je jugeai alors prudent de changer de place. C’est alors que j’ai vu combien grand était l’enthousiasme et avec quel empressement chacun voulait coopérer à la conquête de la liberté. Dans les rues Basse, le long des quais, des jeunes gens et même des enfants fondaient des balles, les uns dans des écrous, d’autres entre des pierres et d’autres dans des morceaux de bois percés. Ils distribuaient ces balles au plutôt ces morceaux de plomb à chaque combattant. C’est pendant le temps que j’ai passé au coin de la rue de Colombe que j’ai vu les Suisses tenter deux fois de traverser le pont. A la seconde charge, deux d’entre eux s’étant avancés jusque vers le milieu, l’un fut tué et son camarade éprouva le même sort en voulant se retirer. Leurs cadavres furent retirés par deux jeunes gens, qui profitèrent d’un moment où le feu cessa pour quelques minutes. Les hostilités ayant repris avec plus de fureur, je me rangeai pour quelques instants le long du parapet du quai et continuai de tirer sur la Grève. Afin de tromper nos ennemis, nous imaginâmes une ruse qui n’était point inutile à cause de notre petit nombre. Chaque combattant, après avoir chargé son arme, étant assis, plaçait son chapeau ou bonnet sur le parapet et s’avançait de quelques pas pour lâcher son coup. Ainsi que j’ai pu en juger, j’estime que nous n’étions pas plus de quarante à cinquante combattants et souvent moins. Plus que jamais enhardi et jaloux d’entretenir le courage de mes compagnons, je m’avançai vers le pont et étant agenouillé je n’hésitai pas à gagner le milieu. Il était environ 6 heures. Je me plaçai derrière la pile et ne quittai cette place qu’une heure et demie après, lorsqu’une balle venant du côté de la Cité frappa à quelques pouces de moi. La prudence m’engageait à la retraite. Car alors je me voyais exposé des deux côtés et je pouvais devenir victime de la maladresse d’un des nôtres. Je dois dire qu’au moment où j’arrivai sur le pont, deux jeunes gens, dont un avec une demi-blouse, se prenant par le bras, traversèrent le pont en courant et un d’eux planta un petit drapeau sur le côté de la Grève. Ils revinrent séparément sur leurs pas et un des deux fut blessé presque au bout du pont, côté de la Cité. Pendant tout le temps que j’ai combattu, de 3 heures à 7 heures et demie, une seule balle a traversé mon bonnet à poil. La fatigue me força enfin à gagner mon domicile. Mes ouvriers, au nombre de trois, ensuite de l’ordre que je leur avais donné le matin, fondaient des balles et faisaient des cartouches. Manquant de plomb, je leur dis de se servir de ceux de mes outils qui étaient de ce métal. J’ai acheté six livres de poudre chez M. Gontier, quincaillier place Maubert, et ai fait confectionner des cartouches qui ont été distribuées, tant par moi que par mes ouvriers, à tous les citoyens armés : plus de deux mille balles ont été fondues chez moi pendant les journées des 28 et 29 et distribution en a été faite avec soin. Lorsque j’ai voulu payer mes ouvriers, ils ont refusé leur salaire car, disaient-ils, il est juste que nous fassions quelque chose pour notre pays. Le soir du 28, sachant que plusieurs barils de poudre étaient placés au poste Maubert, je m’y rendis afin d’éviter quelque malheur. Des gardes nationaux s’y trouvaient et je fus désigné comme chef du poste. Nous établîmes des factionnaires tout autour. Il a fallu user de beaucoup de ménagement pour calmer un grand nombre d’individus déguenillés qui menaçaient de mettre le feu à cette poudre. Sachant que le vin exerce sur eux une influence salutaire, je fus chercher quatre à cinq litres de vin, qui leur ont été distribués et qui produisirent l’effet que j’en attendais. Vers les 2 