Héreau, Edme
Biographie
Né en 1791. Homme de lettres. La Presse littéraire sous la Restauration, le romantisme et la critique donne à son sujet les indications biographiques suivantes : « Le secrétaire de la Revue [encyclopédique, N.D.A] fut Edme Héreau, qui avait longtemps séjourné en Russie, et qui peut compter pour un des premiers initiateurs de la France à la littérature russe. Héreau déploya dans ses fonctions une activité prodigieuse ; ses articles sont innombrables, touchent à tous les sujets et témoignent d’une rare compétence sur les points les plus variés. » On trouve dans la chronique des trois journées de Juillet le texte suivant le concernant : « Parmi les citoyens qui ont secondé avec le plus de désintéressement et de zèle les efforts de la commission provisoire du XIe arrondissement de Paris dans toutes les circonstances difficiles où elle s’est trouvée, nous devons citer M. Héreau, homme de lettres. » Il fut adjoint à la commission municipale provisoire du (ancien) XIe arrondissement. En août 1830, il présenta une demande de récompense, en faisant valoir ses titres : « Depuis que la commission provisoire a remis ses fonctions entre les mains du maire et des adjoints nommés par l’autorité dans le (ancien) XIe arrondissement, c’est-à-dire depuis le 31 juillet, M. Edme Héreau est resté volontairement au poste d’honneur où il s’était montré dès le 29, et où il a continué successivement à être employé auprès de l’adjoint au maire, M. Fain, puis au bureau des dons et subsistances, présidé par M. Crapelet. Ce bureau ayant cessé ses opérations et ayant rendu ses comptes le dimanche soir 8 août, M. Edme Héreau a continué jusqu’à ce jour de remplir les fonctions de secrétaire de la Commission chargée par le gouvernement de recevoir les dons à domicile et de recueillir en même temps tous les renseignements qui sont de nature à éclairer l’autorité sur la conduite, les services et les besoins de cet arrondissement.
»M. Edme Héreau ayant eu occasion l’adresser une demande à M. le ministre de l’Intérieur, voici l’apostille que M. le maire du (ancien) XIe arrondissement a mise au bas de cette demande : “Nous, maire et adjoint du (ancien) XIe arrondissement de Paris, soussignés, attestons ce qu’expose ci-contre M. Edme Héreau sur ses services et sur sa position qui nous sont tout également connus. Nous devons ajouter qu’il a secondé depuis dix jours, avec une complète abnégation de ses intérêts, les dispositions prises pour assurer la réception des dons volontaires et la distribution des secours dans le (ancien) XIe arrondissement. Paris, en mairie, le 10 août 1830, signé Renouard, maire ; Fain, adjoint ; Baffos, adjoint ; Lemercier, Népomucène, Louis (voir ce nom) de l’Institut de France, président de la Commission municipale provisoire ; Cousin, secrétaire de ladite Commission ; De Laborde, député de la Seine ; Lafayette, commandant en chef de la garde nationale. Le nom d’Héreau apparaît dans plusieurs notes, dont il fut presque sûrement le rédacteur et en tout cas l’initiateur. La première concernant Giron, un graveur du quai des Orfèvres et à qui on demanda de masquer les fleurs de lys gravés sur les cachets de la mairie : « La commission municipale provisoire du (ancien) XIe arrondissement, installée dès le 29 juillet à la mairie de cet arrondissement, s’était fait apporter les sceaux et le timbre employés pour les actes de l’autorité et avait commencé à s’en servir pour toutes les dépêches et tous les ordres qui émanaient de son pouvoir lorsque, dans la nuit du 30 juillet, une ordonnance envoyée par elle en mission, manqua d’être massacrée par quelques gens armés auxquels les fleurs de lys que portait son ordre avaient paru une raison suffisante de suspicion. Cette circonstance avait fait abandonner le cachet et le timbre de la mairie, lorsque, le dimanche 1er août, le lendemain du jour où la commission provisoire avait cessé ses fonctions pour les remettre entre les mains des autorités nommées par le gouvernement, M. Fain, adjoint au maire de cet arrondissement, les fit réclamer à son tour pour sceller les actes émanés de la municipalité. M. Edme Héreau, qui, après avoir été adjoint à la commission municipale provisoire, était resté auprès des nouvelles autorités, ayant