Hiolle, Alexandre, Charles

Biographie


Ancien militaire au 151e de ligne, revenu prisonnier de Prusse en 1814, ayant repris du service en 1815 dans l’artillerie et ayant participé à la défense de la place de Valenciennes, il s’établi fabricant ébéniste et occupait vingt-deux ouvriers en 1830. Le 23 janvier 1831, il écrivit au roi qu’il avait « pris une part active » aux journées de Juillet, et demandait la réparation d’un préjudice qu’il avait subi sous le régime déchu, dédommagement qui compenserait la présente mauvaise marche de ses affaires commerciales. En effet, le 24 juin 1826, alors qu’il se rendait avec son fils aux bains publics de l’île Louviers (une île aujourd’hui disparue parce qu’absorbée par le quai Morland et située en amont de l’île Saint-Louis, N.D.A.), le factionnaire du poste de cette île, sans aucune sommation, à 20 heures et alors qu’il faisait encore jour, fit feu sur eux et lui traversa l’épaule d’une balle et atteint son fils à la joue. Hiolle expliquait qu’il avait réclamé « alors l’équité et la justice du gouvernement mais les réclamations d’un artisan ne méritaient pas les regards du ministère de la maison du roi, qui garda à cet égard le plus profond silence. Cependant leur assassin fut condamné par le 2e conseil de guerre, le 29 octobre 1826, à deux mois d’emprisonnement ». Il joignait la copie des journaux qui avaient relaté sa mésaventure. La première, du Moniteur, en date du 26 juin 1826, qui, faisait observer Hiolle, « loin de dire la vérité, pour écarter la publicité de cet événement, l’a dénaturé d’une manière à servir la police militaire » : « Il y a quelques jours que le factionnaire avancé du poste de l’île Louviers fut insulté, menacé et frappé par deux individus qui franchirent une distance défendue auprès de la fermeture des chantiers et, dans la lutte qui s’est engagée entre ce factionnaire et ces deux hommes la baïonnette du soldat a été enlevée et emportée par eux. Hier 24 juin, vers 8 heures et demie du soir, deux individus que l’on est porté à croire les mêmes, vinrent insulter, provoquer et menacer le factionnaire placé au même endroit et se mirent en devoir de franchir la même distance. Le factionnaire leur a crié nombre de fois d’arrêter et de se retirer mais, n’ayant tenu aucun compte de cet avis et se moquant de lui d’une manière outrageante, le factionnaire a changé son arme et, comme ils avançaient toujours, il a fait feu et, d’un seul coup, a renversé et blessé ces deux individus, qui ont été ensuite transportés à l’Hôtel-Dieu. Depuis environ un an, on ne saurait dire combien de fois les factionnaires de ce poste et ceux de celui du pont de l’Hôtel-Dieu, placé à l’entrée et derrière l’archevêché, ont été insultés et provoqués par des mauvais sujets. A la suite de cet événement, un rassemblement assez considérable s’est formé devant le poste et paraissait disposé à franchir le passage défendu pour arriver sur la garde, mais le chef du poste ayant fait charger les armes et, par sa contenance ferme et déterminée à ne pas souffrir la moindre insulte envers sa garde, en a imposé à cette multitude, qui s’est promptement retirée, et le calme a été rétabli. » Le Constitutionnel du 3 juillet inséra l’article du Moniteur et le réfuta de la manière suivante : « Nous avons reçu, hier, une lettre d’après laquelle la version donné par le journal officiel n’aurait été imaginée que pour dérober à l’autorité supérieure la connaissance de la vérité et soustraire, par-là, à la justice l’individu qui, sans causes légitimes, aurait fait feu sur deux citoyens paisibles et les aurait grièvement blessés. Au surplus, M. le commissaire de police du quartier a dressé un procès-verbal. La conduite du factionnaire sera certainement soumise à une investigation judiciaire et on verra alors qui a trahi la vérité du Moniteur et de notre correspondant. » Puis le Constitutionnel publia la lettre que lui avait fait parvenir Hiolle : « Plusieurs journaux de la capitale ont rendu compte d’une manière si étrange et si opposée à la vérité du cruel événement qui s’est passé à l’île Louviers et dont mon fils et moi avons été les tristes victimes que je prends la confiance de vous adresser cette lettre, qui contient les faits tels qu’ils se sont passés et que je vous prie d’insérer dans un de vos plus prochains numéros. Je me rendis le 24 juin à 8 heures 10 minutes du soir avec mon fils et trois de mes ouvriers à l’île Louviers, pour gagner les bains de la veuve Tronchon. Après avoir passé le pont public qui conduit dans l’île, nous longeâmes du côté de l’Arsenal jusqu’au petit pont provisoire qui mène aux bains. Pour y accéder, nous dûmes passer vis-à-vis le