Herbinot de Mauchamps, Charles, Frédéric
Biographie
Né le 5 ventôse an III à Paris, fils de Herbinot de Mauchamps, Charles, Marie, receveur de l’octroi de Paris, et de Tridon, Louise, Caroline. Homme de lettres. Le dossier de ses droits fut instruit par la Commission des récompenses nationales de la mairie du (ancien) Ve arrondissement. Il reçut la médaille de Juillet auprès de la mairie du (ancien) Ve arrondissement. En 1831, à l’occasion des fêtes anniversaires de Juillet, il reçut (sous le nom d’Herbinot, Charles, François), auprès de la mairie du (ancien) Ve arrondissement, vingt-cinq francs de gratification, à titre de décoré mais non blessé. Nous empruntons à La Révolution de 1848 et les révolutions du XIXe siècle, tome 32, n° 153, juin 1935, pp. 303-312, l’article biographique suivant concernant Herbinot de Mauchamps et intitulé Une supercherie littéraire : Le véritable rédacteur de la Gazette des Femmes (1836-1838), par Puech, Marie-Louise 1. « Les historiens du mouvement féministe français au XIXe siècle ont remarqué l’originalité de la revue la Gazette des Femmes, parue de 1836 à 1838 sous la direction de Mme Marie-Madeleine Poutret de Mauchamps qui signait “propriétaire et gérante responsable”. Cette dame se disait la protégée d’une Mme Herbinot de Mauchamps, récemment décédée après s’être consacrée à l’émancipation du sexe féminin, assertion dont il n’existe, d’ailleurs, aucune preuve.
»La Gazette des Femmes avait été annoncée comme “Journal de Législation et de Jurisprudence, littéraire, théâtral, artistique, commercial, judiciaire, de la musique et des modes, qui commentera, en ce qui concerne les droits et les devoirs des femmes, la Charte de 1830... ayant soin de n’apporter aucune irritation dans les esprits, de se tenir éloigné de toute exagération, de n’employer que les moyens de mansuétude et de persuasion, qui seuls conviennent aux femmes comme à la raison et à l’équité ”. Ce n’était pas seulement un organe de doctrine, il visait la réalisation de son programme par le moyen légal que la Charte venait de mettre à la disposition des Français : les pétitions adressées aux Chambres.
»En l’espace de deux ans, une dizaine de pétitions furent publiées dans la Gazette des Femmes ; on pouvait aller les signer dans ses bureaux de la rue Laffitte où la directrice recevait le jeudi soir et invitait les personnes s’intéressant à son action à venir discuter les revendications féminines.
»En vertu de l’article premier de la Charte : “Les français sont égaux devant la loi, quels que soient d’ailleurs leurs titres et leurs rangs”, ces pétitions demandaient d’abord que le “mot Français” s’appliquât à tous les citoyens français sans distinction de sexe et avec les conséquences que cette acceptation comporterait, c’est-à-dire l’abrogation de l’article 213 du code civil : “Le mari doit protection à sa femme, la femme obéissance à son mari”, celle aussi du premier paragraphe de l’article 214 : “La femme est obligée d’habiter avec son mari et de le suivre partout où il juge à propos de résider.” D’autres pétitions demandaient le rétablissement du divorce, l’abolition des peines contre l’adultère, le droit de vote pour “les filles de 25 ans, les femmes séparées de corps et de biens de leurs maris et les veuves”, le droit d’être jurées, la nécessité du consentement de la mère au lieu du seul consentement du père pour que les enfants puissent contracter mariage “afin de mieux faire respecter la mère au foyer”, l’autorisation pour les filles majeures ou mineures d’être commerçantes “comme et avec mêmes conditions que les fils et les hommes majeurs et mineurs”, avec droit d’entrée à la Bourse, d’être courtier de commerce, d’assurances, agent de change, juge dans les tribunaux de commerce. Ces pétitions demandaient aussi l’admission des Françaises à l’enseignement supérieur, l’admission, par conséquent, aux mêmes examens que les hommes, leur ouvrant les mêmes professions et carrières libérales ; leur entrée à l’Institut, aux Beaux-Arts et dans l’ordre de la Légion d’honneur.
