Huet, Michel, Laurent

Biographie


Né le 9 août 1794 (le 10 août 1794 dans un acte de décès dans son dossier à la Légion dhonneur) à Falaise (Calvados), fils de Huet, Michel, Nicolas, Siméon et de Enault, Marie, Madeleine. Nommé chirurgien militaire au 147e régiment d’infanterie de ligne, le 7 février 1813, prisonnier de guerre en Russie ayant participé aux campagnes de 1813 et 1814, présent aux batailles de Bautzen et de Lützen, reçu docteur en médecine, le 21 décembre 1819 à la faculté de Paris. Il fit partie avec Carly de Wazzema Montaigne, Moutardier Hortense dit Eugène, Regent Auguste, Greverath Achille Simon, Martinon Joseph, Boucher-Dugua Nicolas, Augé Placide Antoine, des huit membres composant le jury de la Commission des récompenses nationales pour le (ancien) IIe arrondissement. Il fit partie, pour le (ancien) IIe arrondissement, des vingt-quatre jurés (deux par arrondissement) spécialement nommés pour apprécier les droits des membres mêmes de la Commission des récompenses nationales à une récompense. Il fut décoré de la Croix de Juillet auprès de la mairie du (ancien) IIe arrondissement. Si la loi du 13 décembre 1830 instaura les récompenses de Juillet, une ordonnance, en date du 30 avril 1831, voulut changer les règles de la distribution et stipuler, entre autres, que la Croix de Juillet porterait gravée la légende Donné par le roi des Français, que la couleur du ruban serait bleue avec des lisérés rouges et que les citoyens décorés de la Croix de Juillet prêteraient serment de fidélité au roi des Français, et d’obéissance à la charte constitutionnelle et aux lois du royaume. Cette nouvelle ordonnance souleva des protestations chez les décorés de Juillet. Ces derniers trouvaient en effet cocasse de prêter serment à un roi qui, lui, n’avait pas combattu sur les barricades ! Et le journal la Révolution de demander : « Que parlez-vous donc de serment à des gens qui vous ont fait ce que vous êtes, et qui seraient plutôt en droit de vous demander compte de vos promesses...? » Alexandre Dumas, quant à lui, dans ses Mémoires, ajoutait la précision suivante : « Le droit acquis à la place de Grève, au Louvre et à la caserne de Babylone, est antérieur à tous autres droits : on ne peut, sans tomber dans l’absurde, supposer la décoration donnée par un roi qui n’existait point à cette époque, et pour la personne duquel, nous l’avouons hautement, nous ne nous battions point alors. » Une réunion eut lieu, à ce sujet, le 6 mai 1831, dans la salle de la Grande Chaumière, passage du Saumon, qui réunit un millier de décorés. Elle fut présidée par Garnier-Pagès (voir Garnier dit Pagès, Etienne, Joseph, Louis), avocat et qui représentait le (ancien) VIIe arrondissement. Avec au bureau : Lamoure (voir Lamoure, Auguste), représentant le (ancien) Ier arrondissement ; Arago (voir Arago, Etienne, Vincent), représentant le (ancien) IIe arrondissement ; Trélat (voir Trélat, Ulysse), représentant le (ancien) IIIe arrondissement ; Moussette (voir Moussette, Paul, Benoît), représentant le (ancien) IVe arrondissement ; Higonet (voir Higonet, Guillaume, Philippe, Joseph), représentant le (ancien) Ve arrondissement ; Bastide (voir Bastide, Jules), représentant le (ancien) VIe arrondissement ; Garnier-Pagès (voir Garnier dit Pagès, Etienne, Joseph, Louis), représentant le (ancien) VIIe arrondissement ; Villeret (voir Villeret, Antoine, Médéric ), représentant le (ancien) VIIIe arrondissement ; Gréau (voir Gréau, Anne, Louis), représentant le (ancien) IXe arrondissement ; Cavaignac (voir Cavaignac, Godefroy, Jacques, Eléonore), représentant le (ancien) Xe arrondissement ; Raspail (voir Raspail, François, Vincent), représentant le (ancien) XIe arrondissement ; Bavoux (voir Bavoux, François, Nicolas), représentant le (ancien) XIIe arrondissement ; Geibel (voir Geibel, Antoine, Benoit), représentant le (ancien) XIIIe arrondissement (arrondissement de Saint-Denis) ; Dumas (voir Dumas, Alexandre), représentant le (ancien) XIVe arrondissement (arrondissement de Sceaux). Voici comment Le Constitutionnel, du 7 mai 1831, rapporta le déroulement de cette réunion : « Les citoyens désignés pour la décoration de Juillet avaient été invités à se rendre aujourd’hui à la Grande-Chaumière, passage du Saumon, pour délibérer sur plusieurs questions relatives aux dispositions de l’ordonnance du 30 avril, qui détermine la couleur