heures du matin environ, un individu lâcha un coup de fusil derrière le poste et fut blessé par de la poudre qu’il avait sur lui. La populace voulait le tuer, ce que nous parvînmes à empêcher et l’individu fut conduit à l’Hôtel-Dieu. Parmi les personnes que j’ai observées je dois ici citer un homme nommé Urtin (voir Urtin, Louis, Urbain, Hannibal), qui fit preuve d’un zèle et d’une intrépidité admirables. Toute la nuit, il fit faction et fit ensuite partie d’une patrouille envoyée dans la Cité et contribua beaucoup au rétablissement et au maintien du bon ordre. Je lui ai remis des munitions, qui, ainsi que je l’ai su, lui ont servi contre nos ennemis. Le 29, après quelques heures de repos, je me rendis au poste qui alors avait pour chef M. Lebègue, capitaine de la garde nationale, et Gontier, lieutenant, vers les 8 heures et demie du matin, instruits que des désordres graves avaient lieu à l’Archevêché, nous partîmes au nombre de six, à l’effet de rétablir l’ordre. Déjà tout était au pillage ; ayant aperçu quatre individus qui emportaient une châsse, je courus à eux et leur enjoignis de se dessaisir de cet objet. Un d’eux, sortant un pistolet de sa poche, me menaça de me tuer. Je couchai aussitôt mon fusil en joue et lâchait mon coup, ce qui leur fit prendre la fuite. Aidé de quelques gardes nationaux, je mis la châsse en lieu de sûreté et deux personnes y firent faction. Au même instant, deux autres individus emportaient de l’argent. Je les arrêtai, aidé de M. Xaintrailles. Je les contraignis à me suivre au poste et là ils remirent une somme d’environ sept cents francs et une infinité d’autres objets qu’ils avaient volés, à MM. Gonthier et Lebègue, qui en prirent note. Ceci se passait sur les 10 heures environ. Sur ces entrefaites, on vint annoncer que le commissaire de police Gombeau qui, la veille, voulait faire tirer sur le peuple et avait été remplacé du vœux général, revenait pour s’installer. Voulant prévenir de nouveaux malheurs, nous nous rendîmes, au nombre de quatre, à son bureau. Je ne craignis pas de lui dire qu’il eût à se retirer de suite et le sommai de déposer sa démission en mes mains car il était en horreur à tous. Il se rendit à mes injonctions, contre son gré, et je revins au poste avec M. Raub illisible, marchand de vin, qui seul resta avec moi dans le bureau. Vers les 11 heures et demie, je partis avec un habitant de la rue Galande. Nous nous dirigeâmes sur les quais et arrivâmes au Louvre après sa prise. Etant entré dans les Tuileries avec la foule, je vis un monsieur en redingote bleue, portant plusieurs décorations. Il traversait en fuyant le salon voisin du trône et était armé de pistolets. Il fit menace de tirer sur nos braves. Aussitôt on lui cria de se rendre, ne l’ayant voulu, il tomba percé de balles. Son cadavre resta exposé sur un matelas jusqu’à la nuit. J’ouvris alors une porte et me trouvai dans la chambre de l’ex-roi. La foule s’y précipitait mais je parvins à la contenir, aidé d’un marchand de vin de la rue Saint-Victor et de quatre autres personnes. En ce moment, une cassette dorée placée près du lit fut enlevée par les soins d’un élève de l’Ecole polytechnique. Pendant ce temps, d’autres citoyens ayant aperçu des fleurs de lys voulaient les abattre. Je leur dis : “Entrez dix à dix et ôtez-les.” Ce qui fut exécuté aussitôt. Plusieurs d’entre eux se placèrent successivement sur le lit. Nous gagnâmes alors le cabinet du roi, empêchâmes qu’on y pénétrât, afin d’obvier au désordre, je fis aussitôt des placards portant Respect aux propriétés nationales, qui furent placés sur les glaces et autres objets précieux, ce qui contribua beaucoup à les conserver. Des citoyens voulaient