Hirne, Jean, Protais, Théodore

Biographie


Né le 3 novembre 1781 (dans son acte de naissance ; par erreur le 4 novembre 1781 in Archives de Paris Vbis1K4 1, le 24 novembre 1781 in Archives nationales F/1dIII/39) à Paris, fils de Hirne, Jean, Protais, maître tailleur, et de Pain, Marie, Elisabeth, Victoire, son épouse. Entré dans l’artillerie de marine le 21 mars 1798, caporal fourrier le 23 mars 1800, sergent le 22 septembre 1805, sergent-major le 5 mai 1808, lieutenant en second le 17 février 1811, lieutenant en premier le 1er février 1813, adjudant-major le 2 avril 1813, capitaine de 2e classe le 28 avril 1813, chef de bataillon le 5 mars 1814 ; il navigua sur la Salamandre du 31 juillet 1799 au 31 juillet 1800, sur la Nayade du 4 juillet 1802 au 16 septembre 1802, sur le Vatigny du 13 juillet 1806 au 7 mars 1807, sur le Duquesne du 18 août 1811 au 25 octobre 1811, sur le Saint-Pierre du 25 octobre 1811 au 1er avril 1812, sur le Magnanime du 11 décembre 1812 au 1er février 1813, détaché au camp volant de Kerlen du 1er mai au 1er août 1807, puis du 1er novembre 1807 au 13 février 1808, puis du 1er juillet 1808 au 1er août 1810, à la Grande Armée d’Allemagne du 27 mars au 20 septembre 1813, à l’armée de Lyon du 5 mars au 10 mai 1814 ; il fut décoré de la Légion d’honneur le 10 avril 1815, attaché à l’état-major général du 20 mars 1815 au 31 octobre 1815, mis en retraite au département de la Marine le 15 novembre 1817, nommé adjudant-major de la garde nationale du 15 juin 1819 au 29 avril 1827 ; il participa aux batailles de Lutzen, Bautzen, Fleurus, Waterloo. Il fit fonction de chef de bataillon de la garde nationale jusqu’au 15 novembre 1817. D’abord adjudant-major de la IVe légion de la garde nationale depuis le licenciement de l’armée de la Loire, il fut ensuite major de la Ve légion. En 1824, pour ses services rendus dans la garde nationale, il sollicitait la décoration de la Légion d’honneur (qu’il avait reçue, précisait-il, sous le numéro 50578, le 10 avril 1815), expliquant : « […] L’exposant, qui partage avec sincérité l’affliction de tous les Français, ses concitoyens, pour la perte qu’ils viennent de faire dans la personne de leur auguste roi, proteste de son entier dévouement au nouveau monarque et à son auguste famille. Il compte vingt-six ans de service, y compris les campagnes, et plusieurs blessures, indépendamment de près de six ans d’activité dans le service de la garde nationale de Paris. » En 1825, il renouvelait sa demande : « L’exposant l’avait obtenue en 1813, il ne la reçut pourtant qu’en 1815 et son décret de nomination fut annulé par l’ordonnance du 28 juillet même année […]. Lorsque Son Excellence Monseigneur le maréchal Macdonald vint prendre le commandement de l’armée de la Loire, l’exposant fut du nombre des six officiers choisis pour coopérer au licenciement de cette armée. Il remplit ses fonctions avec zèle et un sincère dévouement à l’auguste famille des Bourbons. Il exposa d’abord à M. le baron Hulot d’Olery, chef de l’état-major général, qu’il se trouvait compris dans l’ordonnance du 28 juillet ; sans doute après en avoir référé à Monseigneur le maréchal, il l’autorisa provisoirement et verbalement à porter sa décoration. Au 25 septembre suivant, ayant cessé d’être sous les ordres de ces messieurs, il la retira, en attendant un heureux instant de la réclamer de nouveau des bontés de Votre Majesté. S’il est assez heureux pour la replacer sur sa poitrine, ele achèvera de pénétrer son cœur de tous les sentiments de l’amour qu’on doit à son souverain. » A l’occasion du sacre de Charles X, il présentait une nouvelle demande, sans doute de nouveau pour récompenser ses services dans la IVe légion de la garde nationale où il était encore, auprès du ministère de l’Intérieur et qui apportait encore des précisions supplémentaires : « […] J’osais espérer que le jour heureux pour la France, qui va sacrer et couronner son auguste monarque, serait un jour de félicité pour un de ses fidèles sujets, qui, ayant à peine quarante-trois ans, compte près de trente ans de service et voudrait encore en sacrifier