»Toutes ces pétitions sont remarquables par leur style, leur logique, leur concision, leur esprit juridique ; il n’est pas de pays qui puisse présenter, dans cet ordre d’idées, un raccourci aussi complet et aussi frappant de ce programme féministe que les cinquante dernières années ont commencé à réaliser dans le monde ; nous placerions la Gazette des Femmes dans une anthologie du mouvement féministe à côté des célèbres “Revendications des droits de la femme” de Mary Wolstonecraft, et des considérations de Condorcet.
»Il ne faut pas s’étonner si les députés de la monarchie de Juillet ne manifestèrent pas plus de sympathie à l’égard des pétitions déposées sur le bureau de la Chambre par Mme Poutret de Mauchamps ; elles allaient à l’encontre de leurs intérêts immédiats d’hommes et de politiciens et les rapporteurs de 1838 savaient à quoi s’en tenir sur les idées de la Chambre qui, en somme, n’ont guère varié dans l’espace d’un siècle. Toutefois, l’un d’eux, Liadières, tout en multipliant les sarcasmes et les railleries, avait reconnu que la pétition présentée n’était pas “le résultat d’un caprice, mais le développement d’un système froid, sérieux, calculé et dont les conséquences sont déduites avec toute l’inflexibilité de la logique et avec toutes les ressources de l’esprit de procédure”.
»Liadières avait remarqué que ces pétitions féministes étaient d’allure aussi peu féminine que possible et c’est ce que n’ont pas su voir les historiens de la presse et du mouvement féministe français ; ils se sont contentés de placer la Gazette des Femmes à son rang chronologique et, même quand ils lui ont consacré quelques développements, ils ne se sont pas demandé qui était cette femme exceptionnelle, sachant mener la bataille contre les autorités pour obtenir l’autorisation de faire paraître un semblable journal, ni comment une personnalité aussi accusée avait pu se manifester soudain et rentrer dans le néant sans laisser la moindre trace dans le mouvement féministe qui allait reprendre en 1848 2.
»Un de ces auteurs remarque avec une certain ingénuité qu’à côté de Mme Poutret de Mauchamps “plusieurs personnes de la même famille écrivaient dans la Gazette des Femmes”. Il suffit d’avoir étudié des publications de doctrine ou simplement d’avoir pratiqué des revues publiées aux frais de leur directeur, pour savoir que celui-ci varie ses signatures au bas de ses différents articles ; Léon Richer eut recours au même stratagème quand il se fit, vers 1871, le champion des droits de la femme.
»La similitude de style qui frappe à toutes les pages de la Gazette des Femmes donne l’éveil au lecteur un peu averti ; peu importe que les articles et les pétitions soient signés Marie ou Madeleine Poutret de Mauchamps, H. de Mauchamps, F. H. ou Herbinot, on les devine écrits de même encre et, dès lors, il doit être possible d’identifier leur véritable auteur. Des contemporains se sont laissé tromper ; Hortense Allart, qui a fréquenté à leur début les réceptions de la Gazette des Femmes, à laquelle elle a collaboré, a cru que Mme Poutret de Mauchamps était l’âme de ce journal ; à distance nous ne sommes pas aussi facilement abusés que les amies de la Gazette, dans les heures d’exaltation où elles décidaient de s’orner de rubans rouges en manière de protestation contre l’oppression de leur sexe 3 : nous avons appris à travailler sur des documents et ils nous révèlent que nous sommes en présence d’un faux historique.
