Guérin, Pierre
Biographie
Né vers 1797 à Chatel-sous-Soie (Yonne). Ouvrier sur les ports. Il reçut un secours de trente francs, le 2 mars 1831, et au total trente francs de secours, auprès de la mairie du (ancien) XIIe arrondissement. Une dépêche indiquait à son sujet : « Demande la décoration spéciale et une indemnité pour la part qu’il a prise aux événements des journées de Juillet. » Le dossier de ses droits fut instruit par la Commission des récompenses nationales de la mairie du (ancien) XIIe arrondissement. Le registre des délibérations du jury de la Commission des récompenses nationales, en date du 27 janvier 1831, contient les indications suivantes sur sa participation aux combats : « Mardi soir, s’est emparé d’un fusil à deux coups chez un armurier de la place du Châtelet ; a fait feu sur le commissaire de police et les gendarmes ; a fait feu sur les gendarmes à la rue Saint-Honoré ; fut désarmé près du Palais-Royal par une patrouille de cuirassiers. Le 29, à la rue des Prouvaires, s’est emparé du fusil et des cartouches d’un garde national tué par le 5e régiment, a constamment fait feu sur le 5e jusqu’à 11 heures, caché contre la borne. A la halle à la viande, s’est emparé du fusil d’un Suisse inoffensif et s’en est servi pour lui brûler la cervelle. Dit n’avoir commis cette action que pour satisfaire aux cris des voisins et éviter d’être tué lui-même par les coups de feu dirigés sur ce Suisse. Louvre et Tuileries. » Le jury de la Commission des récompenses nationales, chargé d’examiner les droits de chacun à une récompense, se prononça, dans sa séance du 27 janvier 1831, à huit voix pour la croix, une voix pour la médaille et aucune voix pour une mention, puis par révision en date du 27 mars 1831 le jury tint la délibération suivante : « Un membre ayant posé la question de savoir si le fait d’avoir tué un Suisse inoffensif, avec l’arme qu’il lui avait rendue lui ôtait le droit de porter la décoration ? Le jury a décidé à la majorité de huit voix contre une qu’elle ne devait pas lui être accordée. Décidant ensuite sur ce qui pourrait lui être accordé le résultat du scrutin fut une voix pour la décoration, six pour la médaille, une mention et un zéro. » Puis, par révision en date du 6 avril 1831, le jury notait la délibération suivante : « Epailly (voir Epailly, François-Xavier) ayant déclaré avoir vu Guérin le 28 juillet sous les piliers de la halle, au moment où le Suisse lui rendit son arme, s’en servir à l’instant même pour le tuer, sans y être provoqué, sur la proposition d’un membre, le jury décide à l’unanimité que ce fait rend Guérin indigne de toute espèce de récompense honorifique. » Le jury se prononça à aucune voix pour la croix, aucune voix pour la médaille, aucune voix pour une mention et dix voix pour rien. La déposition d’Epailly, François-Xavier (voir ce nom) ayant permis d’établir que « Guérin avait tué sans être provoqué le Suisse qui lui avait rendu son fusil, le jury a décidé à l’unanimité qu’il ne méritait aucune récompense honorifique ». En août 1831, il s’adressait dans ces termes au roi : « Sire, Je ne crois pouvoir mieux m’adresser qu’à Votre Majesté pour me plaindre d’une injustice révoltante qui a été commise à mon égard par la Commission des récompenses nationales. Je ne crains pas d’affirmer que je suis le seul des habitants du port Saint-Bernard qui ait mérité la décoration de Juillet, à la connaissance même de ceux qui ont été décorés et qui attesteront la part active que j’ai prise à ces immortelles journées. Cependant je n’ai rien obtenu et, malgré la lettre de monsieur le ministre de l’Intérieur du 28 février dernier annonçant que je suis porté sur l’Etat nominatif adressé à la Commission sous le numéro 187 et l’assurance qui m’a été donnée par M. Lavocat, membre de la Commission et le jury du XIIe arrondissement qui ont pu apprécier mes titres et les certificats que j’ai produits, j’ai vu et entendu proclamer les noms de tous les décorés de la croix et de la médaille sans y voir figurer mon nom. J’ose espérer, Sire, que Votre Majesté voudra bien se faire rendre compte de mes titres à la décoration de Juillet et que j’obtiendrai de votre auguste protection la justice que je réclame. » Il lui fut répondu par la circulaire faisant valoir que les travaux de la Commission des récompenses nationales étaient terminés et que, en conséquence, il ne pouvait pas être donné suite à sa demande. Il demeurait 11, quai Saint-Bernard près du Jardin-du-Roi en 1830-1831. Archives de Paris VD6 639 n° 5, liste générale alphabétique ; Archives de Paris VK3 22, relevé des quittances remises à M. le pair de France, préfet de la Seine, par M. Delestre, délégué de la Commission des récompenses nationales, à l’appui des paiements faits aux blessés de Juillet, veuves et orphelins, depuis le 2 février 1831 jusqu’au 31 mai inclusivement ; Archives de Paris VK3 33 Commission des récompenses nationales, mairie du (ancien) XIIe arrondissement, le 27 janvier 1831, le 27 mars 1831 et le 6 avril 1831, jury pour l’examen des demandes de récompenses honorifiques, idem états nominatifs et listes de noms soumis à la Commission des récompenses nationales (1830-1831) (XIIe arrondissement ancien), en date du 27 janvier 1831, idem en date du 26 mars 1831, idem en date du 6 avril 1831 ; Archives de Paris VK3 34, liste de 829 noms, accompagnés d’observations sur les exploits des impétrants ; Archives nationales F/1dIII/37, Commission des récompenses nationales, état des sommes payées aux combattants blessés et non blessés pour le compte de cette Commission, du 8 octobre 1830 au 31 août 1831 par la mairie du (ancien) XIIe arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/57. Voir sans doute idem que le précédent, même arrondissement…