vingt pour l’aimer et le servir. Mes espérances, Monseigneur, si vous ne daignez m’accorder votre bienveillante protection pour l’insigne faveur que je sollicite me paraissent déchues, attendu que MM. les officiers de la légion à laquelle j’ai l’honneur d’appartenir ont reçu avis de leur nomination. Je réclame de nouveau avec instance et dans l’intérêt de ma nombreuse famille, observant que si je versais mon sang pour le roi et encore pour la patrie, mes enfants seraient heureux de pouvoir profiter des bienfaits d’une grande institution. » Cette demande était apostillée par Delaborde, chef de bataillon de la IVe légion. Il retira, le 21 avril 1827 les pièces qu’il avait fournies au bureau de la Légion d’honneur et sa croix. Le Constitutionnel, en date du 3 août 1830 relatait à son sujet : « La IVe légion de la garde nationale a été une des premières à se rassembler au moment de l’alarme. L’ancien capitaine de grenadiers du 1er bataillon, M. Poirier, se mit à la tête de quelques-uns des siens, précédés des tambours battant le rappel. Ce petit noyau se grossissant à tout instant, se trouva bientôt assez fort pour se présenter en face des troupes, les invitant cordialement à s’unir aux citoyens et les combattant au besoin. Les anciens adjudants de cette légion, MM. Hirne et Rougeot dirigeaient les manœuvres de cette petite troupe. Elle eut à soutenir plusieurs engagements dans l’un desquels elle perdit l’un de ses chefs, M. Miel, dentiste, ancien capitaine, qui fut tué d’un coup de feu dans la rue des Prouvaires. » Et Le National, en date du 7 août 1830 : « MM. Hirne, ancien chef de bataillon, major de la garde nationale, et Poirier Tirufflet, négociant, capitaine de grenadiers de la IVe légion, ont les premiers arboré le drapeau national dans le faubourg Saint-Germain. Ils n’ont cessé de faire partie d’une colonne qui a sans cesse combattu pendant les journées des 27, 28 et 29 juillet. Après la victoire, M. Hirne a été nommé colonel provisoire de la Ve légion, pour l’organiser. » Dans le récit que fit Dumoulin, François, Urbain de sa propre participation aux événements, il rapportait que Hirne commandait un peloton de gardes nationaux. Dans un certificat délivré en faveur de Bourla, Benoît, Alexandre, il est fait ainsi mention de la conduite d’Hirne pendant la révolution de Juillet : « […] Depuis ce jour, M. Bourla est resté attaché à l’état-major de la Ve légion jusqu’au 10 août et, pendant ce laps de temps il a eu à organiser les postes de sûreté pour le maintien de la tranquillité et que sous les ordres de M. le major Hirne, remplissant les fonctions de colonel provisoire de la légion, il a été chargé d’organiser le service et de faire des rondes de jour et de nuit [manuscrit détruit] de l’arrondissement […]. » Il signa, pendant la révolution, plusieurs ordres donnés à Dechez, Guillaume. Le premier, ainsi rédigé, le 28 juillet 1830 : « Il est ordonné à M. Dechez de prendre le commandement du susdit poste. » Le deuxième, ainsi rédigé, le 30 juillet 1830, comme colonel provisoire de la légion : « Attendu les services constants et l’extrême importance rendus par M. Dechez, Guillaume, capitaine adjudant-major à l’ex-4e dragons, chevalier de la Légion d’honneur, pendant les derniers événements, je l’ai autorisé provisoirement à remplir les fonctions d’adjudant-major près ladite légion. » De la même manière, un ordre de Hirne, en date du 1er août 1830, autorisait Dechez à transporter le poste de la rue Saint-Sauveur à la barrière de La Villette, comme renfort devant desservir les barrières environnantes. Un troisième, ainsi rédigé, le 20 septembre 1830 : « Je, soussigné, major de la Ve légion, certifie que M. Dechez a employé beaucoup de zèle et d’activité pour l’organisation des postes du (ancien) Ve arrondissement, du 29 juillet au 15 août dernier et qu’en général on doit se louer de son service dans les fonctions qui lui ont été confiées. » Hirne, signa ce certificat en faveur de Bourla comme « major, chevalier de la Légion d’honneur, décoré de Juillet ». Il signa en faveur de Baudry, Auguste, Pierre le certificat suivant : « Je, soussigné, avoir reçu des mains de M. Baudry plusieurs ordres provenant de l’état-major de M. le général en chef. » Le dossier de ses droits fut instruit par la Commission des récompenses nationales de la mairie du (ancien) IVe arrondissement. Il fut décoré de la Croix de Juillet auprès de la mairie du (ancien) IVe arrondissement (sous le nom dHirne mais sous les seuls prénoms de Jean, Théodore). Il apostilla ainsi un certificat délivré en faveur de Gombault, Christophe : « Je, soussigné, major de la Ve légion, certifie que le 28 juillet, jour où je pris le commandement d’une colonne de la garde nationale de la IVe légion, première prise d’armes de cette garde, le nommé Gombault, tambour, n’a pas hésité à exécuter les ordres que je lui ai donnés de rappeler dans toute ladite légion, qu’il a montré beaucoup de zèle et de dévouement. » Il signa, le 1er septembre 1831, le certificat suivant en faveur de Loyer, Eugène, Athénaïs : « Le major de la Ve légion, chevalier de la Légion d’honneur et décoré de Juillet, ex-colonel provisoire de ladite légion du 29 juillet au 15 août 1830, certifie que M. Loyer, ancien officier de ligne, actuellement capitaine également de la Ve légion (sic), s’est conduit d’une manière digne des plus grands éloges dans nos jours de dangers, qu’avec mes ordres il s’est porté partout où sa présence était nécessaire pour réprimer la malveillance, rétablir la tranquillité publique, en organisant les postes que pouvaient nécessiter les circonstances. Certifie en outre que sa compagnie de gardes nationaux fut par ses soins une des premières organisées et formée en partie des habitants du passage du Grand-Cerf. » Il apostilla, le 30 août 1831, le certificat suivant délivré par Michel (voir Michel, Jean, Isidore), décoré de la Croix de Juillet, chef des postes du faubourg du Temple dans la révolution de Juillet, demeurant 129, rue du Faubourg-du-Temple, en faveur de Mallouet, Jean, quand ce dernier tenta de faire valoir ses droits auprès de la Commission des Réclamants : « Je me joins avec empressement à MM. Michel et Denis (sic) pour attester que les faits énoncés au présent sont de toute vérité. » Le certificat délivré par Michel était celui-ci : « Je, soussigné, commandant en second le 4e bataillon de la Ve légion de la garde nationale parisienne, certifie avec empressement que le tambour Malouet, Jean (sic), est venu dès le 28 juillet 1830 se mettre volontairement sous mes ordres et a fait depuis ce moment le service de tambour avec tout le zèle et le patriotisme d’un bon citoyen, que pendant les jours difficiles de notre glorieuse révolution je n’ai eu qu’à me louer de sa conduite et que c’est avec plaisir que je lui en donne ici le témoignage le plus favorable. » Si la loi du 13 décembre 1830 instaura les récompenses de Juillet, une ordonnance, en date du 30 avril 1831, voulut changer les règles de la distribution et stipuler, entre autres, que la Croix de Juillet porterait gravée la légende Donné par le roi des Français, que la couleur du ruban serait bleue avec des lisérés rouges et que les citoyens décorés de la Croix de Juillet prêteraient serment de fidélité au roi des Français, et d’obéissance à la charte constitutionnelle et aux lois du royaume. Cette nouvelle ordonnance souleva des protestations chez les décorés de Juillet. Ces derniers trouvaient en effet cocasse de prêter serment à un roi qui, lui, n’avait pas combattu sur les barricades ! Et le journal la Révolution de demander : « Que parlez-vous donc de serment à des gens qui vous ont fait ce que vous êtes, et qui seraient plutôt en droit de vous demander compte de vos promesses...? » Alexandre Dumas, quant à lui, dans ses Mémoires, ajoutait la précision suivante : « Le droit acquis à la place de Grève, au Louvre et à la caserne de Babylone, est antérieur à tous autres droits : on ne peut, sans tomber dans l’absurde, supposer la décoration donnée par un roi qui n’existait point à cette époque, et pour la personne duquel, nous l’avouons hautement, nous ne nous battions point alors. » Une réunion eut lieu, à ce sujet, le 6 mai 