Guerrier, Jean-Pierre, Claude
Biographie
Né le 11 mars 1798 (sans doute par erreur en mars 1794 in Archives nationales F/1dIII/39), de Guerrier et de Duboz, à La Sommette (Doubs). Ingénieur mécanicien, ex-élève de l’école des arts et métiers de Chalons, (in Archives nationales F/1dIII/39, il écrit aussi en 1852 : ancien militaire de l’Empire dans l’armée du génie en qualité de sous-officier ; il avait quinze ans !) Le dossier d’examen de ses droits fut instruit par la Commission des récompenses nationales du (ancien) IIe arrondissement. Il fut décoré de la Croix de Juillet auprès de la mairie du (ancien) IIe arrondissement (par erreur sous le nom de Guerrier, Jean-Claude sur les listes du Bulletin des lois, sur celles du Moniteur universel et sur celles de la Commission des récompenses nationales in Archives nationales F/1dIII/39). Il reçut (sous le nom de Guerrier, Jean-Pierre, Claude), à titre de blessé de la 1re classe, une indemnité définitive de la part de la Commission de la souscription nationale en faveur des veuves, orphelins et blessés de juillet 1830. Il signa, le 9 juillet 1831 et comme « capitaine, décoré de Juillet », le certificat suivant en faveur de Saint-Pierre, Jean-Baptiste, et que ce dernier présenta quand il tenta de faire valoir ses droits auprès de la Commission des Réclamants : « Je soussigne et certifie que j’ai vu le sieur Saint-Pierre, ancien sous-officier, faire des barricades et combattre, le 27 juillet 1830 rue Saint-Honoré, et que le 29 de la même année, je l’ai vu sur la place du Carrousel à la tête de cent ouvriers environ les placer lui-même aux portes des Tuileries pour empêcher le désordre. » Officier en non-activité en 1848, totalisant vingt-six années dans le génie. Il demanda à pouvoir aller aux eaux de Bourbonne. Il reçut un total de deux cent soixante-quinze francs sur les fonds de souscription. Il était porteur de plusieurs certificats. Le premier, ainsi rédigé : « Nous, soussignés, combattants des mémorables journées de février 1848, certifions sur notre honneur que le citoyen Guerrier, Jean-Pierre, Claude, demeurant rue Saint-Dominique (Gros-Caillou), décoré de la croix spéciale de juillet 1830, ancien capitaine sans activité, s’est battu en bon et vrai Français pendant les 23 et 24 février 1848. Le 23, nous l’avons vu la tête de la population, dirigeant la construction des premières barricades de la rue Sainte-Anne et de ses divers aboutissants, où il contribua puissamment par ses conseils et son expérience à repousser plusieurs attaques des troupes et particulièrement de la garde municipale, lorsque eut lieu au ministère des Affaires étrangères le meurtre inattendu d’une multitude de citoyens inoffensifs ; un des premiers il fit entendre le cri de vengeance ; à 10 heures et demie, il présidait à l’élévation d’une barricade au carré Saint-Martin. Le 24 dès le matin, il excitait, dirigeait les masses de combattants tant dans les attaques de part et d’autre que pour l’achèvement de diverses barricades et l’établissement de nouvelles, rue Richelieu et au Palais-Royal ; là et partout à son exemple et sur ses avis, les pavés furent enlevés pour servir à la défense ; il contribua au désarmement du poste de la cour du Palais-Royal, composé d’hommes du 74e de ligne, commandé par un lieutenant de grenadiers ; à la barricade des rues de Valois et Saint-Honoré, il se décora le premier des couleurs nationales au cri de Vive la liberté ! l’élan fut électrique, l’attaque et le feu commencèrent immédiatement à la barricade Valois et instantanément sur divers autres points ; c’est ainsi que nous avons combattu ensemble jusqu’au moment de la prise du poste du château d’eau, qu’en dernier lieu, dans l’action de courir avec nous à l’assaut dudit poste qui était débordé de toutes parts, nous vîmes le citoyen Guerrier tomber à la renverse du haut de la barricade, d’où nous conclûmes qu’il avait été blessé puisque nous ne l’avons plus revu jusqu’à ce jour. » Signé, le 28 août 1848 : Hubert, Alexandre, demeurant 13, rue du Commerce. Le certificat était ainsi apostillé par Arago, Etienne : « J’adresse au citoyen Guinard, président de la Commission des récompenses nationales, le citoyen Guerrier, combattant de février, qui s’est trouvé avec moi, comme il le dit dans cette pétition, à la barricade de la rue de Valois. » Le deuxième, ainsi rédigé : « Je, soussigné, certifie et atteste sur l’honneur que le sieur Guerrier, Jean-Pierre, Claude, ancien officier en non-activité, a assisté avec nous dans les barricades les 23 et 24 février pour la défense de nos droits ; le 23, il était avec nous au ministère des Affaires étrangères, ensuite aux barricades de la rue Richelieu et de là rue Sainte-Anne ; le 24, il était aussi avec nous à la prise du Palais-Royal et du château d’eau ; là, ayant été blessé en escaladant une barricade, nous ne l’avons plus revu. » Signé, le 25 août 1848, Fontana, Pr., demeurant 2, rue du Figuier-Saint-Paul. Le troisième