Hesse, Cahen, Hirch
Biographie
Né le 15 mars 1790 à Puttelange-aux-Lacs (Moselle) selon les registres hébraïques, fils de Hesse, Isaac, et de Blimché, Hayem, son épouse. Marchand colporteur. Il fut blessé d’un coup de feu reçu dans la partie latérale gauche du cou. Marié et père de quatre enfants, il reçut (sous le nom d’Hesse, Caïn, Hirch) un secours de quatre-vingts francs en septembre 1830, sur les secours distribués par Le Constitutionnel. Le dossier de ses droits fut instruit par la Commission des récompenses nationales de la mairie du (ancien) VIIe arrondissement. Il fut admis dans la 2e catégorie de la 2e classe des blessés (sous le nom d’Hesse, Cahen, Hirch, et sous celui de Cahen, d’Hesse, Hen, Hirch) et reçut une indemnité de six cents francs versés sur deux ans. Il reçut (sous le nom de Cahen Hesse), à titre de blessé de la 2e catégorie de la 2e classe, une indemnité définitive de la part de la Commission de la souscription nationale en faveur des veuves, orphelins et blessés de juillet 1830. Sans doute s’agit-il de lui, quand comparurent devant la cour d’assises de la Seine, pour leur participation à l’émeute des 5 et 6 juin 1832, la veuve d’André, Paul (voir ce nom), Lemaire (voir Lemaire, Victor, Louis ?), peintre et Hesse, cordonnier. La Gazette des tribunaux, en date du 7 novembre 1832, relatait ainsi le procès des trois accusés : « Trois accusés sont présents sur les bancs : Lemaire, peintre ; Hesse, cordonnier, et Mme veuve André. Cette jeune accusée est mise avec le plus grand soin ; la délicatesse de ses traits et la douceur de sa physionomie contrastent singulièrement avec les faits graves qu’on lui reproche. Elle porte le deuil de son mari, mort du choléra depuis le mois de juin. Les faits résultant de l’accusation sont extrêmement simples. Il en résulte que le 5 juin Lemaire et Hesse auraient pris part aux désordres qui furent commis rue Saint-Paul ; ils auraient en outre désarmé un soldat. Quant à Mme André, on lui reproche d’avoir travaillé à la construction d’une barricade dans le même quartier, et d’avoir en quelque sorte dirigé les insurgés. M. le président procède à l’interrogatoire des accusés. – M. le président : Lemaire, n’êtes-vous pas allé au convoi du général Lamarque ? – Lemaire : Oui, Monsieur ; je l’ai suivi jusqu’à la Bastille, et je l’ai quitté avant les premiers bruits. Je suis rentré par la rue Saint-Antoine. – M. le président : On a trouvé chez vous un certain nombre d’armes ? – Lemaire : On me l’a dit ; mais je l’ignorais. Il paraît qu’elles y ont été apportées en mon absence. – M. le président : Où avez-vous passé la nuit du 5 au 6 ? – Lemaire : Dans mon lit. (On rit.) – M. le président : Le 6, au matin, n’avez-vous pas désarmé un soldat de la ligne ? – Lemaire : Non, Monsieur ; je suis arrivé au moment où on le désarmait, et j’ai pris le fusil pour qu’on ne lui fît aucun mal. – M. le président : N’aviez-vous pas les mains, les lèvres et les dents noires de poudre, lors de votre arrestation ? – Lemaire : C’est possible, mais ce n’était pas de la poudre, bien plutôt le charbon ; car nous nous étions sauvés chez un marchand de charbon. – M. le président : Hesse, n’avez-vous pas désarmé un soldat de la ligne, conjointement avec Lemaire ? – Hesse : Non, Monsieur ; j’ai seulement vu Lemaire prendre le fusil à celui qui avait été désarmé, et si nous avons fui, c’est que nous avons vu arriver la force armée, et on criait de tous côtés. – M. le président : Femme André, n’avez-vous pas le 5 juin, travaillé aux barricades ? – Femme André : Oui, Monsieur, on m’y a forcée ; c’est une grande femme allemande ; je me suis sauvée quand j’ai pu, comme les autres. – M. le président : Pourquoi avez-vous donc dit que si vous y aviez travaillé en juin, c’est que vous y aviez travaillé en juillet 1830 ? – Femme André : Non, je n’ai pas dit cela. – M. le président : N’aviez-vous pas les manches retroussées et un pompon rouge sur les cheveux ? – Femme André : Oui, Monsieur, mais c’est mon habitude. Silvain Guignard, soldat caserné à l’Ecole-Militaire, premier témoin, reconnaît Lemaire et Hesse pour lui avoir enlevé son fusil et ses cartouches. Il croit bien que ce sont eux ; il a bien entendu qu’on criait : Ne lui faites pas de mal ! La femme Picot reconnaît Lemaire et Hesse pour s’être réfugiés chez elle, et y avoir déposé leurs armes. – Roberge : Le 6 au matin je suis rentré au moment où on arrêtait chez moi, où ils s’étaient réfugiés, Hesse et Lemaire. On a vu que Lemaire avait les mains et la bouche noires ; on a cru que c’était de la poudre. – Me Etienne Blanc, avocat de Lemaire : n’étaient-ils pas cachés dans un magasin à charbon ? – Roberge : Oui. – Me Etienne Blanc : Alors, ils ne pouvaient pas avoir les mains blanches ; voilà ce qui serait étonnant. – Genet, maréchal des logis des dragons, a assisté à l’arrestation et ne sait rien du désarmement ; seulement, il