du ruban, décide que ces mots donné par le roi seront inscrits sur la décoration et prescrit un serment aux citoyens désignés. La réunion était très nombreuse. Un projet de résolution a été mis aux voix, article par article, et adopté sans discussion et sans réclamation. Voici l’acte proposé à l’approbation de l’assemblée : “Considérant que le serment en France ne peut être demandé que par une loi ; que nul article de la loi du 13 décembre 1830, qui a institué la décoration de Juillet, ne prescrit de serment ; que reconnaître au gouvernement le droit d’imposer une condition quelconque en dehors de la loi du 13 décembre 1830 ce serait lui reconnaître celui de modifier arbitrairement cette loi, et par conséquence de refuser les décorations acquises ou d’en distribuer de nouvelles sans le concours de la Commission ; que le roi, comme représentant de la nation, peut remettre aux décorés de Juillet, qui alors la recevraient de sa main, l’étoile qu’ils doivent porter mais que rien de l’autorise à la donner en son nom ; que ces mots donné par le roi, changeraient la nature de la récompense, qui cesserait d’être une récompense nationale, pour devenir une faveur royale ; que les faits à raison desquels la décoration a été instituée sont antérieurs à l’existence même du gouvernement du roi ; que le seul serment à exiger, en ce cas, serait celui de fidélité aux principes qui ont mis les armes à la main et valu la décoration nationale. Par ces motifs, les citoyens présents à la délibération s’engagent à ne pas se soumettre à la condition du serment, qu’ils considèrent comme illégale. Ils s’engagent, en outre, à porter immédiatement, après la décision prise par l’assemblée, la décoration spéciale, telle qu’elle a été fabriquée sur le modèle donné par la Commission.” La commission qui avait rédigé cette déclaration étant d’avis qu’il ne convenait pas à des citoyens, surtout à des citoyens de Juillet, d’attacher de l’importance à la couleur d’un ruban, le premier article a été adopté à la presque unanimité. Sur la question de l’inscription Donné par le roi, il a été clairement expliqué qu’il ne pouvait être dans la pensée d’aucun des patriotes de Juillet de refuser la décoration de la main du roi, et que la résolution n’était proposée que dans l’intérêt des principes et de la loi. La troisième question, celle du serment, a été résolue pour des motifs semblables. L’ordre le plus parfait a été observé dans cette délibération. Parmi cette élite des patriotes de Juillet, plusieurs portaient des marques glorieuses de leur courage. On a distingué avec intérêt un vieux citoyen (voir Decombis, Antoine) blessé une première fois, le 14 juillet 1789, devant la Bastille, et blessé de nouveau, le 28 juillet 1830, devant l’Hôtel de ville. Il avait obtenu la médaille commémorative de la victoire du 14 juillet 1789. Toute l’assemblée s’est empressée de rendre honneur à ce vétéran de la liberté. La séance levée, plusieurs des assistants se sont empressés de se séparer du ruban bleu bordé de rouge. Une quête a été faite au profit des détenus politiques. » Et Dumas continuait ainsi, dans ses Mémoires, à propos de Huet : « Aucune protestation, au contraire, n’avait été faite. Cette seule note était parvenue au bureau : “Je demande que toute protestation contre tout ou partie de l’ordonnance relative à la distribution de la Croix de Juillet soit abandonnée à chacun des intéressés, et qu’aucune mesure générale ne puisse être opposée à aucun d’eux, chacun de nous devant rester parfaitement libre de protester ou de ne pas protester.” Huet. Cette note fut lue à haute voix, et couverte de huées. » En 1831, à l’occasion des fêtes anniversaires de Juillet, il reçut, auprès de la mairie du (ancien) IIe arrondissement, vingt-cinq francs de gratification, à titre de décoré mais non blessé. Membre du comité d’examen pour le (ancien) IIe arrondissement et du jury spécial près la Commission des récompenses nationales, il adressa, le 1er décembre 1831 – soit peu après la conclusion des travaux de la Commission des récompenses nationales –, le mémoire suivant au ministre de l’Intérieur, président du Conseil. Sa lecture donne un point de vue intéressant et inhabituel sur ces travaux : « La Commission des récompenses nationales a terminé ses travaux : les récompenses sont décernées, les secours, distribués, les pensions, liquidées.

