Guinard, Joseph, Auguste
Biographie
Né le 28 décembre 1799 (selon la Commission des récompenses nationales) à Paris, fils de Guinard, Joseph, député au conseil des Cinq-Cents. Il entra dans la Charbonnerie et participa aux complots de Belfort et Saumur. Propriétaire et carrier sur les listes de la Commission des récompenses nationales. La chronique de juillet 1830 relatait ainsi l’activité qu’avait montrée Guinard pendant les combats : « L’attaque du Louvre, faite de front par la colonne sortie du faubourg Saint-Germain, a été vigoureusement appuyée par une autre division qui, depuis le pont des Arts jusqu’au pont Royal, a tiraillé avec les Suisses qui se retiraient sur le château des Tuileries. Arrivée au pont Royal, cette division a, pendant plus d’un quart d’heure, soutenu le feu du château et de l’hôtel des Gardes, et surmontant enfin tous les obstacles, elle a pénétré dans les Tuileries en continuant son feu sur les fuyards. On ne saurait trop admirer la conduite de M. Joubert qui portait le drapeau tricolore en avant de la colonne, et qui l’a planté en tête du pont sous le feu le plus vif. C’est ce même drapeau qui a été arboré sur le pavillon de l’Horloge par ses braves défenseurs, MM. Thomas, Guinard et Gauja. Chaque témoin de cette action faisait aussi l’éloge de MM. Picard, ancien militaire, Boinvilliers, Bastide, Levasseur, Cavaignac, Dupont, Droling et le capitaine Lavocat. » Alexandre Dumas fut un des tout premiers combattants de la révolution de Juillet. Il en laissa un récit impartial et bien renseigné. Nous empruntons à ses Mémoires, son témoignage concernant Guinard. D’abord, sur les protestations des républicains devant les premières menées des orléanistes : « [Le 1er août] Je venais de quitter l’hôtel de ville lorsqu’une députation républicaine y arriva ; elle aussi avait rédigé sa proclamation. M. Hubert (voir Hubert, Jean-Louis), ancien notaire, un des hommes les plus honorables que j’aie connus, et qui vient de mourir, laissant toute sa fortune à des hospices, à des établissements de bienfaisance, et aux citoyens poursuivis pour leurs opinions démocratiques, était chargé de présenter cette adresse au général La Fayette.
La voici :
“Le peuple, hier, a reconquis ses droits sacrés au prix de son sang ; le plus précieux de ces droits est de choisir librement son gouvernement ; il faut empêcher qu’aucune proclamation ne soit faite qui désigne un chef, lorsque la forme même du gouvernement ne peut être déterminée.
”Il existe une représentation provisoire de la nation, qu’elle reste en permanence jusqu’à ce que le vœu de la majorité des Français ait pu être connu.”
On voit que tout le monde prenait au sérieux la fabuleuse et invisible trilogie La Fayette, Gérard et Choiseul.
Les membres de la députation étaient Charles Teste (voir Teste, Charles, Antoine), Trélat (voir Trélat, Ulysse), Hingray (voir Hingray, Charles, Joseph), Bastide (voir Bastide, Jules), Guinard (voir ce nom) et Poubelle (voir Poubelle, Jean, Nicolas).
Hubert, le chef de la députation, la précédait, portant au bout de sa baïonnette la note qu’on vient de lire.
La députation fut admise à l’instant même ; chez le général La Fayette, nul ne faisait antichambre.
La discussion fut vive ; La Fayette ignorait toutes les menées orléanistes, et protestait avec la candeur de l’ignorance.
Les républicains, de leur côté, affirmaient avec toute la vigueur de l’instinct.
– Général, dit Hubert, par les balles qui trouent le plafond au-dessus de votre tête, nous vous adjurons de prendre la dictature !
On en était à ce point ; le général allait peut-être céder, quand on lui annonça que M. de Sussy demandait à lui parler.
Les républicains se tenaient là , inquiets, ombrageux, pleins de doute, semblant interroger du regard le général, et le sommer de redire tout haut ce qu’on venait de lui dire tout bas.
Le général comprit qu’il ne s’agissait point de biaiser à cette heure ; d’ailleurs, son âme droite, son cœur loyal répugnaient à toute dissimulation.
– Faites entrer M. de Sussy, dit-il à haute voix.
– Mais, général, c’est à vous seul que M. de Sussy désire parler.
– Faites entrer M. de Sussy, répéta le général ; je suis ici au milieu de mes amis.
M. de Sussy entra et fut forcé de dire quelle cause l’amenait.
Cela tombait bien : il venait annoncer au général La Fayette la révocation des ordonnances, la nomination du ministère Mortemart, Gérard et Casimir Perier, l’arrivée de M. de Mortemart à Paris, et, enfin, le refus que venait de faire la Chambre, qui s’occupait de la royauté du duc d’Orléans, de recevoir les nouvelles ordonnances signées par Charles X à trois heures du matin – juste au moment où le duc d’Orléans dictait à Oudard la fameuse note qui avait mis MM. Thiers et Mignet si fort en émoi.
Ainsi les choses s’expliquaient ; tous les jeux s’abattaient à la fois sur la même table : le jeu de Charles X, nommant le ministère Mortemart, Gérard et Casimir Perier ; le jeu de M. Laffitte, proposant le duc d’Orléans au suffrage de la nation ; et, enfin, le jeu des républicains, pressant La Fayette d’accepter la dictature.
On eût fait la chose exprès et l’on eût arrêté l’heure, qu’on n’eût certes pas mieux réussi.
Il s’ensuivit alors, dans la salle où venaient de se heurter des intérêts si puissants, un instant de trouble qui faillit être fatal à M. de Sussy !
