Hollanders, Jacques dit Alphonse
Biographie
Né le 22 décembre 1799 (mais le 22 décembre 1809 in Archives de la préfecture de police AA 393 ; lui-même dit 1803) à Tirlemont (Belgique). Ancien militaire de l’Empire. Coiffeur. Le dossier de ses droits fut instruit par la Commission des récompenses nationales de la mairie du (ancien) IIe arrondissement. Il fut décoré de la Croix de Juillet auprès de la mairie du (ancien) IIe arrondissement. Si la loi du 13 décembre 1830 instaura les récompenses de Juillet, une ordonnance, en date du 30 avril 1831, voulut changer les règles de la distribution et stipuler, entre autres, que la Croix de Juillet porterait gravée la légende Donné par le roi des Français, que la couleur du ruban serait bleue avec des lisérés rouges et que les citoyens décorés de la Croix de Juillet prêteraient serment de fidélité au roi des Français, et d’obéissance à la charte constitutionnelle et aux lois du royaume. Cette nouvelle ordonnance souleva des protestations chez les décorés de Juillet. Ces derniers trouvaient en effet cocasse de prêter serment à un roi qui, lui, n’avait pas combattu sur les barricades ! Et le journal la Révolution de demander : « Que parlez-vous donc de serment à des gens qui vous ont fait ce que vous êtes, et qui seraient plutôt en droit de vous demander compte de vos promesses...? » Alexandre Dumas, quant à lui, dans ses Mémoires, ajoutait la précision suivante : « Le droit acquis à la place de Grève, au Louvre et à la caserne de Babylone, est antérieur à tous autres droits : on ne peut, sans tomber dans l’absurde, supposer la décoration donnée par un roi qui n’existait point à cette époque, et pour la personne duquel, nous l’avouons hautement, nous ne nous battions point alors. » Une réunion eut lieu, à ce sujet, le 6 mai 1831, dans la salle de la Grande Chaumière, passage du Saumon, qui réunit un millier de décorés. Elle fut présidée par Garnier-Pagès (voir Garnier dit Pagès, Etienne, Joseph, Louis), avocat et qui représentait le (ancien) VIIe arrondissement. Avec au bureau : Lamoure (voir Lamoure, Auguste), représentant le (ancien) Ier arrondissement ; Arago (voir Arago, Etienne, Vincent), représentant le (ancien) IIe arrondissement ; Trélat (voir Trélat, Ulysse), représentant le (ancien) IIIe arrondissement ; Moussette (voir Moussette, Paul, Benoît), représentant le (ancien) IVe arrondissement ; Higonet (voir Higonet, Guillaume, Philippe, Joseph), représentant le (ancien) Ve arrondissement ; Bastide (voir Bastide, Jules), représentant le (ancien) VIe arrondissement ; Garnier-Pagès (voir Garnier dit Pagès, Etienne, Joseph, Louis), représentant le (ancien) VIIe arrondissement ; Villeret (voir Villeret, Antoine, Médéric ), représentant le (ancien) VIIIe arrondissement ; Gréau (voir Gréau, Anne, Louis), représentant le (ancien) IXe arrondissement ; Cavaignac (voir Cavaignac, Godefroy, Jacques, Eléonore), représentant le (ancien) Xe arrondissement ; Raspail (voir Raspail, François, Vincent), représentant le (ancien) XIe arrondissement ; Bavoux (voir Bavoux, François, Nicolas), représentant le (ancien) XIIe arrondissement ; Geibel (voir Geibel, Antoine, Benoit), représentant le (ancien) XIIIe arrondissement (arrondissement de Saint-Denis) ; Dumas (voir Dumas, Alexandre), représentant le (ancien) XIVe arrondissement (arrondissement de Sceaux). Voici comment Le Constitutionnel, du 7 mai 1831, rapporta le déroulement de cette réunion : « Les citoyens désignés pour la décoration de Juillet avaient été invités à se rendre aujourd’hui à la Grande-Chaumière, passage du Saumon, pour délibérer sur plusieurs questions relatives aux dispositions de l’ordonnance du 30 avril, qui détermine la couleur du ruban, décide que ces mots donné par le roi seront inscrits sur la décoration et prescrit un serment aux citoyens désignés. La réunion était très nombreuse. Un projet de résolution a été mis aux voix, article par article, et adopté sans discussion et sans réclamation. Voici l’acte proposé à l’approbation de l’assemblée : “Considérant que le serment en France ne peut être demandé que par une loi ; que nul article de la loi du 13 décembre 1830, qui a institué la décoration de Juillet, ne prescrit de serment ; que