Houeix, Jean-Baptiste
Biographie
Né le 3 octobre 1802 à Hennebont (Morbihan). Pharmacien. Le dossier d’examen de ses droits fut instruit par la Commission des récompenses nationales de la mairie du (ancien) VIIe arrondissement. Il fit l’objet de la pétition suivante présentée auprès de la Commission des récompenses nationales par plusieurs habitants : « Le gouvernement devant accorder des récompenses à tous les citoyens qui se sont distingués pour la cause de la liberté dans les mémorables journées de Juillet, nous croyons seconder les vues du gouvernement en signalant aux membres de cette commission M. Houeix, pharmacien, rue Saint-Denis, n° 235, et Barthez, François, docteur en médecine, rue Saint-Denis, n° 227, le premier pour avoir transformé sa pharmacie en ambulance dès le 28 au matin (on a vu au même instant à la porte de sa pharmacie un drapeau noir, portant cette inscription Secours aux blessés), où plus de quatre-vingts victimes ont reçu pendant les glorieuses journées et jours suivants des secours de toute nature. Le second, pour avoir secondé, par son zèle et son patriotisme, les intentions philanthropiques de M. Houeix, en donnant à tous les malheureux blessés qui se sont présentés à cette ambulance les soins de son art et avoir continué à leur prodiguer tant dans cet établissement qu’à domicile les soins que réclamait leur parfaite guérison. D’après ces faits, les soussignés ont l’honneur de prier la Commission de vouloir bien les porter sur la liste de ceux qui ont mérité la décoration de Juillet. » Signé : Royer illisible, rue de la Grande… ; Crampel ; Clément illisible ; Sallas ; veuve Barré ; Lasue illisible ; Blondel ; Guillard ; Platel ; Pignier illisible ; Feuillard ; Pohl illisible, caporal à la 4e compagnie du 3e bataillon de la Ve légion de la garde nationale, qui prêta un lit de sangle. Il combattit en juillet 1830, selon le certificat de notoriété délivré en faveur de Monsarrat. Nous reproduisons, extrait de la Revue d’histoire de la pharmacie n° 6, février 1931, Il y a cent ans, les pharmaciens dans la bataille des rues en juillet 1830, qui par ailleurs contient de très nombreuses erreurs, le passage suivant concernant Monsarrat et Houeix : « Son père [de Monsarrat, N.D.A.], maçon à Loubens (Haute-Garonne) ayant envoyé au ministère, à l’appui de sa demande de pension, les lettres qu’il avait reçues de l’ancien patron de son fils, le pharmacien Houeix, établi rue Saint-Denis, n° 435 [lire 235, N.D.A.]. Voici la première de ces lettres adressée le 21 août 1830 au père de Montsarrat : “Monsieur, depuis longtemps sans doute vous êtes inquiet de M. Votre Fils. La difficulté de faire parvenir des nouvelles pendant nos troubles a seule empêché que vous n’en receviez plus tôt, mais rassurez- vous sur son état ; il a été légèrement blessé dans la sortie du 28, le mardi, premier jour de combat. Sa blessure est au bras gauche et l’empêche de vous écrire lui-même, elle est légère, mais la chaleur qu’il a fait rendant la plaie difficile à guérir, il sera encore longtemps retenu au lit. Du reste, il va bien et tout porte à croire qu’il se servira aussi facilement de son bras après sa guérison qu’avant son accident. Monsieur votre fils a été élève chez moi pendant environ six semaines. Un de mes amis étant entré chez moi, M. Montsarrat préféra chercher une place plutôt que d’y rester en qualité de second. Il ne fut pas heureux dans les nouvelles pharmacies où il entra, mais il venait souvent me voir et je l’aidais à se placer. Le mardi soir, il vint me dire que l’on se battait rue Saint-Honoré. Je l’engageai à ne pas y aller, mais m’ayant représenté qu’il devait servir la patrie en combattant pour notre liberté, je le laissai d’autant plus que je me disposais à en faire autant. Mais trop de courage l’aura