Guyot, Jules

Biographie


Né le 17 mai 1807 à Gyé-sur-Seine (Aube), fils du conventionnel et régicide Guyot, Florent. Etudiant en médecine. Dans le récit que fit Dhainault, Frédéric de sa propre participation aux combats de Juillet et aussi dans l’Enumération des titres du citoyen Frédéric Dhainault à une récompense nationale, qu’il présenta devant la Commission des récompenses nationales instituée après la Révolution de Février, Dhainault donnait de nombreuses indications biographiques concernant Guyot, Jules. Sur les relations entre le père de Guyot et le père de Dhainault : « Services rendus par mon père de 1815 à 1830. Il fut l’ami dévoué de Florent Guyot, le conventionnel, qu’il aida de sa bourse et de tous ses moyens pendant son exil. Il accueillit sous sa demeure son fils, qui vint y mourir de la poitrine. Cette conduite attira sur mon père les haines de la Restauration, qui ne lui pardonna jamais et chercha à le tracasser de toutes les manières dans sa carrière commerciale. Entre autres vexations, on lui refusa pendant deux années, sous prétexte de formalités non remplies, d’atteinte à l’hygiène publique, etc. etc., l’autorisation d’installer une machine à vapeur à l’époque où l’on commençait seulement à appliquer la vapeur à l’industrie. On arrêta ses constructions et ses intérêts en furent tellement compromis que de ce moment date la perte de toute sa fortune […]. » Et aussi, dans une autre lettre adressée aussi à la Commission, ces précisions suivantes : « […] A une époque où, aux yeux du gouvernement, c’était un crime que d’avoir des relations d’amitié avec les hommes qui avaient marqué dans notre première révolution de 89, et surtout ceux qu’on avait stigmatisés du nom de régicides, dans les premières années de la Restauration, le fils de Florent Guyot, l’ancien conventionnel, seul, sans appui, loin de son père exilé, tomba malade dans la ville de Cambrai, où il se trouvait réduit presque à la misère. Mon père, pour qui ce nom était au contraire un titre à l’estime et à la considération, sans craindre les vengeances réactionnaires, le reçut dans ses bras, le traita en frère et lui offrit enfin sa maison, dans laquelle il mourut peu de temps après, en le bénissant. Forent Guyot, son père, ne rentra en France qu’en 1830, accablé de vieillesse, au désespoir de ne pouvoir acquitter sa dette de reconnaissance envers mon père, le gouvernement de Juillet faisait trop peu de cas des anciens conventionnels. Mon père mourut aussi peu de temps après, ne laissant aucune fortune à ses enfants […]. » Il joignait l’attestation suivante, signée par la belle-fille de Florent Guyot, Grimau, Adèle (le nom n’est pas sûr) qui vivait retirée d’une petite pension que lui faisait l’Etat. Cette attestation était ainsi rédigée, en date du 14 mai 1848 : « Mme Grimau, belle-fille de M. Florent Guyot, affirme avec certitude qu’en 1817 (ou 1819 ? illisible), époque où le nom de son beau-père était proscrit comme régicide, le fils Florent Guyot, son frère de mère, fut accueilli par la famille d’Hainaut (sic) de Cambrai (Nord) comme ami et il mourut à vingt-cinq ans dans leurs bras. Son beau-père rentra en France en 1830, ne trouva sous le règne de Louis-Philippe qu’un sort médiocre partie du manuscrit brûlée après en regrettant jusqu’à son dernier soupir de n’avoir pu s’acquitter envers l’ami dévoué de son fils. » Sur la participation de Guyot, Jules aux combats de Juillet : « […] J’étudiais la médecine en 1830. J’étais élève externe des hôpitaux civils, bachelier ès lettres et ès sciences, lorsqu’arriva la révolution de Juillet. Je pris part à la lutte avec toute l’énergie d’un cœur généreux, enthousiaste de liberté. La nuit, occupé à soigner les blessés, le jour combattant à la place de Grève et à la caserne de Babylone. J’avais alors pour compagnon