Bastide l’avait pris au collet, et allait tout simplement le jeter par la fenêtre, lorsque Trélat le retint.
Je reviendrai plus d’une fois sur Bastide, et je dirai quel homme plein de franchise, de courage et de loyauté c’était et c’est encore.
Comme tous les mouvements extrêmes, celui-ci amena sa réaction.
Cette réaction eut pour résultat de laisser M. de Sussy sortir tranquillement, sous la conduite du général Lobau, lequel ouvrit la porte en accourant au bruit infernal qui se faisait dans le cabinet de La Fayette.
Les républicains se retrouvèrent seuls avec le général.
Ils renouvelaient leurs instances auprès de lui, quand on vint les avertir que M. de Sussy, introduit dans le sein de la commission municipale, y exposait au moment même les nouvelles propositions de Charles X, auxquelles la commission municipale ne paraissait nullement hostile.
Il ne s’agissait plus de discuter avec La Fayette et d’écouter ses théories sur le gouvernement constitutionnel en France et le gouvernement républicain aux Etats-Unis, la question de vie ou de mort se débattait à la commission municipale.
Il s’agissait de courir à la commission municipale.
On y courut.
La porte était fermée.
On frappa.
Personne ne répondit.
Deux ou trois coups de crosse de fusil ébranlèrent violemment la porte, qui s’ouvrit enfin, et qui, en s’ouvrant, montra M. de Sussy exposant ses raisons aux membres de la commission municipale, lesquels paraissaient les écouter avec la plus grande faveur.
Cette apparition de six ou huit hommes armés et connus pour la vigueur de leur caractère jeta l’épouvante au milieu de l’assemblée ; on se leva, on s’éparpilla, on voulut avoir l’air de ne rien faire de décisif.
Pendant ce temps, Hubert sentit qu’on lui glissait un papier dans la main.
Il se retourna et reconnut M. Audry de Puyraveau, le seul véritable patriote de la commission.
– Prenez cette proclamation, lui dit vivement celui-ci ; elle a failli être signée, il y a une heure, par la commission municipale... L’arrivée de M. de Sussy a tout remis en question... Montez sur une borne, lisez la proclamation, répandez-la, imposez-la... Ils signeront si vous leur faites peur.
A la bonne heure ! cette façon d’agir rentrait dans la politique des vainqueurs du Louvre. Tous descendirent rapidement les degrés de l’hôtel de ville ; Hubert monta sur une borne, appela le peuple à lui, et, entouré de ses compagnons, il lut à haute voix la proclamation suivante comme émanée de la commission municipale.
Ecoutez bien, car c’est la seule manifestation républicaine sérieuse qui ait été faite en 1830.
Ecoutez bien, car elle va vous dire où en étaient, à cette époque, les esprits les plus avancés.
Ecoutez bien, car elle vous apprendra quels étaient les vœux de ces hommes qu’on a persécutés pendant dix-huit ans, sous prétexte qu’ils voulaient bouleverser la société.
Après avoir lu cette proclamation – qu’il est bon de comparer à celle de MM. Thiers et Mignet – relisez la Déclaration des droits de l’homme de 1789, et vous verrez que les républicains de 1830 étaient en arrière de cette Déclaration.
“La France est libre.
”Elle veut une constitution.
”Elle n’accorde au gouvernement provisoire que le droit de la consulter.
”En attendant qu’elle ait exprimé sa volonté par de nouvelles élections, respect aux principes suivants :
”Plus de royauté.
”Le gouvernement exercé par les seuls mandataires élus de la nation.
”Le pouvoir exécutif confié à un président temporaire.
”Le concours médiat et immédiat de tous les citoyens à l’élection des députés.
”La liberté des cultes.
”Plus de culte de l’Etat.
”Les emplois de l’armée de terre et de l’armée de mer garantis contre toute destitution arbitraire.
”Etablissement des gardes nationales sur tous les points de la France ; la défense de la constitution leur est confiée.
”Ces principes, pour lesquels nous venons de risquer notre vie, nous les soutiendrons, s’il le faut, par l’insurrection légale.” » Aussi sur une réunion au National, après la rentrée du duc d’Orléans au Palais-Royal, puis sur une réunion qui eut lieu entre le duc d’Orléans et des républicains : « Au moment où le duc d’Orléans, triomphant et joyeux, rentrait au Palais-Royal, six ou huit jeunes gens se réunissaient au-dessus des bureaux du National, dans l’appartement commun à Paulin et à Gauja.
Ils se regardaient les uns les autres avec un silence d’autant plus menaçant qu’ils étaient encore armés comme au jour du combat.
Ces jeunes gens étaient Thomas, Bastide, Chevalon (voir Chevallon, Alexandre), Grouvelle, Boinvilliers, Godefroy Cavaignac, Etienne Arago, Guinard. Peut-être un ou deux autres encore dont les noms m’échappent.
Chacun, selon son impatience, était assis ou debout.
Thomas était assis dans l’embrasure d’une fenêtre, avec son fusil de chasse à deux coups entre les jambes. C’était, à cette époque, un beau et brave garçon plein de loyauté, de courage, de franchise ; une tête froide et un cœur ardent.
On en était donc là ; on se racontait les détails de cette odyssée de l’hôtel de ville, et l’on se demandait ce qu’il fallait faire. M. Thiers entra.
Le matin avait paru, dans le National, un article sur l’arrestation du duc de Chartres à Montrouge 1.
Dans cet article, tout avait changé d’aspect.
Le duc de Chartres venait Ă Paris pour mettre son sabre Ă la disposition du gouvernement provisoire !
M. Lhuillier lui avait offert l’hospitalité. Le duc de Chartres avait quitté Montrouge dans l’enthousiasme des événements qui se passaient à Paris et avait promis de revenir avec son régiment.
