Guesdon, Paul
Biographie
Né le 3 fructidor an II (4 août 1793) à Caen (Calvados), de Guesdon, Guillaume, cabaretier, et de Lamielle, Françoise son épouse. Imprimeur en 1830, coursier pour des imprimeurs en 1848. Il déposa un dossier devant la Commission des récompenses nationales instituée après la Révolution de Février, et qui nous donne quelques indications sur sa participation à la révolution de Juillet. Il adressa, en effet, le 27 avril 1848, la lettre suivante à la Commission : « J’ai l’honneur de vous exposer la part que j’ai prise à différentes époques aux luttes qui se sont engagées entre les républicains et les tyrans qui ont gouverné la France à partir de 1830, époque à laquelle je me joignis à l’élan des braves qui renversèrent le trône du despote Charles X. Je n’ai jamais sollicité aucun secours ni faveur du tyran Louis-Philippe. Aux affaires de juin 1832, j’étais à la barricade de la rue Saint-Merri, où je fus blessé d’un coup de feu à la jambe gauche. Je demeurais, à cette époque, rue Troussevache n° 16. Le 23 février 1848, je quittai mon domicile vers 11 heures du matin et je me dirigeai du côté du boulevard des Capucines et ensuite vers la rue Saint-Honoré où je travaillai à élever des barricades entre la place Vendôme et la rue du Marché-des-Jacobins. Nous fûmes obligés de dételer les chevaux de vive force contre la résistance des cochers qui s’y opposaient. Plusieurs coups de pied furent échangés de part et d’autre. Nous entraînâmes alors les voitures avec rapidité au bout de la rue des Jacobins côté de la rue Saint-Honoré où nous les renversâmes pour commencer une nouvelle barricade ; c’est à cet endroit que je remarquai un patriote dont je regrette de ne pouvoir citer le nom, se distinguant par une ardeur remarquable à travailler et encourager les camarades en cirant A bas la Canaille ! Vive la république nom de D... ! couvert d’un paletot, il portait sur sa poitrine le signe de l’honneur. A ce moment, je n’avais pas d’armes, j’étais épuisé de fatigue, je rentrai chez moi vers 1 heure et demie pour prendre du repos. Dans la soirée, je descendis dans la rue pour me joindre aux camarades qui dépavaient pour élever une barricade rue Maubuée au bout de celle du Poirier. Je rentrai chez moi vers minuit. Le 24, dès le petit jour je fus réveillé par le bruit de la fusillade qui se faisait entendre dans la direction de la rue Rambuteau. Je m’habillai à la hâte et je descendis dans la rue, cherchant à me procurer des armes, pour secourir nos frères et ayant appris que deux gardes nationaux retardataires demeurant même maison rue Simon-le-Franc n° 25, avaient des armes, j’y frappai et demandai des armes. Après une discussion assez vive avec le portier, il monta dans la maison et me descendit un fusil. Je pris un peu plus tard cinq cartouches des mains d’un enfant de douze à treize ans. Je contribuai ensuite à garder la barricade de la rue Maubuée jusqu’au moment où j’appris qu’on se battait sur la place du Palais-Royal. J’y courus. Je ne puis dire le nombre de barricades que je fus obligé de franchir. Lorsque j’arrivai, l’affaire était engagée. Je me mis à l’œuvre. Le citoyen Roze fut blessé à côté de moi. Je continuai à tirer jusqu’au moment où le poste fut pris et incendié. Je ne fus pas aux Tuileries parce que dans mon opinion je croyais que le tyran y avait concentré des forces considérables et que nous n’étions pas en nombre suffisant pour y faire face. Je pénétrai dans le Palais-Royal, où il y avait un encombrement de combattants dans les appartements. Je descendis aussitôt, me dirigeant vers mon domicile. Arrivé à la halle, j’appris que les camarades étaient entrés vainqueurs dans les Tuileries. Je ne retournai pas sur mes pas. Je rentrai chez moi vers 2 heures. Voilà, citoyens membres, la part que j’ai prise à notre glorieuse Révolution de Février, qui a pour jamais inauguré la république dans notre chère patrie et si, maintenant, vous me jugez digne de participer aux récompenses nationales il est bon que vous connaissiez ma position actuelle, qui est on ne peut plus malheureuse. La blessure que je reçus en 1832 porta le plus rude coup à mon avenir, en ce qu’elle me mit dans l’impossibilité de pouvoir continuer mon état pendant plus de deux ans après je n’ai vécu que du travail de ma femme, obligé pour éviter l’incarcération de me traiter moi-même en secret. Le mal s’aggravait. Je voulais aller à l’hôpital. Ma femme me résistait et menaçait de se jeter par la fenêtre. Je fus ensuite traité par plusieurs charlatans et en dernier lieu par les sœurs Saint-Thomas. Personne ne put me guérir. Enfin ma blessure a vieilli et il en est résulté que je ne pourrais maintenant supporter une journée de travail fatigant. Depuis plus de deux ans, je couche sur la paille, je dois des loyers, je n’ai d’autres ressources que mon industrie, qui consiste à faire la commission pour les imprimeurs. Enfin, je suis dans un dénuement complet et j’ai le plus grand besoin de secours […]. » Il joignait à sa demande plusieurs certificats. Le premier certificat, ainsi rédigé : « Les citoyens soussignés certifient et attestent que le citoyen Guesdon a pris part aux affaires de juin, qu’il était avec nous à la barricade de la rue Saint-Merri, où il fut blessé d’un coup de feu à la jambe gauche. » Signé, le 9 avril 1848 : Courtin (voir Courtin, Antoine, Cyprien), demeurant 77, rue Saint-Louis-en-l’Ile ; Acquart, chevalier de la Légion d’honneur, demeurant 9, rue du Clos-Bruneau ; Dagoreau, ancien détenu politique, demeurant 8, rue du Chemin-Vert. Le deuxième certificat, ainsi rédigé : « Les citoyens soussignés certifient qu’ils ont vu sur la place du Palais-Royal le citoyen Guesdon, le 24 février 1848 ; que ce brave citoyen était armé d’un fusil et se battait vaillamment pour nos libertés. » Signé, le 13 mars 1848 : Roze, France, blessé ; François, demeurant 6, rue Maubuée ; Quévrain, demeurant 41, quai des Augustins ; Courtin (voir Courtin, Antoine, Cyprien), combattant de Juillet, demeurant 77, rue Saint-Louis-en-l’Ile ; Larousse, Charles, graveur en écriture, demeurant 50, quai des Ormes. Il fut recommandé pour un emploi de portier dans un des marchés de Paris. Il signa, le 14 mars 1848, le certificat suivant en faveur de Courtin, Antoine, Cyprien : « Les citoyens soussignés combattants des mémorables journées de Février, certifient que le citoyen Courtin, ancien combattant de la révolution de 1830, s’est joint à l’élan des braves citoyens qui ont pris les armes pour la défense de nos libertés et qu’il était avec nous le 24 février 1848 sur la place du Palais-Royal et a contribué par son courage à faire évacuer le poste du château d’eau. » Il était marié en 1848. Il demeurait 16, rue Troussevache en 1832 ; 6, rue Maubuée en 1848. Archives nationales F/1dIII/51 in dossier Courtin, Antoine, Cyprien ; Archives de la préfecture de police AA 391. Idem que le précédent ?