Hétrel, Albert, Gérard
Biographie
Né le 29 septembre 1807 à Paris, de Hétrel, Jean-François, Boniface et de Legr..., Marie, Anne. Herboriste en 1830, enrôlé volontaire après la révolution de Juillet, correcteur typographique en 1848. Il s’enrôla volontaire le 23 décembre 1830 à la mairie du (ancien) Xe arrondissement et fut admis au 6e escadron. Il passa au 52e régiment d’infanterie de ligne le 28 mai 1831, parce que diplômé de l’Ecole de pharmacie, combattant de Juillet, il avait espéré être nommé aide-major au 6e hussards, où existait une vacance de poste, mais, n’ayant pu l’obtenir « faute de protections », expliquait-il, il demanda à achever son engagement dans le 52e de ligne. Combattant de Février, il déposa un dossier devant la Commission des récompenses nationales instituée après la Révolution de Février, et qui nous donne quelques indications sur sa participation à la révolution de Juillet. Il sollicitait un emploi dans tout service administratif, ou dans l’armée, ou dans l’enseignement, ou en qualité de correcteur à l’Imprimerie nationale, ou de professeur de botanique ou de surveillant au Jardin des plantes et adressait à cet effet le 5 mai 1848 la lettre suivante à la Commission : « […] Né à Paris le 29 septembre 1807, l’étude de l’Histoire m’inspira de bonne heure une horreur profonde des rois. Plus âgé, ce fut avec une sorte de frénésie partie du manuscrit brûlé. En 1830, armé d’une carabine de gendarme que j’avais prise au désarmement de la caserne de la rue de Tournon, j’ai combattu le 28 juillet sur les quais et à la place de l’Hôtel de ville. Le lendemain, j’étais à la prise du Louvre. Je n’ai reçu, il est vrai, d’autre blessure qu’un coup de pied de cheval dans la jambe droite ; mais j’en ai longtemps souffert et, plus tard, à la suite de fatigues prolongées, l’amputation a failli devenir nécessaire. Hélas ! citoyens, au lieu de la république que nous voulions, Lafayette nous fit le triste cadeau de Louis-Philippe ! Néanmoins, brûlant du feu patriotique, croyant à une guerre prochaine, je m’enrôlai volontairement dans le 6e régiment de hussards ; mais, dégoûté bientôt du flétrissant système de la paix à tout prix, je me retirai du service vers la fin de 1831. Une place de correcteur typographe me fut alors offerte pour Bruxelles et je me rendis dans cette ville, où je ne tardais pas à prendre une part fort active à la rédaction du Méphistophélès, journal éminemment républicain, auquel je donnai (souligné par Hétrel) pendant près de trois ans plus de mille articles (prose et vers) contre Louis-Philippe, le roitelet Léopold et leurs suppôts. Ma verve satirique mit en tel émoi la police belge que le ministre de l’Intérieur osa m’imposer cette alternative : “Ou votre silence ou votre départ !” Indigné, je pris mon passeport... Le citoyen Gambin, condamné politique, que j’ai eu le vif plaisir de connaître à Bruxelles et qui à si juste titre vient d’être nommé consul près la Hollande, certifiera au besoin ce que j’avance ici. Le 1er avril 1834, j’entrai en qualité de surnuméraire au ministère de la Guerre, sous les auspices d’un vieux parent qui y était depuis fort longtemps et qui se chargea de me nourrir pendant les deux années exigées. Deux années de surnumérariat, et j’avais plus de vingt-six ans, une parfaite connaissance de la langue et de l’administration ! Ce n’était pas là une faveur, citoyens ; car, deux mois après ma nomination, j’étais à la fois expéditionnaire, rédacteur et commis d’ordre partie du manuscrit brûlé. Mon parent mourut à la fin de ma première année de surnumérariat ; son décès me laissa dénué de tout. J’écrivis au ministre, afin d’être titularisé ; on l’avait fait pour d’autres qui certes travaillaient moins que moi. Mais tel roi, tel valet ! Tout secours me fut refusé, sans doute à cause de mes opinions, que je ne cachais