entrer mais afin de les persuader que nous étions là pour le maintien du bon ordre, nous leur livrâmes diverses gravures représentant Charles X et l’expédition d’Afrique, en leur disant que MM. Lafayette et Gerard devaient habiter le château, qu’il convenait de ne rien endommager mais seulement de faire disparaître tout ce qui rappelait le roi déchu. Ils goûtèrent ces raisons. Ayant alors ouï-dire que les Suisses étaient campés aux Champs-Elysées et viendraient, la nuit, attaquer les Tuileries, j’avisai un moyen de sauver les objets les plus précieux. Je fis donc prévenir M. le secrétaire général du Musée, qui se rendit aussitôt dans le cabinet, accompagné de trois ou quatre hommes. Parmi les divers objets qu’il fit enlever, je citerai deux bas-reliefs sous cylindre, ouvrage chinois, deux pendules, le calice de l’ex-roi avec son (manque un mot), un ouvrage de Frédéric le Grand en trente volumes, un portrait de Marie-Antoinette et de la dauphine et une infinité d’autres choses précieuses, que je n’ai pu me rappeler. Le tout a été emporté chez lui. Je continuai de rester aux Tuileries jusqu’à 3 heures du matin. Voyant alors qu’il n’y avait plus de danger, je regagnai mon domicile. Le 30, le 31 et jours suivants, je continuai mon service de garde national. Le 31, je fus mandé à la mairie et, là, en présence des principales autorités et officiers de la garde nationale, je reçus des félicitations sur ma conduite pendant notre glorieuse révolution. Je fus un des candidats à la croix d’honneur lorsqu’on proposa d’en donner quatre par légion. Jusque-là, je n’avais fait aucune démarche. Plus tard, j’ai été nommé porte-drapeau. Tel est le récit de ma conduite pendant et après notre révolution. Si je n’ai pas parlé de l’entière abnégation de mes propres intérêts, du sacrifice de mes marchandises, des prières d’une épouse qui voulait m’éloigner du danger, c’est que j’ai fait tout ce qu’un bon citoyen, un ami de l’ordre et de la liberté devait faire dans pareille occurrence. Loin de moi était alors la pensée d’une récompense ; elle eût avili, à mes propres yeux, le peu de services que j’ai rendus. Quant à tous les faits relatés dans ce mémoire, de nombreuses et honorables attestations viennent à l’appui et sont les garants assurés de ma bonne foi et de la sincérité de mes récits. » Un rapport de la mairie relatait ainsi sa participation aux combats : « Etait le 27 dans la rue Saint-Honoré. Là, il s’empara du fusil d’un bourgeois et s’en servit contre les gendarmes. Le 28 au matin, il fut au Palais-Royal puis coopéra aux désarmements des postes de la place Maubert, du Châtelet et du Palais de justice, où il somma l’officier de rendre ses armes, ce qu’il fit. Il revint chez lui afin d’exciter le peuple et le conduisit au pont d’Arcole en habit de garde national. Là, il s’établit avec quelques-uns dans le chantier de pierres qui se trouve près de cet endroit. Il ne cessa de tirer que lorsque le second des boulets lancés de l’Hôtel de ville vint frapper la cloison qui l’abritait. Forcé de quitter la place, il se précipita sur le milieu du pont d’Arcole et fut se placer derrière la pile où il resta près de deux heures. M. Grün a fait distribuer à ses frais de la poudre et plus de deux mille balles, à la confection desquelles il employait ses propres outils. Le 29 au matin, il s’opposa au pillage de l’Archevêché, arriva au Louvre vers la fin de l’action, entra aux Tuileries, fit respecter comme propriétés nationales les objets précieux qu’il y trouva et, plus tard, les fit remettre entre les mains du secrétaire général du musée. Il a été porté par ses camarades de la garde nationale comme candidat à la Légion d’honneur et choisi