rapporté à M. Fain, la circonstance qui avait fait abandonner l’emploi des deux cachets de la mairie, il fut décidé qu’on les ferait porter chez un graveur pour faire enlever provisoirement les fleurs de lys qui occupaient le champ de ces cachets et ne conserver que l’exergue. M. Héreau s’étant chargé de faire faire cette opération promptement et sous ses yeux, courut au quai des Orfèvres, et, là, s’adressant au premier graveur dont il trouva la porte ouverte (M. Giron, n° 66), il lui exposa l’objet de sa visite. Le sieur Giron était à déjeuner dans son arrière-boutique [fermée] depuis les événements de Juillet. Il s’empressa d’acquiescer à la réquisition qui lui était faite, prit un cachet, remit l’autre à sa femme et, bientôt, la besogne fut terminée. M. Héreau, après lui avoir demandé s’il désirait que son nom fût connu ou non, et en avoir reçu la réponse qu’il attendait, voulait offrir au sieur Giron une indemnité pour son travail ; mais celui-ci la refusa, en disant qu’il se trouvait trop heureux d’avoir employé au service de la chose publique les premiers moments accordés à sa profession depuis le jour où il s’était armé pour la défense commune. » La deuxième concernant Deverdun, qui fut employé par la Commission municipale provisoire : « Le nommé Deverdun, ouvrier chez Sir Henry, coutelier, et qui s’était présenté à la municipalité du (ancien) XIe arrondissement le jour même (29 juillet) où les citoyens y étaient appelés pour y nommer la Commission municipale provisoire, avait rempli pendant cinq jours, avec le zèle et l’activité les plus dignes d’éloges, les fonctions de garde-magasin et de distributeur des vivres, qu’on lui avait confiées. Lundi soir, 2 août, il vient prévenir M. Crapelet, président de la Commission des fonds et des secours, qu’il se retire chez lui ; on l’y engage très fort, dans l’intérêt de sa santé, qu’une fatigue aussi continue suffirait pour altérer ; mais on le presse de revenir le lendemain à son poste, aussitôt qu’il le pourra. Il répond que, l’atelier de Sir Henry devant rouvrir le lendemain, il ne peut se dispenser d’aller reprendre ses travaux. M. Crapelet, lui prenant alors la main, lui dit : “Deverdun, vous êtes venu vous mettre à notre disposition pour contribuer au bien que nous voulons faire ; mais les travaux qui vous faisaient vivre ont été interrompus pendant assez de temps pour que vous en ayez éprouvé du préjudice. Je ne crois point vous offenser en vous priant d’accepter une légère gratification. Voici trente francs, que vous donne la Commission, sur les fonds qu’elle a perçus, et cet emploi sera certainement approuvé par tous ses membres. – Monsieur, répond Deverdun, je n’accepterai point, je n’ai point travaillé pour de l’argent”. Et, sur de nouvelles insistances qui lui sont faites : “Eh bien soit ! dit-il je ne veux pas vous refuser, j’accepte ; mais veuillez recevoir maintenant cette somme pour les pauvres blessés.” Qu’ajouter à ce trait ? Ne respire-t-il point à la fois ce désintéressement et ce bon sens dont nous avons eu tous tant de preuves autour de nous ? Quels trésors nous a fait découvrir la crise par laquelle nous venons de passer, et combien un pareil élan promet pour notre avenir, pour le succès de nos vœux et pour l’affermissement de nos libertés […]. » Héreau était secrétaire de la Commission des récompenses nationales auprès de la mairie du (ancien) XIe arrondissement. Héreau publia des vers, surtout des Fables dans l’Almanach des Muses et l’Almanach des Dames. Il fut rédacteur de la Revue encyclopédique, du Bulletin universel de Ferrussac, et du Dictionnaire de la conversation. Il mourut en 1836. Le Constitutionnel, 3 août 1830 ; Les Barricades immortelles du peuple de Paris, relation historique, militaire, anecdotique des journées des 26, 27, 28 et 29 juillet 1830 et du voyage de Charles X jusqu’à son embarquement, par P. C., Paris, Leroi, 1830, p. 358 ; Archives de Paris, VD6 631 n° 1, mairie du (ancien) XIe arrondissement, pièces à l’appui des faits notables, idem in dossier Deverdun, idem in dossier Giron ; L’Ami de la religion, n° 2675, samedi 2 juillet 1836, p. 139 ; La Presse littéraire sous la Restauration, le romantisme et la critique, Ch.-M. des Granges, Société du Mercure de France, Paris, 1907, p. 82.