Huguenin, Adam, Guillaume, Pascal
Biographie
Né le 15 août 1789 à Erripaut (??) (Hérault), d’un père républicain, précisa-t-il. Il fut incorporé en 1810 dans le 37e de ligne, en 1813 dans la jeune garde de l’Empire, devenu maître menuisier. Il déposa un dossier devant la Commission des récompenses nationales instituée après la Révolution de Février, afin d’obtenir la décoration de la Légion d’honneur, une pension ou une place de concierge ou de garde quelconque dans une des propriétés nationales, et une somme d’argent dont il avait bien besoin pour le moment pour élever sa famille, parce qu’il se trouvait entièrement ruiné. Il donnait de nombreuses indications sur sa participation à la révolution de Juillet, à l’émeute de juin 1832 et à la Révolution de Février. Sur la révolution de Juillet, il relatait ainsi sa participation aux combats : « […] A l’honneur de vous exposer que, le 27 juillet 1830, se trouvant à faire sa tournée au quartier du Mail, chez ses pratiques, principalement chez M. Ternaux, député, s’aperçut que des attroupements s’organisaient dans divers endroits de la ville ; il se vit forcé pour la sûreté générale de prendre les armes, qu’il avait conservées à la suite du licenciement de la garde nationale, dont il faisait partie, et se rendit au poste des Petits-Pères. Dans cette journée, il n’en fit point usage. Le lendemain 28 à 6 heures du matin, il y rencontra une autre personne, à qui il demanda si le télégraphe était encore en exercice ; un porteur d’eau, qui se trouva là, écoutant la conversation, répondit que oui. S’en étant assuré par lui-même, il se transporta chez le Suisse des Petits-Pères pour s’informer où était l’entrée du télégraphe et du clocher. Le gardien, le sieur Chéner, ne balança point à lui enseigner la direction des lieux. Le sieur Pascal fit couper les chaînes du télégraphe et fit en même temps sonner le tocsin ; il y posta quatre hommes qui lui étaient dévoués pour le service de la cloche et s’empressa ensuite de descendre sur la place pour y inviter tous les citoyens qui y étaient armés à le seconder en cas de besoin. Il fit ouvrir la port du numéro 9 et fit entrer quinze hommes armés, qu’il fit placer en embuscade, partie du manuscrit brûlée chef d’atelier, y fut laissé pour partie du manuscrit brûlée. De là, le sieur Pascal se dirigea sur la place des Victoires, où il se trouva également une terrasse favorable à son plan de défense. Il entra dans la maison et y plaça également quinze autre hommes armés. Il fit mettre les armes couchées sur les terrasses et les fit approvisionner en même temps d’une grande quantité de pavés pour répondre aux assiégeants en cas d’attaques. Vers midi, voyant que personne ne se présentait il abandonna ces postes, prit avec lui ses trente homme et son chef d’atelier, qu’il fit son lieutenant, et se dirigea sur le palais du Louvre et la rue Saint-Honoré. Ses gens s’étant dispersés dans la foule, ledit Pascal se trouva seul au coin de la rue Croix-des-Petits-Champs. Il s’y trouvait une diligence, qui barrait la rue Saint-Honoré. Il s’y plaça derrière, en embuscade, pour observer les assaillants. Là, il fut atteint au moment de tirer son coup de fusil sur eux par une balle morte au coude du bras droit ; mais, bravant la douleur, il marcha aux Tuileries entra par la porte de la chapelle, en demandant si quelqu’un pouvait répondre du poste. On lui dit que oui. Cette demande fut faite à un jeune homme de l’Ecole polytechnique à qui il offrit ses services. Au même instant, une balle, traversant les carreaux des vitres de la porte rasa leurs deux figures. Le sieur Pascal, continuant ses investigations dans la conciergerie, pria le concierge de faire distribuer du vin, afin d’éviter la cohue populaire qui affluait dans les caves, pour qu’il y eut le moins de dégâts possible. De là, aidé de quatre hommes dévoués des faubourgs il s’empara de la grille principale, pour visiter toutes les personnes qui sortaient du palais, ce qui fut exécuté avec la plus scrupuleuse attention, pour s’assurer si elles ne portaient rien avec elles d’effets appartenant au château. Avec ces précautions, il fut rendu une très grande quantité d’objets qui avaient été pris et déposés à la conciergerie. Après une heure passée dans ces pénibles foncions, on vint lui dire qu’il