Guyonie, René
Biographie
Né le 17 février 1811 à Vallière (Creuse). Etudiant en droit. Après avoir combattu dans les trois jours, il retourna à Vallière. En novembre 1830, il adressa alors une lettre à la Commission des récompenses nationales, pour demander une sous-lieutenance dans un régiment de ligne. Il décrivait ainsi la part qu’il avait prise aux combats : « Messieurs, Guyonie, René, […] a l’honneur d’exposer qu’il a vaillamment combattu dans les trois immortelles journées de Juillet et contribué de tout son pouvoir au triomphe de la liberté. Qu’après la victoire il a déposé les armes, sans s’occuper des récompenses. Mais invinciblement entraîné vers la carrière des armes, il a enfin obtenu le consentement de sa famille à cette destination. C’est alors que, désirant profiter de la loi et de sa position, il s’est adressé, le 11 novembre présent mois, à la Commission, par l’intermédiaire de l’honorable M. de Tracy, député, à l’effet d’obtenir une sous-lieutenance dans un régiment de ligne. Ses droits, pour être présentés tardivement n’en sont pas moins certains : ils sont attestés par quatre certificats délivrés par des témoins oculaires et par des combattants, au nombre desquels figure le brave Boursier, qui avec Carlier, quoique blessé, ont enlevé la cassette de l’ex-roi et l’ont transportée à l’hôtel de ville.
»Ses droits sont établis en outre par deux lettres portant le timbre de la poste, écrites par deux lettrés à leurs parents à Vallière, qui relatent tous les faits d’armes de Guyonie.
»Les faits, les voici :
»Dans les journées des 27 et 28 juillet, Guyonie a formé dans les rues adjacentes à l’Odéon une colonne assez nombreuse de jeunes gens : il les dirigea d’abord sur la caserne de gendarmerie de la rue de Tournon, dont ils se rendirent maîtres après que lui, Guyonie, eut désarmé un gendarme, dont il conserve toujours le sabre.
»Arrivés au Pont-Neuf, il se détacha de sa troupe pour aller en éclaireur sous le feu de la garde royale, reconnaître les positions.
»De là, il se porta avec sa colonne alternativement au Louvre, au Palais-Royal, à l’Hôtel de ville, et s’est partout battu avec sang-froid et courage.
»Enfin, le lendemain 29, il a recommencé sur les mêmes points, a figuré au Louvre, contribué à la prise des Tuileries, où il est entré un des premiers avec les nommés Achille Boursier et Louis Carlier, qui enlevèrent la cassette de l’ex-roi ; là, Guyonie empêcha le pillage et fit respecter un secrétaire d’un haut prix ; déjà même quelques papiers avaient été enlevés par des gens qui n’en pouvaient apprécier le mérite ; il les força à les lui remettre ; il les possède encore et sont déposés entre les mains du président de la députation de la garde nationale d’Aubusson, M. Sallandrouse ; il les tient à la disposition du gouvernement.
»De tels faits n’ont pas besoin de commentaires, ils parlent d’eux-mêmes assez haut, leur véracité est incontestable ; elle repose et sur la probité de l’exposant et sur les certificats remis par M. de Tracy, et enfin sur les lettres écrites presque sous le feu de la mitraille et sous l’inspiration des événements par deux jeunes Français à leur père, habitant dans le département de la Creuse, la même commune que la famille Guyonie.
»Les faits étant certains, les droits de Guyonie en sont la conséquence nécessaire.
»Maintenant que pourrait-on lui opposer ? la déchéance pour tardivité de sa demande ?
»Il en faut convenir, il est lent à demander ; mais il a été prompt à combattre ; au jour du danger il ne s’est pas fait attendre ; et il n’est pas probable qu’on lui fasse un reproche sérieux de sa modestie.
»Doué d’une âme ardente et d’un corps athlétique, développés par l’éducation, Guyonie éprouve le besoin de consacrer tous ses moyens à la défense de la patrie. Il a droit à une sous-lieutenance, il la sollicite avec confiance de la justice de la Commission et du gouvernement. Il a déposé quatre certificats, dont il demande la réunion ; il y joindra les deux lettres ci-dessus énoncées et il offre en outre la remise des papiers provenant du secrétaire de l’ex-roi. Il a l’honneur, etc. »
Il joignait à sa lettre un certificat, signé du docteur Rousset, demeurant 169, rue Saint-Jacques, et ainsi rédigé : « Je soussigné, docteur en médecine de la faculté de Paris, médecin du bureau de charité du XIIe arrondissement, etc., certifie que M. René Guyonie […] a envahi un des premiers le 28 juillet la caserne de la gendarmerie de la rue de Tournon, a conduit la colonne qu’il commandait à l’Hôtel de ville, sous le feu de l’ennemi, et s’est battu avec une intrépidité et un bonheur admirables. Je certifie en outre que le 29 juillet il a fait partie de l’assaut des Tuileries, est entré aussi un des premiers dans les appartements royaux et a fait respecter des papiers et un secrétaire d’une riche magnificence. » Un autre certificat, signé de Fontanet, restaurateur, 1, rue des Francs-Bourgeois-Saint-Michel, et de Bellière, Louis, son garçon, était ainsi rédigé : « Je, soussigné, certifie que M. René Guyonie […] a passé plusieurs fois le 28 et le 29 juillet devant mon café, à la tête d’une nombreuse colonne, qu’il promenait dans le quartier pour l’augmenter, et que plusieurs de mes habitués, qui se sont battus avec lui ces jours-là, m’ont parlé avec admiration de sa bravoure et du merveilleux bonheur avec lequel il a affronté de grands dangers. » Le témoignage de Boursier, Achille (voir ce nom) était ainsi rédigé : « Je soussigné, Achille Boursier, blessé d’une balle au bras le 29 juillet et nommé par la Commission sous-officier au 4e dragons, certifie que M. René Guyonie […] a pris une part active aux glorieuses journées des 27, 28 et 29 juillet, qu’il s’est trouvé avec moi à la tête d’une colonne partout où l’on a combattu, à l’Hôtel de ville, aux Tuileries, qu’il entra l’un des premiers dans les appartements royaux avec moi et Louis Carlier, qui blessé d’un coup de baïonnette à la jambe n’en enleva pas moins la cassette du roi, qu’il porta à l’Hôtel de ville, qu’il se trouva avec moi à la place du Palais-Royal lorsque je fus blessé et qu’enfin toutes ses actions furent celles d’un bon citoyen, dévoué à la patrie. » Un dernier enfin, de Delaroche, Louis, étudiant en droit, demeurant 2, rue Grange-Batelière : « Je soussigné, […] atteste avoir vu monsieur René Guyonie […] à la tête d’une colonne, combattre au Louvre et aux Tuileries, où il s’est fait constamment remarquer par son intrépidité et son sang-froid, et je certifie en outre qu’il est entré un des premiers aux Tuileries, où il a empêché le pillage. » Le dossier d’examen de ses droits fut instruit par la Commission des récompenses nationales de la mairie du (ancien) Ier arrondissement. Il demeurait 6, rue Neuve-du-Luxembourg, chez son oncle, Guyonie, chasseur à la 3e compagnie du 1er bataillon de la Ire légion de la garde nationale, en 1830. Archives de Paris VD6 92.