était signé, en date du 3 juillet 1848, du docteur Couturier, demeurant 11, rue d’Enfer : « Certifie que le 24 février dernier au soir, j’ai été appelé pour donner mes soins au citoyen Guerrier, Jean-Pierre, Claude, ancien officier en non-activité, demeurant rue Saint-Dominique (Gros-Caillou), n° 227, lequel officier avait fait une chute violente en escaladant une barricade après la prise du Palais-Royal et du poste du château d’eau, au moment où il marchait sur les Tuileries, ainsi que le fait m’a été attesté par divers témoins oculaires, chute d’où il est résulté une entorse à l’articulation du pied gauche et une douleur aiguë aux reins. Je certifie en outre que le citoyen Guerrier est entré en convalescence seulement depuis quelques jours et je pense, ainsi que le citoyen Debouche, médecin militaire qui l’a traité conjointement avec moi jusqu’au 20 mars que les eaux de Bourbonne contribueraient puissamment au rétablissement de sa santé ; mais j’apprends avec peine que ses moyens pécuniaires ne lui permettent pas de faire usage d’un traitement aussi dispendieux, quoiqu’il soit d’une nécessité absolue. » Le quatrième était signé du docteur Debouche, médecin militaire à l’hôpital du Gros-Caillou, demeurant 8, rue d’Austerlitz sur l’esplanade des Invalides, et qui reprenait les mêmes termes que le certificat délivré par le docteur Couturier. L’enquêteur Pichelin, du Comité d’enquête des blessés de Février auprès de la Commission des récompenses nationales établit, en date du 21 septembre 1848, le rapport suivant : « Le docteur Debouche, rue d’Austerlitz, n° 8, a fait la même déclaration que le contenu du certificat. J’ai été chez le docteur Couturier, rue d’Enfer, n° 11 ; depuis cinq mois ce citoyen est changé de demeure, on ne connaît pas son adresse. Ensuite je suis allé rue du Commerce n° 13, pour trouver le citoyen Hubert, signataire d’un certificat. Dans cette rue il n’y a point de numéro 13. Je me suis informé dans tout le voisinage, personne ne connaît Hubert. J’ai dû aller rue du Figuier-Saint-Paul, n° 2, chez le citoyen Fontana qui, d’après mes observations, m’a déclaré qu’il était avec Guerrier quand il a été blessé par un pavé qui lui est tombé sur la jambe ; après ils se sont quittés et il ne l’avait plus revu que le 25 août quand il est venu lui demander un certificat constatant le fait, qu’il assure être la vérité. » Par décision en date du 30 octobre 1848, il fut classé, comme contusionné et ayant souffert d’un mois d’arrêt de maladie, dans la 7e catégorie des blessés. Il protesta contre cette décision, par une lettre datée du 19 novembre 1848 et adressée à Chilmann, président du Comité d’enquête des blessés de février 1848 : « […] Je suis profondément affligé de la légèreté avec laquelle a été prise cette décision, décision d’autant plus erronée qu’il est dit qu’elle a été arrêtée d’après l’examen de mon dossier, duquel ressortent incontestablement deux cas diamétralement opposés à cette étonnante décision. Premièrement que j’ai été retenu, par suite de mes blessures du 24 février dernier, plus de trois mois et demi dans mon lit, ne pouvant supporter de rester seulement une heure levé par jour ; deuxièmement que je suis toujours dans un piteux état de convalescence, complétement incapable de me livrer à aucun genre de travail et que l’usage des eaux thermales de Bourbonne peut, seul, me rétablir la santé, sauf toutefois resté estropié des reins. Or comment comprendre et comment expliquer mon classement dans la septième catégorie, c’est-à-dire dans les incapacités d’un mois de travail. Ce que je ne comprends pas mieux, citoyen président, c’est ces différentes qualifications des blessures également reçues sur le champ de bataille, qualification qui me semble entièrement illogique. Quoi ! après avoir fait le coup de fusil pendant toute la durée du combat, je suis grièvement blessé par une chute violente en franchissant, le fusil au poing, la barricade Valois dans l’action de courir à l’assaut du poste du château d’eau et mes blessures ne sont pas des blessures de guerre, dit-on ? Quelles sont donc et où faut-il être blessé, si celles reçues sur le champ de bataille même ne sont point des blessures de guerre ? est-ce qu’un cavalier qui, dans une charge, se blesse en tombant de cheval, même dans une simple manœuvre d’exercice n’est pas traité absolument et sur tous les points comme s’il avait été blessé avec une arme soit à feu ou blanche ? Il est vraiment pénible, dans une discussion sérieuse, d’avoir à illisible pareil jeux de mots. Je termine en protestant de toute l’énergie que donne à mon âme le sentiment de mes droits loyalement acquis au prix de mon sang sur le champ de bataille, premièrement contre l’ironique dénomination donnée à mes blessures, bien réellement blessures de guerre, deuxièmement et par-dessus tout, contre l’inique décision qui sacrifie impitoyablement tous ces mêmes droits acquis au prix de mon sang sur le champ de bataille et je