1831, dans la salle de la Grande Chaumière, passage du Saumon, qui réunit un millier de décorés. Elle fut présidée par Garnier-Pagès (voir Garnier dit Pagès, Etienne, Joseph, Louis), avocat et qui représentait le (ancien) VIIe arrondissement. Avec au bureau : Lamoure (voir Lamoure, Auguste), représentant le (ancien) Ier arrondissement ; Arago (voir Arago, Etienne, Vincent), représentant le (ancien) IIe arrondissement ; Trélat (voir Trélat, Ulysse), représentant le (ancien) IIIe arrondissement ; Moussette (voir Moussette, Paul, Benoît), représentant le (ancien) IVe arrondissement ; Higonet (voir Higonet, Guillaume, Philippe, Joseph), représentant le (ancien) Ve arrondissement ; Bastide (voir Bastide, Jules), représentant le (ancien) VIe arrondissement ; Garnier-Pagès (voir Garnier dit Pagès, Etienne, Joseph, Louis), représentant le (ancien) VIIe arrondissement ; Villeret (voir Villeret, Antoine, Médéric ), représentant le (ancien) VIIIe arrondissement ; Gréau (voir Gréau, Anne, Louis), représentant le (ancien) IXe arrondissement ; Cavaignac (voir Cavaignac, Godefroy, Jacques, Eléonore), représentant le (ancien) Xe arrondissement ; Raspail (voir Raspail, François, Vincent), représentant le (ancien) XIe arrondissement ; Bavoux (voir Bavoux, François, Nicolas), représentant le (ancien) XIIe arrondissement ; Geibel (voir Geibel, Antoine, Benoit), représentant le (ancien) XIIIe arrondissement (arrondissement de Saint-Denis) ; Dumas (voir Dumas, Alexandre), représentant le (ancien) XIVe arrondissement (arrondissement de Sceaux). Voici comment Le Constitutionnel, du 7 mai 1831, rapporta le déroulement de cette réunion : « Les citoyens désignés pour la décoration de Juillet avaient été invités à se rendre aujourd’hui à la Grande-Chaumière, passage du Saumon, pour délibérer sur plusieurs questions relatives aux dispositions de l’ordonnance du 30 avril, qui détermine la couleur du ruban, décide que ces mots donné par le roi seront inscrits sur la décoration et prescrit un serment aux citoyens désignés. La réunion était très nombreuse. Un projet de résolution a été mis aux voix, article par article, et adopté sans discussion et sans réclamation. Voici l’acte proposé à l’approbation de l’assemblée : “Considérant que le serment en France ne peut être demandé que par une loi ; que nul article de la loi du 13 décembre 1830, qui a institué la décoration de Juillet, ne prescrit de serment ; que reconnaître au gouvernement le droit d’imposer une condition quelconque en dehors de la loi du 13 décembre 1830 ce serait lui reconnaître celui de modifier arbitrairement cette loi, et par conséquence de refuser les décorations acquises ou d’en distribuer de nouvelles sans le concours de la Commission ; que le roi, comme représentant de la nation, peut remettre aux décorés de Juillet, qui alors la recevraient de sa main, l’étoile qu’ils doivent porter mais que rien de l’autorise à la donner en son nom ; que ces mots donné par le roi, changeraient la nature de la récompense, qui cesserait d’être une récompense nationale, pour devenir une faveur royale ; que les faits à raison desquels la décoration a été instituée sont antérieurs à l’existence même du gouvernement du roi ; que le seul serment à exiger, en ce cas, serait celui de fidélité aux principes qui ont mis les armes à la main et valu la décoration nationale. Par ces motifs, les citoyens présents à la délibération s’engagent à ne pas se soumettre à la condition du serment, qu’ils considèrent comme illégale. Ils s’engagent, en outre, à porter immédiatement, après la décision prise par l’assemblée, la décoration spéciale, telle qu’elle a été fabriquée sur le modèle donné par la Commission.” La commission qui avait rédigé cette déclaration étant d’avis qu’il ne convenait pas à des citoyens, surtout à des citoyens de Juillet, d’attacher de l’importance à la couleur d’un ruban, le premier article a été adopté à la presque unanimité. Sur la question de l’inscription Donné par le roi, il a été clairement expliqué qu’il ne pouvait être dans la pensée d’aucun des patriotes de Juillet de refuser la décoration