»Mais l’exécution de la loi du 13 décembre a-t-elle accompli le grand acte de justice nationale qui imposa à la France le devoir sacré d’adopter ceux de ses enfants qui avaient défendu si héroïquement ses libertés et ses lois ?

»Un intérêt grave et puissant s’attache à la solution de cette question. Tout ce qui touche au berceau d’une dynastie, tout ce qui tient à l’origine d’un nouvel ordre politique veut être examiné autrement que des affaires ordinaires. Un fait qui, en d’autres temps, périrait peu après sa naissance, prend caractère et autorité par cela seul qu’il est survenu à une époque de révolution politique.

»L’existence d’une Commission des récompenses nationales surgie de la révolution de Juillet est un de ces faits qui doit avoir un long retentissement dans l’avenir et vivre bien au-delà de la dissolution de cette commission.

»Il importe donc que le gouvernement en connaisse bien le caractère particulier, qu’il sache si ce fait qu’il trouvera longtemps sur sa route doit lui faire obstacle ou lui offrir assistance.

»Permettez-moi, monsieur le ministre, de vous soumettre à ce sujet la pensée d’un homme qui a pris part aux travaux de la Commission des récompenses nationales depuis le commencement jusqu’à la terminaison de ses travaux.

»La Commission des récompenses nationales est née de cette puissance populaire qui a pris les armes pour la défense de ses lois et de ses libertés. Elle se composa de quelques-uns de ces hommes éprouvés qui formaient le cortège habituel du grand citoyen que les acclamations de Paris avaient mis à la tête de nos légions nationales.

»Quoiqu’instituée par ordonnance royale, la Commission des récompenses ne prit mission que de cette grande autorité populaire qui, à cette époque de confusion et de bouleversement, semblait tenir entre ses mains les destinées de la France.

»C’est dans le sein de cette Commission que furent exhalés les vœux les plus ardents pour des institutions républicaines ; c’est de là qu’ils furent portés au milieu d’une jeunesse exaltée jusqu’au délire et d’une population encore étourdie de son triomphe et de sa gloire.

»Il importait beaucoup de bien mettre en lumière l’origine, la composition et le caractère politique de la Commission des récompenses nationales car ces influences qui échapperont un jour à l’observation, ayant imprégné profondément les travaux de cette commission, il n’est pas sans utilité d’expliquer certains effets par la déduction rigoureuse de leur cause.

»Appelée à constater les droits des citoyens à une récompense nationale, la Commission des récompenses, par le seul fait de cette attribution, se trouva investie d’une influence immense sur cette partie de la population de Paris qui avait pris part à la glorieuse résistance de Juillet.

