Henriot, Pierre
Biographie
Né le 2 février 1794 à Paris (Seine). Peintre en bâtiments. Le 9 mai 1831, il adressa le récit suivant de sa participation aux combats de Juillet à la Commission des récompenses nationales, trompé, écrivait-il, qu’il avait été de penser que cette Commission ne délivrerait que des récompenses pécuniaires : « […] 27 et 28 juillet. L’effervescence qui s’était manifestée le 26 juillet dans Paris, par suite des ordonnances, ayant pris dans la journée du 27 juillet un accroissement extraordinaire, je sortis de chez moi le soir pour m’assurer par moi-même de la vérité des bruits sinistres qui circulaient avec la plus grande rapidité. Quelle fut ma douleur lorsque je vis rapporter les corps des malheureux tombés sous les coups des serviteurs du despotisme. Alors mon parti fut bientôt pris. Je n’avais pas d’armes, je cherchai ce jour-là mais inutilement les moyens de m’en procurer. Le lendemain matin, après avoir traversé une partie de la capitale, j’arrivai au pont Notre-Dame, au coin du quai de la Grève, j’aperçus un jeune étudiant, accourant, couvert de sueur et pouvant à peine parler, agitant un papier en l’air dont il désirait qu’on pût prendre connaissance. Je le pris de ses mains et lut à haute voix ces mots qui y était tracés à la hâte A 2 heures au Panthéon, deux mille fusils seront distribués au peuple. Ma voix était impuissante pour faire connaître cet avis salutaire à la foule immense rassemblée et qui devait donner deux mille défenseurs de plus pour la liberté. L’idée me vint de l’écrire sur toutes les places en vue ; montant alors sur l’appui de plusieurs boutiques, je parvins à faire connaître au peuple l’ordre de ralliement qu’on leur donnait. J’arrivai ainsi sur la place de l’Hôtel-de-Ville, au moment où on arborait le drapeau de la liberté. J’écrivis encore une dernière fois cet avis sur les volets de la boutique du café faisant le coin de la rue du Mouton et je me joignis alors aux gardes nationaux rangés en bataille sur la place et prêts à marcher au-devant des troupes qui descendaient à la place de Grève, en tiraillant. Tout à coup, je m’aperçus que le garçon de café effaçait l’avis que je venais de tracer. Je m’empressai, sans m’apercevoir du danger qui croissait à tout moment puisque les Suisses commençaient à envahir la place, d’aller rétablir cette inscription et, malgré les balles qui sifflaient, je ne lâchai prise que lorsque le dernier mot fut tracé. Je restai presque seul à ce moment sur la place et à peine étais-je descendu de l’appui de la boutique qu’une grêle de balles me força à me replier au coin de la rue du Mouton et successivement dans les rues adjacentes à cause de la mitraille qui était dirigée sur nous. Dans l’impuissance de nous défendre, je fus assez heureux d’épargner un crime au peuple qui voulait achever deux Suisses blessés, qui s’étaient réfugiés près de nous. Enfin, après bien des périls, je revins chez moi, harassé de fatigue et sans avoir pu obtenir un fusil, qu’on ne pouvait se procurer ce jour-là qu’au moyen du trépas d’un brave. 29 juillet. Je partis de bonne heure de chez moi et jurai de ne pas rentrer sans me procurer des armes. Je me dirigeai vers la place Vendôme et, par la rue des Petits-Champs, j’arrivai à la rue de Richelieu. De 11 heures à midi, je la trouvais déserte, à l’exception de quelques bourgeois embusqués sous les portes cochères. Malgré les cris Vous allez vous faire tuer, ne voyant pas de troupes, je n’en continuai pas moins ma route, au milieu de la rue, dans la crainte que les bourgeois m’atteignent en tiraillant. Arrivé à la boutique de Lepage, armurier, je vis sortir de la colonnade du Théâtre-Françaix trois gardes royaux, l’arme au bras, escortant un bourgeois. J’interpellai ce dernier, il me dit que le poste du Palais-Royal venait de se rendre et qu’il était chargé de la part du commandant du poste d’en instruire les chefs supérieurs qui tenaient leur état-major dans la maison du chapelier au partie du manuscrit brûlée de la rue de Rohan. Nous nous joignîmes deux à lui et dans la crainte que tous les soldats embusqués à toutes les croisées des maisons ne nous prennent pour des prisonniers, nous nous fîmes remettre leurs armes et avançâmes ainsi tous les six à la maison indiquée. Après quelques instances près d’un officier qui était à la partie du manuscrit brûlée de l’entresol, on nous ouvrit ; nous entrâmes et la porte fut refermée sur nous. Arrivés au premier, dans un salon, nous exposâmes partie du manuscrit brûlée notre mission ; il nous fut répondu qu’on n’attendait plus que partie du manuscrit brûlée de quelques-uns des chefs du