était inutile de continuer plus longtemps que les croisées de madame la duchesse de Berry avaient été ouvertes et que l’on jetait dans la rue de Rivoli tous les meubles et effets qui s’y trouvaient. Contraint d’abandonner son poste, il fit partie du manuscrit brûlée avec des cordes et se retira partie du manuscrit brûlée, qui avait aussi amené avec lui un soldat suisse qu’il avait fait prisonnier. Pendant la nuit, ledit sieur Pascal fit ramasser huit cadavres d’hommes tués la veille dans les rues et les fit transporter sur les marches de la porte de l’église des Petits-Pères. Le maire donna ordre de les mettre dans une charrette prise aux Messageries, pour les aller déposer à la morgue. Mais le sieur Pascal ne pouvant pas pénétrer plus loin qu’à la rue Saint-Honoré par les feux croisés des deux partis qui l’en empêchaient, les fit verser dans la rue, à côté d’autres cadavres qui s’y trouvaient. Le lendemain 29 (donc après l’envahissement des Tuileries, problème...), il rallia trente autres hommes de la garde nationale et leur demanda leur avis en conseil sur l’utilité de s’emparer du poste de la Banque de France, vu l’importance du lieu et de ce qu’il renfermait. A l’unanimité, on décida qu’il serait pris. Sur-le-champ, on se transporta à la porte cochère de la Caisse d’épargne. Là, on détachant un parlementaire au poste de la troupe de ligne qui y faisait le service pour le sommer de rendre les armes. Il promit de ne point tirer sur le peuple mais ils ne rendaient point les armes. Dix minutes après un général que l’on dit être le commandant de la place, accompagné de deux bataillons de la ligne, l’un du 5e régiment et l’autre du 53e, ainsi qu’un escadron de gendarmes d’élite et un escadron de gendarmes de Paris fit défiler la cavalerie par la place des Victoires et l’infanterie par la rue Croix-des-Petits-Champs. Celle-ci fit halte et tira en l’air, déchargeant ses armes par peloton, ainsi qu’elle l’avait promis. De là, elle se dirigea par la rue Coquillière, dans la rue Montmartre. Ledit sieur Pascal, voyant qu’il était en force par le nombre, fut de nouveau sur le poste de la Banque, qu’ils désarmèrent et conduisirent les soldats à la mairie du (ancien) IIIe arrondissement. Le soir venu du 29, le bruit courut que le général Lafayette passerait la revue de tous les braves citoyens qui s’étaient dévoués à la cause de la liberté. Place de Grève, le dit sieur Pascal, escorté de tout son monde, s’y transporta. Après la revue, retourna à son poste, d’où il fit dire à sa femme d’être sans inquiétude sur son compte. Il fit ensuite le reste du service pour la nuit du 30 au matin se trouvant avec sa compagnie brûlée […sans doute vers le 4 août] Il partit avec la masse et, au lieu d’aller à Saint-Cloud, il fut à Rambouillet. Réunissant neuf de ses compagnons d’armes à Versailles, il se présenta dans une auberge, demandant à manger pour lui et les siens en payant. On lui répondit qu’il n’y avait rien à manger ni à boire. S’informant à l’aubergiste de la demeure du maire de la ville, il lui fut répondu qu’il était tout près de là. On l’envoya chercher. M. le maire se hâta d’accourir et le sieur Pascal le pria de lui faire donner ce qui leur était nécessaire pour leurs besoins. L’ordre en fut donné sur-le-champ. Après avoir satisfait modérément à leurs besoins, lui et ses gens, il paya et se mirent en marche pour Rambouillet. Arrivé à Saint-Cyr, il se transporta avec quinze homme à l’école, où il put s’informer s’il n’existait pas quelques armes. On lui dit que non. Il s’en assura lui-même. Il ne trouva qu’un grand nombre de crosses cassées ainsi que des canons de fusil goudronnés. Il se fit donner les clés de toutes les chambres de l’école pour s’éclaircir de la vérité et rassurer son monde, en faisant voir qu’il n’y avait rien qui pût donner de soupçons. Il fit circuler ses compagnons avec lui dans les appartements en observant la plus exacte discipline. On sortit rassurés, pour se diriger toujours sur Rambouillet, où ils firent partie du camp. Le lendemain 31 juillet à la Diane, le sieur Pascal, réunissant son monde, marcha en tête de la colonne, sur les portes de Rambouillet. Rendus là, un général se présenta à la porte de la ville et s’exprima en ces termes : Mes enfants, tout est à votre disposition, tout est