Hubert, Jean-Louis

Biographie


Né le 23 janvier 1787 à Paris. Ancien notaire. Il fut l’un des membres (avec Merilhou, Joseph, Boulay de la Meurthe, François, Joseph et Gisquet, Henri, Joseph) de la délégation d’électeurs et d’habitants de Paris envoyés le mardi 27 juillet vers 14 heures au domicile de Perier, où se tenait une réunion de quelques députés, afin d’organiser avec eux ou sous leur direction une réponse aux ordonnances. Après que plusieurs députés se furent opposés à les recevoir, ils réussirent cependant à se faire entendre. Finalement reçue, après de longues délibérations, la députation fit valoir la violation de la Charte et de la légalité, que plusieurs fabricants avaient renvoyé leurs ouvriers, que le salut du pays dépendait aussi des députés, qu’ils étaient redevables de la confiance qu’on leur avait témoignée dans les élections et qu’enfin s’imposait la nécessité d’une direction à tous les mouvements de protestation. Sarrans juge que le discours tenu par la délégation, et dans lequel « respirait une fermeté froide et réfléchie, de nature à faire une grande impression, ne trouva aucune sympathie dans la presque totalité des députés présents. Pas une exclamation, pas un geste, pas un murmure qui décelât l’émotion du patriotisme ». Le député Bérard, quant à lui, apprécie ainsi les résultats que la députation obtint : « Là se montra dans tout son jour la pusillanimité de la plupart de nos collègues, qui craignirent de se trouver compromis par cette espèce de fraternisation. […] Leur visite n’eut du reste aucun résultat, si ce n’est probablement de leur donner une assez pauvre idée d’une partie des représentants du pays. On leur tint quelques discours vagues, insignifiants, et ils se retirèrent fort mécontents. » Alexandre Dumas fut un des tout premiers combattants de la révolution de Juillet. Il en laissa un récit impartial et bien renseigné. Nous empruntons à ses Mémoires, son témoignage concernant Hubert : « [Le 1er août] Je venais de quitter l’hôtel de ville lorsqu’une députation républicaine y arriva ; elle aussi avait rédigé sa proclamation. M. Hubert, ancien notaire, un des hommes les plus honorables que j’aie connus, et qui vient de mourir, laissant toute sa fortune à des hospices, à des établissements de bienfaisance, et aux citoyens poursuivis pour leurs opinions démocratiques, était chargé de présenter cette adresse au général La Fayette.

La voici :

“Le peuple, hier, a reconquis ses droits sacrés au prix de son sang ; le plus précieux de ces droits est de choisir librement son gouvernement ; il faut empêcher qu’aucune proclamation ne soit faite qui désigne un chef, lorsque la forme même du gouvernement ne peut être déterminée.

”Il existe une représentation provisoire de la nation, qu’elle reste en permanence jusqu’à ce que le vœu de la majorité des Français ait pu être connu.”

On voit que tout le monde prenait au sérieux la fabuleuse et invisible trilogie La Fayette, Gérard et Choiseul.
Les membres de la députation étaient Charles Teste (voir Teste, Charles, Antoine), Trélat (voir Trélat, Ulysse), Hingray (voir Hingray, Charles, Joseph), Bastide (voir Bastide, Jules), Guinard (voir ce nom) et Poubelle (voir Poubelle, Jean, Nicolas).

Hubert, le chef de la députation, la précédait, portant au bout de sa baïonnette la note qu’on vient de lire.
La députation fut admise à l’instant même ; chez le général La Fayette, nul ne faisait antichambre.

La discussion fut vive ; La Fayette ignorait toutes les menées orléanistes, et protestait avec la candeur de l’ignorance.

Les républicains, de leur côté, affirmaient avec toute la vigueur de l’instinct.

– Général, dit Hubert, par les balles qui trouent le plafond au-dessus de votre tête, nous vous adjurons de prendre la dictature !

On en était à ce point ; le général allait peut-être céder, quand on lui annonça que M. de Sussy demandait à lui parler.

Les républicains se tenaient là, inquiets, ombrageux, pleins de doute, semblant interroger du regard le général, et le sommer de redire tout haut ce qu’on venait de lui dire tout bas.

Le général comprit qu’il ne s’agissait point de biaiser à cette heure ; d’ailleurs, son âme droite, son cœur loyal répugnaient à toute dissimulation.

– Faites entrer M. de Sussy, dit-il à haute voix.

– Mais, général, c’est à vous seul que M. de Sussy désire parler.