gouvernent provisoire dont nous partie du manuscrit brûlée de déclarer les noms pour déposer les armes et ils nous congédièrent, retenant près d’eux les trois militaires que nous avions accompagnés et en nous priant d’engager nos amis à ne plus faire feu. En sortant, nous vîmes une pièce de canon braquée et prête à faire feu. Nous nous écriâmes longtemps de ne plus tirer, que les troupes étaient prêtes à se rendre si nous pouvions amener un des chefs de la Bourse. Le peuple, qui pouvait penser que notre audace, en entrant dans ladite maison nous serait funeste, fut étonné de nous en voir sortir et, en un instant, toute la rue Saint-Honoré depuis la rue de l’Echelle jusqu’à celle de Richelieu fut encombrée de bourgeois qui nous entouraient et nous questionnaient sur notre mission. Des colloques s’établirent entre les bourgeois et la troupe, toujours renfermée dans ce retranchement et dont les officiers nous suppliaient de ne point tirer et d’aller chercher les chefs de notre nouveau gouvernement, ce que plusieurs firent sur divers points. De mon côté, j’aperçus vers la rue de Rohan, sur la place du Carrousel, trois hommes vêtus à la française, avec des écharpes blanches. Je les pris pour des députés et je courus à eux, en les conjurant de venir avec moi, que leur présence suffirait pour épargner bien du sang. Ils me répondirent que leur devoir les appelait ailleurs et il s’éloignèrent car les balles venant du château ne nous permettaient pas de rester immobiles. Je les perdis de vue à la rue du Chartres et je descendis à la place du Palais, qui était encombrée de monde. Je racontai au peuple ce qui venait de m’arriver et on ne tirait plus depuis que nous avions crié de cesser le feu, lorsque tout à coup une décharge partant des croisées de la Régence jeta par terre un ombre considérable de spectateurs ; deux du groupe où j’étais furent du nombre. Nous nous renfermâmes immédiatement au nombre de six ou sept dans le corps de garde au coin de la rue Saint-Honoré, occupé par une vingtaine de gendarmes mais le danger devint encore plus grand, outre que les balles se croisaient dans tous les sens à travers les vitres, nous avions à craindre le renfort des troupes qui, nous trouvant là, nous eussent pris et peut-être fusillés, ou les bourgeois eux-mêmes qui, ne nous ayant pas vus entrer, s’ils avaient pris le poste d’assaut auraient pu nous faire un mauvais parti. Ne pouvant rester plus longtemps dans ce cruel état d’incertitude nous demandâmes aux gendarmes leur armes, en les assurant que nous empêcherions qu’ils fussent tués ; ils nous les donnèrent sans difficulté et le brigadier, homme décoré, me remit lui-même son fusil, sabre et giberne et un paquet de cartouches. Aussitôt nous ouvrîmes les portes et tirâmes au-dehors, afin de faire voir aux bourgeois que le poste était pris et par-là éviter toute erreur. Les bourgeois vinrent et nous empêchâmes effectivement les plus furieux de faire périr les gendarmes qui se retirèrent sains et saufs. Je me mêlai aux combattants et à 2 ou 3 heures, j’eus encore le bonheur de préserver du pillage la maison d’un de mes clients, M. Philippot, cordonnier, rue Saint-Honoré, n° 247, maison Jeanne-d’Arc. Sa boutique venait d’être forcée et les bourgeois furieux de ce que de cette maison les troupes qui s’ étaient réunies et renfermées avaient tiré sur le peuple, voulaient tout briser. Je déclinai mes nom et qualités, je me rendis caution du propriétaire qu’on suspectait du parti contraire et enfin, après deux heures de protestations et avoir payé dix fois de ma vie mon dévouement pour M. Philippot, que les balles avait forcé de se réfugier sur les toits avec sa famille, j’eus le bonheur de le voir rentrer chez lui, où il trouva, à quelques dégradations près, tout ce qui lui appartenait car, sans cette circonstance, il aurait infailliblement perdu le fruit de vingt années de travail, puisque, par une fatalité, tout son avoir en numéraire était réuni ce jour-là chez lui dans une armoire qu’il avait oublié de fermer dans la précipitation de son départ. Ils ont même, grâce à mon zèle, retrouvé des couverts d’argent, qu’un pillard avait mis dans ses poches et que j’ai retrouvés en faisant fouiller ce malheureux, qui, au lieu d’être conduit au poste comme j’en avait prié, fut fusillé sur la place du Palais-Royal. La fin de cette journée ayant ramené le calme dans les esprits, je rentrai chez moi afin de tranquilliser ma femme et mes enfants, que ma longue absence devait inquiéter. Je rapportai les armes qui m’avaient été remises par le brigadier de gendarmerie et c’est avec elles que je fais aujourd’hui mon service