Janniard, Hubert
Biographie
Né le 21 prairial an VI (9 juin 1798) à Quetigny (Côte-d’Or), fils, reconnu à la naissance, de Janniard, Pierre, cultivateur, et de Janniard, Jeanne, célibataire. Architecte. Il s’illustra au Collège des Quatre-Nations et à la caserne de Babylone, où il fut blessé d’une balle reçue dans la poitrine. Il était porteur des deux certificats médicaux suivants. Le premier, ainsi rédigé : « Je, soussigné, pharmacien à Paris, certifie avoir vu M. Hubert Janniard, architecte, le 29 juillet à midi environ, se portant en armes à la caserne rue de Babylone et l’avoir vu revenir au bout d’une heure, me prier de lui donner les premiers soins pour une forte contusion produite par une balle au-dessus de la poitrine, du côté droit. » Signé, le 9 août 1830 : Roux, pharmacien, demeurant 75, rue de Sèvres. Le second, ainsi rédigé : « Je, soussigné, docteur en médecine de la faculté de Paris, certifie que M. Janniard, Hubert, demeurant rue Mazarine n° 44, a reçu dans la journée du 29 juillet, en combattant pour la cause de la liberté une blessure à la partie antérieure de la poitrine, entre la première et deuxième cote droite, faite par une balle qui a produit une escarre gangreneuse dans la partie frappée. J’estime que cette plaie contuse pour laquelle M. Janniard a réclamé mes soins ne peut être guérie avant huit à dix jours. » Signé, le 16 août 1830 : Tassard illisible, demeurant 18, rue du Petit-Pont. Il déposa ses pièces devant la Commission des récompenses nationales, sans succès. Il déposa un dossier à la Commission des Réclamants, sise 10, rue Bourg-Labbé puis 6, rue Dalayrac. Il adressait la lettre suivante à cette dernière Commission : « En septembre 1830, je présentai à la Commission des récompenses nationales un écrit dans lequel j’exposai qu’après avoir été témoin des premiers massacres qui eurent lieu le mardi 27 juillet dans la rue Saint-Honoré, j’avais été emprunter un fusil à une personne de ma connaissance. Que le mercredi 28, après avoir passé la matinée à mettre en ordre mon fusil et à chercher de tous côtés des munitions, j’étais allé me joindre aux tirailleurs qui, postés sur le quai de l’Institut, échangeaient des coups de fusil avec les gardes royaux postés au jardin du Louvre (je demeurais alors rue Mazarine n° 44). Que j’avais employé une partie de la nuit du 28 à confectionner des cartouches avec de la poudre distribuée au passage Dauphine. Que le 29, en allant à la découverte j’avais coopéré au désarmement de la caserne des gendarmes de la rue de Tournon, dont je me servis immédiatement après contre les Suisses embusqués dans les fenêtres du Louvre (sic... manque quelque chose pour la compréhension). Qu’après avoir prêté mon autre fusil (??) au premier inconnu auquel je vis une mine déterminée, je m’étais transporté place de l’Odéon, d’où nous partîmes pour l’attaque de la caserne de Babylone, que là je reçus une balle ricochée sur le pavé, laquelle me fit aux pectoraux du côté droit une contusion tellement violente qu’elle m’ôta l’usage du bras et me mit dans l’impossibilité de continuer le combat, que je donnais mon fusil et mes cartouches au premier brave que je vis sans armes et qu’après que j’eus vu les nôtres entrer à la caserne j’étais allé me faire panser. […] [Mes] pièces, déposées entre le mains de M. Audry de Puyraveau (voir Audry de Puyraveau, Pierre, François), vice-président de la Commission, par M. Labbey de Pompières (voir Labbey de Pompières, Guillaume, Xavier) furent renvoyée à M. Guyot (voir Guyot, Jules), membre de la Commission pour le (ancien) Xe arrondissement. La dernière fois que je vis M. Guyot, il me montra avec complaisance un tableau où mes nom et qualité étaient accompagnés en marge de la mention Bien méritant. Mes affaires en étaient là lorsque je partis pour mon pays en octobre ; je ne revins à Paris qu’en novembre, sans avoir entendu parler de mes papiers. A mon retour, j’allai chez M. Guyot, alors détenu pour opinion politique, et, n’ayant pu le voir même après sa mise en liberté, j’en suis resté là. Je n’avais certes pas la prétention d’obtenir la croix ; mais je me croyais des droits à la médaille ou plutôt à voir mon nom inscrit sur la liste des combattants de Juillet ; mais, à mon grand regret, je ne fus porté sur aucune liste. Je n’accuserai la Commission ni d’injustice ni de négligence : je ne puis expliquer cet oubli, depuis la note que