nullement. Je donnai ma démission [le 20 février 1835, N.D.A.] et je rentrai dans la carrière typographique. Vers 1840-1841, j’ai fait insérer dans partie du manuscrit brûlé chansonnier populaire intitulé la Goguette plusieurs chansons politiques dont la publication n’était pas sans danger […]. La Goguette a été imprimée et vendue à un grand nombre d’exemplaires. J’ai signé toutes mes chansons et il est partie du manuscrit brûlé qu’elles ne m’aient pas valu une condamnation. Peut-être a-t-on craint que la persécution ne leur donnât un dangereux retentissement. Toujours est-il que la société chantante les Animaux, qui se tenait rue de la Vieille-Monnaie et dont je faisais partie, fut vers ce temps-là dispersée par la police. Alors je me dirigeai sur Lyon, sans savoir si je trouverai un emploi. La correction du journal le Rhône me fut proposée. C’était un canard philippotard ; mais comme un correcteur ne rédige point et qu’il me fallait manger, j’acceptai ; du reste, je me dédommageais en envoyant des vers charivariques à l’Arti... partie du manuscrit brûlé (de Lyon). L’hiver vint : il paraît que partie du manuscrit brûlé Marle aîné, éditeur du Rhône, attendait ce temps rigoureux pour chercher à me faire partager sa bassesse, car il eut l’infamie d’exiger que je lui désignasse les républicains ouvriers chez lui. “Je le suis moi-même, lui dis-je, et je ne trahis pas mes frères.” Furieux, je sortis de la maison de cet individu et, presque sans argent, malade, dans le rude mois de novembre 1841, je fis cent vingt lieues à pied dans la glace. J’atteignis enfin Paris ! Ce cruel voyage avait ravivé ma douleur et j’entrai à l’hôpital de La Pitié, où sans partie du manuscrit brûlé sur mon lit de douleur, je composai le drame Un secret de l’enfer, que les directeurs de théâtres n’osèrent pas présenter à l’examen de la plus odieuse censure. […] En février dernier, je demeurais à Montmartre, dans l’isolement, m’occupant sans relâche de correction et de littérature (huit jours avant la chute de Louis-Philippe, je publiais dans le Feuilleton de Paris un roman intitulé Le Poète et la Comtesse, où j’ai exprimé clairement tout mon mépris pour le crétinisme sous lequel nous vivions) ; je ne pus par conséquent être à Paris le 23 ; mais, le 24, à la pointe du jour, j’étais en marche. Après avoir opéré le désarmement du poste de Belleville, moi et d’autres citoyens, nous nous mîmes à descendre le faubourg du Temple ; et, bientôt, nous construisions des barricades sur les boulevards. Entendant tirer du côté du faubourg Montmartre, nous y courûmes et nous contribuâmes à enlever deux pièces d’artillerie, qui restèrent aux mains du peuple après les avoir fait passer par-dessus la barricade. Aux Tuileries ! Aux Tuileries ! fut alors le cri que je poussai. Nous nous élançâmes ; mais lorsque nous pûmes y arriver, tout était terminé. Ainsi qu’en Juillet, les balles liberticides ne furent pas pour moi : il est des existences marquées du sceau de la fatalité.... Je n’en accompagnai pas moins joyeusement le trône jusqu’à la Bastille : là, le siège de la royauté se transforma bientôt en un peu de poussière ; et ce phénix déchu, anéanti, ne renaîtra jamais de ses cendres ! Revenu au château d’eau, j’eus le bonheur de rendre à leur famille éplorée deux jeunes filles, apprenties chez le sieur Constantin, fleuriste rue Gaillon, en allant les chercher et les ramener, malgré les barricades et quelques coups de feu imprudents, dans les bras de Mme Pernel (que je ne connaissais d’ailleurs aucunement) et qui demeure bd Saint-Martin, 15. partie du manuscrit brûlé le gaz partie du manuscrit brûlé allumé un instant ; mais une troupe partie du manuscrit brûlé était arrivée, ; et en vociférant des menaces d’incendier l’usine, avait contraint d’en fermer les robinets. Accompagné du citoyen Lacarrière, vieillard