a cru d’abord reconnaître Lemaire, comme ayant tiré la veille sur son colonel : le témoin se rétracte. – Chartier, maréchal des logis des dragons, même déposition. – Bodier, rentier : J’ai vu Mme André sortir avec deux révoltés, après la révolution qui venait d’avoir lieu à la Bastille. Elle avait des armes, un pompon rouge à la tète et des manches retroussées. Voilà tout. – M. le président : Ne savez-vous rien de plus ? – Bodier : Ah ! mon Dieu si, j’en sais, mais voilà tout. Ce qui m’a surpris, c’est qu’elle menaçait ceux qui ne voulaient pas donner des armes, ça m’a affligé par égard pour son sexe, véritablement, voilà tout. – Femme André : C’est faux, absolument faux. – Bodier : Bien plus, elle a manifesté à vouloir monter dans les maisons ; mais ils ne sont pas montés, elle y mettait une ardeur, que je l’ai jugée comme une Jeanne d’Arc, et voila tout. – Hérisson : J’ai vu la femme André conduire deux hommes chez les habitants de la rue, pour les forcer à donner leurs armes ; elle est venue chez moi ; je l’ai vue construire les barricades. Darant a vu Lemaire, le 5 au soir, vers une barricade, mais il n’y travaillait pas. – Saint-Paul, même déposition. Il ajoute que Lemaire s’est vanté d’avoir désarmé un garde municipal. On procède à l’audition des témoins à décharge qui justifient la moralité des prévenus. Le sieur Vallée atteste que le 5 au soir, Lemaire s’opposa au pillage de la boutique d’un perruquier, et dissipa le groupe en le menaçant de son fusil. Bonnard affirme qu’il a vu prendre le fusil au fantassin, et que ce fusil a passé dans plusieurs mains. M. Pécourt, avocat général, soutient l’accusation à l’égard de Lemaire et de Hesse. Quant à Mme André, ce magistral discute les charges qui s’élèvent contre elle ; elles ne lui paraissent pas suffisantes pour déterminer une condamnation. Fussent-elles plus graves, cet honorable magistrat hésiterait à appeler les rigueurs de la justice sur une femme qui, arrêtée en même temps que son mari, a eu le malheur de le perdre pendant sa captivité, et sans assister à ses derniers moments. Me Arrondson et Conseil plaident pour Mme André et pour Hesse ; Me Blanc présente la défense de Lemaire. “Lemaire, dit-il, après avoir réfuté avec habileté toutes les charges de l’accusation, Lemaire a été privé de sa liberté pendant cinq mois ; c’est un sacrifice qu’il fait à son pays, comme il lui offrait sa vie dans la journée du 5, en repoussant seul l’émeute qui commençait à surgir. Vous direz, la main sur la conscience : Lemaire est innocent. Vous pourrez ajouter : Lemaire est honorable, car il a rempli le devoir d’un bon citoyen.” Après le résumé impartial de M. le président et trois quarts d’heure de délibération du jury, les trois accusés, déclarés non coupables, sont acquittés. » Il demeurait 13, rue Cloche-Perce en 1830-1831. Deuxième état de distribution des secours patriotiques versés au Constitutionnel ; Liste n° 8, des blessés de Juillet ayant reçu une indemnité temporaire, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Citoyens blessés pendant les événements de juillet, qui ont été admis à des secours temporaires (300 fr. pendant deux ans), le Moniteur universel 5 septembre 1831 ; Compte-rendu des travaux de la Commission de la souscription nationale en faveur des veuves, orphelins et blessés de juillet 1830, liste nominative des blessés de la IIe catégorie de la IIe classe du VIIe arrondissement auxquels il a été alloué des indemnités définitives lu et approuvé à la séance générale du 11 juillet 1832, Paris, Imprimerie de Crapelet, rue de Vaugirard, n° 9, novembre 1832, p. 78 ; Archives nationales F/1dIII/36, Commission des récompenses nationales, état des sommes payées aux blessés pensionnés temporairement pour le compte de cette commission, du 8 octobre 1830 au 31 août 1831 par la mairie du (ancien) VIIe arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/38 A, Commission des récompenses nationales, état des (243) citoyens blessés dans les journées de Juillet et admis en raison de leurs blessures à des secours temporaires basés d’après le jury médical ; Archives nationales F/1dIII/58 ; Archives nationales F/1dIII/82, un état imprimé comprenant les noms et les secours ou pensions distribués aux veuves, orphelins, ascendants ou blessés du seul (ancien) VIIe arrondissement, p. 12-13 état des blessés indemnitaires (sous le nom de Cahen-Hesse) et aussi Compte rendu des travaux de la Commission de la souscription nationale en faveur des veuves, orphelins et blessés de juillet 1830, lu et approuvé à la séance générale du 11 juillet 1832, liste nominative des blessés des 1re et 2e classes auxquels il a été alloué des indemnités définitives (ancien) VIIe arrondissement, blessés de 2e classe 2e catégorie (sous le nom de Cahen-Hesse) ; Gazette des Tribunaux, 7 novembre 1832 ; L’Ami de la religion, jeudi 8 novembre 1832, tome LXXIV, p. 61.