d’études et de combats Jules Guyot et Bixio (voir Bixio, Giacomo, Alexandro) […]. » Guyot faisait partie avec Bétou Edouard François, et Regnault Delannoy (voir ces noms) des trois membres de la Commission des récompenses nationales nommés par les Ecoles. Le dossier de ses droits fut instruit par la Commission des récompenses nationales de la mairie du (ancien) Xe arrondissement. Il fut décoré de la Croix de Juillet auprès de la mairie du (ancien) Xe arrondissement. Il délivra le certificat suivant en faveur de Louvet, Benjamin, Jules, Robert (voir ce nom) : « […] S’est trouvé le mercredi au pont d’Arcole puis à la Grève ; dans l’un et l’autre endroit il est resté exposé au feu le plus vif ; il a tiré là plus de soixante coups de fusil. Le lendemain 29, il s’est trouvé à l’attaque de la caserne de Babylone. Il marchait dans la seconde compagnie et s’est trouvé exposé à la première décharge des Suisses la plus vigoureuse et la plus meurtrière. […] Il est difficile de montrer plus de courage et de sang-froid que M. Louvet a montré dans ces circonstances. » Il certifia les faits avancés par Lauzin, Jean, étudiant en médecine, qui demandait d’être exempté, en raison de sa conduite, du paiement de ses frais d’examen, et ajoutait à son sujet : « Je prie monsieur le commissaire chargé d’examiner sa demande d’y avoir égard, il mérite tout l’intérêt de la Commission. » Son nom est, comme décoré de la Croix de Juillet, sur une liste de décorés sur laquelle devait être choisie une députation de vingt-quatre décorés de la Croix de Juillet et de vingt-quatre décorés de la médaille de Juillet pour assister, à la Bastille, aux cérémonies qui devaient marquer le premier anniversaire de la révolution de Juillet. On trouve dans la lettre de réclamation que fit Henry, Louis, Marie, Auguste, le 22 mai 1831, de nombreuses indications sur le mauvais fonctionnement de la Commission des récompenses nationales ; cette lettre était ainsi rédigée : « Dans l’intérêt des réclamants, j’ai cru nécessaire, en vous adressant mes pièces, de vous rapporter quelques circonstances qui vous prouveront jusqu’à quel pont les commissions ont méconnu le devoir dont elles devaient s’acquitter dans toute son étendue. Quand la révolution de Juillet éclata, comme vous, messieurs, je crus de mon devoir d’y prendre part et la lutte étant terminée, j’allais passer mes vacances en province dans ma famille. Les journaux annoncèrent bientôt que des récompenses nationales avait été votées à ceux qui s’étaient distingués pendant les journées de Juillet et que des commissions avaient été nommées pour reconnaître les titres des ayant-droit. […]. Je fis les démarches nécessaires à cet effet, je recueillis donc les témoignages des personnes qui avaient été témoins de ma conduite dans les trois jours et mes certificats légalisés, j’allai (le 9 de partie du manuscrit brûlée) trouver M. Lannoy (voir Lannoy Raignault de, Camille, François), ancien élève de l’Ecole polytechnique, président du jury de mon arrondissement, pour les lui présenter ; il me dit qu’il était trop tard, qu’il avait reçu ordre de ne plus recevoir de pièces ni de réclamations, ce qui était faux car il devait les recevoir, comme vous le savez, jusqu’au partie du manuscrit brûlée avril. J’observai à M. Lannoy que je n’avais pu me présenter plus tôt, qu’une maladie m’avait retenu dans mon pays jusqu’à cette époque ; je lui présentai un certificat légalisé par le maire et le sous-préfet, qui prouvait que ce que je j’avançais était vrai et qu’il n’y avait aucune négligence de ma part. A cette attestation, M. Lannoy crut répondre victorieusement, en me disant Tant pis, vous ne deviez pas être malade... Un membre du jury (M. Dufour [voir sans doute Dufour, Louis]), que je connaissais, lui ayant observé qu’il avait porté pour la