propriétaire de l’usine, j’allai demander à la mairie, rue Vendôme, un ordre pour qu’on rallumât le gaz et des hommes pour faire respecter cet ordre. Le maire m’approuva, me délivra le pouvoir nécessaire ; et un quart d’heure après la lumière reparaissait partout. Sans cette mesure énergique, tout un quartier de Paris restait plongé dans l’obscurité et Dieu sait quels mauvais desseins cela eût pu favoriser (J’ai également eu l’avantage de protéger la maison du citoyen Lacarrière, envahie par des gens dont les intentions me parurent plutôt suspectes que républicaines. Le citoyen Lacarrière, vieux soldat décoré, voulait que je prisse un certificat de ces faits ; mais, alors, j’espérais que ma plume me suffirait pour vivre ; et puis je ne pouvais me résoudre à solliciter qu’on s’occupât de moi et je ne cède aujourd’hui qu’à la voix impérieuse d’une absolue nécessité. Je parcourus ensuite les boulevards, proclamant la république, écrivant son nom chéri sur les murailles, l’expliquant aux personnes qui me faisaient des objections, les convertissant à notre sainte cause, les rangeant sous notre bannière révérée, les amenant à répéter en chœur Vive la république ! Puis je regagnais Montmartre. A la barrière Pigalle, je dus faire une heure ou deux le service de garde national. En résumant, ce ne fut qu’au milieu de la nuit que je rentrai chez moi mais aussi fier, aussi heureux que si j’eusse fait beaucoup plus. C’est qu’il y a, citoyens, vous le sentez comme moi, une indicible félicité pour un cœur vraiment français à palpiter sous le règne fortuné de la liberté, de l’égalité, de la fraternité. A cet exposé, souffrez, citoyens, que j’ajoute un dernier mot. J’ai porté (et peu l’ont osé) assez longtemps le chapeau rouge. Au convoi de Lamarque, j’avais la cocarde rouge ; le citoyen Armand Abadie, compositeur, me donna le bras ; nous fûmes séparés par une charge de cavalerie. Abadie fut arrêté et condamné à dix-huit mois de Pélagie, ainsi que je l’appris plus tard. Ne pouvant me procurer d’arme, je rejoignis le gros des patriotes et nous nous dispersâmes […]. » Il précisait aussi dans sa lettre qu’il avait été employé au journal La Tribune de Marrast et qu’il était connu des citoyens Flocon Ferdinand, Cormenin, Leroux Pierre, Trousseau, Martin Bernard, Béranger, Fournier Alphonse condamné politique. Sa demande était appuyée de deux recommandations. La première de Fournier, A., qui le recommandait comme un « bon républicain ». La seconde du maire du (ancien) Xe arrondissement qui le recommanda lui aussi vivement. Au début de la révolution, sa situation n’allais pas aussi mal puisque le journal du Commerce, en date du 28 mars 1848, se fit l’écho de la proposition qu’il avait faite à son employeur : « Pendant que toutes les corporations s’agitent pour demander une augmentation de salaire et une diminution d’heures de travail, dans un moment où les chefs d’industries sont menacés d’une ruine complète par suite de la crise financière, nous sommes heureux de porter à la connaissance du public la lettre que MM. Penaud frères, imprimeurs-libraires, viennent de nous communiquer. “A M. Penaud aîné. Citoyen, Le moment étant difficile sous le rapport financier, permettez-moi de ne recevoir que cinq francs par jour […].” Le citoyen Hétrel gagnait cinq francs et cinquante centimes par jour, c’est donc une diminution de quinze francs par mois qu’il s’impose volontairement. Puisse cet exemple trouver des imitateurs, et la confiance renaîtra bientôt ! » Par décisions des 20 et 27 juillet 1848, il fut nommé correcteur à l’imprimerie nationale. La Commission avait donné l’avis suivant : Le citoyen Hétrel est un homme dont le savoir peut être utilement employé pour le service de la république. Sa conduite a toujours été celle d’un bon patriote. Le comité insiste près la Commission des récompenses nationales