Quelques jours après, grâce à cet article, M. Lhuillier fut décoré. L’article était du fait de M. Thiers.
L’apparition du futur ministre au milieu de nos six ou huit républicains ne fut donc pas heureuse.
Il s’était complétement dessiné depuis la veille au matin. Il était orléaniste.
En sa qualité d’orléaniste, il s’était inquiété de cette réunion qui avait lieu au-dessus de sa tête ; résolu d’attaquer ce taureau par les cornes, il monta au premier étage, et, comme nous venons de le voir, il entra sans être annoncé.
Un murmure significatif accueillit sa venue.
M. Thiers paya d’audace.
– Messieurs, dit-il, le lieutenant général désire avoir une entrevue avec vous.
– Et pour quoi faire ? demanda Cavaignac.
– Qu’y a-t-il de commun entre lui et nous ? demanda Bastide.
– Ecoutez toujours, messieurs, dit Thomas.
M. Thiers crut que, de ce côté-là , il allait trouver un soutien. Il s’avança vers Thomas et, lui posant la main sur l’épaule
– Voici un beau colonel, dit-il !
– Ah çà ! répondit Thomas en secouant doucement son épaule, est-ce que, par hasard, vous me prenez pour une p...
M. Thiers retira sa main.
– Continuez, dit Thomas, nous écoutons.
Alors, M. Thiers expliqua le but de l’entrevue.
Le duc d’Orléans voulait, pour sa politique à venir, prendre les conseils de ces braves jeunes gens dont l’héroïque insurrection avait fait la révolution de juillet. Il devait, toujours au dire de M. Thiers, les attendre, le soir, entre huit et neuf heures, au Palais-Royal.
Les républicains secouaient la tête.
Mettre le pied au Palais-Royal, c’était, leur semblait-il, pactiser avec le pouvoir nouveau, qui s’élevait à la fois contre leur conscience et contre leur volonté.
Mais Thomas vint encore en aide au négociateur.
– Voyons, dit-il en se levant, prouvons-leur jusqu’au bout que nous sommes de bons enfants.
Et, allant déposer son fusil dans l’angle de la cheminée :
– A ce soir, neuf heures, monsieur... Vous pouvez dire au lieutenant général du royaume que nous nous rendrons à son invitation.
M. Thiers sortit.
Il n’y avait pas la moindre invitation de la part du lieutenant général du royaume. M. le lieutenant général du royaume n’avait pas le moins du monde désiré voir MM. Thomas, Bastide, Chevalon, Grouvelle, Boinvilliers, Cavaignac, Arago et Guinard. M. Thiers avait pris le tout sous son bonnet, espérant qu’une entrevue concilierait les opinions. On a vu, par ce qu’il avait dit à Thomas, qu’il prenait les opinions pour des ambitions.
Le soir, les républicains furent exacts au rendez-vous. La duchesse d’Orléans, madame Adélaïde, les jeunes princes et les jeunes princesses venaient d’arriver, lorsqu’on annonça au duc d’Orléans qu’une députation l’attendait dans la grande salle.
Depuis le matin, les députations s’étaient succédé, et les salons n’avaient pas désempli.
Une députation n’étonnait donc pas le prince ; seulement, ce qui l’étonnait, c’était le personnel de la députation.
M. Thiers était là . En accompagnant Son Altesse, du salon où il était au salon où l’attendaient ces messieurs, il essaya de la mettre au courant prenant la moitié de la responsabilité sur lui, laissant l’autre aux républicains.
Tout cela avait pris un quart d’heure à peu près ; depuis un quart d’heure, ces messieurs attendaient. Ils commençaient à trouver l’attente un peu longue.
Tout à coup, la porte s’ouvrit et le duc entra, le sourire sur les lèvres ; seulement, le sourire n’avait pas eu le temps, si nous pouvons nous exprimer ainsi, de monter jusqu’aux yeux : la bouche souriait, mais le regard était encore interrogateur.
– Messieurs, dit le prince, vous ne doutez pas du plaisir que j’ai à vous recevoir ; mais...
Bastide devina, et regarda M. Thiers.
– Mais vous ne comprenez rien à notre visite ? Demandez, alors, une explication à M. Thiers, et M. Thiers voudra bien vous la donner, je l’espère, telle que la dignité du parti que nous représentons n’ait point à en souffrir.
M. Thiers, en effet, donna une explication équivoque, embarrassée à laquelle le duc d’Orléans coupa court en disant :
– C’est bien, c’est bien, monsieur... Je vous remercie de me procurer la visite de nos plus braves combattants.
Puis, se tournant de leur côté, il parut attendre que l’un d’eux commençât. Boinvilliers prit le premier la parole.
– Prince, dit-il, demain, vous serez roi...
Le duc d’Orléans fit un mouvement.
– Demain, monsieur ? dit-il.
– Si ce n’est demain, ce sera dans trois jours, ce sera dans huit jours... Peu importe le temps !
– Roi ! répéta le duc d’Orléans ; et qui vous dit cela, monsieur ?
– La marche que suivent vos partisans, la pression qu’ils exercent sur les choses, n’osant pas l’exercer sur les hommes ; les placards dont ils couvrent les murailles, l’argent qu’ils répandent dans les rues.
– Je ne sais pas ce que font mes partisans, répondit le duc, mais ce que je sais, c’est que je n’ai jamais aspiré à la couronne, et qu’aujourd’hui encore, je ne la désire pas, quoique beaucoup de gens me pressent de l’accepter.