»Les noms de Poutret et de Mauchamps ne figurent pas sur les catalogues de la Bibliothèque nationale ; celui d’Herbinot y est représenté par une Vie de Richard Lenoir et un curieux feuillet intitulé Institut historique. On y apprend que ce corps savant, constitué en décembre 1833 sous la présidence de Michaud, l’historien rallié à tous les régimes, avait accepté comme membre Frédéric Herbinot de Mauchamps, mais, ayant appris que celui-ci avait été condamné pour une affaire de mœurs, le 2e Bureau de l’Institut historique, présidé par le duc de Larochefoucauld-Doudeauville, avait signifié sa radiation à ce membre indigne. Herbinot répond qu’il n’accepte pas le motif de sa radiation, les faits qu’on lui reproche étant antérieurs de quatre ans à son admission comme membre titulaire de l’Institut historique et connus de plusieurs de ses membres, entre autres de Me Isambert, conseiller à la Cour de cassation, son défenseur dans ses deux procès pour outrages aux mœurs. D’ailleurs, l’Institut lui doit les cent francs de sa cotisation ; il l’accuse donc “d’abus de confiance” et il assigne M. Michaud, membre de l’Institut de France et M. Doudeauville, duc, pair de France... à comparaître devant la 1re chambre du tribunal civil. Cette feuille qui porte en tête la mention “Se vend 2 sous au profit des pauvres de Paris, chez tous les libraires”, éclaire singulièrement le caractère de son auteur, intelligent, insolent, voire même sottisier, assez cultivé, ne manquant ni de verve ni d’une certaine ambition.
»Du moment où Herbinot a eu maille à partir avec la justice, les journaux du Palais doivent relater ces incidents ; en effet, son nom revient à maintes reprises entre 1829 et 1839 dans Le Droit et La Gazette du Palais. A part l’affaire de mœurs pour laquelle il fit de la prison, nous apprenons qu’Herbinot plaidait contre la Cour des comptes qui le déclarait débiteur envers la ville de Paris d’une somme de 22.446,86 francs, comme héritier de son père, receveur des octrois en 1814, lequel aurait essayé d’éviter ce paiement en incendiant les bureaux du directeur général des octrois. Nous lisons encore dans la Chronique des Tribunaux qu’Herbinot fut le principal actionnaire du journal républicain l’Opinion, lancé après la révolution de Juillet et suspect dès l’origine au gouvernement de Louis-Philippe ; il avait fourni 14.000 francs à la société commanditaire du journal dont la direction s’était engagée à lui verser des appointements annuels de 2.000 francs comme chef de bureau des réclamations, emploi qui confirme les goûts procéduriers d’Herbinot. Jugée subversive pour avoir laissé entendre que Louis-Philippe avait fait la révolution à son profit, l’Opinion lut saisie plusieurs fois et sa liquidation révéla un passif contre lequel Herbinot s’inscrivit comme créancier ; le tribunal le jugea débiteur par des considérants qui furent déclarés de la plus haute importance pour la presse périodique.
»Un article de l’Opinion, signé des initiales d’Herbinot et intitulé “Un mari selon les lois du code civil et du code pénal” est particulièrement révélateur ; c’est la description, sous une forme romancée, de tout ce qu’une femme peut endurer sans avoir un recours contre l’homme protégé par les lois : c’est le thème que la Gazette des Femmes reprendra quelques années plus tard. Recherchons si, en attendant, Herbinot ne s’est pas fait la main dans d’autres périodiques destinés aux femmes.
»Précisément à l’époque où cesse l’Opinion, Mme Fanny Richomme commence la publication du Journal des femmes, revue destinée aux familles comme le sera le Journal des demoiselles. Dès le début, apparaissent les initiales d’Herbinot, diversement assemblées, comme il en usera dans la Gazette des Femmes. Il tient la rubrique Modes, qui lui permet, en même temps, de rendre compte de certaines manifestations artistiques et mondaines, avec son esprit critique, dénué de bienveillance à l’égard des contemporains et du régime, comme de la Restauration et de l’Empire. Dans d’autres articles, il glisse ses réflexions sur l’hypocrisie de la société, la sujétion de la femme à l’homme, l’éducation stupide des filles. Il écrira que Madame Guizot vient d’obtenir un prix de 8.000 francs pour son ouvrage sur l’Education des femmes, “ce qui n’empêche pas son mari de répondre, en tant que ministre, que le moment n’est pas encore venu de créer des écoles primaires de filles”.