décoration spéciale des individus dont les titres ne valaient pas, à beaucoup près, les miens et qu’il avait tort de ne pas recevoir mes réclamations, fut rayé, dès le lendemain, de la liste des membres qui composaient son jury. Je crus trouver ailleurs plus de bonne volonté et me rendis chez M. Bétou (voir Bétou Edouard François), élève en droit et membre d’une autre commission, avec mes certificats ; il me refusa pareillement d’en prendre connaissance, me disant que les commissions avaient résolu entre elles de ne plus recevoir de réclamations, afin de terminer plus promptement leurs travaux. M. Betou m’avait donné l’adresse d’un membre d’une troisième commission, M. Guyot, élève en médecine ; j’y fus et il reçut en effet mes certificats mais la commission en devait plus avoir qu’une seule séance et peut-être me dit-il, elle n’aura pas le temps de les voir. Cependant, il me fit interroger par son jury, qui me prévint auparavant que ne devant plus se réunir qu’une fois il était probable que mes pièces ne seraient pas examinées. Je restai un mois dans cette incertitude, faisant à M. Guyot billets sur billets, visites sur visites pour connaître le résultat de ce que j’avait fait jusque-là. Je ne pus en recevoir de réponse. Enfin, craignant de perdre tout à fait un temps que je savait être précieux, je demandai un réponse ou mes pièces et je reçus mes pièces avec cette réponse que M. Guyot allait donner sa démission de membre de la commission et qu’il ne voulait plus s’occuper de rien. A cette époque, j’appris que la commission de Belleville n’avait pas encore terminé son travail. Je m’y présentai, on me répondit qu’on ne pouvait recevoir mes réclamations parce que je ne demeurais pas à Belleville. Je résolus, car c’était ma dernière ressource, de prendre domicile dans ce pays. Je subis, en cette qualité un second interrogatoire à l’Hôtel de ville, interrogatoire qui n’a duré que quelques minutes tant ces messieurs me pressaient, disant qu’ils n’avait pas le temps de m’entendre pas plus que d’examiner les pièces que je leur remettais et m’engagèrent même à mettre au dos d’un de mes certificats, en quelques mots, ce que j’avais fait pendant les trois jours. Après de telles réceptions de la part des commissions, je n’ai pas été étonné de ne pas voir figurer mon nom dans le Moniteur ; mais ce qui m’a étonné c’est d’y avoir lu les noms d’individus qui se sont présentés après moi et qui, de leur propre aveu, ne s’étaient pas battus, se sont trouvés mériter la décoration mieux que moi mais comme protecteurs je n’avais que des droits très bien partie du manuscrit brûlée et l’événement a prouvé que ce n’était pas assez. Voilà quelles furent mes démarches et leur résultat. Je n’ai rien avancé dans cette lettre que je ne puis prouver au besoin […]. » Dans sa lettre de réclamation pour n’avoir pas été décoré, Janniard, Hubert laissait les indications suivantes concernant Guyot : « […] [Mes] pièces, déposées entre le mains de M. Audry de Puyraveau (voir Audry de Puyraveau, Pierre, François), vice-président de la Commission, par M. Labbey de Pompières (voir Labbey de Pompières, Guillaume, Xavier) furent renvoyée à M. Guyot (voir Guyot, Jules), membre de la Commission pour le (ancien) Xe arrondissement. La dernière fois que je vis M. Guyot, il me montra avec complaisance un tableau où mes nom et qualité étaient accompagnés en marge de la mention Bien méritant. Mes affaires en étaient là lorsque je partis pour mon pays en octobre ; je ne revins à Paris qu’en novembre, sans avoir entendu parler de mes papiers. A mon retour, j’allai chez M. Guyot, alors détenu pour opinion politique, et, n’ayant pu le voir même après sa mise en liberté, j’en suis resté là. Je n’avais certes pas la prétention d’obtenir la croix ; mais je me croyais des droits à la médaille ou