factionnaire, qui, au même, moment faisait rétrograder des dames qui voulaient entrer dans l’île par une terrasse dont le passage est interdit. Cette invitation ne pouvait nous concerner puisque nous sortions par la pointe de l’île pour gagner les bains. Après avoir fait quelques pas sur le pont des bains, je me retournai pour appeler mon chien et lui faciliter le passage. Je me trouvai alors faire face à la sentinelle, qui, sans proférer une parole, nous coucha en joue. Au même instant, je vis tomber mon fils à quelques pas de moi ; je cours pour le relever, quand je m’aperçois que je suis moi-même grièvement blessé d’une balle qui me traverse l’épaule droite et de quelques graviers dont l’un à la joue. La blessure de mon fils était à la joue gauche. Malgré la gravité de nos blessures, nous nous rendîmes au poste et le chef nous témoigna sa surprise, d’autant qu’il nous assura qu’il était défendu aux factionnaires d’avoir leurs armes chargées avant la nuit. Nous fîmes des démarches pour faire dresser procès-verbal par M. le commissaire de police du quartier mais, n’ayant pu le voir, nous nous rendîmes chez nous et, faute d’avoir trouvé de chirurgien nous fûmes obligés d’aller réclamer des secours à l’Hôtel-Dieu. Le lendemain 25, M. Gomme, commissaire de police du (ancien) IXe arrondissement, quartier de l’Hôtel de ville, se rendit à l’Hôtel-Dieu et dressa procès-verbal de ce qui s’était passé la veille. Un de messieurs les chirurgiens en chef de cet établissement nous a délivré des certificats de la nature et de l’état de ma blessure. Tels sont les faits que je crois utiles de vous prier de rendre publics par la voie de votre estimable journal. » Hiolle déplora par la suite que l’auteur du coup de fusil, qui l’avait atteint lui et son fils eût été nommé caporal deux jours après ce triste événement et fit publier l’avis suivant, signé Debelleyme le 27 septembre 1826, procureur du roi : « Le procureur du roi certifie que par ordonnance de la chambre du conseil en date du 23 septembre 1826, il a été déclaré qu’il n’y avait lieu à suivre contre les sieurs Hiolle père et fils et le sieur Poulinaire a été renvoyé devant l’autorité militaire comme prévenu d’avoir fait usage de son fusil sans nécessité envers les sieurs Hiolle. » Le Constitutionnel se fit l’écho de cet épilogue, déplorant que le fils Hiolle « toujours souffrant ne guérisse jamais entièrement de sa blessure » et que le père eût « éprouvé de grandes pertes dans son commerce par suite du malheureux événement » et que « la calomnie ne manqua point de les poursuivre et de répandre sur cette déplorable affaire les mensonges les plus odieux ». Suite à sa réclamation il fut répondu à Hiolle que le ministère ne disposait d’aucun fonds pour dédommager des victimes qui auraient éprouvés des accidents tels que celui qu’il avait éprouvé, que s’il voulait faire valoir ces droits comme combattant de Juillet c’est à la Commission des récompenses nationales qu’il devait s’adresser et enfin que, pour pallier la mauvaise marche de ses affaires, des secours aux établissements de commerce et d’industrie en difficulté étaient attribués par une commission spéciale dépendant du ministère des Finances. Hiolle demeurait 13, rue Beautreillis en 1826-1830. On trouve dans Le Mobilier français au 19e siècle, 1795-1889, dictionnaire des ébénistes et des menuisiers, par Ledoux-Lebard, les indications biographiques suivantes : « Hiolle, Alexandre-Charles ou Charles, ébéniste découpeur fabriquait des meubles de fantaisie dans le genre gothique et moderne. Etabli 13, rue Beautreillis de 1826 à 1840, puis au 19 jusqu’en 1841. Il obtint une médaille d’argent à l’Exposition de Valenciennes en 1833 et exposa aux Produits de l’industrie française de 1834. Il fit faillite le 9 octobre 1838 et obtint son concordat en janvier de l’année suivante. » Le Moniteur, 26 juin 1826 1830 ; Constitutionnel, 3, 5 juillet, 30 septembre 1826 ; le Courrier français 29 septembre 1826 ; Archives nationales F 9 1158, dommages de Juillet, Seine (1831-1849) ; Catalogue des produits de lindustrie française admis à lexposition publique sur la place de la Concorde, année 1834, p. 45 ; Musée industriel, description complète de lexposition des produits de lindustrie française faite en 1834, ou Statistique industrielle de la France manufacturière et agricole, par Moléon, Cochaud et Paulin-Desormeaux, tome troisième, Paris, au bureau de la Société polytechnique et du recueil industriel, 1838, p. 158 ; Le Mobilier français au 19e siècle, 1795-1889, dictionnaire des ébénistes et des menuisiers, Ledoux-Lebard, Editions de l’Amateur, 1989, p. 260.

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