reconnaître au gouvernement le droit d’imposer une condition quelconque en dehors de la loi du 13 décembre 1830 ce serait lui reconnaître celui de modifier arbitrairement cette loi, et par conséquence de refuser les décorations acquises ou d’en distribuer de nouvelles sans le concours de la Commission ; que le roi, comme représentant de la nation, peut remettre aux décorés de Juillet, qui alors la recevraient de sa main, l’étoile qu’ils doivent porter mais que rien de l’autorise à la donner en son nom ; que ces mots donné par le roi, changeraient la nature de la récompense, qui cesserait d’être une récompense nationale, pour devenir une faveur royale ; que les faits à raison desquels la décoration a été instituée sont antérieurs à l’existence même du gouvernement du roi ; que le seul serment à exiger, en ce cas, serait celui de fidélité aux principes qui ont mis les armes à la main et valu la décoration nationale. Par ces motifs, les citoyens présents à la délibération s’engagent à ne pas se soumettre à la condition du serment, qu’ils considèrent comme illégale. Ils s’engagent, en outre, à porter immédiatement, après la décision prise par l’assemblée, la décoration spéciale, telle qu’elle a été fabriquée sur le modèle donné par la Commission.” La commission qui avait rédigé cette déclaration étant d’avis qu’il ne convenait pas à des citoyens, surtout à des citoyens de Juillet, d’attacher de l’importance à la couleur d’un ruban, le premier article a été adopté à la presque unanimité. Sur la question de l’inscription Donné par le roi, il a été clairement expliqué qu’il ne pouvait être dans la pensée d’aucun des patriotes de Juillet de refuser la décoration de la main du roi, et que la résolution n’était proposée que dans l’intérêt des principes et de la loi. La troisième question, celle du serment, a été résolue pour des motifs semblables. L’ordre le plus parfait a été observé dans cette délibération. Parmi cette élite des patriotes de Juillet, plusieurs portaient des marques glorieuses de leur courage. On a distingué avec intérêt un vieux citoyen (voir Decombis, Antoine) blessé une première fois, le 14 juillet 1789, devant la Bastille, et blessé de nouveau, le 28 juillet 1830, devant l’Hôtel de ville. Il avait obtenu la médaille commémorative de la victoire du 14 juillet 1789. Toute l’assemblée s’est empressée de rendre honneur à ce vétéran de la liberté. La séance levée, plusieurs des assistants se sont empressés de se séparer du ruban bleu bordé de rouge. Une quête a été faite au profit des détenus politiques. » Il fut cependant l’un des signataires (voir la liste des signataires à Fribourg, François) de la pétition suivante, qui protestait contre les différentes contestations qui repoussaient les délais de remise des décorations : « Sire, les combattants de Juillet s’attendent depuis longtemps à voir briller sur leur poitrine un signe de liberté et d’honneur. La Commission des récompenses nationales avait arrêté le modèle des décorations et même le ruban, il était rouge avec deux raies noires. Elle avait voulu sans doute, par un signe perpétuel de deuil, rappeler le souvenir de nos braves camarades qui ont succombé dans la glorieuse lutte de la liberté contre le despotisme. Cette décision a reçu son exécution, la croix et le ruban ont été fabriqués et, la Commission ayant terminé son travail, rien ne s’oppose à ce que les décorations soient distribuées dans les premiers jours de mai et que cette distribution soit l’épisode le plus glorieux de la fête de Votre Majesté. Mais, Sire, il n’en n’est pas ainsi : on croit aujourd’hui devoir ôter de la décoration les mots qui la caractérisent, la date de nos immortelles journées, changer la couleur du ruban et prolonger ainsi indéfiniment l’exécution des promesses sacrées. Les blessés et tous les combattants de Juillet sont persuadés, Sire, que vous ignorez ces misérables tracasseries et que jamais vous n’avez eu l’intention de déprécier une récompense acquise au prix de leur sang et d’empoisonner ainsi la joie qu’ils éprouvent de recevoir de votre main un signe si glorieux. Ils vous supplient, Sire, de donner des ordres pour que rien ne soit changé aux dispositions arrêtées par la Commission