plutôt à voir mon nom inscrit sur la liste des combattants de Juillet ; mais, à mon grand regret, je ne fus porté sur aucune liste […]. » En 1831, à l’occasion des fêtes anniversaires de Juillet, il reçut (sous le nom de Guyot fils), auprès de la mairie du (ancien) Xe arrondissement, vingt-cinq francs de gratification, à titre de décoré mais non blessé. On trouve dans l’Ami de la religion et du roi, du jeudi 21 avril 1831, l’avis suivant : « M. Jules Guyot, l’un des prévenus dans l’affaire des troubles de février, a été mis en liberté le 16, après deux mois de détention. Il avait été membre de la Commission des récompenses nationales. » Cette affaire fut relatée par la Gazette des tribunaux, et le nom de Guyot fut prononcé. Dix accusés comparurent, le 25 mai 1831, devant la cour d’assises de la Seine, pour des troubles qui eurent lieu, le 15 février 1831, au moment du pillage de l’archevêché, et au cours desquels un poste de la garde nationale fut enlevé et un poste de la troupe de ligne, attaqué. Les dix accusés étaient : Chinouffre, Charles, né en 1802, ancien membre du jury de la Commission des récompenses nationales ; Broissin, René, Emile, né vers 1801, ancien militaire, compromis dans le complot de Bidassoa en 1823 ; Sciard, François, Victor, né vers 1797, avocat ; Dumas, Jean-Louis (voir Dumas, Jean-Louis, Antoine), né vers 1803, conducteur de travaux, décoré de la Croix de Juillet ; Durand, François, né vers 1811, ouvrier corroyeur, tambour dans la IIIe légion de la banlieue ; Lepage, Jean, Bernard (voir ce nom), né vers 1803, ouvrier sur les ports, décoré de la médaille de Juillet ; Lelièvre, Antoine (voir ce nom), né vers 1806, décoré de la Croix de Juillet, coiffeur et tambour de la garde nationale de Vaugirard ; Delachambre, Louis, né vers 1791, ouvrier serrurier ; Maillin, Alphonse, Fidèle, Marie, né vers 1803, contremaître chapelier ; Charny, Pierre, né vers 1807. L’acte d’accusation, après être revenu sur le récit de la dévastation de l’archevêché et sur les troubles du pont de l’Archevêché et de la rue Bellechasse, continuait en ces termes : « Le même jour, 15 février, cent cinquante jeunes gens, paraissant être en partie des étudiants, venant du côté de l’Odéon, traversèrent la place de l’Ecole-de-Médecine, passèrent par la rue Hautefeuille ; à leur tête étaient deux ou trois individus en uniforme d’artilleurs de la garde nationale et d’autres en bourgeois, armés de sabres et de pistolets ; arrivés sur la place Saint-André-des-Arts, ils s’avancèrent vers le corps de garde, placé à l’entrée de la rue du Cimetière-Saint-André-des-Arts ; sur les dix gardes nationaux composant le poste, six étaient allés dîner. M. Cardinal (voir Cardinal, Bernard, Alexandre, François ou son fils, Cardinal, Louis, François, Charles), caporal, se trouvait dans le corps de garde, et M. Devéria [peintre de son état, N.D.A] étaient en faction ; M. Legrand et Delmont se promenaient sur la place. Les jeunes gens ne parurent pas d’abord avoir d’intentions hostiles ; mais quand ils furent près du factionnaire, ils s’écrièrent Vive la liberté ! il nous faut vos armes ! M. Devéria, entouré subitement, se vit arracher son fusil. MM. Delmont et Legrand avaient couru prendre leurs armes ; mais le premier fut saisi par plusieurs individus qui le poussèrent contre le mur, un pistolet sur la poitrine ; il reçut sur la main un coup violent qui lui fit lâcher son fusil, qu’on lui enleva, ainsi que son sabre ; les six fusils des absents furent enlevés malgré la résistance du caporal Cardinal, qui fut maltraité par cinq à six personnes. Quant à M. Legrand, il feignit de suivre volontairement les agresseurs, et d’embrasser leur parti, son arme lui fut laissée ; il marcha quelque temps avec la troupe, qu’il abandonna à la première occasion. Plusieurs individus