Jacques, Edouard
Biographie
Né vers 1809. Menuisier-mécanicien. Il déposa un dossier devant la Commission des récompenses nationales instituée après la Révolution de Février, et qui nous donne quelques indications sur sa participation à la révolution de Juillet. Il adressa en effet, le 18 mars 1848, la lettre suivante à la Commission : « Pour obtenir un emploi dans les ateliers ou administrations du gouvernement, je n’ai d’autres recommandations que d’être décoré de Juillet (sous quel nom ? pas trouvé dans les listes), refusé de prêter serment au roi quand on m’a appelé pour me donner le brevet. En juin [1832, N.D.A.], j’étais occupé au montage des fusils de munition et j’en procurais une grande quantité aux patriotes. J’échappais à la prison en quittant Paris, que je n’ai revu qu’à différentes intervalles. Inutile de dire que le refus de prêter serment au roi, motivé sur mes opinions républicaines, n’était pas une bonne recommandation pour y rester ni pour demander quelque chose. Aussi, n’ai-je jamais rien eu, ni secours d’argent ni autres. Il y avait peu de temps que j’étais revenu à Paris lorsque la révolution de 1848 arriva. J’étais revenu du reste dans cet espoir, c’est pour quoi j’ai fait de mon mieux dans les événements qui se sont passés et quoique la besogne n’ait pas été aussi rude qu’en 1830 il y a certains endroits où ça a assez bien chauffé. Je me suis trouvé dans deux principalement, tel que la prise du corps de garde de nos élégants municipaux aux Champs-Elysées, près le garde-meubles et lorsque l’ouvrage a été terminé là, ça a recommencé de plus belle à la place du Palais ex-Royal. J’ai vu cela de près, autrement qu’en curieux. Je ne m’en suis pas fait donner de certificat ni d’apostille mais à voir conter la chose on peut bien voir si réellement j’y étais. Je suis fort peu bureaucrate et n’aime pas beaucoup écrire, c’est pour quoi je n’entrerai pas dans de plus longs détails, que je donnerai de bouche quand on voudra. Pour ce qui est de ma position, la voici. Je suis né à Paris, bâtard d’un homme riche, qui n’a jamais rien fait pour moi que des promesses, qu’il n’a jamais tenues. Ma mère s’est donné la mort, de désespoir et de chagrin ; et, à treize ans et demi, avec quinze mois d’apprentissage de l’état de menuisier, je fus jeté dans le monde, sans autre point d’appui que moi-même et mes faibles bras pour gagner ma vie. Je suis resté pur et n’ai rien à me reprocher. Enfant qu’un froid égoïsme a voué au malheur, arrivant à l’âge où l’homme pense à se choisir une compagne, j’apportais à la mienne en dot un acte de naissance rédigé par les préjugés : fils de père non déclaré. Aussi les préjugés l’emportèrent, les parents ne demandaient pas de fortune mais quelqu’un appartenant à une famille honnête. Dans le fait tout le monde n’aime pas s’allier avec ceux qui n’en n’ont pas du tout [de famille]. Après cet affront, je n’ai pas essayé d’en essuyer d’autres, on ne trouve d’ailleurs pas toujours des gens disposé à admettre un gendre sans fortune quand eux en ont un peu. Procréé par un homme d’argent et par conséquent sans cœur ni entrailles, moi, enfant voué à la misère, j’avais encore pour surcroît d’infortune de l’ambition. Mais sans éducation et sans protection aucune, il est difficile d’arriver. J’avais cependant fait quelques économies mais la banqueroute les a emportées. Par l’exposé qui précède, on doit juger si je suis républicain. Oui, je le suis et peut être capable de grandes choses quoique je n’écrive pas bien, mais sans protection on n’arrive jamais à rien. A vous, citoyen Albert, je me recommande spécialement, vous qui êtes sorti de nos rangs pour remplir un poste où peu d’entre nous doivent prétendre. Il y en a peut-être pour les amis, beaucoup d’autres, infiniment plus petits, qui ne sont pas si difficile à remplir. Si vous me venez en aide, peut-être pourrais-je y parvenir. Il ne s’agit que d’expliquer. Après avoir été menuisier-modeleur, j’ai été monter des machines dans différents pays, la Suisse, l’Angleterre, l’Italie et dernièrement la Russie. J’ai dirigé des ouvriers de plusieurs corps d’état. J’ai travaillé et fait travailler à l’arme de guerre, je pourrais réorganiser des ateliers dans Paris pour occuper avec fruit les ouvriers connaissant le travail du fer et du bois. J’ai assez de connaissance dans cette partie pour être contrôleur d’artillerie ou comme mécanicien dans tel ou tel établissement du gouvernement, la Monnaie, l’Imprimerie nationale, Manufacture des tabacs, etc. Je le répète comme ouvrier praticien pour organiser et conduire des travaux quoique je n’ai pas l’avantage d’être élève d’une école centrale. » Sa demande fut rejetée par la Commission, Jacques ne s’étant pas présenté aux convocations, la dernière en date du 16 octobre 1848. Il demeurait 3, rue de Mondovie puis 20, rue de Paradis-Poissonnière en 1848. Archives de la préfecture de police AA 393. Pas trouvé sur la liste des croix…