fait négliger la prudence et le soir même j’appris qu’il avait été blessé et porté à la Charité. Je m’y transportai de suite ; je le recommandai à mes amis qui font le service de cet hôpital et, certain qu’il ne lui manquerait rien, je l’y laissai, d’autant plus qu’il eut été impossible de le faire venir chez moi, à cause de l’encombrement des rues et du peu de commodité que j’ai dans mon logement. Depuis, moi ou mes élèves nous lui rendons de fréquentes visites : sa santé se rétablit de jour en jour et nous lui portons tout ce dont il a besoin. Dans votre dernière, vous lui faisiez offre de lui envoyer de l’argent : il en a peu besoin de ce moment. D’ailleurs nous ne l’en laissons point manquer, mais plus tard il pourra lui devenir nécessaire, et si vous avez une occasion de lui en envoyer, vous pourrez l’adresser chez M. Houeix, rue Saint-Denis, n° 435 [lire 235, N.D.A.], cela ne presse pas : d’ici à quinze jours ou trois semaines. Recevez, Monsieur, l’assurance de mes sentiments distingués. Votre dévoué serviteur, Pr Houeix ; A. Bellet, élève. N.-B. Nous recevons à l’instant une lettre que Monsieur votre fils nous fait écrire, il nous demande différentes petites choses et nous prie, si nous n’avons pas encore écrit chez lui, de présenter ses amitiés à ses parents et amis, qu’il va de mieux en mieux.” […] Fait curieux, Houeix annonce au père de Montsarrat qu’il s’agit d’une légère blessure au bras gauche, or nous possédons un certificat établi par « l’agent de surveillance » de l’hôpital de la Charité affirmant que l’élève en pharmacie en question souffrait d’une “fracture communicative de la cuisse, occasionnée par un coup de feu”. Toujours d’après le même document, Montsarrat a dû subir l’amputation de la cuisse et il est mort à l’hôpital le 28 août 1830. Que notre homme ait été blessé au bras ou à la jambe, il se serait certainement rétabli si la médecine de l’époque avait connu l’antisepsie. Le pharmacien Houeix prit la peine d’écrire à nouveau, le 10 septembre, aux parents de Montsarrat pour leur annoncer la fatale nouvelle. Il le fit avec beaucoup de précautions et de noblesse : “Gloire aux martyrs du 27, 28 et 29 juillet. Hommage soit rendu à nos frères morts pour cette liberté chérie. Les pères qui, dans ces journées, ont eu à déplorer la perte de leurs enfants, sont bien à plaindre, il est vrai, mais aussi il leur reste une bien grande consolation, en songeant que leurs enfants sont morts pour la liberté de leur pays et qu’ils emporteront dans la tombe les regrets, l’estime et l’admiration de la première nation du monde. Quelle gloire pour un père de savoir que le nom de ce fils qui lui était si cher, va passer à la postérité et que, buriné sur l’airain impérissable, il fera l’admiration des siècles futurs. Cher Monsieur, il me coûtait de vous écrire, car il est toujours pénible d’apprendre une telle nouvelle. La blessure de Monsieur votre fils, qui faisait espérer un prompt rétablissement, ayant changé de caractère, une abondante suppuration l’a brusquement enlevé.” » Houeix fut décoré de la Croix de Juillet auprès de la mairie du (ancien) VIIe arrondissement (sous le nom d’Honeix, Jean-Baptiste sur les listes de la Commission des récompenses nationales in Archives nationales F/1dIII/39, sur celles du Bulletin des lois et sur celles du Moniteur universel, sous le nom d’Honex auprès de la mairie). Un autre médecin, le docteur Bachelot, Charles, Joseph, avait participé à l’établissement de l’ambulance. Ses droits furent oubliés ; en témoigne cette lettre qu’il adressa, 5 juillet 1831, à la Commission des récompenses nationales : « Dans les glorieuses journées de juillet 1830, mon dévouement à la patrie me fit former, conjointement avec M. le docteur Barthez, rue Saint-Denis n° 227, une ambulance pour