– Faites entrer M. de Sussy, répéta le général ; je suis ici au milieu de mes amis.

M. de Sussy entra et fut forcé de dire quelle cause l’amenait.

Cela tombait bien : il venait annoncer au général La Fayette la révocation des ordonnances, la nomination du ministère Mortemart, Gérard et Casimir Perier, l’arrivée de M. de Mortemart à Paris, et, enfin, le refus que venait de faire la Chambre, qui s’occupait de la royauté du duc d’Orléans, de recevoir les nouvelles ordonnances signées par Charles X à trois heures du matin – juste au moment où le duc d’Orléans dictait à Oudard la fameuse note qui avait mis MM. Thiers et Mignet si fort en émoi.

Ainsi les choses s’expliquaient ; tous les jeux s’abattaient à la fois sur la même table : le jeu de Charles X, nommant le ministère Mortemart, Gérard et Casimir Perier ; le jeu de M. Laffitte, proposant le duc d’Orléans au suffrage de la nation ; et, enfin, le jeu des républicains, pressant La Fayette d’accepter la dictature.

On eût fait la chose exprès et l’on eût arrêté l’heure, qu’on n’eût certes pas mieux réussi.

Il s’ensuivit alors, dans la salle où venaient de se heurter des intérêts si puissants, un instant de trouble qui faillit être fatal à M. de Sussy !

Bastide l’avait pris au collet, et allait tout simplement le jeter par la fenêtre, lorsque Trélat le retint.

Je reviendrai plus d’une fois sur Bastide, et je dirai quel homme plein de franchise, de courage et de loyauté c’était et c’est encore.

Comme tous les mouvements extrêmes, celui-ci amena sa réaction.

Cette réaction eut pour résultat de laisser M. de Sussy sortir tranquillement, sous la conduite du général Lobau, lequel ouvrit la porte en accourant au bruit infernal qui se faisait dans le cabinet de La Fayette.

Les républicains se retrouvèrent seuls avec le général.

Ils renouvelaient leurs instances auprès de lui, quand on vint les avertir que M. de Sussy, introduit dans le sein de la commission municipale, y exposait au moment même les nouvelles propositions de Charles X, auxquelles la commission municipale ne paraissait nullement hostile.

Il ne s’agissait plus de discuter avec La Fayette et d’écouter ses théories sur le gouvernement constitutionnel en France et le gouvernement républicain aux Etats-Unis, la question de vie ou de mort se débattait à la commission municipale.

Il s’agissait de courir à la commission municipale.

On y courut.

La porte était fermée.

On frappa.

Personne ne répondit.

Deux ou trois coups de crosse de fusil ébranlèrent violemment la porte, qui s’ouvrit enfin, et qui, en s’ouvrant, montra M. de Sussy exposant ses raisons aux membres de la commission municipale, lesquels paraissaient les écouter avec la plus grande faveur.

Cette apparition de six ou huit hommes armés et connus pour la vigueur de leur caractère jeta l’épouvante au milieu de l’assemblée ; on se leva, on s’éparpilla, on voulut avoir l’air de ne rien faire de décisif.

Pendant ce temps, Hubert sentit qu’on lui glissait un papier dans la main.

Il se retourna et reconnut M. Audry de Puyraveau, le seul véritable patriote de la commission.

– Prenez cette proclamation, lui dit vivement celui-ci ; elle a failli être signée, il y a une heure, par la commission municipale... L’arrivée de M. de Sussy a tout remis en question... Montez sur une borne, lisez la proclamation, répandez-la, imposez-la... Ils signeront si vous leur faites peur.

A la bonne heure ! cette façon d’agir rentrait dans la politique des vainqueurs du Louvre. Tous descendirent rapidement les degrés de l’hôtel de ville ; Hubert monta sur une borne, appela le peuple à lui, et, entouré de ses compagnons, il lut à haute voix la proclamation suivante comme émanée de la commission municipale.

Ecoutez bien, car c’est la seule manifestation républicaine sérieuse qui ait été faite en 1830.

Ecoutez bien, car elle va vous dire où en étaient, à cette époque, les esprits les plus avancés.

Ecoutez bien, car elle vous apprendra quels étaient les vœux de ces hommes qu’on a persécutés pendant dix-huit ans, sous prétexte qu’ils voulaient bouleverser la société.

Après avoir lu cette proclamation – qu’il est bon de comparer à celle de MM. Thiers et Mignet – relisez la Déclaration des droits de l’homme de 1789, et vous verrez que les républicains de 1830 étaient en arrière de cette Déclaration.

“La France est libre.