– Enfin, monseigneur, supposons, cependant, que l’on vous presse de telle sorte que vous ne puissiez la refuser, nous est-il permis de vous demander quelle est votre opinion sur les traités de 1815 ? Faites-y attention, ce n’est point seulement une révolution libérale qui vient de s’accomplir, c’est une révolution nationale ; la vue du drapeau tricolore, voilà ce qui a soulevé le peuple ; c’est la dernière amorce de Waterloo que nous venons de brûler, et il serait plus facile encore de pousser le peuple sur le Rhin que sur Saint Cloud.
– Messieurs, répondit le duc, je suis trop bon Français, je suis trop bon patriote surtout pour être partisan des traités de 1815. Mais je crois la France fatiguée de guerres ; la rupture des traités, c’est la guerre européenne... Croyez-moi, il importe de garder beaucoup de mesure vis-à -vis des puissances étrangères, et certains sentiments ne doivent pas être exprimés trop haut.
– Passons donc à la pairie, prince...
– A la pairie, soit.
Et le duc se mordit les lèvres, comme un homme habitué à interroger, et qu’on force à son tour à subir un interrogatoire.
– La pairie, et vous serez forcé d’en convenir, continua Boinvilliers, la pairie n’a plus de racines dans la société... Le Code, en abolissant le droit d’aînesse, les fidéicommis et les majorats ; le Code, en divisant les héritages à l’infini, a étouffé l’aristocratie dans son germe, et l’hérédité nobiliaire a fait son temps.
– Peut-être, messieurs, vous trompez-vous sur cette question d’hérédité, qui est, à mon avis, la seule source d’indépendance qu’il y ait dans les institutions politiques... Un homme sûr d’hériter de son père ne craindra pas d’avoir une opinion à lui, tandis que l’homme à élire aura l’opinion qu’on lui imposera... Au reste, reprit le duc, c’est là une question à examiner, et, si la pairie héréditaire croule réellement, ce n’est point moi qui la réédifierai à mes frais.
– Prince, dit alors Bastide, je crois que, dans l’intérêt même de la couronne qui vous est offerte, il serait bon de réunir les assemblées primaires.
– Les assemblées primaires ? dit le duc en tressaillant. Oui, en effet, je sais que je parle à des républicains.
Les jeunes gens s’inclinèrent ; ils étaient venus moins en alliés qu’en ennemis : ils acceptaient la qualification, au lieu de la repousser. Leur intention était de faire la situation bien nette entre eux et le pouvoir.
– Franchement, messieurs, dit le duc, croyez-vous la république possible dans un pays comme le nôtre ?
– Nous croyons qu’il n’y a pas de pays où le bon ne puisse être substitué au mauvais.
Le duc secoua la tĂŞte.
– Je croyais que 1793 avait donné à la France une leçon dont elle saurait profiter.
– Monsieur, dit Cavaignac, vous le savez aussi bien que nous 1793 était une révolution, et non une république ; d’ailleurs, continua-t-il avec une fermeté d’accent et une netteté de prononciation qui ne permettaient pas de perdre une seule syllabe de ce qu’il disait, autant que je puis me le rappeler, les événements qui s’écoulèrent de 1789 à 1793 obtinrent votre entière adhésion... Vous étiez de la société des Jacobins ?
Il n’y avait pas à reculer ; on déchirait hardiment le voile du passé, et le futur roi de France apparaissait entre Robespierre et Collot d’Herbois.
– Oui, c’est vrai, dit le duc, j’étais de la société des Jacobins. Mais, heureusement, je n’étais pas de la Convention.
– Votre père et le mien en étaient, monsieur, dit Cavaignac, et tous deux ont voté la mort du roi.
– C’est justement pour cela, monsieur Cavaignac, reprit le duc, que je n’hésite pas à dire ce que je dis... Je pense qu’il est permis au fils de Philippe-Egalité d’exprimer son opinion sur les régicides. Au reste, mon père a été fort calomnié ; c’est un des hommes les plus respectables que j’aie jamais connus !
– Monseigneur, reprit Boinvilliers comprenant que, s’il n’interrompait pas la conversation, elle allait s’égarer sur le terrain des personnalités, il nous reste encore une crainte...
– Laquelle, messieurs ? demanda le prince. Oh ! dites, tandis que vous y êtes.
– Eh bien, nous craignons – et nous avons nos raisons pour cela – nous craignons, dis-je, de voir les royalistes et les prêtres encombrer les avenues du nouveau trône.
– Oh ! quant à ceux-là , s’écria le prince avec un geste presque menaçant, soyez tranquilles, ils ont porté de trop rudes coups à notre maison pour que je les oublie ! Une partie des calomnies dont je parlais tout à l’heure vient d’eux ; une barrière éternelle nous sépare... C’était bon pour la branche aînée, cela !
Les républicains, étonnés de l’expression presque haineuse avec laquelle le prince venait de prononcer ces mots : “C’était bon pour la branche aînée !” se regardèrent les uns les autres.
– Eh bien, messieurs, dit alors le duc, est-ce que, par hasard, j’avance une vérité qui vous soit inconnue en proclamant tout haut cette différence de principes et d’intérêts qui a toujours séparé la branche cadette de la branche aînée, la maison d’Orléans de la maison régnante ?... Oh ! notre haine ne date pas d’hier, messieurs ; elle remonte à Philippe, frère de Louis XIV ! C’est comme mon aïeul le régent, qui donc l’a calomnié ? Les prêtres, les royalistes ; car, un jour, messieurs, quand vous aurez mieux approfondi les questions historiques, fouillé jusqu’aux racines l’arbre que vous voulez abattre, vous saurez ce que c’était que le régent, les services qu’il a rendus à la France en décentralisant Versailles, et en faisant passer, par son système de finances, l’argent et l’or du pays jusque dans les dernières artères de la société. Ah ! je ne demande qu’une chose, c’est, si Dieu m’appelle à régner sur la France, comme vous le disiez tout à l’heure, c’est qu’il me soit accordé une portion de son génie !