»La collaboration d’Herbinot au Journal des femmes cesse en 1833. Mme Richomme trouva-t-elle son collaborateur trop avancé pour un journal destiné à la bonne compagnie, ou fut-elle émue par l’incident de l’Institut historique qu’elle ne pouvait ignorer puisqu’Herbinot en avait assuré la publicité avec la crânerie que l’on sait ? Il ne semble pas qu’Herbinot en ait voulu à Mme Richomme qu’il n’accabla pas, par la suite, de ses sarcasmes, comme il le fit pour les personnes dont il croyait avoir à se plaindre.
»La mort de Mme Herbinot mère, qui se place vers ce temps, mit le fils en possession d’une certaine fortune pouvant permettre à ce polémiste-né de réaliser son ambition : le lancement d’un journal. Dès 1834 paraît le prospectus du journal l’Amazone : “Gazette des dames, quotidien politique, instructif et nouvelliste, avec supplément Le Boudoir” ; quoique ni le nom ni les initiales d’Herbinot ne nous permettent de lui attribuer ce prospectus d’une publication qui ne parut jamais, la phrase suivante est bien de sa manière : “Jusqu’à présent, les femmes sont restées étrangères aux affaires publiques, elles lisent peu les journaux, elles ne possèdent pas même les premiers éléments de la science politique, la plus simple notion de l’art de gouverner, ce qui est d’autant moins étonnant que les hommes les plus savants... forment en politique et en législation politique une grande confrérie de frères ignorantins, etc.”
»Herbinot, qui avait fait des études de droit et fréquenté des avocats, se rendit compte que ses démêlés avec la justice et l’Institut historique ne lui permettaient pas de se mettre en avant comme directeur de journal et champion des femmes ; son passage au journal de Mme Richomme dut lui donner l’idée de prendre une associée qui, dûment stylée par lui, solliciterait des collaborateurs, ferait les démarches auprès des autorités et passerait pour la femme de lettres dont il écrirait les articles. Elle passerait aussi pour sa femme légitime, le couple prenant le nom de Mauchamps. La femme qu’il choisit pour jouer ce rôle, Marie-Madeleine Poutret, était, en 1836, une belle brune de vingt ans, élégante et délurée. Elle était née à Verdun, mais ses parents habitaient Bercy et avaient apparemment rompu avec elle ; elle était trop jeune pour être venue au féminisme par le mouvement saint-simonien. Etait-ce une ouvrière en modes, une domestique de Mme Herbinot mère, dont elle est sensée évoquer la mémoire dans les articles que lui attribue son comparse ? Ce dernier cas est possible, car Herbinot manifesta une certaine prédilection pour les amours ancillaires. En tout cas, elle sut bien tenir son rôle, jusqu’à donner le change aux contemporains ; pourtant il est fort probable que cette femme de lettres était une illettrée ; tout ce qui reste aux Archives nationales de la correspondance, des demandes d’autorisation pour la publication de la Gazette des Femmes, des pétitions adressées aux Chambres, est de l’écriture d’Herbinot qui ne s’est même pas gêné pour faire un faux sur une des principales pièces où il signe Marie-Madeleine Poutret. Sur les autres documents, elle a apposé son nom à la suite du texte d’Herbinot ; cette signature appliquée et penchée est tout ce que nous avons pu découvrir de la fameuse Aime Poutret de Mauchamps 4. Autre preuve de son incapacité ; en 1837 Herbinot tomba malade et la publication de la Gazette des Femmes est interrompue ; la “directrice gérante” n’a pu assurer sa publication.
»Cette maladie d’Herbinot devait être fatale pour le journal, pour la cause qu’il avait brillamment défendue et pour le couple lui-même. Les antécédents d’Herbinot et certaines préoccupations sexuelles qui se glissent dans ses articles indiquent chez ce nerveux un déséquilibre certain. Fut-il victime de machinations de la part de personnages bizarres qu’il fréquentait ainsi que M.-M. Poutret ? Les plaintes de jeunes domestiques femmes à leur service étaient-elles fondées ou provoquées et habilement exploitées par des créanciers et des maîtres-chanteurs ? Il est difficile de conclure, même après lecture des comptes rendus consacrés par les journaux à une nouvelle “affaire Herbinot” qui le montra récidiviste en 1838.