”Elle veut une constitution.

”Elle n’accorde au gouvernement provisoire que le droit de la consulter.

”En attendant qu’elle ait exprimé sa volonté par de nouvelles élections, respect aux principes suivants :

”Plus de royauté.

”Le gouvernement exercé par les seuls mandataires élus de la nation.

”Le pouvoir exécutif confié à un président temporaire.

”Le concours médiat et immédiat de tous les citoyens à l’élection des députés.

”La liberté des cultes.

”Plus de culte de l’Etat.

”Les emplois de l’armée de terre et de l’armée de mer garantis contre toute destitution arbitraire.

”Etablissement des gardes nationales sur tous les points de la France ; la défense de la constitution leur est confiée.

”Ces principes, pour lesquels nous venons de risquer notre vie, nous les soutiendrons, s’il le faut, par l’insurrection légale.” »

Hubert était présent à la réunion au restaurant Lointier, selon Marrast, qui lui fait dire dans le cours de cette réunion qui regroupa les républicains, alertés des manœuvres des orléanistes : « Messieurs, nous n’avons ni les uns ni les autres mission pour constituer quoi que ce soit. Le peuple seul a vaincu ; le peuple doit être consulté. Et pour lui proposer même un parti provisoire, j’avoue que, dans mon opinion, il n’y en a pas de plus mauvais que celui-ci. » Il fut décoré de la Croix de Juillet auprès de la mairie du (ancien) IIIe arrondissement. En 1831, à l’occasion des fêtes anniversaires de Juillet, il reçut, auprès de la mairie du (ancien) IIIe arrondissement, vingt-cinq francs de gratification, à titre de décoré mais non blessé. Il délivra à Baric, Uranie (voir ce nom), chez laquelle il avait été soigné jusqu’au mois de janvier 1831 (?), un certificat pour attester « sa généreuse sympathie pour tout ce que notre révolution a produit de grand, de sublime de la part du peuple » et de la part qu’elle avait prise « aux succès de notre dernière révolution ». Il fut l’un des inculpés (avec Bonnias, Henri ; Chaigneau, Jean-Marie ; Blanqui, Auguste ; Delaunay, Victor ; Gervais, François, Guillaume ; Juchault, Alexandre ; Plagniol, Eugène ; Préot ; Raspail, François, Vincent ; Rilheux, Norbert, ou Rillieux ; Rivail ; Thouret, Vincent, Antoine ; Trélat, Ulysse), comme président de la Société des amis du peuple, du procès, en janvier 1832, contre les membres les plus influents de la Société des Amis du peuple, pour complot ayant pour but d’instaurer la république, et qui furent tous acquittés par le jury ; certains cependant, furent l’objet de peines accessoires, prononcées par les seuls magistrats et pour leur attitude pendant le cours du procès. Il demeurait 40, rue de l’Echiquier en 1831 ; 7, rue du Faubourg-Poissonnière en 1831. Notes et Jugements de la Chambre de 1830, publiés par la société Aide-toi le ciel d’aidera, Paris, Garnier-Pagès, juin 1831, p. IV ; Lafayette et la révolution de 1830, Histoire des choses et des hommes de Juillet, Sarrans, Thoisnier-Desplaces, Paris, 1833, tome premier, p. 243 ; Souvenirs historiques sur la révolution de 1830, Bérard, Paris, Perrotin, 1834, p. 73 : Mes Mémoires, Alexandre Dumas, tome VI, cinquième série, nouvelle édition, Paris, Lévy frères, 1867 ; Histoire de France des 27, 28, 29 juillet 1830, extraits du journal la Tribune, 16 juin 1831, Marrast, p. 25 ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la Croix de Juillet, instituée par la loi du 13 décembre 1830 sur les récompenses nationales, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la Croix de Juillet, instituée par la loi du 13 décembre 1830, sur les récompenses nationales, Le Moniteur universel, 2 mai 1831 ; Archives de Paris VD6 3, liste des décorés de la Croix de Juillet du (ancien) IIIe arrondissement ; Archives de Paris VD6 172 n° 6 in dossier Baric, Uranie madame ; Archives nationales F/1dIII/34, Commission des récompenses nationales, état des sommes payées en dépenses diverses pour le compte de cette commission, du 8 octobre 1830 au 31 octobre 1831 par la mairie du (ancien) IIIe arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/39 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens qui ont mérité la décoration spéciale, (ancien) IIIe arrondissement ; Procès des quinze, publié par la Société des Amis du peuple, Paris, Auguste Mie, 1832.

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