rendu. Le sieur Pascal, croyant à la vérité des paroles de ce général, se retourna du côté de sa troupe et lui dit à haute voix qu’il était inutile d’entrer dans la ville et, toujours pour éviter des désordres qui, dans une révolution, sont les compagnons des troubles civils fit faire demi-tour et prit la route de Paris. Route faisant, à 7 heurs du matin, on fit halte dans un petit village. En tête de ce village est le logement du curé de l’endroit, où ils réclamèrent des rafraîchissements, qu’ils obtinrent. Ils repartirent aussitôt fort tranquillement pour la partie du manuscrit brûlée la place de Grève partie du manuscrit brûlée d’où après cela chacun se retira dans son domicile respectif au sein de sa famille. » Il agrémentait sa signature des trois points maçonniques. Il était porteur de plusieurs certificats. Le premier certificat, ainsi rédigé : « Le concierge du château reconnaît en effet le sieur Pascal comme l’un des assaillants du château, qui s’est opposé le plus aux désordres et le fait de la distribution de vin au-dehors pour faire évacuer le plus vite possible le local de la conciergerie ne saurait être mis en doute puisque c’est M. Julien, l’aide-concierge, qui, sur les demandes du sieur Pascal, a fait venir deux brocs de vin de chez le marchand d vins du coin, qui lui en a fourni et en répéta le montant. » Signé, le 18 août 1830 : Lecomte. Le deuxième certificat, ainsi rédigé : « M. Chneider, Suisse des Petits-Pères, affirme que le sieur Pascal lui a demandé l’entrée du clocher le 28 juillet 1830. » Suivait la signature de Ducrocq, garde national, qui certifiait les faits. Le troisième certificat, ainsi rédigé : « J’étais à cinquante lieues de Paris lorsque j’appris les ordonnances du 25 juillet. Je ne suis rentré que le vendredi 28 au matin (!!! le 28 c’est mercredi !!), de sorte que je n’ai pas été témoin des faits dont il est parlé dans la pétition ; d’après tous les renseignements que j’ai eus, M. Pascal Huguenin s’est comporté avec un zèle et une bravoure qui doivent attirer sur lui les plus flatteuses récompenses. » Signé, le 22 août 1830 : Ternaux, G., L. Ducrocq Egot frères et Hardy signèrent aussi des certificats. Compain et Leullier attestèrent le contenu de la pétition d’ Huguenin et Patreau, attesta qu’Huguenin était bien venu placer des hommes sur sa terrasse. Dans ce même dossier, il expliquait qu’il avait aussi participé au soulèvement à Lyon en 1831 et avait été arrêté sur la place de l’Hôtel-de-Ville et écroué à Villefranche, peu de temps assurait-il, du fait de l’influence de ses parents et amis. De même en juin 1832 ; grenadier au 3e bataillon de la IIIe légion de la garde nationale, il était dans les rangs de sa compagnie « lorsque arrivé à la Bastille pour suivre le canal et rejoindre le pont d’Austerlitz, la police et la troupe voulurent nous empêcher de passer, nous et la foule. […] Je vis jeter deux agents dans le canal. Je m’aperçus tout de suite de la tournure que ça prenait. Je quittais les rangs de ma compagnie et courut au faubourg Saint-Antoine faire un appel aux patriotes et alors je fis comme toujours, je me battis pour nos droits et la liberté. Je fus blessé de nouveau ce qui me fit un tort considérable, ne pouvant surveiller moi-même mes affaires […]. » Ses blessures étaient attestées, par un certificat en date du 28 mai 1833, délivré par Boutin, chirurgien-major de la IIIe légion de la garde nationale. Huguenin était porteur du certificat suivant : « Je, soussigné, Charlemagne Ducrocq, épicier, propriétaire, grenadier de la IIIe légion, compagnie Dupuget, certifie que le nommé Huguenin, Pascal, menuisier, rue des Vieux-Augustins n° 21, grenadier de la même compagnie, a été blessé étant de service le 5 et 6 juin 1832, ce qui l’a privé de travailler pendant longtemps et qu’il en souffre encore douloureusement. » Signé, le 28 mai 1833 : Ducrocq, grenadier, demeurant 2, rue du Petit-Reposoir ; Dufort, demeurant 26, rue des Vieux-Augustins ; Chalbosse, grenadier de la même compagnie, demeurant 2, rue Pagevin ; Drouen, grenadier de la même compagnie, demeurant 5, rue Pagevin ; Barthélemy, grenadier ; Tirard, officier de la 1re compagnie de chasseurs, demeurant 16, rue des Vieux-Augustins ; Ducrocq, Egot, marchand linger, grenadier, demeurant 1, rue du Petit-Reposoir ; de Puget, L., capitaine de grenadiers ; Delbergue, sergent-major ; Hardy, demeurant 41, rue des Vieux-Augustins. Sur la Révolution de Février, il donnait, le 18 mars 1848, le récit suivant : « Le 22 février, je me rendis pour assister au banquet qui devait avoir lieu ce jour-là. Arrivé à la Madeleine, j’appris qu’il n’aurait pas lieu. Je restai comme spectateur pour voir ce qui arriverait. Il ne se fit rien de remarquable. Le lendemain 23, je me rendis dans l’intérieur de Paris. J’arrivais au Pont-Neuf, au moment où la députation de la IVe légion ainsi que les élèves de l’Ecole polytechnique se rendaient à la Chambre des députés, pour déposer une pétition. Je me joignis à eux. Arrivés au milieu du pont de la Concorde, l’on nous fit faire halte par ordre supérieur, trois personnes sortirent de la Chambre des députés et revinrent sur les marches, en nous criant de loin Bravo ! à plusieurs reprises ; un grenadier, qui était de service ce jour-là, nous exprima le regret de ce que c’était leur compagnie qui était forcé de nous empêcher de faire notre manifestation. Ensuite un député est venu lui-même rapporter la réponse à notre pétition, en nous priant de nous retirer. Un général est venu se présenter à nous avec un piquet de troupe, en nous demandant ce que nous voulions. Nous lui répondîmes que nous venions d’apporter une pétition et non pas troubler le repos public. Ce général nous répondit que nous ferions mieux de rester chez nous, qu’il pourrait bien nous arriver quelque chose de plus grave que nous ne pensions et il partie du manuscrit brûlée de nous retirer. Et alors nous nous retirâmes. Je quittais la députation et, traversais la place de la Concorde, qui se trouvait occupée par les dragons, cuirassiers, chasseurs de Vincennes et troupes de ligne. De là, je me rendis au Carrousel, qui était également garni de troupes plus une batterie d’artillerie. Je longeais les quais jusqu’à la rue Sainte-Avoye, que je prenais ainsi que la rue Saint-Martin jusqu’au boulevard. Je revins à la maison en suivant les boulevards. Je ne vis que du monde occupé à faire des barricades, auquel je donnais un coup de main, et de la troupe partout. Le lendemain 24, ayant entendu parler du meurtre qui avait été commis sur nos frères la nuit du 23 au 24, je pris mes armes et allais jusqu’au ministère des Affaires étrangères, où je vis deux gardes municipaux arrivant au grand trot. Comme nous murmurions de la manière brutale avec laquelle ils nous bousculaient, ils nous firent des gestes provocateurs, qui m’indignèrent. Je m’en plaignais à deux personnes employées au ministère, qui m’approuvèrent et leur firent des reproches, en leur disant que par leurs bravades ils mettaient la vie d’une masse de monde en danger. Je poursuivais ma route jusqu’à la porte Saint-Martin, où je rencontrais le général Lamoricière, qui nous dit que tout était fini, que M. Odilon-Barrot allait nous constituer un nouveau ministère. Nous l’aidâmes à franchir les barricades et le conduisîmes lui et l’état-major jusqu’à la place Vendôme, où nous le quittâmes pour nous rendre en masse à la mairie du (ancien) Ier arrondissement. Arrivés à la Madeleine, nous rencontrâmes M. Odilon-Barrot. Nous nous mîmes à l’accompagner en suivant les boulevards et en l’aidant à franchir les barricades qui se trouvaient sur notre chemin. Même je m’adressais partie du manuscrit brûlée ou un fauteuil car dans les démonstrations amicales dont il était l’objet on l’étouffait. Nous allâmes jusqu’à la porte Saint-Martin, où M. Odilon-Barrot monta sur une barricade et nous fit un discours. De là, nous le reconduisîmes chez lui. En revenant, l’on nous amena un cheval sur lequel nous le fîmes monter. Arrivé chez lui, il se mit à sa fenêtre, où il nous fit un discours, ainsi que M. Garnier-Pagès, en nous recommandant l’ordre et la tranquillité. En les quittant, nous nous rendîmes à la mairie pour avoir des armes pour plus de sûreté. Là, on nous répondit qu’il n’y en avait pas. Nous nous adressâmes à plusieurs élèves de l’Ecole polytechnique qui étaient là, qui nous renouvelèrent qu’il n’y avait plus rien, que tout était fini, lorsque arriva un monsieur fort bien mis, tout en sueur, qui nous dit que l’on se battait au Palais-Royal. Nous partîmes en masse et même je forçais quelques gardes