par eux pour porter l’un des drapeaux de la légion. » Il fit partie avec Delestre (président du jury), Condé Louis-Philippe Antoine, Chanonat Pierre Adolphe, Dufresne Olivier Claude, Herfort François Joseph, Laugier Adolphe, Leuillier Antoine Pierre, Maës Nicolas Joseph, Mercier Célestin Joseph Valentin, Paris Théodore Marie Augustin, Parquet Charles Egalité, Prévost Henry François, Vayron François Benjamin, Vitry Pierre Hippolyte, Vitte Joseph Marie, des seize membres composant le jury de la Commission des récompenses nationales pour le (ancien) XIIe. Le dossier d’examen de ses droits fut instruit par la Commission des récompenses nationales du (ancien) XIIe arrondissement. Le jury de la Commission des récompenses nationales, chargé d’examiner les droits de chacun à une récompense, se prononça, dans sa séance du 30 décembre 1830, à sept voix pour la croix, aucune voix pour la médaille et aucune voix pour une mention. Il fut décoré de la Croix de Juillet auprès de la mairie du (ancien) XIIe arrondissement. A la date du 3 mars 1831, on trouve le procès-verbal suivant de la séance du jury de cet arrondissement : « Le jury du (ancien) XIIe arrondissement, appelé à juger la conduite tenue par deux de ses membres, MM. Roblin (voir Roblin, Louis, Simon) et Paris (voir Paris, Théodore, Marie, Augustin), le 1er mars courant, après avoir entendu contradictoirement les personnes sus désignées et s’être éclairé sur la gravité des faits et après une délibération, a pris la décision suivante : “Considérant que M. Roblin a été le provocateur de la rixe arrivée. Considérant que par ces faits il a compromis la dignité du jury et qu’en outre en allant solliciter des signatures contre un de ses collègues, il a tenu une conduite peu digne des honorables fonctions dont il était revêtu, le comité a décidé à l’unanimité que M. Roblin serait hautement réprimandé, lui laissant d’ailleurs à décider quelle conduite ultérieure doit tenir un membre aussi sévèrement réprimandé. En ce qui concerne le sieur Paris : considérant que bien que les propos tenu par lui soient le résultat de la provocation, néanmoins le jury l’engage à être plus circonspect à l’avenir. La présente décision sera insérée au procès-verbal de ce jour. Le jury ayant acquis, dans le cours de la séance, tant par la déposition des témoins que par les déclarations de M. Roblin, que celui-ci était le rédacteur d’une protestation calomnieuse contre M. Grün, et qu’il avait même sollicité les signataires à y apposer leurs noms, sur la proposition d’un membre, le jury a décidé à l’unanimité que M. Roblin cesserait dès ce moment de faire partie du jury. » La seconde partie du dernier procès-verbal faisait allusion au fait suivant : une lettre fut adressée, sur l’initiative de Roblin au jury de la mairie du (ancien) XIIe arrondissement, pour dénoncer le fait que Grün eût demandé une récompense honorifique pour sa participation aux combats des trois journées. Cette lettre était ainsi rédigée : « Nous, soussignés, marchands patentés, certifions qu’il est en notre parfaite connaissance que le sieur Grün, mécanicien, rue du Plâtre-Saint-Jacques, n° 14, n’a pas tiré un coup de fusil au pont d’Arcole le 28 juillet 1830. Effectivement il est venu avec nous pour voir ce qui se passait mais, arrivé près du quai de la Cité, il s’est retiré. Il s’est trouvé que le nommé Danguillecourt, plus hardi que les autres, est avancé jusqu’au parapet, a tiré un seul coup de fusil, et nous sommes revenus tous ensemble, où nous avons resté une grande partie de la journée et resté le lendemain dans le quartier comme les autres, pour maintenir l’ordre. » Signé : Vasselet (voir Vasselet, Pierre, Antoine, Jacques), demeurant 