Huguier, Pierre, Charles
Biographie
Né le 18 novembre 1804 (parfois le 19 septembre 1804 in Archives nationales F/1dIV/H/3) à Sézanne (Marne). Il fut nommé chevalier de la Légion d’honneur, le 25 avril 1847. Il déposa un dossier devant la Commission des récompenses nationales instituée après la Révolution de Février, et qui laisse quelques indications sur sa participation à la révolution de Juillet. Il sollicitait en effet, en 1848, le poste de professeur d’anatomie à l’Ecole des Beaux-Arts. La Commission, en date du 1er mai 1848, fit le rapport suivant sur son compte : « La Commission des récompenses nationales ayant, d’après le témoignage d’un grand nombre de blessés de Février, acquis la certitude que le docteur Huguier, aujourd’hui chirurgien de l’hôpital Beaujon, leur avait le premier prodigué ses soins avec un zèle et un dévouement éminemment exemplaires, croit de son devoir de recommander ce digne citoyen à la bienveillance du gouvernement. La Commission estime que le docteur Huguier a des droits incontestables à obtenir sous la république une de ces positions rétribuées dans lesquelles l’homme qui a fait vœu de consacrer sa vie au soulagement de ses semblables peut se livrer avec plus de sécurité et par conséquent avec plus de succès aux études et aux travaux dont les résultats sont tous des bienfaits pour l’humanité. Il n’appartient pas à la Commission de se faire juge des services rendus à la science par le docteur Huguier ; mais elle ne peut se dispenser de rappeler au citoyen ministre que ces services ont été appréciés par les hommes les plus compétents, en même temps qu’elle lui fera remarquer que dans une demande en quelque sorte provoquée par elle-même, le citoyen Huguier les énumère avec une modestie bien rare à cette époque où trop de gens ont habitude de se vanter même de ce qu’ils n’ont pas fait. Le docteur Huguier, aujourd’hui membre de l’Académie de médecine, appartient à l’administration des hôpitaux depuis vingt-deux ans. Pendant dix-huit ans, il a fait constamment des cours publics et gratuits que la jeunesse studieuse des Ecoles suivait avec un remarquable empressement. Appelé ou successivement ou simultanément à des fonctions toujours pénibles souvent périlleuses, il n’a jamais été salarié. Toute sa vie a été une suite d’intelligents labeurs et une carrière de désintéressements. Avec ses lumières et son caractère, le citoyen Huguier devait nécessairement unir au patriotisme le plus pur des opinions politiques très avancées, l’ennemi de tout gouvernement qui entravait la marche des idées ; il lui tardait de voir expirer la Restauration, aussi le 28 juillet 1830, arbora-t-il le premier le drapeau tricolore sur le clocher de l’hôpital Saint-Louis, où il était interne. Il se mit alors avec le professeur Gerdy à la tête du service chirurgical organisé dans cet établissement pour les blessés. Chargé en 1833 du service médical affecté aux cholériques, le docteur Huguier s’en acquitta avec un zèle admirable. On ne put s’empêcher de signaler son courage et son activité durant la fatale période où l’épidémie sévissant le plus cruellement et il y eut promesse de l’en récompenser mais le danger passé on oublia bien vite tout ce qu’il avait fait pour l’humanité dans cette triste circonstance. La France était alors sous la monarchie, sous la République on aura sans doute plus de mémoire et surtout moins d’ingratitude. Le citoyen Huguier avait été un de ces étudiants sérieux qui se vouait avec ardeur à l’investigation aussi, après avoir conquis tous ses grades dans le moins de temps possible, dût-il à la justice des concours d’être admis parmi les auxiliaires du haut enseignement. Elève de l’Ecole pratique en 1828, doublement, triplement lauréat en 1829 à l’Ecole de médecine, l’année suivante il obtint le premier prix des hôpitaux (médaille d’or) et est nommé aide d’anatomie à la faculté. En 1833, il devint prosecteur. L’année d’auparavant il avait été désigné par le conseil des hôpitaux à l’hospice des Incurables pour remplacer le docteur François, atteint par le fléau. En 1835, il devient professeur agrégé et en 1836 est nommé au concours chirurgien des hôpitaux et hospices civils de Paris. Le docteur Huguier a concouru en outre deux fois pour le professorat à la faculté, une fois pour la chaire de médecine opératoire et une fois pour celle de clinique chirurgicale. Le 21 mars 1848, le docteur Huguier a été élu membre de l’Académie nationale de médecine, distinction bien méritée puisqu’elle n’était due qu’à l’importance de ses travaux en médecine, en chirurgie, en anatomie pathologique, en anatomie proprement dite et en physiologie. A beaucoup d’égards, le docteur Huguier peut être considéré comme un des continuateurs de l’illustre Bichat. Son nom se rattache à plusieurs découvertes du plus haut intérêt pour la science. Il a fait partie du manuscrit brûlée médico-chirurgicale, de