»Chargée de dispenser la gloire et les honneurs conquis dans les grandes journées, de proposer à des emplois publics, de distribuer des pensions, des secours provisoires et définitifs, la Commission avait entre les mains les moyens d’influence les plus nombreux et les plus puissants pour subjuguer des hommes si disposés, à cette époque, à se laisser aller à tous ces genres de séduction.

»Dans ces travaux de distribution la Commission des récompenses ne pouvait manquer d’obtenir une immense popularité. Elle l’obtint en effet et si puissante qu’elle put un instant espérer de marcher indépendante de l’action du gouvernement lui-même.

»Ces ressources immenses dont la disposition lui était confiée, elle pouvait les faire servir à grouper autour de notre nouveau trône constitutionnel, comme ses défenseurs nés, ces citoyens qui lui étaient acquis par leurs sympathie et par leurs nobles efforts.

»Mais il en fut bien autrement : la Commission suivit infatigablement son impulsion primitive dans le cours de ses travaux. Elle s’occupa môns de l’examen des titres conquis en juillet que de rechercher les opinions conformes à ses idées démocratiques. Ses principes politiques dont elle fit l’application si malheureusement dans l’exercice d’une mission qui ne réclamait que justice rigoureuse l’entraînèrent, à son insu sans doute, à fausser le jugement des hommes qui avaient à passer devant elle, à leur suggérer des défiances et des haines contre le gouvernement qui se constituait, à rallier les mécontents et à encourager les projets hostiles dont on venait se faire un mérite auprès d’elle.

»Elle poussa même l’aveuglement politique jusqu’à laisser sans récompense d’immenses services rendus à la révolution de Juillet par des hommes qui ont eu le tort, irréparable à ses yeux, d’avoir reconstitué l’ordre presque au sein du bouleversement.

»Enfin on eût dit que, préoccupée d’objets d’un autre ordre, la Commission des récompenses ne voyait dans la distribution des honneurs et de la reconnaissance publique qu’un moyen d’influence et d’autorité destiné à servir des desseins d’une tout autre nature.

»Tel est le caractère politique que la Commission des récompenses a imprimé à ses travaux. C’est une œuvre de passion, qui recèle des causes nombreuses d’embarras et de désordres et qui ne peut subsister telle au sein de notre monarchie constitutionnelle.

»Mais suivons un instant dans leurs conséquences les erreurs déplorables dont sont entachés les travaux de la Commission des récompenses.

»Intéressés (jusqu’à la décision qui les concernait) à s’abandonner à la direction politique des membres de cette commission, les hommes de Juillet ne prirent point part à ce beau mouvement national qui salua de tant d’acclamations notre nouvelle royauté constitutionnelle. Ils témoignèrent une défiance insensée contre un gouvernement qui réalisait avec une rapidité prodigieuse les espérances et les vœux qu’ils formaient depuis quinze ans. Complices aveugles mais jamais provocateurs des embarras et des résistances suscités au gouvernement, l’autorité, les rencontrant dans les rangs de ses ennemis, dut les traiter comme tels. Désavoués également dans leurs actes hostiles par l’opinion nationale qui voulait après la lutte le repos intérieur et cette paix générale qui ramène les prospérités, ils descendirent de cette haute position où les avait fait monter leur brillant courage et tombèrent dans un déplorable discrédit.

»Peut-être le gouvernement fut-il trop prompt et trop large surtout dans ses défiances et dans son abandon. Peut-être même y eut-il faute de la part du gouvernement de Juillet à laisser se déconsidérer des hommes qui formaient la partie vivante et responsable de la révolution de Juillet. Plus aveugles que coupables, seulement exaltés et sans idée concertée, ils méritaient à bien des titres l’intérêt, la protection et quelque gratitude d’un gouvernement à la fondation duquel ils avaient tant contribué. Et, sans aucun doute, un intérêt de l’ordre le plus élevé voulait que ce qui avait présidé à la naissance de notre nouvel ordre politique et avait noblement arrosé son baptême restât environné de l’estime et de la vénération de la France.