»Arrêtés le 2 mai pour “outrages publics à la pudeur et invitation habituelle à la débauche”, Herbinot et Marie-Madeleine Poutret passèrent du 4 au 7 septembre devant la cour d’assises de la Seine. Mis au courant par les journaux, le Tout-Paris de l’époque suivit l’affaire, le huis-clos demandé par le président excitant encore les curiosités. Le jury conclut à la culpabilité d’Herbinot avec circonstances atténuantes, ce qui lui valut une condamnation à dix ans de réclusion, sans exposition. La fille Poutret, déclarée non coupable, était renvoyée au tribunal correctionnel. Tous deux nièrent les faits reprochés et protestèrent hautement de leur innocence, avant et après lecture du jugement.
»Ici se place un intermède qui défraya pendant quelques jours la chronique parisienne : le mariage en prison de Frédéric Herbinot et de M.-M. Poutret. L’accusation leur avait véhémentement reproché de vivre en concubinage ; Herbinot dut penser que le tribunal correctionnel se montrerait plus clément pour sa complice s’il l’épousait et il voulait assurer son existence matérielle pendant qu’il serait en prison. Le notaire de la famille Herbinot fut mandé pour établir un contrat, le régime choisi était la séparation de biens ; la mariée apportait 3.000 francs en meubles, bijoux, argenterie, hardes ; tout ce qui se trouvait dans l’appartement habité par le couple, rue du Grand-Prieuré, et qui avait fait l’objet d’un inventaire précieux pour nous lui était attribué, sauf l’argenterie marquée au chiffre du mari et le linge de corps de celui-ci. Les conjoints se faisaient donation au dernier survivant des objets mobiliers dans le domicile commun. Herbinot avait fait ajouter à son nom celui de Mauchamps sur l’acte.
»Ce contrat fut signé le 3 octobre, avant la cérémonie civile, à la mairie du (ancien) VIe arrondissement devant laquelle se pressait une affluence considérable. Le maire avait fait proposer à Herbinot de célébrer le mariage à l’insu de la presse, à un jour et à une heure où le couple n’aurait pas eu à craindre les curiosités indiscrètes. C’était mal le connaître ; en homme qui sait tenir tête au scandale, il déclara qu’il se marierait à 11 heures, à un jour habituel.
»Après les ordres d’extraction donnés par le préfet de police, le procureur général avait commis à cet effet un huissier et un garde municipal qui allèrent d’abord prendre Herbinot au dépôt où il se trouvait en attendant que la Cour de cassation eût statué sur son pourvoi ; ils se rendirent tous trois en fiacre à Saint-Lazare d’où ils conduisirent la mariée à la mairie ; ils avaient chacun deux avocats pour témoins. La foule qui depuis le matin encombrait la place de l’Abbaye-Saint-Martin avait pénétré dans la mairie, obstruant l’escalier et c’est à grand-peine que l’huissier et le garde purent frayer passage à Herbinot tenant la mariée par la main. Au départ, les personnes qui n’avaient pu entrer dans la mairie entourèrent le fiacre, se cramponnant aux portières et poussant des vociférations que les journalistes trouvèrent d’autant plus déplacées que “ce n’était pas un public populaire”.
»La cérémonie religieuse, dans la chapelle de la prison Saint-Lazare se déroula avec plus de dignité ; des ordres avaient été donnés de ne laisser entrer personne, mais le couple avait convoqué quelques amis, et Herbinot, trouvant “la solitude de la chapelle effrayante”, demanda et obtint l’autorisation de les laisser entrer. On procéda d’abord aux baptêmes. Herbinot, né en 1795, n’avait pas été baptisé ; sa femme, manquant de précisions pour son compte, reçut un baptême conditionnel. Deux des avocats et deux amies, Mmes Soudet (ancienne saint-simonienne, tenancière d’un cabinet de lecture, et Méhu, servirent de parrains et marraines. L’abbé Montés, aumônier général des prisons, assisté du curé de Saint-Vincent-de-Paul, paroisse de Saint-Lazare, dit la messe et prononça une touchante allocution au cours de laquelle les époux qui s’étaient jusqu’alors montrés foncièrement irréligieux versèrent d’abondantes larmes.