médecine opératoire et de clinique chirurgicale. Enfin le docteur Huguier, bien qu’il n’ait jamais cherché à se mettre en évidence, jouit d’une réputation légitimement acquise d’habile praticien et de savant infatigable. Il a publié une foule de mémoires et d’observations, qui le classent honorablement parmi les notabilités du corps médical. La Commission des récompenses nationales est donc bien convaincue qu’en proposant le docteur Huguier pour la place de professeur d’anatomie en ce moment vacante à l’Ecole des Beaux-Arts, elle indique avec sûreté au citoyen ministre le meilleur choix à faire parmi tous les membres de la faculté. Les titres scientifiques viennent d’être suffisamment exposés ; quant aux titres politiques et humanitaires, la Commission les a déjà indiqués en partie ; et pour achever de motiver la proposition qu’elle fait en ce moment elle se bornera à rappeler ce qui est du reste de notoriété publique, que dans la nuit du 23 février dernier le docteur Huguier n’hésita pas à traverser les lieux ensanglantés par les premiers combats pour se rendre à l’hôpital Beaujon, où il arriva avec un nombreux cortège de blessés. Plusieurs rapports adressés soit à l’état-major de la garde nationale soit au gouvernement provisoire font connaître dans le plus grand détail tout ce que le brave docteur Huguier déploya alors de zèle et de touchante sollicitude pour obtenir la prompte guérison des citoyens tombés sous les balles des sicaires de Louis-Philippe. La Commission espère que le citoyen ministre prendra en considération cette recommandation, dictée par un sentiment de pure justice, et elle ne doute pas qu’une favorable décision de sa part ne vienne bientôt ajouter la rémunération officielle à la réalité des services rendus à l’humanité et à la patrie. » Huguier fut proposé par la Commission pour recevoir le signe honorifique qui devait perpétuer la mémoire de la Révolution de Février mais qui ne fut jamais institué. En mai 1854, Huguier fit paraître chez Plon frères, un Exposé des titres de M. Huguier à la place vacante à la faculté de médecine de Paris, et, en novembre 1867, il fit paraître chez Martinet, un Exposé des titres de M. Huguier à la place vacante à l’Académie des sciences (Institut), section de médecine et de chirurgie. En 1868, chirurgien consultant de Napoléon III depuis 1866 et professeur à l’Ecole impériale des Beaux-Arts depuis 1860, il était proposé par le président de l’Académie de médecine pour le grade d’officier de la Légion d’honneur. Les renseignements de police pris sur son compte précisaient qu’ils lui étaient « favorables sous tous les rapports » et qu’on le disait « dévoué au gouvernement impérial ». L’état-major de la garde nationale donnait comme renseignements sur son compte qu’il était chirurgien principal à l’état-major général, qu’il avait trente-huit années de service dans la garde nationale, trente-neuf années de service dans les hôpitaux civils. Les différents récapitulatifs de la carrière de Huhuier donnent les indications biographiques suivante : 1826 : nommé externe. 1827 : premier interne provisoire. 1828 : interne un des premiers et élève de l’Ecole pratique. 1829 : prix de clinique chirurgicale, de médecine opératoire et d’accouchement, accessits de clinique médicale et de médecine légale. 1830 : premier prix des hôpitaux, médaille d’or et deux années de prolongation d’internat ; nommé aide d’anatomie à la faculté. 1832 : désigné par le conseil des hôpitaux pour remplacer le docteur François, médecin de l’hospice des Incurables hommes, atteint du choléra, tout en remplissant en même temps les fonctions d’interne à l’Hôtel-Dieu dans le service du docteur Husson. 1835 : professeur agrégé. 1836 : nommé à l’unanimité chirurgien du bureau central. 1840 : chirurgien de l’hôpital de Lourcine, où il fit pendant six ans un cours clinique sur les maladies des femmes. 1847 : nommé chirurgien de l’hôpital Beaujon. 1848 : nommé membre de l’Académie de médecine, section de pathologie chirurgicale. 1854 : président de la Société de chirurgie de Paris. 1862 : président de la Société médicale du (ancien) VIIIe arrondissement ; chirurgien de l’institution de Saite-Périne jusqu’en 1864. Chrirugien de l’asile de la princesse Mathilde, deux fois laurétat de l’Institut en 1851 et en 1864 pour ses travaux sur les maladies des femmes. Professeur d’anatomie à l’école des Beaux-Arts. Chirurgien principal de l’état-major de la garde nationale, où il remplissait par intérim les fonctions d’inspecteur général. Il mourut en 1873 et fut inhumé au cimetière du Montparnasse. Il était marié en 1848. Il demeurait 7, rue du Marché-Saint-Honoré en 1848 ; 52, bd Malesherbes en 1868, un logement au louer de sept mille francs annuel. Archives nationales F/1dIV/H/3 récompenses honorifiques ; Archives de la préfecture de police AA 393. Il n’est pas dans la base Leonore.