et déjà exécutées et de fixer le jour le plus prochain pour cette distribution. Ils sont, Sire, de Votre Majesté, les très fidèles sujets. » En 1831, à l’occasion des fêtes anniversaires de Juillet, il reçut (sous le nom d’Hollanders, Ambroise, Louis, demeurant 3, rue Traversière, mais sans doute par confusion avec le suivant sur la liste, Lavenant, Ambroise, Louis), auprès de la mairie du (ancien) IIe arrondissement, vingt-cinq francs de gratification, à titre de décoré mais non blessé. Il déposa un dossier devant la Commission des récompenses nationales instituée après la Révolution de Février, pour sa participation aux combats de Février. Il sollicitait comme récompense le grade de capitaine dans un régiment d’infanterie de ligne ou d’huissier à la Chambre des députés et la croix de la Légion d’honneur. Il était porteur du certificat suivant : « Je, soussigné, lieutenant-colonel, chevalier de la Légion d’honneur, certifie que le citoyen Hollanders, ancien militaire, décoré de Juillet, a fait partie d’un détachement d’hommes armés de fusils qui s’est réuni volontairement à moi le 23 février, second jour de la révolution, pour défendre et construire les barricades de la rue Saint- partie du manuscrit brûlée et de la rue Rambuteau ; que ces barricades ayant été attaquées plusieurs fois par des détachements de la garde municipale et des chasseurs d’Orléans, le citoyen Hollanders a contribué, par son exemple et son courage, à les conserver au peuple ; que le lendemain, 24 février, troisième jour et dernier de la révolution où le peuple a été victorieux, le citoyen Hollanders s’est rendu sur mon invitation à partie du manuscrit brûlée du matin en face du passage de l’Opéra, où j’avais donné rendez-vous à un détachement ; qu’il a contribué à la prise de deux caissons de cartouches et de deux pièces de canon, qu’escortait le 1er régiment d’infanterie légère ; qu’après avoir conduit ces pièces à la mairie du (ancien) IIe arrondissement, nous nous sommes rendus sur la place du Château-d’Eau, près des Tuileries, où nous avons voulu désarmer le poste du 14e de ligne et quelques municipaux qui s’y trouvaient ; que ces derniers ayant résisté, nous avons enlevé de vive force l’officier du 14e qui commandait et que le détachement ayant fermé la porte, a fait feu sur nous ; que la fusillade s’étant engagée, nous sommes parvenus, après un feu meurtrier qui a duré près de deux heures, à incendier le poste avec des paillasses et une petite baraque en bois qui était sur la place ; que le citoyen Hollanders a fait preuve dans ce moment de la plus grande intrépidité et de la plus grande humanité, en aidant à sauver des soldats du 14e régiment, qui étaient au cachot et que l’on a fait passer au-travers de deux barres de fer qu’un caporal de pompiers venait de briser. » Signé, le 26 février 1848 : de Laborde, colonel, demeurant 4, rue de Ventimille. Sa lettre était suivie de plusieurs apostilles. La première apostille, ainsi rédigée : « Je, soussigné, certifie, non pour être agréable mais bien pour rendre témoignage à la vérité, que les faits ci-dessus sont en tout conformes et en tout point aux circonstances dont j’ai été témoin. » Signé, le 16 mars 1848 : Laplanche, Michel. La deuxième apostille, ainsi rédigée : « Je certifie d’avoir vu le nommé Hollanders, le 24 février à 2 heures et demie place du Palais-Royal au poste du Château-d’eau, où j’étais occupé du sauvetage des hommes du 14e de ligne, qu’il m’a aidé et fait tout ce qu’il a pu pour sauver cinq que nous avons réussi à sauver. » Signé : Destables, caporal à la 1re compagnie de sapeurs-pompiers. La troisième apostille, ainsi rédigée : « Je déclare que les détails que me raconte le citoyen Hollanders relatifs à la prise du Château-d’eau sont très précis et de la plus grande exactitude. Quoique je n’ai pas distingué sur les lieux personnellement ce citoyen, tout ce qu’il me raconte est marqué d’un tel caractère de vérité que sa présence sur la place du Palais-Royal et le rôle actif qu’il a dit avoir joué me paraissent incontestables. » Signé : Arago, Etienne (voir Arago, Etienne, Vincent), directeur général des Postes. Sa participation à la répression de l’émeute de juin 1848 était attestée par les