Heurtebise, Auguste, Prosper
Biographie
Commis négociant. On peut lire dans le dossier de Danré, George, Aimé (voir ce nom) à la mairie du (ancien) IVe arrondissement (!!) la lettre suivante adressée par Henriot (voir ce nom), élève de l’Ecole polytechnique, le concernant conjointement avec Danré, George, Aimé, et sans doute adressée à un autre élève de la même école et membre de la Commission des récompenses nationales : « Je m’estime heureux, mon cher camarade, de pouvoir signaler à tes recherches deux noms qui assurément méritent une mention particulière. Ce sont ceux de MM. Heurtebise et Danré, deux jeunes employés dans le commerce que leurs occupations étrangères n’ont pas empêché de prendre aux mémorables journées une part des plus vives. Ils étaient entre autres lieux à l’attaque et à la prise de la caserne de Babylone. L’un d’eux, comme pourra te l’affirmer Liédot (voir Liedot, Antoine, Louis) (sous les ordres duquel ils s’étaient rangés), pénétra un des premiers dans la caserne et fit de sa main deux prisonniers. Dans l’espoir d’une sortie extérieure, ils étaient le lendemain au rendez-vous de la Bourse. Ils firent partie du bataillon dirigé sur les Tuileries, restèrent quatre jours au poste de l’Horloge, participant aux patrouilles et aux factions, veillant à ce que le pillage soit arrêté, l’ordre maintenu, le poste relevé, et ne consentirent à se retirer qu’à la condition qu’on les rappellerait au premier besoin. Prévenus, comme on le leur avait promis, du départ pour Rambouillet, ils accoururent au signal que je leur en donnai, aidèrent à régulariser la Xe légion et furent les premiers à demander le retour sur Paris dès que l’ordre en fut donné. Enfin, dans la matinée du 7 août, ils se joignirent encore à nous pour calmer et dissiper les attroupements auprès de la Chambre des députés, arrachèrent des mains de quelques gens suspects des affiches séditieuses, qu’ils foulèrent aux pieds, et ne se retirèrent qu’après le calme rétabli. Ces faits, personnellement connus de plusieurs d’entre nous et appuyés par un caractère plein de patriotisme et de loyauté me font espérer que tu voudras bien ne pas les oublier dans ton travail. » Il fut décoré de la Croix de Juillet auprès de la mairie du (ancien) VIIIe arrondissement (et peut-être aussi auprès de la mairie du (ancien) IVe arrondissement ?). Il signa le certificat suivant en faveur de Le Rasle, Gabriel (voir ce nom) : « Le 29 juillet, j’ai été appelé par quelques amis de mes camarades au commandement d’un détachement qui devait marcher contre la caserne de Babylone. M. Lerasle en faisait partie. Je certifie qu’il a constamment montré dans cette journée, l’enthousiasme et l’intrépidité qui ont distingué dans ces jours mémorables nos braves défenseurs de la liberté. » Le deuxième, signé d’Heurtebise, Auguste, Prosper (voir ce nom) : « Je, soussigné, Auguste, Prosper Heurtebise, atteste avoir vu le sieur Lerasle (sic) mettre le plus grand empressement à chercher des armes. Le 28 au matin, a travaillé aux barricades dans la rue des Bourdonnais ; que le même jour, il se rendit en armes, qu’il avait achetées, au rendez-vous que le faubourg Saint-Germain s’était donné rue de Verneuil à la mairie ; que, de là, il fit partie du corps qui désarma le poste de l’abbaye ; qu’ensuite il fit tous ses efforts pour se rendre à la place de Grève. Le soir, il revint dans son quartier travailler aux barricades et finir cette journée comme il l’avait commencée, en brave et bon patriote. Le 29, je le vis encore à mes côtés dans le nombre de braves qui marchèrent à la prise de la caserne de Babylone. Là, son courage lui fournit des occasions de prouver ce qu’il pouvait faire pour la patrie. Il fut un des premiers de notre compagnie qui marcha sur les pas du brave M. Gibon, pour enfoncer la porte de la caserne, qui se trouvait rue Plumet. L’affaire occupant tous mes esprits, je le perdis de vue dans ce combat mais ce qui me prouve qu’il contribua de tout son pouvoir à la prise de ce lieu, c’est que je le trouvai encore à la porte lorsque je descendis de l’intérieur de la caserne. Il était occupé à protéger les prisonniers et à empêcher l’enlèvement des effets que la populace sans armes se pressait de soustraire. Ainsi, je puis donc attester que Lerasle, que je n’ai pas quitté dans ces deux jours, a montré dans sa conduite tout le dévouement d’un bon citoyen et le courage d’un bon Français. Je puis attester aussi sa conduite au château des Tuileries, le 30, lorsqu’il y était de garde. J’étais sergent dans le corps qui y était et je peux dire