»Herbinot offrit 200 francs à l’abbé Montés pour les prisonniers pauvres de Saint-Lazare et de la Petite Roquette, où il allait purger sa peine et il remit sa jeune femme au directeur de la prison tandis que l’huissier et le garde le ramenaient à la sienne.
»Quatre jours après son mariage, Mme Herbinot de Mauchamps passait en correctionnelle ; le procès recommença ; condamnée à 18 mois de prison et cent francs d’amende, elle fit appel ; l’avocat requit le huis-clos qui n’avait pas été ordonné en première instance, ce qui nous permet d’avoir certaines données sur l’affaire, mais l’arrêt rendu le 7 décembre confirmait la première sentence.
»Quelques semaines plus tard, la Gazette des tribunaux, rappelant le procès et la condamnation, annonçait que la prisonnière, gravement malade, avait dû être transportée dans une maison de santé.
»Nous ne savons rien de plus sur son compte ni sur celui de son mari qui occupait ses loisirs, à la Petite-Roquette, à poursuivre l’affaire de son père condamné, lui ou ses héritiers, par la Cour des comptes, à payer le montant de fraudes dans l’administration des octrois en 1814.
»Nous perdons ici la trace du ménage Herbinot de Mauchamps. Les registres d’écrou de Saint-Lazare et de la Petite-Roquette n’existent plus ; les registres d’état civil, comme on le sait, ont été brûlés pendant la Commune ; il y a trace, dans les fiches reconstituées, de la naissance d’Herbinot mais pas de sa mort.
»On doit déplorer que la tentative féministe de la Gazette des femmes n’ait pas été menée par des personnages d’une plus haute valeur morale, mais on ne peut qu’admirer le talent, le style et la méthode d’un précurseur de tant d’apôtres dont la vertu n’a pas été mieux récompensée, puisque les Françaises luttent encore pour l’obtention de leurs droits civiques et politiques. »
Herbinot comparut devant la cour d’assises de la Seine, le 5 septembre 1838, pour attentat sur la pudeur avec violence et complicité sur plusieurs jeunes filles, il fut condamné à dix années de réclusion pour outrage public à la pudeur et excitation habituelle à la débauche. Il demeurait 13, rue Lévêque en 1831. Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la médaille instituée par la loi du 13 décembre 1830 sur les récompenses nationales, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la médaille instituée par la loi du 13 décembre 1830 sur les récompenses nationales, Le Moniteur universel, 19 juin 1831 ; Archives nationales F/1dIII/35 B, Commission des récompenses nationales, état des sommes payées en dépenses diverses pour le compte de cette commission, du 8 octobre 1830 au 31 octobre 1831 par la mairie du (ancien) Ve arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/39 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens proposés pour la médaille (ancien) Ve arrondissement et liste supplémentaire des citoyens proposés pour la médaille Ve arrondissement ; la Gazette des tribunaux, 4-7 septembre 1838.
Résumé de la communication de Mme Puech à la Société d’histoire de la révolution de 1848. Assemblée générale du 24 février 1835. Le sujet traité a fait l’objet d’une étude approfondie publiée par Mme Puech dans la Grande Revue de mars 1835 pp. 39 à 76 : Le Mystère de la Gazette des femmes. La Presse féministe sous Louis-Philippe.
Cf Mme Avril de Sainte Croix : Le Féminisme. Léon Abensour : Histoire générale du Féminisme, et Le Féminisme sous Louis Philippe et en 1848. Larnac : Histoire de la littérature féminine en France, etc.
Cf. : H. Allart : Les Enchantements de Prudence. Correspondance avec Béranger.
Cf. aussi les archives de Me Gastaldi, titulaire actuel de l’ancienne étude Aubry et le registre des mariages de l’église Saint-Vincent-de-Paul pour 1838.