Jannin, François

Biographie


Né le 15 août 1805 à Pournoy-la-Chétive (Moselle). Apprêteur de châles. Il déposa un dossier devant la Commission des récompenses nationales instituée après la Révolution de Février, et qui nous donne des indications sur sa participation à la révolution de Juillet. Il adressa en effet, le 23 juillet 1848, la lettre suivante à la Commission : « Mon intention n’était pas d’abord de vous présenter les titres que j’ai à une récompense nationale, croyant n’avoir fait en juillet 1830, juin 1832 et février 1848, que mon devoir de soldat désintéressé de la cause démocratique, mais cependant d’après le conseil de quelques amis et sachant que beaucoup de mes frères d’armes politiques avaient répondu à votre appel, je viens, quoique tardivement, vous exposer succinctement les services que j’ai été heureux de rendre à la cause républicaine. Ces services datent de 1830. Le 27 juillet, sur les 4 heures du soir, nous partîmes du café de l’Isère, rue Saint-Denis, au nombre de onze, sous la conduite du citoyen Pierre Louet (voir ce nom), gérant dudit café. Arrivés au carré Saint-Martin, nous essuyâmes une décharge presque à bout portant du 3e de l’ex-garde, qui nous réduisit de onze à quatre. Dans ce moment, mêlés au rang des combattants, nous jurâmes, aux cris de Vive la république ! de vaincre ou de partager le sort de nos compagnons. A minuit, le 3e dut se retirer en désordre. De là, nous nous rendîmes à la Poste, gardée par le 53e de ligne. Nous fraternisâmes avec des grenadiers de ce régiment et nous les emmenâmes passer la nuit avec nous au café de l’Isère. J’assistai, le lendemain 28, au terrible combat de la place des Innocents. Après l’entière retraite des troupes, je marchai à l’Hôtel de ville, défendu avec acharnement par les Suisses, qui faisaient des sorties au pas de course jusque dans les rues adjacentes. D’après le conseil du citoyen Louet, je forçais la boutique d’un serrurier, où nous trouvâmes des barres de fer, qui nous servirent de leviers pour faire ouvrir les portes d’allées. A partir de ce moment, les défenseurs de la royauté parjure furent de plus en plus resserrés. Nous restâmes maîtres de l’Hôtel de ville le 29 au matin. De là, nous nous rendîmes à l’attaque du Louvre et des Tuileries et nous fîmes partie du peuple vainqueur qui entra dans le palais des rois. Ce ne fut qu’après cette grande victoire que je rentrai chez moi. Je refusai toute espèce de récompense nationale malgré de vives instances de personnes qui avaient été témoins de ma conduite. Mon refus était motivé de ce que j’avais cru combattre non pour un Bourbon, dont je soupçonnais déjà comme tant d’autres la duplicité et la trahison, mais pour la république, le rêve de ma jeunesse et à qui je n’ai cessé d’être fidèle. Je ne voulais tenir que d’elle ma décoration et non d’un roi quel qu’il fût et surtout d’un Bourbon. Aussi, en 1831, je me trouvais dans les rangs des généreux patriotes qui protestèrent hautement contre le lâche abandon de la Pologne. En 1832, au convoi du général Lamarque, je suivis accompagné de mes amis et notamment du citoyen Louet, une forte colonne qui partit du pont d’Austerlitz, sous les ordres du citoyen Rabouin et nous nous rendîmes maîtres un moment de tous les postes du (ancien) VIIIe arrondissement. Je ne me retirais qu’après la fatale et héroïque défense de Saint-Mery. Dans les journées d’avril 1834, je fus arrêté au cimetière Saint-Nicolas par la garde nationale, qui me fit subir les plus terribles traitements. Une vive alerte s’empara d’elle et je profitai de cet incident pour m’arracher de ses mains. Elle n’avait parlé rien de moins que de me fusiller. Le 22 février 1848, j’ai aidé à briser sur la place de la Concorde la rampe qui retient les voitures du côté de la rue Saint-Florentin. Repoussé jusqu’à l’église Saint-Roch par la garde municipale, j’arrachai avec le peuple la grille de l’église. Le lendemain 23, j’ai contribué à élever les premières barricades dans la rue Saint-Denis, entre les rues Guérin-Boisseau et du Caire. Ce fut un signal électrique ; toutes les rues adjacentes se hérissèrent de barricades en un clin d’œil. Je partis, en qualité de volontaire, dans les rangs de la compagnie de la garde nationale, recommandé par le capitaine Lesserré (voir Leserré, Charles ?), sur la place du Palais-National (lire Palais-Royal, N.D.A.). Je combattis avec elle à l’attaque du Château d’eau et je pris part à la prise des Tuileries. Tels sont citoyens, mes états de service républicains. C’est à vous de décider si j’ai bien mérité de la patrie et si j’ai quelques droits à une récompense nationale. Décerné par vous, qui êtes de si bons juges en fait d’actes de bravoure pour la cause démocratique, je me ferai un devoir et un honneur de l’accepter. » Sa lettre était apostillée des signatures de : Louet, Pierre « combattant de toutes les époques et blessé de juin 1832 », marchand de vin, demeurant 7, rue de la Santé aux Batignolles, qui ajoutait « Jatteste que tous les faits qui sont exposés dans cette demande se sont passés sous mes yeux et que le citoyen Janin a combattu à mes côtés pour la république dans toutes les occasions et dans tous les endroits quil rappelle, aussi modeste que brave, il ne dit que la vérité pure et simple, sans rien amplifier » ; Louet, Nicolas, blessé de Février, demeurant 15, rue de la Ferronnerie ; Cabaton, J. J., demeurant 4, rue de la Vieille-Lanterne ; Laplatte, demeurant 18, rue des Fossés-Montmartre ; Vallin, Alexis, blessé de Février, demeurant 67, rue du Faubourg-du-Temple ; Rabouin, qui ajoutait « Je connais Jannin et jen réponds » ; Louet, Brutus, combattant de Février. Il fut proposé par la Commission pour un emploi de garçon de bureau ou un bureau de tabac et pour recevoir le signe honorifique qui devait perpétuer la mémoire de la Révolution de Février mais qui ne fut jamais institué. Il avait signé le certificat suivant en faveur du même Louet, Pierre : « Pendant les trois jours de juillet 1830, je n’ai pas quitté le citoyen Louet ; en février, il a combattu à mes côtés avec son fils au Château-d’eau » Il signa (il signe bien Janin), la demande de Louet, Louis, Nicolas, quand celui tenta de faire valoir ses droits de combattant de Février auprès de la Commission des récompenses nationales instituée après la Révolution de Février. Il était marié en 1848. Il demeurait 8, rue du Caire en 1848. Archives nationales F/1dIII/93 in dossier Louet, Pierre ; Archives de la préfecture de police AA 394 ; Archives de la préfecture de police AA 399 in dossier Louet, Louis, Nicolas.

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