chargèrent leurs armes sur la place même ; l’un d’eux enleva le drapeau du corps de garde, et ils partirent en criant Allons au Petit-Pont désarmer le poste. Ils se dirigèrent effectivement par la rue Saint-André-des-Arts et suivirent le quai Saint-Michel. Ils étaient alors vingt à vingt-cinq individus armés. Arrivés vers le milieu du quai Saint-Michel, ils rencontrèrent M. Peulvé (voir Peulvé, Stanislas), garde national à cheval, en uniforme ; on l’entoura en criant : A leau ! voici un gendarme ! Tu ne vas pas sans doute nous charger comme tu las fait dans la rue de Grenelle, dit un des individus qui se trouvaient dans le groupe ; on lui arracha son sabre avec la dragonne en or, et on ne le quitta que lorsque la troupe, arrivée du Petit-Pont se mit en mesure de marcher sur le poste. Ce poste était composé de huit grenadiers du 19e régiment de ligne, commandés par le sergent Balay ; ce sous-officier, pour rendre la lutte qu’il prévoyait, moins inégale, fit retrancher la troupe dans le corps de garde et se prépara à soutenir un siège ; le factionnaire fut entouré et désarmé malgré ses efforts. Un des individus qui figuraient dans le rassemblement s’écria Vive la ligne ! il faut nous livrer vos armes ! et sur le refus du sergent, un cri s’éleva Vos armes ou la mort ! Alors plusieurs individus s’approchèrent de la porte et se mirent en devoir de l’enfoncer à coups de crosse, tandis que plusieurs autres, ayant cassé les carreaux, menaçaient les soldats de leurs pistolets. Cependant M. Mallesaigne, sous-lieutenant de la garde nationale, qui se trouvait avec une partie de sa compagnie dans la rue Neuve-Notre-Dame, ayant appris cette attaque, s’y transporta aussitôt. A l’arrivée de ce renfort, une partie des assaillants s’écarta, le poste sortit et se forma en bataille devant le corps de garde ; le sergent Lefèvre arracha un fusil chargé à l’un des assaillants ; Lelièvre et Lepage furent saisis près du poste, ayant chacun un fusil chargé. Le sous-lieutenant Mallesaigne s’avança avec les gardes nationaux du côté de la rue Saint-Jacques ; arrivé au milieu du Petit-Pont, il vit en face de lui trois individus vêtus en artilleurs, et deux jeunes gens armés de fusils et de pistolets, qui, en s’éloignant, se retournèrent plusieurs fois en les couchant en joue, puis enfin firent une décharge de trois coups de fusil et deux coups de pistolet qui ne portèrent pas ; ces individus prirent aussitôt la fuite. M. Biffi, garde national, arrivant par le quai Saint-Michel, vit au coin du pont un homme qui à trois pas à peu près lui tira un coup de fusil, dont la bourre noircit sa buffleterie, mais qui ne l’atteignit pas ; M. Biffi mit aussitôt le sabre à la main, poursuivit l’agresseur, l’atteignit au coin d’une rue, le frappa d’un coup de sabre sur les reins, et s’empara de lui avec le secours du grenadier Renard ; cet homme est le nommé Delachambre, il avait jeté en fuyant son fusil à terre ; un voltigeur le ramassa, et il n’a pu être retrouvé. M. François, garde national, étant du côté de la rue Saint-Jacques, aperçut un homme en redingote et en chapeau rond, qui allait tirer dans la direction du Petit-Pont ; il lui présenta la pointe de son sabre, et l’homme abandonna le fusil qui était chargé à balle ; depuis il a été reconnu pour un de ceux enlevés au poste de la rue du Cimetière-Saint-André-des-Arts ; il n’était pas chargé au moment où il fut enlevé. » La Gazette des tribunaux rapportait ainsi les faits où Guyot fut mis en cause par le témoin Peulvé (voir Peulvé, Stanislas) : « Le témoin déclare que son sabre lui a été pris ainsi que la dragonne, qui était attachée par une tresse en cuir, tournée plusieurs fois autour d’une des branches de la garde ; conduit ensuite sur le Petit-Pont, il fut mis en liberté. Quelques instants après, il entendit tirer