Alors, il s’étendit longuement sur les améliorations que la politique du régent avait amenées dans la situation diplomatique de l’Europe ; et, à propos de l’Angleterre, il dit quelques mots indiquant qu’il chercherait près d’elle le même point d’appui que son aïeul.
– Pardon, monsieur, dit Cavaignac, mais je crois que le véritable point d’appui d’un roi des Français doit être dans la France.
Le duc d’Orléans n’éluda pas l’explication, et, avec sa facilité d’élocution habituelle, il développa alors, il faut lui rendre cette justice, le système qui acquit, depuis, tant de célébrité sous le nom de système du juste milieu.
Cavaignac, auquel il s’adressait plus particulièrement, comme ayant soulevé la question, écouta avec la plus grande impassibilité le développement politique auquel se livra le prince.
Puis, lorsque celui-ci eut terminé.
– Eh bien, dit-il, nous pouvons être tranquilles ; avec ce système-là , vous n’en avez pas pour quatre ans !
Le duc sourit d’un air de doute.
Quant aux républicains, comme ils savaient tout ce qu’ils voulaient savoir, ils s’inclinèrent en signe qu’ils voulaient se retirer.
Ce que voyant le prince, il les salua Ă son tour.
Mais, pour ne pas leur laisser le dernier :
– Allons, messieurs, dit-il, vous me reviendrez... Vous verrez, vous verrez !
– Jamais ! articula nettement Cavaignac.
– Jamais est un mot trop absolu, et nous avons un vieux proverbe français qui prétend qu’il ne faut pas dire : “Fontaine...”
Mais, avant qu’il eût achevé sa phrase, ces messieurs avaient déjà gagné la porte.
Le duc les regarda s’éloigner d’un air sombre.
C’était le premier nuage qui obscurcissait son soleil.
Dans ce premier nuage étaient toutes les tempêtes de l’avenir, même celle qui devait le renverser.
Maintenant que l’on a vu les hommes et les principes face à face, on comprendra mieux, je l’espère, les 5 et 6 juin, les 13 et 14 avril, le 12 mai et le 24 février. » L’ordonnance royale du 26 août 1830, créant la Commission des récompenses nationales, accordait au préfet de la Seine la faculté de désigner quatre citoyens parmi ceux devant faire partie de cette Commission ; le préfet de la Seine, considérant que le but de cette disposition était de faire entrer dans la Commission « des hommes qui représentassent plus spécialement la classe ouvrière, qui a pris la part la plus active à la révolution », choisit quatre personnes qui, ayant combattu avec les ouvriers, devaient être « par conséquent les meilleurs et les plus sûrs appréciateurs de leur courage et de leur patriotisme ». Parmi eux, Guinard, A., propriétaire carrier, capitaine d’état-major de la garde nationale ; les autres étant : Lavocat, Gaspard, tanneur, lieutenant-colonel de la XIIe légion ; Bastide, Jules (voir ce nom), marchand de bois, canonnier de la garde nationale ; Chevallier, Victor, commis négociant, demeurant 83, rue de la Croix-Rouge (mais avec Lavocat Gaspard, Tonnet Renaud Olive, Chevallier, Truelle Alphonse et Payen Anselme in Archives nationales F/15/2557-2559, état nominatif des membres de la Commission des récompenses nationales et des membres des jurys). Le dossier de ses droits fut instruit par la Commission des récompenses nationales de la mairie du (ancien) Xe arrondissement. Il fut décoré de la Croix de Juillet auprès de la mairie du (ancien) Xe arrondissement. En 1831, à l’occasion des fêtes anniversaires de Juillet, il reçut, auprès de la mairie du (ancien) Xe arrondissement, vingt-cinq francs de gratification, à titre de décoré mais non blessé. Il délivra, peu après la révolution de Juillet, la recommandation suivante en faveur de Lachenay, Hippolyte, auprès du directeur des travaux du Champ-de-Mars : « J’ai l’honneur de vous adresser M. Lachenay, directeur d’ateliers des Constructions mécaniques, ayant une longue expérience des ouvriers. Il se trouve maintenant dans la plus fâcheuse des positions, il est père d’un enfant de onze ans et porteur des meilleures recommandations. S’il vous était possible de l’employer dans vos travaux comme surveillant, en attendant le résultat de nos démarches auprès du préfet de police, vous rendriez service à un brave homme, qui a mérité tout l’intérêt de la Commission par son dévouement dans les journées de Juillet, où il a reçu une huitième blessure. J’espère que vous pourrez être utile à M. Lachenay, qui a fait toutes nos anciennes campagnes et a encore retrouvé pour combattre l’ennemi commun toute son ardeur […]. » Capitaine commandant de la 2e batterie de l’artillerie de la garde nationale, il fut l’un des dix-huit accusés du procès qui s’ouvrit le 6 avril 1831, devant la cour d’assises de la Seine, pour une conspiration républicaine qui aurait envisagé de faire passer l’artillerie de la garde nationale du côté du peuple au moment des troubles que connut le procès des anciens ministres de Charles X, en décembre 1830. Il était accusé « d’avoir, dans les derniers mois de 1830, formé un complot ayant pour but de détruire ou de changer le gouvernement ; d’avoir, dans les derniers mois de 1830, formé un complot dont le but était d’exciter la guerre civile en armant et portant les citoyens ou habitants à s’armer les uns contre les autres » et fit quatre mois de prison, dans l’attente de son procès. Pendant l’audience et devant les différents témoignages, beaucoup de charges contre plusieurs accusés furent abandonnées par