qu’aucun des braves que j’avais l’honneur de commander s’est mieux conduit que lui. Je le vis encore dans la campagne de Rambouillet, où tous les braves étaient certes bien décidés. » Danré, George, Aimé (voir ce nom) signa lui aussi un certificat pour Le Rasle, Gabriel, et qui nous laisse quelques indications supplémentaires sur la conduite d’Heurtebise : « Je certifie que le vendredi matin 30 juillet M. Gabriel Lerasle s’est réuni avec Heurtebise, Victor et moi sur la place de l’Odéon, où nous nous étions donné rendez-vous la veille ; que, de là, nous nous sommes rendus tout quatre à l’Hôtel de ville pour y prendre des ordres puis à la Bourse, où après nous avoir organisés en bataillon, on nous assigna les Tuileries pour poste. Que là, M. Lerasle a montré le plus grand zèle pour monter la garde et faire tout le service dont il fut chargé pendant trois jours que nous y sommes restés ensemble sous le commandement de M. Henriot de l’Ecole polytechnique, en attendant que la garde nationale pût nous relever. Je certifie en outre qu’il faisait partie avec nous de l’expédition de Rambouillet. » Il fut nommé, par ordonnance en date du 21 février 1831, sous-lieutenant, sur proposition de la Commission des récompenses nationales. Il avait reçu trois cents francs auprès de la mairie du (ancien) Xe arrondissement, comme secours et somme à valoir sur son indemnité de première mise d’équipements. On retrouve la trace d’Heurtebise en février 1848. Il était alors capitaine au 7e léger : « Jeudi 23 février, le poste du marché Saint-Jean était occupé par une compagnie du 7e léger, que commandait le capitaine adjudant-major Urtebize, décoré de Juillet, sous-lieutenant en 1830 aux volontaires des trois jours. Un groupe du peuple conduit par des étudiants s’avançait pour attaquer le piquet. Le brave Urtebize, le voyant venir, dit à ses hommes : “– Non-seulement vous ne tirerez pas, mais vous allez donner vos armes à vos frères qui viennent là-bas.” Un garde, municipal, posté à quelques pas, court aussitôt à lui et lui brûle la cervelle. Le piquet venge son capitaine en exécutant sur-le-champ le garde municipal. Puis il va au-devant des étudiants la crosse en bas, et leur donne ses armes, en disant : “– Prenez; le capitaine, en mourant, nous a ordonné de vous les remettre.” » Il demeurait 23, rue du Bac en 1830-1831 ; mais à Saint-Cosme-en-Vairais (Sarthe) en 1830 in Archives de Paris VD6 3, liste des décorés du (ancien) IVe arrondissement et in Archives de Paris VD6 277 in dossier Danré, George, Aimé. Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la Croix de Juillet, instituée par la loi du 13 décembre 1830 sur les récompenses nationales, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la Croix de Juillet, instituée par la loi du 13 décembre 1830, sur les récompenses nationales, Le Moniteur universel, 2 mai 1831 ; Journal militaire officiel, année 1831, premier semestre, Paris, chez Anselin, 1831, p. 235, ordonnance du 21 février 1831 ; Archives de Paris VD6 3, liste des décorés du (ancien) IVe arrondissement (où il apparaît curieusement sur la liste, sous le nom de Heurtebise, Auguste ; il serait sur les listes préparatoire de deux arrondissements, mais sur les listes définitives du seul VIIIe arrondissement) ; Archives de Paris VD6 3, liste des décorés de la Croix de Juillet du (ancien) VIIIe arrondissement ; Archives de Paris VD6 277 in dossier Danré, George, Aimé ; Archives de Paris VD6 278 in dossier Le Rasle, Gabriel ; Archives nationales F/1dIII/33 état des sous-lieutenants nommés sur la présentation de la Commission des récompenses nationales (sous le nom d’Heurtebise, Prosper, Auguste) ; Archives nationales F/1dIII/36, Commission des récompenses nationales, état des sommes payées en dépenses diverses pour le compte de cette commission, du 8 octobre 1830 au 31 août 1831 par la mairie du (ancien) Xe arrondissement et paiements faits aux blessés, veuves, ascendants, sous-lieutenants, depuis le 10 mars 1831 jusqu’au 31 mai inclusivement (sous le seul nom d’Heurtebise) ; Archives nationales F/1dIII/39 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens qui ont mérité la décoration spéciale, (ancien) VIIIe arrondissement ; Annuaire de l’état militaire de la France pour l’année 1845, publié sur les documents du ministère de la Guerre, avec l’autorisation du roi, Paris, Chez Levrault, 1845, p. 246 ; Le peuple en action, traits de bravoure, de générosité, de désintéressement de patriotes parisiens pendant les journées de la révolution de 1848, Paris, chez Barba et Garnot, 1848, p. 13.