nationaux ainsi que des élèves à nous suivre. Nous arrivâmes à la place du Palais-Royal, en ayant suivi la rue Saint-Honoré. En arrivant sur la place, nous nous élançâmes moi et mes camarades sur le poste. Je vis alors dans le ruisseau qui est devant le marchand de vin qui fait le coin de la rue de Chartres un cheval tué, que je pense être celui d’un chef, ainsi que deux hommes tués un peu plus loin. Là, étant armés, je fis mon devoir. Je me battis mais voyant qu’ils y mettaient trop de résistance, je proposais à mes camarades de mettre le feu devant la porte pour les obstruer de fumée. Nous nous rendîmes aux écuries, qui sont rue de Chartres, d’où nous apportâmes de la paille à laquelle nous mîmes le feu. Mais ne faisant pas l’effet que nous attendions, nous allâmes chercher des voitures de l’ex-roi, que nous avons emplies de paille et auxquelles nous mîmes le feu, qui s’étendit jusque dans le poste. Voyant cela, ils voulurent sortir. Je m’élançais sur le poste. Ce fut alors que le caporal, qui sortit le premier, se sauvant le premier, fut frappé d’une balle qui l’atteignit dans le ventre, à deux pas de moi. Le sang en rejaillissant, en emplit ma blouse. Immédiatement, le sergent voulut fuir aussi par la rue Saint-Thomas-du-Louvre, fut frappé aussi d’une balle au côté, à côté de moi par un de nos combattants, qui le tua à bout portant. Il fut tué quatre hommes sur la place et quatre autres qui furent brûlés. Une fois maîtres du poste, nous nous rendîmes dans la cour du Palais-Royal au poste de gauche de la grille je me présentais à la porte, qui nous fut ouverte par le chef du poste, qui nous rendit ses armes, lui et ses soldats. Nous nous sommes empressés de les reconduire nous-mêmes à leur caserne, rue de la Pépinière, en fraternisant avec eux et criant Vive la ligne ! pour les protéger. Avant de les quitter, nous avons bu avec eux pour leur prouver que nous les estimions. La caserne était gardée par la garde nationale, à qui nous confiâmes nos prisonniers, que l’on fit entrer et il nous fut impossible de les revoir, ce qui me fit de la peine car j’aurais voulu revoir celui que j’avais amené. A force d’insister, je parvins à entrer mais je ne pus le voir, il n’était plus là. Je me rendis aux Tuileries. Chemin faisant, je partie du manuscrit brûlée un cuirassier tout armé, à cheval, qui courait au galop. Nous le sommâmes de se rendre, ce qu’il fit sans résistance. Je le désarmais et le laissais continuer son chemin puisqu’il était désarmé. Je donnais les armes à mes camarades et ne conservais que la cuirasse, que j’ai rendu à la mairie du (ancien) Ier arrondissement. Après cela, je suis rentré chez moi pour changer de linge car le mien était plein de sang. De là, je m’en retournais immédiatement après avoir mangé un morceau de pain. Je me dirigeais vers le Palais-Royal et les Tuileries pour voir s’il n’y avait plus rien. En mon chemin, je rencontrais deux commissionnaires qui portaient une victime, qui avait été reconnue par son fils. Je m’adressais à ces deux commissionnaires pour savoir qui c’était. Ils ne voulurent pas me le dire. Je me permis de découvrir la tête de la victime. J’avertis les commissionnaires qu’ils ne pourraient pas aller loin. Au même instant, je vis un chariot d’ambulance, dans quoi nous mîmes les cadavres. Après cela, j’ai parcouru Paris dans une grande distance. Je ne vis que joie et gaîté. Alors, je me retirais chez moi, pour prendre du repos, dont j’avais bien besoin. » Lanielle, demeurant 19, rue des Ecuries-d’Artois, certifiait, pour avoir été présent avec lui toute la journée du 24, les faits avancés par Huguenin ; ne sachant pas écrire, ce fut le commissaire de police du quartier des Champs-Elysées qui recueillit sa déposition. Dilschneider, chasseur à la 1re compagnie du 3e bataillon de la Ire légion de la garde nationale, demeurant 24, cité Bergère, attestait, pour avoir été de garde à l’entrée de la caserne de la Pépinière le 24 février, les faits avancés par Huguenin. Sa demande fut rejetée par la Commission. Il était marié, père de deux enfants et grand-père de quatre petits-enfants en 1848. Il demeurait 13, rue Soly en 1830 ; 21, rue des Vieux-Augustins en 1832 ; 51, rue des Ecuries-d’Artois puis 51, rue de la Réforme en 1848. Archives de la préfecture de police AA 393.