l’accusation, et, finalement, tous les accusés furent acquittés par le jury. Bouchet, dans son ouvrage Le Roi et les Barricades, rapporte au sujet de Guinard, au moment de l’émeute des 5 et 6 juin 1832, les faits suivants : « […] Les artilleurs de la garde nationale sont accusés de n’avoir pas soutenu le régime contre les insurgés. Certains passent pour avoir dirigé des barricades ; le corps est dissous au lendemain de la victoire. Dans les jours suivants, le général Delessert poursuit l’offensive : signalant à l’attention de ses supérieurs deux artilleurs valeureux placés sous ses ordres pendant les combats, il les juge “dignes d’un meilleur habit” [Ministère de l’Intérieur, rapports sur les affaires des 5 et juin 1832, Paris, Imprimerie royale, juin 1832, p. 5-6]. Alors se cristallise un conflit bien antérieur à juin 1832. L’artillerie passe pour un corps hostile au régime ; de fait, parmi ses officiers se trouvent plusieurs figures de l’opposition républicaine. C’est ainsi que la querelle prend un tour politique ; un ex-capitaine de l’artillerie, Roussel, demande à Delessert de présenter ses excuses au corps tout entier ; sur son refus, un duel est organisé : c’est Guinard, lui aussi ex-capitaine de l’artillerie et membre de la Société des amis du peuple, qui affronte le général. » Le Moniteur universel, 20 et 23 juin 1832. On peut lire dans le manuscrit de Victor Crochon le passage suivant consacré à Guinard : « Guinard, dit M. Cavaignac dans sa défense le 14 avril 1830 (mais sans doute 1831 ou 1832 ?), Guinard, mon meilleur ami, lui que j’ai vu toujours le premier sur la brèche, prodigue de tous les sacrifices, fatiguant son bras nerveux à se battre en juillet, et plus tard, lui que j’avais toujours vu si insouciant, se mettre à l’ouvrage, se consacrer au service de nos braves Parisiens, actif dès qu’il a pu être utile au pauvres, ajoutant encore à l’amitié, à l’estime de ceux qui l’aimaient et l’estimaient le plus. » Dans son ouvrage, M. Gabriel Delessert, Tripier-Lefranc, relatait ainsi les conditions dans lesquelles eut lieu le duel : « Pendant que M. Gabriel Delessert s’occupait, en son propre nom comme au nom du roi, de soulager tant de misères dignes d’un meilleur sort, M. Guinard, homme des plus honorables du parti républicain et capitaine de l’artillerie parisienne, demandait raison à M. Gabriel Delessert des paroles offensantes qu’il avait prononcées sur ce corps d’artillerie, dans son rapport au maréchal Lobau, en date du 8 juin, et qui venaient d’être publiées dans le Moniteur, M. Gabriel Delessert accepta le cartel de M. Guinard et la rencontre eut lieu le 21 juin, au matin. Les témoins de M. Gabriel Delessert furent les généraux de Flahaut et Carbonnel ; ceux de M. Guinard furent le colonel Gallois et M. Godefroy Cavaignac. L’arme choisie fut le pistolet. Les deux combattants marchèrent l’un sur l’autre. M. Guinard tira le premier ; mais son pistolet ayant fait long feu, M. Gabriel Delessert invita son adversaire à réamorcer son arme et à tirer de nouveau. M. Guinard tira une seconde fois ; M. Gabriel Delessert ne fut pas atteint ; il éleva alors son arme et tira en l’air. M. Guinard protesta contre cet acte de courtoise générosité ; mais, malgré les instances réitérées de son adversaire, M. Gabriel Delessert refusa de tirer sur lui, et déclara d’ailleurs qu’il était prêt à essuyer le feu de M. Guinard autant de fois qu’il le voudrait. Dans celte situation du duel, M. Gabriel Delessert répondit, sur la proposition que lui faisait M. Guinard de continuer le combat à l’épée, qu’il l’acceptait si cette nouvelle passe d’armes lui paraissait nécessaire ; mais qu’il ne se départirait pas de la résolution qu’il avait prise et qu’il n’agirait pas autrement avec l’épée qu’il venait d’agir avec le pistolet. Les témoins, satisfaits de ce tournoi de courage et d’esprit chevaleresque, jugèrent unanimement cette affaire d’honneur terminée, et félicitèrent les deux champions qui venaient de montrer autant de hardiesse que de sang-froid et de magnanimité. M. Gabriel Delessert déclara alors à M. Guinard qu’il n’avait eu l’intention d’offenser personnellement, dans son rapport, aucun des citoyens appartenant à l’artillerie de la garde nationale, quelle que fut leur opinion publique. M. Guinard remercia M. Gabriel Delessert de ses bonnes et bienveillantes paroles pour lui, et chacun des témoins se retira heureux de ce que la Providence avait ainsi épargné la vie de deux hommes honorables. En allant à ce duel, M. Gabriel Delessert s’était sans doute ressouvenu de cette maxime de La Rochefoucauld : “Se venger d’une offense, c’est se mettre au niveau de son ennemi ; la lui pardonner, c’est s’élever au-dessus de lui.” En revenant de ce combat, M. Guinard se rappela assurément aussi les paroles de Henri IV, qui disait que le meilleur moyen de se défaire d’un ennemi c’était de s’en faire un ami ; car on remarqua que, depuis cette époque et pendant tout le temps que M. Gabriel Delessert fut préfet de police, le journal le National n’attaqua jamais dans ses colonnes la conduite politique de cet homme de bien. » Guinard fut l’un des prévenus du procès d’avril 1834 et qui s’évada de la prison de Sainte-Pélagie, en juillet 1835, avec la complicité du mouvement républicain. Son signalement fut ainsi communiqué par les autorités pour faciliter sa recherche et son arrestation : « […] Taille 1,85 m, nez fort, bouche grande, cheveux et sourcils bruns, menton rond, visage ovale, front bombé teint brun, yeux bruns. » Ce fut Lemoine-Tacherat, Jean-Baptiste, Joseph (voir ce nom), autre décoré de Juillet, qui avait procédé à son arrestation, le 12 avril 1834. Guinard était l’ami de Pepin (voir Pepin, Pierre, Théodore), un des accusés de l’attentat de Fieschi. Le Courrier français du 4 août 1835 relatait : « On écrit de Bruxelles le 1er août “M. Guinard, un des évadés de Sainte-Pélagie, se trouve à Ostende depuis lundi et doit s’embarquer aujourd’hui pour Londres.” » C’est sans doute le même subterfuge que Pepin utilisa. Guinard participa activement à la Révolution de février. Quand Chavelier, Charles, Auguste (voir ce nom) tenta de faire valoir ses droits auprès de la nouvelle Commission des récompenses nationales instituée après la Révolution de Février, et dont Guinard était le président, il donnait de nombreuses indications se rapportant à Guinard. Sa lettre, en date du 23 mars 1848, était ainsi rédigée : « […] Le 29, sur la place du Palais-Royal, au moment où je donnais un des pistolets dont j’étais porteur à un élève de l’Ecole polytechnique, je reçus, d’une fusillade que nous envoyèrent les gardes royaux par les fenêtres qui sont au-dessus du café de la Régence, une balle qui me traversa le genou droit puis un morceau de plomb au-dessous du même genou et qui y est encore, puis divers projectiles dans différentes parties du corps, telles que sur le nez, à la cuisse gauche, sur le pied droit, puis une autre balle qui vint m’érafler le devant de la jambe droite. Je fus transporté dans les bains de la rue Saint-Thomas-du-Louvre, où je restais deux jours, après lesquels je rentrais chez moi. On vint, à cette époque, plusieurs fois me demander si j’avais besoin de secours, si je voulais faire des réclamations à la Commission des récompenses nationales. Mon patron ayant soin de moi et ne manifestant point l’intention de me faire remplacer, je n’avais besoin de rien et ne voulant pas mettre un prix à ce que j’avais fait de cœur, je refusais. Cependant, en 1831, c’était l’époque de ma conscription. J’avais un pressentiment que j’aurai un bas numéro et ce pressentiment me faisait peur, non pas que je craignisse la mort mais bien le désœuvrement dans lequel s’écoule lentement dans une caserne les sept ou huit années d’un jeune homme qui y perd pour ainsi dire les habitudes du travail, la routine de son métier. Je fis part de mes craintes à M. Beauvais Poque (voir Poque, Beauvais), chez qui j’allais presque tous les jours. Il me donna les conseils de m’adresser à la Commission des récompenses nationales et de demander le grade de sous-lieutenant dans un régiment. A cet effet, il donna une lettre de recommandation pour vous, monsieur, qui étiez alors membre de cette Commission et son ami. Je fus vous le porter chez vous, rue du Cherche-Midi. Après avoir lu cette lettre, vous me dites que vous me préviendriez lorsqu’il faudrait me présenter devant le jury médical, ce que vous fîtes. Quelques jours après, je passais à la visite mais comme il y avait déjà dix mois que les événements étaient passés, mes blessures étaient cicatrisées, il me restait seulement la balle ou morceau de plomb que j’ai toujours dans le genou. Je fus classé dans la 2e catégorie des blessés. Je demandais une sous-lieutenance, on inscrivit ma demande, vous vîntes obligeamment à moi sur l’escalier et me demandâtes quel était le résultat ; je vous en fis part et vous rappelai quel était le but de ma demande, c’est-à -dire point d’argent mais le droit de vivre en défendant la patrie et vous priai d’être mon interprète près de ces messieurs, ce à quoi vous me répondîtes Acceptez toujours ce que la Commission jugera à propos de vous allouer. […] Je suis désolé, monsieur, d’avoir à vous occuper de si petits détails mais comme les preuves sont éminemment difficiles à donner, pour ne pas dire impossibles, j’ai cru devoir agir ainsi, afin que votre conviction et celle de la Commission se fondent sur la vraisemblance des faits. En juin 1832, j’étais du nombre d’une cinquantaine de jeunes gens portant sur les boulevards un drapeau rouge, mêlés à quelques artilleurs de la garde nationale ayant à leur tête un lieutenant. Ce lieutenant, c’était vous, monsieur […]. » Il apostilla, le 28 mars 1848 et comme « chef d’état-major de la garde nationale », la demande que fit Donat, Anatole, Gabriel, devant la Commission des récompenses nationales instituée après la Révolution de Février, d’obtenir un emploi. Il apostilla, comme « représentant du peuple, président des Récompenses nationales », ainsi la demande de la Légion d’honneur en faveur de Séguin, Paulin pour sa conduite pendant la répression de l’émeute de juin 1848 : « Je connais depuis longtemps le dévouement du citoyen Séguin aux principes de la démocratie. Ce long dévouement et les blessures graves reçues dans les fatales journées de l’insurrection appellent sur lui l’attention particulière du gouvernement de la République, qui lui doit une récompense éclatante. » Colonel de la garde nationale, lié avec Cavaignac, il participa à la répression de l’émeute de juin 1848. Il mourut le 6 juin 1874 à Villepreux (Seine-et-Oise). Il demeurait 40, rue du Cherche-Midi en 1830-1831 ; 8, passage Sainte-Marie, au 1er et 2e étages, en 1834. Le