de la main du roi, et que la résolution n’était proposée que dans l’intérêt des principes et de la loi. La troisième question, celle du serment, a été résolue pour des motifs semblables. L’ordre le plus parfait a été observé dans cette délibération. Parmi cette élite des patriotes de Juillet, plusieurs portaient des marques glorieuses de leur courage. On a distingué avec intérêt un vieux citoyen (voir Decombis, Antoine) blessé une première fois, le 14 juillet 1789, devant la Bastille, et blessé de nouveau, le 28 juillet 1830, devant l’Hôtel de ville. Il avait obtenu la médaille commémorative de la victoire du 14 juillet 1789. Toute l’assemblée s’est empressée de rendre honneur à ce vétéran de la liberté. La séance levée, plusieurs des assistants se sont empressés de se séparer du ruban bleu bordé de rouge. Une quête a été faite au profit des détenus politiques. » Il fut cependant l’un des signataires (voir la liste à Palbra, Armand, Pierre) de la pétition qui, le 9 mai 1831, protestèrent contre les conditions dans lesquelles s’était faite la réunion du passage Saumon et réaffirmaient sa fidélité à Louis-Philippe. Cette pétition était ainsi rédigée : « Les soussignés, décorés de la Croix de Juillet, considérant qu’ils doivent à leur conscience de manifester leur opinion sur le résultat de la séance tenue au passage du Saumon, le 6 mai dernier, ont arrêté de rendre publique la déclaration suivante. Les hommes de Juillet, dévoués avant tout à leur pays ont combattu pour renverser l’arbitraire, secouer le joug qu’on voulait imposer à la liberté, renverser du trône le roi parjure. Déposant les armes immédiatement après leur victoire, ils accompagnèrent de leurs acclamations le lieutenant-général du royaume à l’Hôtel de ville et bientôt après reconnurent en lui le roi des Français, le roi citoyen. Fidèles à leur dévouement, ils ne demandèrent, ils ne sollicitèrent aucune faveur ; la loi du 13 décembre 1830 décerna des récompenses nationales à ceux qui dans les grandes journées de Juillet avaient sauvé la patrie, versé leur sang pour elle et mérité par leur conduite de voir leurs noms inscrits aux tables de nos lois. Une commission dont les membres choisis parmi les citoyens qui avaient pris la part la plus glorieuse aux événements de la grande semaine fut instituée ; un travail long et consciencieux fut le résultat de recherches et d’investigations pénibles ; le zèle des commissaires et des jurés quoique toujours à l’épreuve ne se ralentit pas ; enfin 1528 citoyens furent désignés par la Commission pour recevoir la décoration spéciale que leur accordait la loi. Immédiatement un rapport présenté au roi par le président du Conseil des ministres lui proposa de décerner lui-même ces récompenses au milieu des trophées de notre gloire militaire, sous les yeux de nos héros mutilés, dans le temple même où Napoléon voulut rehausser l’éclat de l’ordre qu’il avait fondé, par la vue de nombreux étendards conquis par le courage français, au nom de la patrie et de la liberté. Le rapport du ministre fut suivi d’une ordonnance qui apporte deux modifications dans la proposition de la Commission, l’une repose sur la couleur du ruban, l’autre sur l’inscription ajoutée à la décoration ; l’ordonnance prescrit en outre la formule suivante du serment que doit prêter chaque décoré : “Je jure fidélité au roi des Français, à la charge constitutionnelle et aux lois du royaume.” Les soussignés n’entreprendront point de combattre les motifs qui ont engagé leurs camarades à repousser les dispositions qui viennent d’être énoncées, ils se contenteront seulement de manifester leur opinion quant à ces dispositions. Les soussignés auraient vu avec satisfaction que l’ordonnance du roi maintînt la couleur du ruban proposé par la Commission, attendu que celui adopté est identiquement semblable aux deux ordres espagnols créés en 1808 et 1809 (Voyez la Collection historique des ordres de chevalerie par Perrot, Paris, 1820, deux volumes in 4° n° 42 et 45). Ils déclarent que ces mots Donné par le roi ne changent pas à leurs yeux la nature de la récompense, qui est et