»En parlant ici des hommes de Juillet il m’est hâte de dire que ceux d’entre eux qui ont cherché à embarrasser la marche du gouvernement étaient en bien faible minorité parmi les citoyens qui ont pris part à la lutte glorieuse des trois journées.

»Tous les efforts de la Commission des récompenses nationales, toutes les séductions dont elle a environné les hommes de Juillet n’ont donc abouti qu’à abuser deux ou trois cents individus dont la voix ne proteste plus aujourd’hui que contre la misère qui les dévore.

»Il est une preuve concluante que je dois rapporter ici du peu de succès qu’ont obtenu les manœuvres de la Commission des récompenses pour tourner contre le gouvernement du roi les opinions des décorés de Juillet.

»Lorsqu’il fut question d’assujettir ces décorés à une prestation de serment, une opposition violente s’éleva dans le sein de cette commission contre cette mesure. Les suggestions d’opposition descendirent, comme de coutume, dans les comités d’arrondissement et furent bientôt répandues parmi tous les décorés.

»Mais mieux informés de la disposition dans laquelle étaient, à cet égard, des citoyens sur lesquels le joug de la commission commençait à moins peser, je les invitai (Journal des débats du 9 mais 1831) à se rendre dans leur mairie respective et à y déclarer s’ils adhéraient ou non à la mesure dont il était question. En quelques jours les trois quarts des décorés avaient répondu à l’appel d’un simple citoyen. Bientôt après une ordonnance régularisa cette mesure, la rendit obligatoire et obtint un acquiescement presque unanime.

»Cette circonstance fort remarquable prouve que le gouvernement s’est lui-même exagéré le nombre des décorés de Juillet qui lui ont fait opposition. Elle donne aussi plus de poids à cette opinion qu’il peut y avoir eu faute de sa part à laisser à la disposition des partis quelques hommes de Juillet qu’il lui importait de conserver purs de tout acte d’hostilité et surtout à faire peser la défiance et la défaveur sur une masse entière de citoyens pour les erreurs de quelques-uns.

»J’ai fait voir que le peu de considération que l’on semble attacher aujourd’hui à la Croix de Juillet, que le délaissement et la défaveur dont sont frappés les citoyens qui en sont décorés doivent être attribués à la manière dont les travaux de la Commission des récompenses ont été dirigés et exécutés.

»Permettez-moi, monsieur le ministre, de vous soumettre les divers moyens que je crois propres à prévenir les conséquences fâcheuses dont les travaux de la Commission des récompenses ont doté notre avenir politique et à faire rentrer tous les actes émanés de cette commission dans le vrai caractère de la révolution de Juillet.

»1. Le gouvernement du roi ne peut s’appuyer sur des hommes plus intéressés à l’affermir que les décorés de Juillet.

»2. Pour lui être dévoués, il n’a besoin que de leur tendre une main protectrice, de leur restituer une confiance et une considération qu’ils n’ont point mérité de perdre.

»3. Si la décoration spéciale que des orateurs sans mission à cet égard ont demandée pour les héros de Juillet contrairement à leurs vœux publiquement manifestés est en même temps une cause d’humiliation et de ressentiment pour l’armée dont les armes se sont abaissées devant la volonté nationale, de dissentiment d’aversions parmi des citoyens, il importe que la pensée de la commission de la Chambre des députés chargée d’examiner le projet de loi sur les récompenses nationales soit prise en considération.

»4. Si m’application des principes politiques de la Commission des récompenses nationales lui a fait manquer parfois à la plus rigoureuse équité en omettant des noms qui méritaient d’être inscrits les premiers sur la liste des décorés, cette partialité doit aussi recevoir réparation.