13, rue Perdue ; Danguillecourt (voir ce nom), demeurant 29, place Maubert ; Genty, demeurant 10, place Maubert ; Varet-Picot, demeurant 3, place Maubert. Le procès-verbal de la séance du 3 mars 1831 du jury, qui statua sur la polémique, fut ainsi rédigé : « Jury du (ancien) XIIe arrondissement municipal de Paris pour les récompenses nationales honorifiques, assemblé pour entendre les individus qui ont signé une protestation contre M. Grün, en dénégation des faits allégués par celui-ci à l’appui de sa demande de récompense honorifique, et les témoins appelés par celui-ci contradictoirement. Composé de MM. Delestre (voir ce nom), président, Mercier (voir Mercier, Célestin, Joseph, Valentin), Condé (voir Condé, Louis-Philippe, Antoine), Chanonat (voir Chanonat, Pierre, Adolphe), Prevost (voir Prévost, Henry, François), Vitry (voir Vitry, Pierre, Hippolyte), Vayron (voir Vayron, François, Benjamin), Leuillier (voir Leuillier, Antoine, Pierre), Paris (voir Paris, Théodore, Marie, Augustin), Laugier (voir Laugier, Adolphe), Parquet (voir Parquet, Charles, Egalité) et César (voir Cézar). Lecture donnée de la protestation signée Geland, Genty, Vasselet, Danguillecourt et Varet-Picot. Ils furent entendus ainsi que les témoins ainsi qu’il suit, savoir : 1°) Danguillecourt dit qu’il est parti avec M. Grün et autres pour aller au pont d’Arcole, qu’arrivés au pont Rouge, ils sont retournés ; que lui seul a tiré un coup de fusil au pont d’Arcole, que revenu de nouveau au pont d’Arcole, les Suisses n’étaient plus sur la place de Grève mais dans le bâtiment de l’Hôtel de ville ; qu’ils n’ont demeuré en tout qu’une demi-heure, que pendant tout le reste du temps ils sont demeurés au poste de la place Maubert. Lui demandé par M. le président qui lui avait porté chez lui la protestation à signer ? a d’abord répondu que c’était un homme qu’il ne connaissait que de vue et ensuite a dit que c’était M. Roblin. 2°) Varet-Picot. M. Grün est parti de la place Maubert avec lui et autres vers 6 heures, pour aller au pont d’Arcole, que là ils sont demeurés ensemble pendant une demi-heure, que du reste il ne connaît pas la conduite que M. Grün a tenue pendant le temps des événements ; qu’il a déclaré à M. Roblin qui lui a présenté la protestation à signer qu’il n’avait pas autre chose à dire et qu’il le répéterait devant la Commission s’il en était requis. La pétition était toute faite quand on la lui a présentée. Avant M. Roblin avait dit auparavant (sic) chez lui que M. Grün avait la décoration et qu’il voulait la porter, pour avoir tiré sur le pont d’Arcole, à quoi Varet-Picot aurait répondu que ce n’était pas en sa présence. Il ajoute qu’il n’a pas cru signer autre chose que ce qui s’était passé en sa présence, sans prendre sur lui la responsabilité entière de la protestation. 3°) Geland dit que M. Grün a fait avec lui le service de la place Maubert pendant trois jours sans en être sorti. Interrogé de savoir qui lui avait présenté la protestation à signer, a dit que c’était M. Roblin. A lui demandé si on lui avait lu la protestation avant de la signer ? a dit qu’il la connaissait d’avance. M. Roblin déclare qu’il a écrit lui-même la protestation, sur la demande de plusieurs individus, qu’il ne connaissait pas les signataires avant cette époque. Témoins appelés par M. Grün : 4°) M. Hurtin a vu M. Grün faisant feu dans le chantier de pierres, où il est demeuré seul après que tous les autres combattants s’étaient retirés quand les boulets arrivaient sur le chantier. 5°) M. Deligny (si c’est Deligny, Jean, Julien, François, Gabriel il a déjà un problème de faux témoignage…) a vu M. Grün au chantier de pierres dans l’après-midi du 28, combattant bravement et habillé en garde national. 