de citoyen comme grenadier dans la IIIe légion. » Il était porteur de plusieurs certificats. Le premier certificat, ainsi rédigé : « Je, soussigné, Henry Philippot, marchand cordonnier, demeurant à Paris, rue Saint-Honoré n° 247, certifie que le 29 juillet 1830 M. Henriot, Pierre, peintre en bâtiments, demeurant aussi à Paris, rue de l’Echiquier n° 37, s’est présenté chez moi en armes et en différentes fois, accompagné de plusieurs de ses camarades, à l’effet de s’assurer si des malfaiteurs ne s’étaient pas introduits dans mon domicile, que la force des événements m’avait forcé d’abandonner momentanément. » Signé, le 4 juillet 1831 : Philippot, Henri, marchand cordonnier, demeurant 247, rue Saint-Honoré. Le deuxième certificat, ainsi rédigé : « Je, soussigné, Michel Lemaignan, marchand de vin, demeurant rue de la Planche-Mibray faisant coin au quai Pelletier n° 44, déclare, pour rendre hommage à la vérité, que le nommé Henriot, Pierre, dans la journée du 28 juillet 1830, entre midi et 1 heure, s’est présenté chez moi, en me demandant de la craie pour écrire un avis au peuple, qu’il venait de recevoir des mains d’un jeune étudiant accouru en toute hâte vers la Grève, que la fatigue empêchait de pouvoir le publier et qui était ainsi conçu : A 2 heures au Panthéon deux mille fusils seront distribués au peuple ; qu’effectivement ledit Henriot a écrit sur les boutiques avoisinantes de la mienne l’avis ci-dessus et qu’aussitôt une multitude de peuple s’est élancé pour se rendre au Panthéon. » Signé, le 4 juillet 1831 : Lemaignan. Le troisième certificat, ainsi rédigé : « Je, soussigné, Antoine, Louis, Amédée Paris, limonadier, demeurant à Paris, place de l’Hôtel-de-Ville n° 39, déclare, pour rendre hommage à la vérité, avoir une parfaite connaissance que dans la journée du 28 juillet 1830, entre 1 heure et 2 heures, une personne (que j’ai su depuis être M. Henriot, Pierre, peintre en bâtiments, rue de l’Echiquier n° 37) écrivit une première fois sur les volets de mon café un avis au peuple indiquant qu’à 2 heures au Panthéon deux mille fusils seraient distribués au peuple ; que cet avis, par une erreur involontaire, ayant été effacé une première fois par un de mes garçons, le sieur Henriot est entré dans mon café et m’a demandé du blanc pour rétablir cet avis ; ce qu’il a exécuté au moment au moment où les troupes entraient en tiraillant dans la place. » Signé, le 4 juillet 1831 : Paris, Antoine, Louis, Amédée Paris, limonadier, demeurant 39, place de l’Hôtel-de-Ville. Le 4 juillet 1831, il déposa un dossier à la Commission des Réclamants ([ancien] IIIe arrondissement), sise 10, rue Bourg-Labbé puis 6, rue Dalayrac, en faisant parvenir la copie de la lettre citée plus haut. En 1848, il était entrepreneur, grenadier à la 1re compagnie du 2e bataillon de la IIe légion et participa à la Révolution de Février. Il déposa un dossier devant la Commission des récompenses nationales instituée après la Révolution de Février, et dans lequel il appelait à ne pas commettre les mêmes erreurs qui avaient été faites par la Commission des récompenses nationales de juillet 1830, qui avait méconnu des droits réels et décoré « la poitrine de ceux qui ne l’avaient jamais présentée à l’ennemi et qui cachés dans leurs caves faisaient des vœux pour le maintien de la royauté déchue ». Il expliquait qu’il avait été sous les armes les 23 et 24 février à la barricade du Palais-Royal et qu’il fut de service jusqu’au 29. Il joignait à sa demande le certificat suivant : « Je certifie que le 24 février dernier M. Anriet (sic), demeurant impasse Mazagran n° 6, après avoir franchi avec moi la barricade de la rue de Valois, place du Palais-National, nous sommes entrés dans le palais où pendant longtemps nous avons maintenu l’ordre. Ensuite, étant requis par les nommés Simon (ou Siméon), tapissier, et M. Grandigneaux, bronzier, attaché tous deux au palais, pour préserver du pillage et de la dévastation leur mobilier à eux appartenant et menacés par la foule qui détruisait tout sur son passage. Et grâce au généreux dévouement et l’attitude ferme des susnommés leurs propriétés ont été garanties de toute dévastation. » Signé, le 29 août 1848 : Daubourg, demeurant 66, rue de Cléry ; Grandigneaux, bronzier ; Siméon, tapissier. Il fut recommandé par la Commission pour une mention honorable à paraître dans le Moniteur. Il était marié et père de quatre enfants en 1848. Il était indiqué sur les fiches de la Commission comme ayant servi sept années sous l’Empire. Il demeurait 37, rue de l’Echiquier en 1831 ; 6, impasse Mazagran en 1848. Archives de la préfecture de police AA 392.