Constitutionnel, 1er août 1830 ; Le National, 2 août 1830 ; Le Réveil du lion ou Paris dans les immortelles journées des 27, 28 et 29 juillet 1830 ; précis des événements, heure par heure… suivi d’un chant triomphal… par un patriote de 89, Paris, Lerosey, 1830, p. 215-216 ; Evénements de Paris des 26, 27, 28 et 29 juillet 1830, par plusieurs témoins oculaires, Paris, imprimerie et fonderie de Fain, 1830, p. 115-116 ; Histoire de la révolution de Paris depuis le 26 juillet jusqu’au 31 août 1830, Paris, chez Philippe libraire, rue Dauphine, 20, 1830, p. 163-164 ; Souvenir glorieux du Parisien, précis historique des journées des 26, 27, 28, 29, 30 et 31 juillet 1830, par P. G. Prosper L***, nouvelle édition revue et augmentée, Paris, chez l’auteur, place Saint-André-des-Arts, n° 26 et chez les principaux libraires, p. 106 ; Histoire de la révolution de 1830 et des nouvelles barricades, par F. Rossignol et J. Pharaon, Paris, chez Vimont, Levavasseur et Urbain-Canel, 1830, Nom des personnes qui se sont distinguées dans les mémorables journées p. 273 ; Histoire de la révolution des 27, 28 et 29 juillet 1830, Fayot, tome premier, Paris, Hocquart jeune éditeur, 1830, p. 137 ; Evénements de Paris des 26, 27, 28 et 29 juillet 1830, par plusieurs témoins oculaires, cinquième édition, Paris, Audot libraire, 1830, p. 149-150 ; La Révolution de 1830, ou Histoire des événements qui ont eu lieu dans Paris, les 27, 28, 29 et 30 juillet, par un témoin oculaire, Paris, Philippe, libraire, 1830, p. 29-30 ; Histoire populaire de la révolution de 1830, Jules Lefebvre et compagnie éditeurs, Paris, 1830, p. 90-91 ; La Liberté reconquise ou histoire complète et détaillée de la révolution de Paris en juillet 1830, J.-B. Ambs, troisième édition revue et corrigée, Paris, Terry jeune, libraire, Palais-Royal, galerie de Valois, n° 185, 1830, p. 124-125 ; La Révolution de 1830 ou histoire des événements qui ont eu lieu dans Paris, les 27, 28, 29 et 30 juillet, par un témoin oculaire, Paris, Lemoine libraire, place Vendôme, n° 24, 1830, p. 28-30 ; Révolution mémorable des journées des 27, 28 et 29 juillet 1830, Cousin d’Avalon, Paris, Stahl, imprimeur-libraire, quai des Augustins, n° 9, p. 27-28 ; Bibliothèque historique de la Ville de Paris, manuscrits, 8-ms-1025, ouvrage de Victor Crochon, f° 421 ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la Croix de Juillet, instituée par la loi du 13 décembre 1830 sur les récompenses nationales, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la Croix de Juillet, instituée par la loi du 13 décembre 1830, sur les récompenses nationales, Le Moniteur universel, 2 mai 1831 ; Archives de Paris VD3 8 ; Archives de Paris Vbis7K4 1, Commission des récompenses nationales, noms des citoyens qui ont mérité la décoration spéciale, Xe arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/33, personnel de la Commission (1830-1832) ; Archives nationales F/1dIII/36, Commission des récompenses nationales, état des sommes payées en dépenses diverses pour le compte de cette commission, du 8 octobre 1830 au 31 août 1831 par la mairie du (ancien) Xe arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/39 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens qui ont mérité la décoration spéciale, (ancien) Xe arrondissement ; Archives nationales F/15/2557-2559, état nominatif des membres de la Commission des récompenses nationales et des membres des jurys ; Archives nationales F/1dIV/S/4 Récompenses honorifiques, dossier Séguin, Paulin ; Archives de la préfecture de police AA 378 in dossier Chevalier, Charles, Auguste ; Archives de la préfecture de police AA 385 in dossier Donat, Anatole, Gabriel ; Archives de la préfecture de police AA 396 in dossier Lachenay, Hippolyte ; Archives de la préfecture de police AA 412 in dossier Roussel, Charles, Eugène (où ce dernier explique lui avoir remis ses titres de combattant de Juillet) ; Procès des dix-neuf citoyens accusés de complot tendant à remplacer le gouvernement royal par la république, Paris, Prévot éditeur-libraire, 1831 ; Cour des pairs, affaire d’avril 1834, procès-verbaux d’arrestation et autres, Paris, Imprimerie royale 1835, p. 150-151 ; Mes Mémoires, Alexandre Dumas, tome VI, cinquième série, nouvelle édition, Paris, Lévy frères, 1867 ; Procès de la conspiration dite républicaine de décembre 1830, Babeuf, Paris, chez Hocquart, 1831, p. VI, 41, 81-83 ; M. Gabriel Delessert, Tripier-Lefranc, Paris, Dentu, 1859, P. 59 et suivantes ; La République clandestine, 1818-1848, Gilmore, Jeanne, Aubier, Paris, 1997 ; Le Roi et les Barricades, Bouchet, Seli Arslan, 2000, p. 37 ; L’Epopée des régicides. Passions et Drames. 1814-1848, Louessard, l’Insomniaque, Paris, 2000.
Le duc de Chartres, qui regagnait Paris à la tête de son régiment, venait de faire allégeance à la famille royale. Le baron de Damas devait témoigner du fait suivant : « Le 1er août, nous fûmes heureusement surpris par l’arrivée de Mme la dauphine. Cette princesse, qui était à Vichy lorsque les ordonnances furent rendues, avait été insultée à son passage à Dijon et avait montré dans cette circonstance son courage habituel. A Joigny, elle avait rencontré le duc de Chartres à la tête le son régiment de hussards et ce prince l’avait assurée de son dévouement. » Mémoires du baron de Damas (1783-1862), tome IIe (1823-1862), Paris, Plon, 1922, p. 183.