6°) M. Robert au vu aussi M. Grün dans le chantier de pierres, il pouvait être 3 heures ; il lui a même donné trois de ses cartouches. M. Grün a produit deux certificats de MM. Decampeau et Poupinelle (voir Poupinelle, Prosper ?), attestant les mêmes faits. Le jury, passant à la question de savoir si la décision prise sur la demande de Poupinelle, Prosper en récompense honorifique serait maintenue. Votant au scrutin secret, le résultat fut unanimement oui la décision prise à l’égard de M. Grün sera maintenue. » Il comparut le 31 mars 1831, devant le maire (ancien) XIIe arrondissement, pour attester que Guedret, Antoine « était un des combattants pour la liberté, dans les événements de Juillet ; que le 29 dudit mois, à la caserne Babylone, il a eu le bras blessé à l’épaule, blessure qui a nécessité l’amputation du bras droit, vingt-six jours après ; que cette infirmité le met dans l’impossibilité de continuer à exercer sa profession ». Il comparut, le 31 mars 1831, devant le maire du (ancien) XIIe arrondissement, pour attester que Paris, Théodore, Marie, Augustin avait « combattu pour la liberté dans les journées de Juillet ; que le 29 du même mois, ayant reçu, dans la rue de Rohan, un coup de feu à la main droite, il a été transporté à l’Hôtel-Dieu, où le jour même il a été amputé de la main droite ; qu’après cette opération il est resté trois semaines audit hôpital et ne peut plus exercer sa profession ». En 1831, à l’occasion des fêtes anniversaires de Juillet, il reçut, auprès de la mairie du (ancien) XIIe arrondissement, vingt-cinq francs de gratification, à titre de décoré mais non blessé. Il demeurait 14, rue du Plâtre-Saint-Jacques, dans le passage qui conduit au 41, rue Galande en 1830-1831. Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la Croix de Juillet, instituée par la loi du 13 décembre 1830 sur les récompenses nationales, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la Croix de Juillet, instituée par la loi du 13 décembre 1830, sur les récompenses nationales, Le Moniteur universel, 2 mai 1831 ; Archives de Paris VD6 3, liste des décorés de la Croix de Juillet du (ancien) XIIe arrondissement ; Archives de Paris VD6 639 n° 5, liste générale alphabétique ; Archives de Paris, VD6 672 n° 1 ; Archives de Paris VK33 Commission des récompenses nationales, mairie du (ancien) XIIe arrondissement, le 30 décembre 1830, le 23 février 1831 et le 3 mars 1831, jury pour l’examen des demandes de récompenses honorifiques, idem Commission des récompenses nationales, (ancien) XIIe arrondissement, propositions honorifiques du 20 janvier 1831, idem un feuillet intitulé Individus qui se sont présentés sans dossier ; Archives de Paris VK3 34, liste de 829 noms, accompagnés d’observations sur les exploits des impétrants ; Archives de Paris VK3 34, liste de 829 noms, accompagnés d’observations sur les exploits des impétrants ; Archives de Paris VK3 45 ; Archives nationales F/1dIII/37, Commission des récompenses nationales, (ancien) XIIe arrondissement, état des sommes payées en dépenses diverses pour le compte de cette Commission, du 8 octobre 1830 au 31 août 1831 par la mairie du (ancien) XIIe arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/39 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens qui ont mérité la décoration spéciale, (ancien) XIIe arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/57 in dossier Gueudret, Antoine ; Archives nationales F/1dIII/70 in dossier Paris, Théodore, Marie, Augustin ; Archives nationales F/15/2557-2559, état nominatif des membres de la Commission des récompenses nationales et des membres des jurys.