plusieurs coups de feu ; la balle d’un de ces coups siffla à ses oreilles. Le témoin déclare que celui qui lui a présenté le pistolet, et qui même lui a cassé un morceau de la dent, n’est pas au nombre des accusés […] Le témoin raconte comment il a retrouvé son sabre, qui a été reconnu le lendemain par son beau-frère entre les mains de Dumas et de quelques autres ; après des recherches chez diverses personnes, cette arme lui a été rendue par un homme chez lequel elle avait été déposée par Dumas ; cet homme a déclaré que le matin même la dragonne était encore au sabre, que Dumas l’avait prise, et était allé avec des amis manger la dragonne. Dumas raconte comment le sabre est tombé dans ses mains. “La personne qui l’avait pris se trouvait à côté de moi ; ayant appris d’un de mes voisins qu’il appartenait à M. Peulvé qui y tenait beaucoup, je le changeai contre le mien pour le lui rendre.” M. Peulvé déclare effectivement avoir dit, au moment où on lui prenait son sabre, qu’il y tenait, parce qu’il l’avait conquis dans les trois journées sur un capitaine de lanciers. […] Le témoin déclare qu’il est à sa connaissance que plusieurs de ceux qui faisaient partie de ce rassemblement ne figurent pas sur les bancs, et il jure sur l’honneur que M. Guyot était le principal moteur de ces désordres, et qu’il avait profité du carnaval pour soudoyer diverses personnes. […] Me Briquet. Je prie aussi M. le président de demander au témoin si M. Guyot n’a pas été à la Commission des récompenses nationales le principal opposant à ce que le témoin obtînt la décoration de Juillet qu’il avait demandée. Le témoin déclare que lorsqu’il s’est présenté à la Commission des récompenses nationales M. Guyot était déjà arrêté. M. Perrot a vu sur le quai Saint-Michel M. Peulvé, qu’on renversait de cheval ; il déclare n’avoir pas dit à M. Peulvé qu’il avait vu M. Guyot dans le rassemblement ; ce dernier soutient que M. Perrot lui a tenu ce propos, et malgré les instances de M. le président chacun d’eux persiste dans sa déposition ; le témoin affirme même qu’il ne connaît pas M. Guyot. […] M. Boucher, que M. Peulvé annonce lui avoir dit qu’il avait vu M. Jules Guyot dans le rassemblement, nie formellement ce propos. “Sans doute, dit-il, je vous ai annoncé que je connaissais M. Guyot ; mais voilà tout.” M. Peulvé. “Vous m’avez même dit qu’il paraissait que l’affaire tombait dans l’eau.” M. Boucher vivement : “Je voulais parler sans doute des récompenses nationales.” (On rit.) M. Peulvé. “J’ajoute qu’en montant ici, j’ai été insulté par une personne qui m’a dit : Nous allons voir tout à lheure.” Me Levesque, l’un des défenseurs : “Je prie MM. les jurés et la cour de remarquer que les défenseurs et les accusés sont étrangers à ces menaces, si elles ont eu lieu.” Me Wollis, défenseur de Dumas : “Je prie surtout la cour de remarquer que M. Peulvé est bien de taille à répondre à des menaces.” (On rit.) » Au cours de l’audience la plupart des témoins déposèrent que les accusés soient n’étaient pas sur les lieux soit qu’ils y étaient sans arme ou inoffensifs, et ne reconnurent personne parmi les accusés. L’affaire tourna au fiasco pour l’accusation, et selon la Gazette des tribunaux : « Les réponses du jury ayant été affirmatives sur les faits généraux mais négatives sur chacun des accusés, ils ont tous été acquittés. Quand l’audience a été levée, de vifs applaudissements se sont fait entendre. Pendant la délibération, une quête faite au profit de Delachambre et Lelièvre a produit soixante-dix francs. La cour y a contribué. La plupart des témoins ont abandonné, au profit de ces malheureux, le montant de leur taxe. » A sa sortie de prison, Guyot semble avoir abandonné la politique. Il se fit désormais connaître par ses travaux scientifiques de mécanique, de physique, de télégraphie et