Hamel, Hervé, Charles, François

Biographie


Avoué à Alençon (Orne). Le 4 décembre 1831, il adressa la lettre suivante au président du Conseil, afin d’obtenir la décoration de Juillet : « Ayant appris que le gouvernement, dont la bienveillante sollicitude s’étend sur tous les citoyens qui ont rendu des services à la patrie, se proposait d’accorder la décoration de Juillet aux habitants des provinces, qui avaient pris part à la révolution et qui l’avaient secondée de tous leurs efforts, permettez-moi, Monsieur le ministre, de vous soumettre mes titres à cette décoration. Aussitôt que j’ai appris la publication des fatales ordonnances, je me réunis à ceux de mes concitoyens dont je connaissais le patriotisme, afin de résister par tous les moyens à ces actes de tyrannie ; ayant su que le maréchal des logis de gendarmerie de cette ville avait dit qu’avait qu’avec huit ou dix hommes sous ses ordres il viendrait chercher la tête du baron Mercier, notre député, au premier mouvement que ferait ce citoyen, ce propos excita mon indignation. Je ne pensais plus qu’à m’armer pour protéger avec mes compatriotes la personne et les biens de notre représentant. Bientôt nous fûmes organisés et la surveillance la plus active fut exercée par les patriotes de cette ville ; toutes les personnes envoyées par le gouvernement déchu aux fonctionnaires publics furent arrêtés à Alençon ; c’est moi qui fut chargé par le commandant de la garde nationale de cette ville de la mission délicate de conduire et de faire garder M. de Lamoussaye, ancien conseiller de préfecture de l’Orne, qui était allé en Bretagne afin, disait-on, de soulever la population de ce pays en faveur de la dynastie déchue. Depuis le 26 juillet, je suis resté jour et nuit sous les armes jusqu’au 2 août. J’ai été chargé du commandement du poste de l’hôtel de ville ; le 31 juillet, je fus invité par M. Mercier à prendre un détachement pour aller faire délivrer les dépêches, à l’arrivée de la malle-poste, après avoir lu à mes concitoyens les feuilles qui annonçaient la fin de la lutte sanglante des trois journées, je revins à mon poste. M. le comte de Chambray, alors maire d’Alençon, se présenta sur le balcon de l’hôtel de ville avec la cocarde blanche à son chapeau. Les cris de A bas la cocarde blanche ! A bas de Chambray ! se firent bientôt entendre par le peuple, qui remplissait la place d’armes. M. de Chambray n’ayant pas voulu ôter sa cocarde ni se retirer, des pierres furent lancées sur lui et sur le poste que je commandais ; le peuple se mit en mouvement pour envahir l’hôtel de ville. Je fis croiser les baïonnettes et j annonçais au peuple qu’il n’entrerait que quand il m’aurait marché sur le ventre. J’entrais en pourparlers avec les plus exaltés. Pendant ce temps, MM. Mercier et Clogenson (voir ce nom), notre préféré actuel, que l’on rencontrait partout où il y avait du danger à courir, arrivèrent sur la place et parvinrent, par leurs énergiques représentations, à calmer l’irritation des esprits. Par notre contenance, nous eûmes le bonheur de prévenir des désordres qui auraient pu avoir des suites funestes. J’ai été résolu de sacrifier ma vie à mon pays et à la liberté ; je me disposais à marcher sur Paris avec quelques-uns de mes amis, à la tête de nos concitoyens, lorsque M. Mercier nous annonça la fin des glorieux événements, en nous engageant à rester pour maintenir l’ordre dans notre pays qui paraissait vivement agité. Le 2 ou le 3 août, on annonça que cinq ou six cents gardes royaux armés se dirigeaient sur Alençon ; en apprenant cette nouvelle, je fus un des premiers à organiser les moyens de résistance et l’on m’a vu à la tête de la compagnie d’artillerie de cette ville disposé à braver tous les dangers qui paraissaient nous menacer. J’ai toujours