me montra M. Guyot, que dans le cas où l’on m’aurait écrit en mon absence, ce dont n’ayant pas eu connaissance je n’ai pu répondre, mes pièces n’ont pas été égarées car je les ai retirées et les exhiberai au besoin. Et lors même qu’une blessure eût été une condition sine qua non pour obtenir une mention, j’aurais des droits plus grands que ne le ferait supposer le simple mot contusion employé dans ma réclamation, lequel mot pouvait laisser penser que la balle qui me frappa était arrivée au terme de sa carrière et m’était tombée des toits mais, outre mes certificats des gens de l’art, je puis exhiber une large cicatrice, qui m’est restée après que les chairs attaquées fussent tombées en dissolution jusqu’aux cotes ; je conserve aussi mon habit et mon gilet, percés ; ma chemise et ma bretelle furent également coupées. Je ne réclamerai ni croix ni médaille. Je ne tiens qu’à voir figurer mon nom sur la liste des hommes de Juillet, surtout depuis que ceux qui leur doivent ce qu’ils sont les font insulter dans les rues par des sicaires, et je veux en outre démontrer que la Commission n’a pas toujours été infaillible. » Il joignait les certificats suivants. Le premier : « Nous, soussignés, attestons avoir vu M. Janniard, architecte, combattre au siège de la caserne de Babylone, où il a été atteint d’un coup de feu à la poitrine. » Signé, le 20 septembre 1830 : Belin, demeurant passage du Désir, 88, rue du Faubourg-Saint-Denis ; Prévost (voir ce nom), demeurant 55, rue du Cherche-Midi ou 35, rue du Cherche-Midi illisible. Le deuxième : « Je, soussigné, Auguste Gremy, entrepreneur de menuiserie, demeurant à Paris, rue de l’Estrapade n° 24, atteste et certifie que M. Janniard, architecte s’est présenté chez moi, mardi soir 27 juillet dernier, pour me prier et me demander de lui prêter un fusil pour s’en servir contre les ennemis de la patrie et qu’il l’a emporté de suite en s’en allant. » Signé, le 15 septembre 1830 : Gremy, Auguste, entrepreneur de menuiserie, demeurant 24, rue de l’Estrapade. Nous empruntons au Comité des travaux historiques et scientifiques de l’Ecole des chartes la notice biographique suivante : « Architecte. Il entre en 1824 à l’Ecole des beaux-arts de Dijon où il obtient le prix d’excellence. De 1834 à 1844, il fit exécuter les travaux hydrauliques et mécaniques à l’établissement thermal et sur le lac d’Enghien-les- Bains. En 1845, il est admis en qualité de sous-inspecteur, au ministère des Travaux publics. La même année, il succède à Debretcomme architecte des Menus Plaisirs. En 1846, il est nommé architecte du Conservatoire de musique et y fait des travaux de 1860 à 1863. Il est ensuite architecte des édifices diocésains de Grenoble et de Gap, de 1849 à 1854, et du Puy-en-Velay, de 1853 à 1863. Le 1er mars 1856, il devient architecte du Palais des Archives de l’Empire, en remplacement de Lelong, et entreprend la construction du grand dépôt le long de la rue des Quatre-Fils. Il meurt avant d’avoir réalisé les aménagements intérieurs. » Il fut nommé chevalier de la Légion d’honneur le 13 août 1861. Le Comité des travaux historiques et scientifiques précise que Janniard donna de très nombreux articles sur les sujets les plus variés à la Revue générale de l’architecture et des travaux publics dont il était l’un des rédacteurs. Il mourut le 30 juin 1864. Il demeurait 44, rue Mazarine en juillet 1830 ; 43, rue Monsieur-le-Prince en 1831. Archives de la préfecture de police AA 394. Le Comité des travaux historiques et scientifiques donne les sources biographiques suivantes : Académie d’architecture, dépouillement du bulletin de la Société centrale des architectes ; Archives nationales, F/19/7231 ; Archives nationales F/21/2015, 2021, 5812, 7231 ; base leonore, de la Légion d’honneur, dossier L.H./1353/1 ; Charles Bauchal, Nouveau dictionnaire biographique et critique des architectes français, Paris, Librairie générale de l’architecture et des travaux publics, 1887 ; Edmond Delaire et alii, Les Architectes élèves de l’Ecole des beaux-arts, 1793-1907, Paris, librairie de La Construction moderne, 1907 ; Jean-Michel Leniaud, “Répertoire des architectes diocésains du XIXe siècle”, 2003, éditions en ligne de l’Ecole des chartes ; Philippe Béchu, Martine Plouvier, Architectes et inspecteurs des travaux ayant œuvré sur le chantier des Archives, dans Les Archives nationales, des lieux pour l’histoire de France.