bons certificats délivrés par le colonel Delaborde, devenu gouverneur du palais de Saint-Cloud. Il fut proposé par la Commission pour recevoir le signe honorifique qui devait perpétuer la mémoire de la Révolution de Février mais qui ne fut jamais institué. Le 29 juin 1849, il demandait encore où en était son dossier. Il signa, le 15 mars 1848 et comme chevalier et décoré de la Croix de Juillet et de la croix de Léopold, le certificat suivant en faveur de Laplanche, Pierre, Michel, né le 24 juin 1808 à Boulogne-sur-Mer, conducteur de travaux publics, demeurant 40, rue Notre-Dame-des-Victoires à Paris, pour attester la participation de ce dernier aux combats de la Révolution de Février : « Nous, soussignés, certifions et déclarons sur l’honneur que le 24 février 1848 nous avons vu le citoyen Laplanche, Pierre, Michel, les armes à la main, place du Palais-Royal. Déclarons en outre l’avoir vu après la prise du poste du Château d’eau diriger de concert avec les pompiers le service nécessaire pour éteindre l’incendie et de plus avoir fait enlever les cadavres gisant sur la place, pour être transportés au poste du Palais-Royal avec le respect dû aux morts. » Il reçut un secours de quarante francs en 1849, un secours de cinquante francs et un autre de soixante francs en 1851, à titre de décoré de la Croix de Juillet. En 1849, il était sergent au 7e bataillon de la IIe légion de la banlieue de la garde nationale. Il était décoré de la croix de Léopold Ier. Il était veuf en 1848. Il demeurait 8, rue des Bons-Enfants en 1831 ; 141, rue de Seine à Neuilly en 1848 ; 141, avenue de la République à Neuilly en 1849-1851. Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la Croix de Juillet, instituée par la loi du 13 décembre 1830 sur les récompenses nationales, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la Croix de Juillet, instituée par la loi du 13 décembre 1830, sur les récompenses nationales, Le Moniteur universel, 2 mai 1831 ; Archives de Paris VD6 3, liste des décorés de la Croix de Juillet du (ancien) IIe arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/33 dossier indemnités et récompenses, envoi du 30 août 1830 du ministre de l’Intérieur à la Commission des récompenses nationales (sous le nom de Hollanders, Alphonse) ; Archives nationales F/1dIII/34, Commission des récompenses nationales, état des sommes payées en dépenses diverses pour le compte de cette commission, du 8 octobre 1830 au 31 octobre 1831 par la mairie du (ancien) IIe arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/39 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens qui ont mérité la décoration spéciale, (ancien) IIe arrondissement ; Archives de la préfecture de police AA 393 ; Archives de la préfecture de police AA 397 in dossier Laplanche, Pierre, Michel ; Le Constitutionnel, 7 mai 1831 ; Mes Mémoires, Alexandre Dumas, huitième série, nouvelle édition, Paris chez Lévy frères, 1869, pp. 162-166 ; Archives nationales F/9/1154 Protestations ; Archives de la préfecture de police AA 369, décorés de juillet 1830 et blessés de juin 1848, Etat de secours accordés de 1849 à 1853, idem Etat nominatif des décorés, blessés, combattants de Juillet 1830 et des veuves de décorés ou médaillés qui ont formé des demandes de secours et sur lesquels il y a lieu de prendre des renseignements, minute 83, idem Courrier au ministre de l’Intérieur, en date du 28 janvier 1851, sur une proposition d’accorder à 28 décorés, 119 médaillés, 20 veuves de décorés ou de blessés, 16 blessés de Juillet 1830, 4 femmes de médaillés, 1 orphelin et 1 mère de médaillé décédé, des secours s’élevant ensemble à la somme de 10.875 francs, minutes 159-163, idem Proposition, en date du 27 novembre 1851, d’accorder à 165 décorés, médaillés, blessés, veuves, ascendants, orphelins, combattants et blessés de Juillet 1830, des secours s’élevant ensemble à la somme de 9.610 francs, ladite somme imputable sur le chapitre 26 du budget de l’Intérieur, exercice 1851, minutes 202-204 ; Annuaire et liste de messieurs les perruquiers et coiffeurs de la ville de Paris pour l’an 1831, Paris, imprimerie Lottin de Saint-Germain,, p. 26. Lire le Bon Sens du 12 juillet 1835, qui sans doute parle de lui...