»5. La profusion avec laquelle la médaille a été jetée à des individus sans titres pour la décoration spéciale et à tous les blessés indistinctement, qu’ils eussent pris part ou non à la résistance de Juillet, ne permet pas que les décorés de la croix continuent d’être confondus avec les citoyens qui ont reçu la médaille. Cette confusion parmi des hommes dont les titres sont si différents déconsidère la décoration spéciale

»Les faits et les considérations qui précèdent m’ont conduit à penser, monsieur le ministre, que les mesures suivantes seraient propres à réparer les erreurs commise par la Commission des récompenses nationales, à conjurer les maux dont ces erreurs pourraient troubler notre avenir politique et à réaliser tout le bien que la France a dû se promettre de l’accomplissement du grand acte de munificence dont elle a voulu honorer la révolution de Juillet :

»1. Une ordonnance du roi, modifiant l’article 3 de l’ordonnance du 30 avril en ce qui concerne la disposition du ruban de la Croix de Juillet portera que le ruban de cette croix sera semblable à celui de la Légion d’honneur.

»2. Une ordonnance du roi affectera une pension viagère égale à celle de la Légion honneur à ceux des décorés de Juillet qui ont pris part au combat, les armes à la main.

»3. Les douze maires de Paris, assistés d’un nombre égal de décorés de Juillet, sous la présidence du préfet de la Seine, seront constitués en Commission des récompenses nationales. Cette commission dressera la liste de ceux des décorés de Juillet qui devront être appelés au bénéfice de l’ordonnance qui conférera la pension. Elle offrira la Croix de Juillet à celui qui en accepta tous les périls, à son défenseur-né, au roi des Français. Elle proposera ensuite pour cette décoration : le président du tribunal civil de la Seine, M. de Belleyme ; les commissaires et commandants de l’expédition de Rambouillet, MM. Comte Maison, Exelmans, Jacqueminot et Georges Lafayette ; les députés et les pairs de France qui ont voté pour la révision de la Charte et pour une nouvelle dynastie ; les premiers ministres du roi Louis-Philippe, Dupont, Gérard, Broglie, Guizot, Louis, Molé, Sebastiani.

»4. Ces promotions cloront la liste des décorés de la Croix de Juillet qui sera arrêtée invariablement au nombre de…

»5. Il ne sera point dérogé aux dispositions de l’ordonnance du 13 mai concernant la médaille de Juillet, qui pourra continuer d’être portée suspendue à un ruban tricolore. »