pour que ce brave citoyen soit placé dans le plus bref délai. » Mais les décisions de cette Commission, comme sans doute toutes celles qu’elle prit, ne furent suivies d’aucun effet. Le 1er octobre 1848, il fit une demande de secours avant de partir pour l’Algérie : « […] La plus affreuse misère me contraint de prendre un de ces deux partis : le suicide ou l’exil en Algérie. Sans emploi depuis huit mois, j’ai dû faire des efforts inouïs pour pouvoir attendre cette récompense nationale, à laquelle m’ont sans doute donné droit vingt ans de service sous le drapeau républicain. Mais, à la longue, tous s’épuisent. Marié, soutien de ma mère septuagénaire, mes jours appartiennent à ma famille et je viens de me faire inscrire, ma femme et moi, pour la colonisation de l’Algérie. Oui, citoyen président, je vais cultiver la terre, moi homme de lettres, professeur de langue et de botanique, poète dont l’Institut de France et le ministère de l’Instruction publique ont honoré les travaux de rémunérations littéraires, auteur de plusieurs ouvrages utiles, de pièces de théâtre reçues et dont la faim et tout à l’heure le froid ne permettent pas d’attendre la représentation. Le courageux écrivain, qui n’a cessé, à Paris, à Bruxelles, de flageller la royauté et ses vendus se voit, dès l’avènement de sa bien-aimée république, réduit à implorer la faveur d’aller piocher le sol qui ne l’a pas vu naître, afin d’en tirer une nourriture que son ingrate patrie lui refuse !!! J’ose donc vous demander en grâce, citoyen président, à titre d’indemnité pour l’abandon auquel je suis forcé de ma récompense nationale de vouloir bien me faire obtenir quelque argent afin de pouvoir dégager notre linge et nos habits du mont-de-piété et payer quarante francs à notre propriétaire, qui sans cela retiendrait notre chétif mobilier. Votre cœur généreux ne souffrira point que nous partions pour l’Algérie, sans linge, sans vêtements et sans lit. Je vous conjure, au nom de votre mère, de votre femme, de votre famille enfin, citoyen président, de prendre en pitié des infortunés dignes d’un autre sort ! J’ai fait ma demande pour l’Algérie samedi dernier, 30 septembre, à la mairie du (ancien) Xe arrondissement. Mon dossier de colon porte le numéro 223. Dans cette demande, citoyen président, j’ai rappelé les nombreux certificats et pièces de mon dossier des récompenses nationales ; ce dossier vous sera peut-être demandé par la Commission de colonisation. Je vous prie de vouloir bien le lui délivrer. Dans tous les cas, lors de mon prochain départ, je devrai l’emporter avec moi car mon diplôme de l’Ecole de pharmacie (entre autres pièces) s’y trouve. Si donc, citoyen président, il ne me reste aucun espoir, daignez me faire donner quelque indemnité ou secours impérieusement nécessaire et m’écrire afin que (contre un reçu) j’aille retirer mes pièces des mains de la Commission des récompenses nationale si elles y sont encore ou auprès de qui de droit. » Hétrel est l’auteur de chansons politiques qui furent imprimées dans le recueil La Goguette, par Guillaume et Bernard, typographes, en 1840-1841. Poète, il fut remarqué par l’Académie française et reçut même quelques rémunérations (sans que l’année où ces rémunérations furent versées nous fût parvenue). Il est aussi l’auteur d’un Code typographique, monographique et grammatical, nouvelle méthode donnant immédiatement la solution de toutes les difficultés de la langue française, parue chez Larousse en 1862, 276 p. En 1848, il était marié et soutenait sa mère, infirme et âgée de soixante-treize ans. Il demeurait 29, rue du Bac en 1848. Le Commerce, 28 mars 1848 ; Archives de la préfecture de police AA 366, Condamnés politiques sous la Restauration qui résident à Paris, état des secours accordés pour le mois de septembre 1948 ; Archives de la préfecture de police AA 389.