ne peut être qu’une récompense nationale et non une faveur royale ; qu’ils ne voient dans ces mots Donné par le roi que l’expression manifeste du désir de Sa Majesté d’associer son nom aux événements glorieux de Juillet, attendu que le roi ne peut aux termes mêmes de la loi ajouter ni retrancher aux noms inscrits par la Commission des récompenses nationales. Quoique, selon eux, aucune disposition législative ne les contraigne à la prestation du serment déterminé par l’ordonnance du 30 avril dernier, ils déclarent qu’ils prêteront serment de fidélité au roi des Français, gardien de la liberté, à la charte constitutionnelle qui la consacre, aux lois du royaume qui la présenteront enfin dans tout son éclat ; ils ne voient dans ce serment ni un acte de féodalité, ni un souvenir du Moyen Age, ni un lien de vassalité. Ils ont trop de franchise pour ne pas déclarer qu’armés pour la liberté, ils ont déposé les armes lorsqu’elle fut reconquise et qu’ils sauraient les reprendre de nouveau si jamais elle était menacée. » Il fut aussi l’un des signataires (voir la liste à Toirac, Pierre, Guillaume) de la protestation qui, le 9 mai 1831, fut rédigée contre les conditions dans lesquelles s’était faite la réunion du passage Saumon et dans laquelle ceux-là des décorés réaffirmaient leur fidélité à Louis-Philippe. Cette protestation était ainsi rédigée : « Protestation des personnes qui ont obtenu la décoration de Juillet. Les soussignés déclarent protester énergiquement contre toute espèce de décision prise dans l’assemblée qui a eu lieu dans l’une des salles du passage du Saumon, le 6 de ce mois. Unis de patriotisme et de sentiment avec leurs camarades du (ancien) VIIIe arrondissement et présentés par un même jury, ils acceptent avec empressement le principe et les termes de leur protestation du 8 de ce mois. Ils ont signé la présente déclaration en la mairie du (ancien) Ve arrondissement, en priant M. le maire de la transmettre à M. le ministre de l’Intérieur. » Il prêta son serment de décoré de la Croix de Juillet, le 21 mai 1831 à la mairie du IVe arrondissement, reçut sa croix le 21 juin et son brevet le 20 août 1831. Il délivra un certificat en faveur de Boussuge, Guillaume, comme ayant lui-même « commandé supérieurement » la colonne du capitaine Poirier, Adolphe, Joseph (voir ce nom). Il apostilla ainsi, le 15, septembre 1831, le certificat suivant en faveur de Minot, Nicolas, quand ce dernier tenta de faire valoir ses droits auprès de la Commission des Réclamants : « Je, soussigné, major de la Ve légion, chevalier de la Légion d’honneur, décoré de la Croix de Juillet, certifie que le sieur Minot, tambour, s’est présenté à la mairie du (ancien) IVe arrondissement, dans la journée du 28 juillet 1830, qu’il a courageusement offert son dévouement à la cause nationale et que, dans la journée du lendemain 29, il a également rendu d’assez importants services. » Il signa, le 30 novembre 1830, le certificat suivant en faveur de Sanas, Jean-Marie, et que ce dernier présenta quand il tenta de faire valoir ses droits auprès de la Commission des Réclamants : « Le major de la Ve légion, soussigné, certifie que le sieur Sanas, Jean-Marie, tambour maintenant de la IVe légion de la garde nationale de Paris, n’a pas craint d’obtempérer à l’ordre que je lui avais donné, le 28 juillet dernier, de rappeler et battre la générale dans toute l’étendue de ladite légion, à l’effet de réunis tous les gardes nationaux qui ont pris les armes ce jour et que j’avais l’honneur de commander. Certifie en outre qu’il était à la tête de la colonne au moment où elle essuya le feu de deux pelotons du régiment de ligne avec lequel elle eut un engagement, rue des Prouvaires. » Il ajoutait, le 19 août 1830 et comme « ex-colonel provisoire, faisant maintenant les fonctions de major de la Ve légion », l’apostille suivante à un certificat délivré en faveur de Thorot, François : « Je me joins au capitaine Thiéry pour attester que les faits ci-dessus sont exacts et que cet officier mérite l’estime et la confiance des autorités auxquelles il se recommande. » En 1831, il était