Le maître des requêtes, chef de la division des gardes nationales et des affaires militaires auprès du ministre de l’Intérieur, Imbert, donna à son ministre l’avis suivant sur la suite qui devait être apportée aux propositions de Huet : « Je crois qu’en présentant son Mémoire, M. Huet a fait acte de bon citoyen. Ses idées ont de l’élévation et sont exprimées dans un style fort remarquable. Toutefois mon opinion est que la mesure qu’il indique, loin d’atteindre au but louable qu’il s’en promet, ne ferait que réveiller les passions. Par ce motif, j’ai l’honneur de vous proposer, monsieur le président, de ne donner à ce Mémoire aucune autre suite qu’une lettre par laquelle je ferai connaître à M. Huet que vous l’avez lu avec beaucoup d’intérêt. » Il fut l’un des médecins de l’hôpital des cholériques en 1832. Il fut nommé chevalier de la Légion d’honneur, le 17 octobre 1832. Il fut nommé médecins des prisons de la Seine, le 1er mars 1836. En 1862, protégé par le général Fleury, premier écuyer et aide de camp de Napoléon III, il fut compris dans les listes de propositions pour la croix d’officier de la Légion d’honneur. Témoin, cette lettre du général Fleury au chef du cabinet du ministre de l’Intérieur : « […] Vous penserez, je l’espère, comme moi qu’il est tout à fait digne d’être élevé à la dignité d’officier de l’ordre. Je vous serai très reconnaissant si vous voulez bien parler de lui de ma part au ministre et je serai très heureux s’il pouvait être compris parmi les promotions du 15 août. Pardonnez-moi si j’insiste aussi vivement mais j’ai connu le docteur Huet toute ma vie et je regarderais comme une grâce personnelle de le voir proposer. Permettez-moi donc de compter sur votre obligeance habituelle et croyez etc. » En date du 10 août 1862, le préfet de police adressait pourtant la mise en garde suivante au ministre de l’Intérieur : « Votre Excellence m’a fait l’honneur de m’écrire pour me demander mon opinion sur la valeur de la candidature de M. Huet, médecin des prisons de la Seine, à la croix d’officier de la Légion d’honneur. Je reconnais, monsieur le ministre, que M. Huet est un homme dont l’honorabilité est parfaite ; qu’il apporte dans l’accomplissement de ses devoirs un zèle et un dévouement dignes d’éloges, en donnant aux jeunes détenus des soins tout paternels. Mais je dois faire observer à Votre Excellence qu’au point de vue des services administratifs et au point de vue scientifique et médical, M. Huet ne me paraît nullement en position d’être présenté pour une distinction aussi importante que celle dont il s’agit. D’un autre côté, ce fonctionnaire ne se trouve pas hiérarchiquement placé de manière à permettre à mon administration de prendre en sa faveur l’initiative d’une mesure de ce genre. Si toutefois Votre Excellence avait des raisons particulières de désigner M. Huet pour cette distinction, je ne pourrais, je le répète, que témoigner en faveur de la parfaite honorabilité de ce praticien. » Huet fut nommé officier de la Légion d’honneur, le 14 août 1862. Il mourut le 31 janvier 1877 à Coutances (Manche). Il avait épousé Genouin, Eugénie, Augustine. Il avait déposé en 1827 un brevet d’invention de cinq ans pour un appareil de bains de vapeur transportable. Huet demeurait 8, rue de Provence en 1827-1835 ; 1, rue Laffitte en 1862 ; 13, rue de l’Amiral-Lhermitte à Coutances en 1877. Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la Croix de Juillet, instituée par la loi du 13 décembre 1830 sur les récompenses nationales, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la Croix de Juillet, instituée par la loi du 13 décembre 1830, sur les récompenses nationales, Le Moniteur universel, 2 mai 1831 ; Archives de Paris VD6 3, liste des décorés de la Croix de Juillet du (ancien) IIe arrondissement ; Archives de Paris VD4 11 pièce 3161 Liste des médecins et chirurgiens, docteurs en médecine et en chirurgie, officiers de santé et sages-femmes qui ont fait enregistrer leurs titres aux secrétariats de la préfecture de la Seine et des deux sous-préfectures du département de la Seine, jusquau 31 mai 1833 ; Archives de Paris VK3 29, séance du 21 avril 1831, dans laquelle il demande que l’ajournement pris contre Courties, Pierre, Eslien (voir ce nom) fût levé ; Archives nationales F/1dIII/33 droit des membres de la Commission à la décoration de Juillet ; Archives nationales F/1dIII/34, Commission des récompenses nationales, état des sommes payées en dépenses diverses pour le compte de cette commission, du 8 octobre 1830 au 31 octobre 1831 par la mairie du (ancien) IIe arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/39 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens qui ont mérité la décoration spéciale, (ancien) IIe arrondissement ; Archives nationales F/9/1154, récompenses de Juillet 1831-1832 ; Archives nationales F/15/2557-2559, état nominatif des membres de la Commission des récompenses nationales et des membres des jurys ; Archives nationales F/1dIV/H/3 récompenses honorifiques (sous le nom de Huet-Desprez) ; Archives nationales LH/1319/33 ; Le Constitutionnel, 7 mai 1831 ; Mes Mémoires, Alexandre Dumas, huitième série, nouvelle édition, Paris chez Lévy frères, 1869, pp. 162-166 ; Bulletin des lois n° 156, année 1827, 8e série, p. 401 ; base leonore de la Légion d’honneur, dossier LH/1319/33.

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