secourir nos braves frères qui combattaient pour la liberté ; dans la maison et pharmacie de M. Houeix (voir Houeix, Jean-Baptiste), rue Saint-Denis n° 235. Le 19 août suivant, j’eus l’honneur de remettre à M. le maire du (ancien) Ve arrondissement un rapport concernant le grand nombre de blessés à qui nous avons donné nos soins pendant les 28, 29 et 30 dudit mois de juillet ; ce rapport, qui fut remis à la Commission des récompenses nationales nommée par le gouvernement, n’a point été signalé par la Commission comme un acte de dévouement, de zèle et de patriotisme pour ma part tant il est vrai que MM. Barthez et Houeix ont eu des décorations et que, seul, j’ai été excepté. Je n’ai pu obtenir de la préfecture que mes pièces me soient rendues. Je vous expose ce fait et je vous laisse, messieurs, le soin de me juger dans votre impartialité. Ancien serviteur de la patrie, décoré au champ d’honneur, j’ai souffert sept ans et demi, pour mes opinions, l’exil sur les terres étrangères. La patrie doit, aujourd’hui, un peu de considération à ceux qui seront […] prêts à se dévouer pour elle, et le roi, dans sa sollicitude paternelle, serait fâché qu’il en fût autrement. J’ose espérer, messieurs, qu’après avoir examiné mes droits, vous voudrez bien prendre en considération les miens et y faire droit. Je joins ici une petite lettre de M. le commissaire du gouvernement (absente du dossier, N.D.A.) près la Commission des récompenses nationales, qui prouve l’incontestabilité de mes droits. Agréez etc. » Il signa, le 6 septembre 1831, le certificat suivant en faveur de Daspect, Jean, Joseph, quand ce dernier tenta de faire valoir ses droits auprès de la Commission des Réclamants : « Nous, soussignés, certifions que le sieur Jean, Joseph Daspect, rue de Laborde n° 7, a conduit à notre ambulance, établie chez M. Houeix, rue Saint-Denis n° 235, dans les journées de juillet 1830 deux victimes de notre révolution. » En 1831, à l’occasion des fêtes anniversaires de Juillet, il reçut (sous le nom d’Honeix, Jean-Baptiste), auprès de la mairie du (ancien) VIIe arrondissement, vingt-cinq francs de gratification, à titre de décoré mais non blessé. Il demeurait 235, rue Saint-Denis en 1830-1831. Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la Croix de Juillet, instituée par la loi du 13 décembre 1830 sur les récompenses nationales, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la Croix de Juillet, instituée par la loi du 13 décembre 1830, sur les récompenses nationales, Le Moniteur universel, 2 mai 1831 ; Revue d’histoire de la pharmacie n° 6, février 1931, Il y a cent ans, les pharmaciens dans la bataille des rues en juillet 1830 ; Archives de Paris VD6 3, liste des décorés du (ancien) IVe arrondissement (où son nom apparaît curieusement…) ; Archives de Paris VD6 3, liste des décorés de la Croix de Juillet du (ancien) VIIe arrondissement ; Archives de Paris VD6 277 in dossier Barthez, François ; Archives de Paris VD6 371 n° 3, liste des décorés de la Croix de Juillet du (ancien) VIIe arrondissement ; Archives de Paris VK3 48 in dossier Mahé, Théobald (pour les soins que celui-ci avait reçus dans son ambulance) ; Archives nationales F/1dIII/36, Commission des récompenses nationales, état des sommes payées en dépenses diverses pour le compte de cette commission, du 8 octobre 1830 au 31 octobre 1831 par la mairie du (ancien) VIIe arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/39 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens qui ont mérité la décoration spéciale, (ancien) VIIe arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/68 in dossier Monsarrat ; Archives de la préfecture de police AA 371 in dossier Bachelot, Charles, Joseph ; Archives de la préfecture de police AA 382 in dossier Daspect, Jean, Joseph.