Hennebert, Charles, Cajetau, Albert
Biographie
Juge au tribunal de première instance d’Avesnes. Le 1er décembre 1831, il fit parvenir la lettre suivante à la Commission des récompenses nationales, afin d’obtenir la décoration de Juillet : « Reçu avocat au ci-devant Parlement de Flandre en juillet 1789, j’assistai à la Fédération du 14 juillet 1790 comme député de la garde nationale illisible dont j’ai été le commandant. Et ce fut alors que j’eus le bonheur de voir le général Lafayette et Bailly, maire de Paris, dans les différents banquets que nous donnaient les gardes nationaux de Paris. En juillet 1830 il y avait quarante ans que j’exerçais la profession d’avocat et j’étais l’avocat le plus ancien plaidant dans la juridiction de la cour royale de Douai ; depuis dix-neuf ans et plus, j’étais juge suppléant au tribunal d’Avesnes lorsque le 30 juillet les fatales ordonnances du 25 furent présentées à l’audience par le procureur, qui en requit sa publication et l’enregistrement. Je m’y opposai, en disant que j’avais publié le serment d’obéissance à la charte et que je ne pouvais consentir la publication et l’enregistrement des ordonnances qui la détruisaient. Mon opposition fut assez énergique pour qu’elle fût remarquée par le barreau, le certificat des avocats joint en fait preuve. A la vérité, les ordonnances furent publiées et enregistrées mais vous savez, Messieurs, que dans un tribunal composé de trois juges, deux voix l’emportent et décident. A cette époque, les événements de Juillet n’étaient pas et ne pouvaient pas être connus ici ; il était moralement et physiquement impossible qu’ils le fussent ; ainsi cette opposition de ma part n’était pas un acte de courage du lendemain. Cependant je ne m’en étais pas prévalu parce que je pensais que la loi sur les récompenses nationales ne s’appliquait qu’aux faits d’armes et à la résistance active à l’exécution des ordonnances ; mais l’ordonnance du roi du 10 novembre dernier m’ayant fait penser que la loi s’appliquait également à la résistance morale, je me suis décidé à solliciter de vous la décoration méritée dans les journées de Juillet. A l’appui de ma demande, je joins un certificat de trois avocats du barreau et celui du maire de notre ville. » Ce certificat était ainsi rédigé : « […] M. le procureur du roi a présenté les numéros du Bulletin des lois qui contenaient les ordonnances du 25 juillet 1830 et a requis que la lecture en fût donnée par le greffier et que le dépôt en fût fait au greffe en la manière accoutumée. Nous étions assis au barreau encore tout pénétrés des émotions qu’avaient fait naître dans nos âmes des conversations que vous aviez eues avec nous au sujet de ces actes illégaux. Vous êtes monté sur le siège en qualité de juge suppléant, sûrement encore rempli de ces mêmes sentiments. Nous nous souvenons parfaitement qu’au moment où après la réquisition du procureur du roi et par la lecture des titres de ces bulletins vous vous êtes aperçu qu’il s’agissait des fatales ordonnances, vous avez marqué votre désapprobation d’une manière si vive que M. le procureur du roi a paru très étonné de la difficulté que vous éleviez. Nous avons applaudi à cette époque au courage et à la fermeté que vous aviez montrés dans cette importante circonstance et nous avons été fiers de voir notre bâtonnier donner l’exemple de la résistance à l’arbitraire et à l’oppression, surtout dans un moment où les événements de Paris n’étaient pas encore connus à Avesnes. Il nous est agréable de vous offrir de nouveau l’hommage des sentiments que votre noble conduite dans cette occasion a inspirés au barreau. Nous vous prions d’en agréer aujourd’hui l’assurance et de nous croire vos biens dévoués et affectionnés serviteurs et anciens confrères. » Signé : Guillemin, avocat, bâtonnier de l’ordre et juge suppléant ; Maurice, membre du conseil de discipline ; Hannoz, secrétaire du conseil de discipline. Pillot, procureur du roi, apostillait aussi la demande. Taillandier, député du Nord, apostilla favorablement sa demande. Archives nationales F/1dIII/81, dossier Nord ; Annuaire statistique du département du Nord pour l’an XIII, Lille, imprimerie Marlie, p. 66.