d’agriculture. Dès 1860, il développa un nouveau système de taille des arbres fruitiers, la taille Guyot (taille basse en espalier). En l’honneur de Guyot, une espèce de poire porte son nom ainsi de l’institut Vigne et Vin de l’université de Bourgogne à Dijon. Sa fiche Wikipedia est ainsi rédigée : « Jules Guyot étudie au collège de Troyes puis à la faculté de médecine de Paris à partir de 1826. En 1830, il se rallie avec enthousiasme à la révolution de Juillet. Déçu par Louis-Philippe, il se lance dans une opposition active parmi les jeunes républicains. Il prend part à des émeutes qui lui valent d’être emprisonné six semaines à la prison Sainte-Pélagie en février 1831. Jules Guyot est reçu docteur en 1833, un an après avoir publié Eléments de la physique générale, écrits en grande partie durant son emprisonnement. Il se consacre ensuite à divers travaux de mécanique, de physique et de télégraphie. Il invente notamment un nouveau type de locomotive en 1843. Cependant, il doit surtout sa réputation à ses études viticoles qui ont provoqué une véritable révolution en France. De 1841 à 1850, à Châlons-en-Champagne, puis de 1850 à 1858 à Sillery, il est employé à la maison de champagne Jacquesson, où il fait de nombreuses inventions. Le docteur Guyot décrit son expérience de viticulteur puis de vinificateur dans une série d’articles parus dans le Journal dagriculture pratique en 1858. Il y étudie des sols pauvres et détaille les moyens d’améliorer la culture de la vigne et la vinification. Ces articles seront assemblés en 1860 dans Culture de la vigne et vinification. Ce manuel reçoit un brillant accueil et il est fait chevalier de la Légion d’honneur le 20 août 1860. Cet ouvrage et plusieurs de ses travaux effectués dans la Marne vont attirer l’attention du prince Napoléon. A sa demande, le ministre de l’Agriculture Eugène Rouher lui confie alors la mission d’étudier les vignobles de France et d’y diffuser les meilleures méthodes viticoles et vinicoles. L’Etat vient de signer un traité de commerce avec l’Angleterre et il faut alors mettre les différentes régions en mesure d’augmenter leurs exportations vers ce pays gros importateur de vins. Entre 1861 et 1867, il parcourt 67 départements viticoles français. Il étudie non seulement leur viticulture et leurs techniques de vinification, mais aussi de nombreux éléments sociologiques et économiques. Des rapports sont faits au ministère de l’Agriculture. Ils sont compilés vers la fin de 1866 et ils sont publiés en 1868 dans Etudes des vignobles de France, en trois tomes. Le 8 août 1867, il est par ailleurs promu officier de la Légion d’honneur. Ces travaux à travers la France ont beaucoup affaibli Jules Guyot qui s’intéresse alors à des sujets socio-économiques et politiques sans lien avec la viticulture. Il publie Les Paradoxes de 1789 et les vrais principes sociaux en 1870, puis Etude analytique et comparée de la monarchie dynastique héréditaire et de la démocratie en 1871. Dans le même temps, la guerre franco-allemande le pousse à quitter Puteaux, où il réside en août 1870, pour se réfugier à Chartres. Après la guerre, désireux de revoir des vignes, il est accueilli à Savigny-lès-Beaune par le comte de la Loyère et sa famille. Il y signe ses derniers articles d’économie politique publiés dans la Gazette des campagnes et, après deux fortes poussées de fièvre, il s’éteint le 31 mars 1872 aux côtés de sa femme. » Il est l’auteur de Eléments de la physique générale, 1832 ; Mouvements de lair et les pressions de lair en mouvement, 1835 ; Traité de télégraphie, 1840 ; Institutions républicaines, 1849 ; Notice sur les inventions, travaux dart, dindustrie et de culture du docteur Guyot, exécutés sous sa direction, dans la maison Jacquesson et fils, à Châlons-sur-Marne et à Sillery, près Reims, 1857 ; Culture de la vigne et vinification, 1860 ; Culture de la vigne et vinification, deuxième édition, 1861 ; Etude des vignobles de France, pour servir à lenseignement mutuel de la viticulture et de la vinification françaises, 1868 (tome 1 : régions du Sud-Est et du Sud-Ouest ; tome 2 : régions du Centre-Sud, de lEst et de lOuest ; tome 3 : régions du Centre-Nord, du Nord-Est et du Nord-Ouest) ; Les Paradoxes de 1789 et les Vrais Principes sociaux, 1870) ; Etude analytique et comparée de la monarchie dynastique héréditaire et de la démocratie, 1871 ; Etude des vignobles de France, pour servir à lenseignement mutuel de la viticulture et de la vinification françaises, deuxième édition, 1876 (cette deuxième édition est augmentée par Pierre Coignet. Elle contient une notice biographique sur l’auteur, une table alphabétique des figures, une table des noms de personnes et des lieux cités et une table alphabétique et analytique des matières. Le tome I est par ailleurs orné d’une carte dépliante en couleurs des 8 régions viticoles de la France) ; Bréviaire de lamour expérimental, 1882. Il mourut le 31 mars 1872 à Savigny-lès-Beaune. Guyot demeurait 38, rue Sainte-Marguerite en 1830. Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la Croix de Juillet, instituée par la loi du 13 décembre 1830 sur les récompenses nationales, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la Croix de Juillet, instituée par la loi du 13 décembre 1830, sur les récompenses nationales, Le Moniteur universel, 2 mai 1831 ; Archives de Paris Vbis7K4 1, Commission des récompenses nationales, noms des citoyens qui ont mérité la décoration spéciale, Xe arrondissement ; Archives de Paris VD6 524 n° 3 ; Archives de Paris, VD6 631 n° 1 in dossier Louvet, Benjamin, Jules, Robert, idem in dossier Lauzin, Jean ; Archives nationales F/1dIII/36, Commission des récompenses nationales, état des sommes payées en dépenses diverses pour le compte de cette commission, du 8 octobre 1830 au 31 août 1831 par la mairie du (ancien) Xe arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/39 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens qui ont mérité la décoration spéciale, (ancien) Xe arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/53 in dossier Desprez, Louis, Auguste (où il est indiqué comme recommandant Quevrin, Marie, Philoxène) ; Archives nationales F/7/6631 notes de police février 1816, n° 618 (où un rapport de surveillance indique que « Barrère, Cambon et d’autres régicides se réunissent presque tous les jours chez Florent Guyot » demeurant 39, rue Bourbon-Villeneuve) ; Archives nationales F/15/2557-2559, état nominatif des membres de la Commission des récompenses nationales et des membres des jurys ; Archives de la préfecture de police AA 385 in dossier Dhainault, Frédéric ; Archives de la préfecture de police AA 392 in dossier Henry, Louis, Marie, Auguste ; Archives de la préfecture de police AA 394 in dossier Janniard, Hubert ; l’Ami de la religion et du roi, jeudi 21 avril 1831, n° 1778, p. 539 ; Gazette des tribunaux, 28 mai 1831. On trouve dans F/1dIII/33 dossier Maillefer, Martin (membre de la Commission), la note suivante : « Par suite de […] larrestation de M. Guyot, la Commission se trouve incomplète. » cest quoi ? Dans Archives de la préfecture de police AA 379 in dossier Collignon, Paul, François, Collignon, Paul, François (voir ce nom), quand il fait valoir ses droits auprès de la Commission des récompenses nationales instituée après la Révolution de Février, comme combattant de Juillet et militant républicain, donnait le nom de Guyot, Jules « dont lhonorabilité et le patriotisme vous sont si bien connus » comme garant de ses opinions et de ses actes politiques depuis la révolution de 1830.

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