saisi avec empressement toutes les occasions qui se sont présentées de prouver mon attachement au prince appelé au trône par les vœux de la nation. M. le général Remond, chargé par le ministre de la Guerre de faire escorter Charles X et sa famille jusqu’à Cherbourg, se rendit à Alençon le 9 août à 9 heures du soir ; il demanda des hommes de bonne volonté pour l’accompagner ; le séjour à Argentan de la famille déchue avait fait penser à plusieurs personnes que cette famille avait le projet de se rendre en Bretagne ; pénétré de cette idée et craignant de voir mon pays livré de nouveau aux horreurs de la guerre civile, après avoir pris l’ordre de mon capitaine, je fis commander la compagnie d’artillerie de la garde nationale dans la nuit, et, le 10 août à 3 heures du matin, nous nous mîmes en route pour Domfront. J’excitai si bien l’enthousiasme de mes camarades que je leur fis faire quinze lieues dans la journée et, par une pluie battante ; ma santé a beaucoup souffert des fatigues que j’éprouvais dans ce voyage. Le mouvement spontané des gardes nationales de l’Orne détermina Charles X à renvoyer la moitié de ses gardes et à marcher à grandes journées pour se rendre à Cherbourg, C’est du moins ce que m’écrivait le général Remond dans une lettre datée de Flers le 11 août, par laquelle il me disait : “Je me fais un devoir de signaler au gouvernement le dévouement avec lequel vous avez fait quinze lieues le même jour pour gagner les flancs du convoi et l’enthousiasme patriotique avec lequel vous sortîtes des rangs lorsqu’on demanda des hommes de bonne volonté.” Je pourrais présenter d’autres faits qui ne sont pas moins honorables et qui pourraient être attestés par tous les habitants de cette ville et par Monsieur le général Bonnet lui-même. Ma conduite, dans tous les temps, m’a valu l’estime de mes concitoyens ; mon dévouement sans borne à Louis-Philippe et à son auguste famille et mon ardent amour de la patrie, tels sont les titres sur lesquels j’appuie ma demande. J’ai l’honneur etc. » Dans une lettre adressée au préfet de l’Orne, en date du 3 décembre 1831, il donnait les précisions suivantes : « […] Vous connaissez tous mes droits à cette décoration. Il en est même que je n’ai pas voulu faire valoir ; après avoir fait tous mes efforts (ainsi que vous le savez) pour prévenir les désordres qui auraient pu être occasionnés par la plantation de l’arbre amené sur la place d’armes le 28 juillet dernier [1831, N. D. A.], j’ai vu mes paroles et mes intentions dénaturées, calomniées même ; j’en ai manifesté mon indignation. On a cru me punir en me privant du grade que l’on m’avait conféré précédemment à lunanimité. Vous savez quelle a été ma conduite depuis lors. Si j’avais voulu porter l’épaulette, on m’a offert des grades dans plusieurs compagnies, j’ai préféré rester dans la mienne, sans la persuasion que ma conduite pourrait donner un exemple salutaire. » Le 14 décembre 1831, la Commission choisie pour juger des droits de différents citoyens à la décoration de Juillet, se réunit à Alençon et prit à son sujet, comme à celui de Lorrin et Fontemoing, la décision suivante : « La Commission se plaît à rendre hommage au dévouement et au zèle qu’ils ont montrés dans les journées de Juillet. Ils ont été assurément des premiers à exprimer hautement leur opinion et à concourir à l’organisation du nouvel ordre de choses. Leur zèle infatigable les portait partout où ils se croyaient utiles ; mais la Commission pense que leur conduite n’a été que celle d’un très grand nombre de citoyens de la ville d’Alençon, dont le caractère ferme et la conduite active et généreuse ont puissamment concouru au maintien du bon ordre. » Archives nationales F/1dIII/81, dossier Orne.

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