fais un appel à votre équitable humanité pour obtenir de votre bienveillance de vouloir bien donner immédiatement toute la suite à cette protestation, que réclament en faveur de mes droits, fortement lésés, la loyauté, l’honneur, la justice et mes droits. Vous éviterez, par cet acte équitable, bien des tourments et démarches de toute nature à votre très humble serviteur. » Le 29 septembre 1852, il adressait la lettre suivante au ministre de la police : « Frappé de cécité et de paralysie, suite de mes blessures du 24 février 1848, qui ont nettement déterminé cette double catastrophe, contractées dans l’accomplissement fidèle de devoirs sacrés, conformément à la nature de nos plus sincères sentiments communs, immuables dont le glorieux triomphe comble enfin aujourd’hui, légitimement, les nobles vœux de la nation enthousiasmée !... digne récompense et sublime consolation, quant à moi, dans le fort de mes infortunes, infortunes d’autant plus excessives en raison de la persistance interminable de la double infirmité précitée, qui depuis plus de quatre ans et demi m’accable et m’empêche de pouvoir suppléer le moins du monde par aucun genre d’occupation à mes faibles moyens d’existence de 627 francs par an, unique ressource infiniment insuffisante dans l’état de ma position actuelle, qui réclame de nombreux sacrifices très coûteux, tels par exemple que l’emploi des eaux thermales de Bourbonne, dont j’ai fait usage ces deux dernières années, au prix de la principale partie de mes vêtements et de mes effets de literie. D’où il découle naturellement, monsieur le ministre, la plus complète pénurie en toute chose, surtout de médications susceptibles de me soulager et par suite me rappeler à la santé, infortune que j’ose humblement venir soumettre à votre sage appréciation, en faisant un loyal appel à vos généreux sentiments d’humanité à votre justice, afin d’obtenir la faveur d’un prochain secours d’urgence fondé sur ma position exceptionnelle, plus que nécessiteuse par suite d’accidents survenus dans l’accomplissement scrupuleux de mes devoirs. » Il reçut un secours de soixante-quinze francs en 1850, en 1851 et en 1853, à titre de décoré de la Croix de Juillet. Guerrier était célibataire en 1848. Il demeurait 18, rue Charlot en 1831 ; 227, rue Saint-Dominique en 1848-1849 ; rue Neuve-de-la-Vierge en 1850 ; 8, rue de Jussieu au Gros-Caillou (!!sic) en 1851 ; 14, rue de Grenelle à Grenelle en 1852-1853. Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la Croix de Juillet, instituée par la loi du 13 décembre 1830 sur les récompenses nationales, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la Croix de Juillet, instituée par la loi du 13 décembre 1830, sur les récompenses nationales, Le Moniteur universel, 2 mai 1831 ; Compte-rendu des travaux de la Commission de la souscription nationale en faveur des veuves, orphelins et blessés de juillet 1830, liste nominative des blessés de la Ire classe du IIe arrondissement auxquels il a été alloué des indemnités définitives lu et approuvé à la séance générale du 11 juillet 1832, Paris, Imprimerie de Crapelet, rue de Vaugirard, n° 9, novembre 1832, p. 68 ; Archives nationales F/1dIII/39 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens qui ont mérité la décoration spéciale, (ancien) IIe arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/82 Compte rendu des travaux de la Commission de la souscription nationale en faveur des veuves, orphelins et blessés de juillet 1830, lu et approuvé à la séance générale du 11 juillet 1832, liste nominative des blessés des 1re et 2e classes auxquels il a été alloué des indemnités définitives (ancien) IIe arrondissement, blessés de 1re classe ; Archives nationales F/1dIII/89 ; Archives de la préfecture de police AA 369, Etat nominatif des décorés, blessés, combattants de Juillet 1830 et des veuves de décorés ou combattants qui ont formé des demandes de secours et sur lesquels il y a lieu de prendre des renseignements, minute 72 (sous le nom de Guerrier-Duboz, Jean-Pierre, Claude), idem rapport du 3 septembre 1850, Allocation de secours s’élevant ensemble à 12.610 francs à 218 décorés ou blessés de juillet, 25 veuves de décorés et 1 ascendant de blessé de Juillet, minutes 129-134 (sous le nom de Guerrier-Duboz, Jean-Pierre, Claude), idem Proposition, en date du 6 septembre 1851, d’accorder à 286 décorés, médaillés, blessés, combattants, ascendants et veuves de Juillet 1830, des secours s’élevant ensemble à la somme de 15.600 francs, ladite somme imputable sur le chapitre 26 du budget de l’Intérieur, exercice 1851, minutes 194-199 (sous le nom de Guerrier-Duboz, Jean-Pierre, Claude), idem Proposition d’accorder à soixante-deux décorés et veuves de décorés de Juillet 1830 des secours s’élevant ensemble à 3.425 francs, minutes 266-268, en date du 10 février 1853 (sous le nom de Guerrier-Duboz, Jean-Pierre) ; Archives de la préfecture de police AA 413 in dossier Saint-Pierre, Jean-Baptiste.