major de la Ve légion de la garde nationale. Il fut nommé chevalier de la Légion d’honneur, en date du 28 novembre 1831. Le 31 octobre 1832, sa pension fut portée à mille huit cents francs, par ordonnance royale n° 2016. En 1837, forcé de se retirer du service de la garde nationale par suite de mésintelligence avec l’un de ses supérieurs, et ayant des charges de famille encore trop importantes pour rester sans emploi, totalisant vingt-cinq années de service dans l’armée et dix-huit dans la garde nationale, il sollicitait une place de conservateur du mobilier de la Couronne dans l’un des théâtres royaux ou une perception des contributions directes dans l’un des trois départements de la Seine ou Seine-et-Oise ou Seine-et-Marne. Le colonel de la Ve légion apostillait favorablement sa demande et Lobau, commandant de la garde nationale intercéda aussi en sa faveur. Sa demande ne fut pas en tout cas immédiatement satisfaites, les candidats, et déjà présents dans l’administration, étant trop nombreux. Il mourut le 20 janvier 1848, laissant une veuve, Fouet, Jeanne, Françoise, Perrine, qui fut pensionnée. Hirne demeurait 4, rue Notre-Dame-de-Recouvrance en 1831 ; 24, bd Saint-Denis en 1832. Le Constitutionnel, 3 août 1830 ; Le National, 7 août 1830 ; Les Enfans de Paris ou les Petits Patriotes, scènes de courage, de présence desprit, de magnanimité, de grandeur dâme et de désintéressement de la jeunesse parisienne pendant les journées des 27, 28, 29 juillet 1830, A. de Saintes, chez Nepveu libraire, et Eymery, Fruger et Cie, libraires, Paris, 1831, p. 88 ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la Croix de Juillet, instituée par la loi du 13 décembre 1830 sur les récompenses nationales, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la Croix de Juillet, instituée par la loi du 13 décembre 1830, sur les récompenses nationales, Le Moniteur universel, 2 mai 1831 ; Archives de Paris Vbis1K4 1 Département de la Seine, IVe arrondissement, contrôle nominatif des citoyens décorés de la Croix de Juillet, 1831 ; Archives de Paris VD6 3, liste des décorés de la Croix de Juillet du (ancien) IVe arrondissement ; Archives de Paris VD6 277 in dossier Boussuge, Guillaume, idem in dossier Dumoulin, François, Urbain (sous le nom dIrne) ; Archives nationales F/1dIII/39 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens qui ont mérité la décoration spéciale, (ancien) IVe arrondissement ; Archives nationales F/1dIV/H/5 récompenses honorifiques ; Archives nationales F/1dIV/O/1 Récompenses honorifiques in dossier Outrequin, Claude, Jean, Louis ; Archives nationales F/15/3649-3650 ; Bulletin des lois, partie supplémentaire, n° 41, p. 540, arrêté n° 2016, en date du 31 octobre 1832 ; Bulletin des lois arrêté n° 172, en date du 3 avril 1848 et qui accorde des pensions de veuves, Xe série, volume 1, p. 458 ; Archives de la préfecture de police AA 371 in dossier Baudry, Auguste, Pierre ; Archives de la préfecture de police AA 374 in dossier Bourla, Benoît, Alexandre ; Archives de la préfecture de police AA 383 in dossier Dechez, Guillaume ; Archives de la préfecture de police AA 390 in dossier Gombault, Christophe ; Archives de la préfecture de police AA 399 in dossier Loyer, Eugène, Athénaïs ; Archives de la préfecture de police AA 399 in dossier Mallouet, Jean ; Archives de la préfecture de police AA 403 in dossier Minot, Nicolas ; Archives de la préfecture de police AA 413 in dossier Sanas, Jean-Marie ; Archives de la préfecture de police AA 415 in dossier Thorot, François ; Le Constitutionnel, 7 mai 1831 ; Mes Mémoires, Alexandre Dumas, huitième série, nouvelle édition, Paris chez Lévy frères, 1869, pp. 162-166 ; Archives nationales F/9/1154 Protestations ; base leonore de la Légion d’honneur, dossier LH/1302/37. Voir le certificat signé en faveur de Gastineau, Frédérich ? On trouve sa trace dans laudience du 26 mai 1835, du jugement de la Cour des pairs concernant le soulèvement davril 1834 p. 679 et dans une déposition dans les Archives parlementaires (même affaire) p. 483.

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