Guérin, Laurent

Biographie


Né le 24 juillet 1790 à Paris. Propriétaire. Il déposa un dossier devant la Commission des récompenses nationales instituée après la Révolution de Février, et qui nous donne quelques indications sur sa participation à la révolution de Juillet. Il adressait en effet la lettre suivante à la Commission : « Un combattant du 23 et 24 février s’adresse en toute confiance à vous, croyant avoir mérité une récompense nationale. A vrai dire, je n’ai fait que mon devoir ; néanmoins j’ai eu la gloire d’assister à la prise du Château d’eau, combattant au côté du citoyen Crémieux (ministre de la Justice), qui, comme moi, était armé d’un fusil. Je suis aussi arrivé un des premiers aux Tuileries, où j’ai contribué à faire mettre des objets de prix en lieu de sûreté. Je joindrai à ces titres mon dévouement de 1830 et celui de 1834 à Lyon, où j’ai été blessé à la tête et à la jambe. Permettez-moi de vous faire observer, citoyens, que toute mon existence a été entravée par mes opinions politiques auxquelles j’ai dévoué mon courage, souvent trahi par mes forces et que j’applique encore aujourd’hui mes ressources pécuniaires pour venir en aide à l’emprunt national. P.S. Le citoyen Crémieux, ministre de la Justice, pourra vous donner j’en suis sûr des renseignements et témoigner que je me suis exposé au plus fort du danger. » Crémieux donna le témoignage suivant : « Je n’ai pu combattre sur la place du Palais-Royal. Je m’y suis porté vers midi et demi, pour annoncer l’abdication, dans l’espoir de faire cesser le feu. J’avais un fusil mais je n’ai pas combattu. Je voulais remplir une mission que je m’étais donnée : arrêter l’effusion de sang. Au milieu de la terrible bataille, j’ai vu M. Guérin ; c’est tout ce que je puis affirmer. » On trouve dans son dossier, plusieurs certificats relatifs à avril 1834. Le premier certificat, ainsi rédigé : « Nous, soussignés, curé et vicaires de Saint-Bonaventure, certifions que M. Guérin a rempli seul en permanence les fonctions de chirurgien en notre église de Saint-Bonaventure depuis le 11 avril à 11 heures du matin jusqu’au lendemain 4 heures du soir, heure à laquelle est entrée la force militaire. Certifions en outre qu’il avait près de lui et comme sous sa garde quatre soldats faits prisonniers par les insurgés. Nous lui donnons ce certificat comme un témoignage de reconnaissance des soins qu’il a prodigués aux malheureux blessés et des dangers auxquels il s’est exposé. » Signé : Cordan, curé ; Vimon, vicaire ; Pavy, vicaire. Le deuxième certificat, ainsi rédigé : « Je certifie, moi Bertrand, Joseph, sergent au 15e léger, 1er bataillon, 6e compagnie, qu’ayant été fait prisonnier par les factieux, le 11 avril à 1 heure après-midi, en venant d’ordonnance étant en planton chez le lieutenant-général, que M. Guérin L., chirurgien, s’est dévoué à panser les blessés dans l’église de Saint-Bonaventure et que par ses remontrances et encore plus par son énergie il m’a sauvé la vie ainsi qu’à trois autres militaires qui était prisonniers comme moi. » Signé, à Lyon, le 19 avril 1834 : Bertrand, Joseph. Le troisième certificat, ainsi rédigé : « Je, soussigné, caporal infirmier, attaché à l’hôpital militaire de Lyon, fait prisonnier dans la journée du 11 avril, en allant aux approvisionnements dudit hôpital, certifie avoir été conduit par les factieux à l’église Saint-Bonaventure, où était le dépôt des prisonniers et que là j’ai été protégé par M. Guérin, L., médecin, qui était occupé à panser les blessés et que c’est à son énergie que je dois sa conservation ainsi que celles de trois autres militaires prisonniers comme moi. » Signé, le 17 avril 1834 : Mérat. Cet autre, délivré par la préfecture du Rhône en date du 13 décembre 1841 : « […] Si les certificats de M. le général Aymard, celui de M. le curé et les vicaires de Saint-Bonaventure et la déclaration des sieurs Merat et Bertrand ne suffisaient pas pour constater avec certitude le courage dont M. Guérin a fait preuve pendant les événements d’avril 1834 et l’éminent service qu’il rendit à cette époque à des militaires de la garnison dont la vie était menacée par des insurgés, on pourrait encore aujourd’hui en appeler à des souvenirs qui ne sont point effacés et faire reparaître par ce moyen les traces de la belle conduite de cet officier de santé. » Un autre certificat témoignait ainsi de sa participation à la Révolution de Février : « Nous, soussignés, certifions que le citoyen Guérin, demeurant rue Saint-Honoré n° 342, a assisté à la prise du poste du Château d’eau place du Palais-National (lire Palais-Royal, N.D.A.) le 24 février 1848. Nous certifions en outre qu’il a combattu avec courage et dévouement et qu’il a pris sous sa protection plusieurs soldats du 14e de ligne. Nous lui donnons ce témoignage en signe de reconnaissance pour les dangers auxquels il s’est exposé. » Suivent des signatures qui ne sont pas reproduites. Ce dernier enfin, intitulé Témoignage offert au citoyen Guérin par les habitants du quartier Saint-Roch, pour avoir détruit des barricades que lon commençait à faire devant léglise et pour avoir contenu des groupes séditieux était ainsi rédigé relativement à son attitude pendant l’émeute de juin 1848 : « Nous, soussignés, habitants du quartier Saint-Roch, désirant donner un témoignage à M. Guérin, demeurant rue Saint-Honoré n° 342, certifient que, dans les journées des 24 et 25 juin, il s’est fortement opposé, avec l’aide de quelques gardes nationaux (comme lui) à ce qu’on fît des barricades dans le quartier et que par son énergie et ses remontrances il dissipa les groupes qui manifestaient des intentions de désordre. » Suivaient une douzaine de signatures, non reproduites dans la copie. La Commission, le 12 août 1848, donna sa conclusion suivante : « La Commission des récompenses nationales, vu le rapport de son comité d’enquête de 1815 à 1848 sur le citoyen Guérin, Laurent, demeurant à Paris, rue Saint-Honoré n° 342. Considérant les services rendus à la cause de la liberté par le citoyen et les gages qu’il n’a cessé de donner depuis nombre d’années du plus sincère comme du plus éclairé patriotisme. Considérant en outre les actes de dévouement et d’humanité dont il a fait preuve en sauvant au péril de sa vie plus de trente personnes en différents sauvetages et la conduite pleine de générosité, d’ordre et de dévouement par laquelle il a acquis dans nos mémorables journées de février la reconnaissance de ses concitoyens, le recommande avec justice à la bienveillance du citoyen ministre de l’Intérieur pour l’emploi d’inspecteur des forêts nationales. » Il demeurait 342, rue Saint-Honoré en 1848. Archives de la préfecture de police AA 391.

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