Jeangirard, César Auguste
Biographie
Ancien militaire de l’Empire durant six années, présent à la campagne de Russie, à Waterloo et dans l’armée de la Loire. Employé des douanes jusqu’en 1824, date de sa révocation. Le dossier d’examen de ses droits fut instruit par la Commission des récompenses nationales de la mairie du (ancien) VIII arrondissement. Il reçut la médaille de Juillet auprès de la mairie du (ancien) VIIIe arrondissement. Il s’estimait « lésé par la Commission des récompenses nationales », parce qu’il pensait avoir mérité la croix. Il écrivit au roi en 1831 : « Sire, Jeangirard, César, Auguste, de Doubs, arrondissement de Pontarlier, département du Doubs, lieutenant d’ordre des douanes à Billiat, direction de Belley, département de l’Ain, prend la respectueuse liberté de vous exposer qu’il se trouvait à Paris aux immortelles journées des 27, 28 et 29 juillet, pendant lesquelles il ne cessa de combattre. Il était à l’hôtel de ville le 28 et à la prise du Louvre et des Tuileries le 29. Lorsque les troupes de Charles X eurent abandonné ce dernier endroit, ayant appris qu’on se battait encore aux environs du Palais-Royal, il y courut et fut un de ceux qui y pénétrèrent des premiers après un combat long et opiniâtre. Après l’évacuation des blessés qui encombraient le grand vestibule de votre palais, le désarmement de la garde et son envoi au quartier général de l’illustre Lafayette, voyant la foule qui se disposait à envahir les appartements de Votre Majesté il appela à lui une trentaine de ses compagnons dont il plaça une partie tant à la porte du vestibule qu’au bas du grand escalier et avec l’autre il alla lui-même se poster dans la première antichambre. Là, Sire, il eut à lutter contre toutes sortes de difficultés. Il lui fallut vingt fois croiser la baïonnette contre ceux dont il venait pendant trois jours de partager les dangers et les périls, pour leur interdire l’entrée des appartements, où, à toutes forces, ils voulaient pénétrer, les militaires de la garde qu’ils venaient de conduire au quartier général ayant eu l’infamie de leur assurer qu’ils renfermaient non seulement beaucoup de Suisses mais une immense quantité d’armes et de munitions. L’exposant, Sire, avait beau vouloir leur faire sentir toute l’absurdité d’une pareille calomnie, il avait beau leur parler de la loyauté si bien connue de Votre Majesté, sa voix n’était pas écoutée. L’exaspération était à son comble et, par prudence plutôt que par crainte et pour éviter une rixe qui eût été sanglante, il leur accorda que trois d’entre eux seulement, sans armes, entreraient et visiteraient les appartements, ce à quoi ils consentirent. Il accompagna ces trois commissaires partout où ils voulurent aller, jusque sous les combles du palais, après quoi ils se retirèrent, bien convaincus de la lâche méchanceté de ceux qui ne leur avaient fait ce conte que dans de perfides intentions, et qu’il est facile de deviner. Lorsque le calme fut un peu rétabli, il envoya à la Bourse prier le général Dubourg d’envoyer un officier de la garde nationale, en uniforme surtout, pour prendre le commandement du palais. Il en vint un qui, si ses souvenirs ne le trompent pas était le colonel Thierry. Quant à l’exposant, Sire, comme il y avait trois jours qu’il n’était rentré chez lui, trois jours qu’il n’avait vu aucune des personnes qui pouvaient s’intéresser à son sort, il sortit du Palais-Royal à la nuit pour les rassurer et voir si tout était fini dans Paris. Demeurant dans un quartier fort éloigné (Ménilmontant), il ne revint à Paris que le surlendemain. Pendant ce temps, Sire, vous aviez accepté la lieutenance générale du royaume et tous ceux qui lorsque vous rentrâtes dans votre palais s’y trouvèrent furent organisés en compagnie portant sur leurs chapeaux 29 juillet 1830. Ayant perdu le modeste emploi qu’il occupait avant les événements, l’exposant voulut y entrer ; il avait des droits pour cela mais on feignit non de les ignorer mais de les oublier. Plus tard, Votre Majesté fit frapper une petite médaille dont toute cette compagnie du 29 juillet fut décorée. En bonne justice, il eût dû être un des premiers à l’avoir ; on ne la lui refusa pas mais on ne répondit pas à la demande qu’il en fit. C’est cette médaille, Sire, que l’exposant vient solliciter de votre justice et de votre équité. Votre Majesté verra par la lettre de M. Oudard, secrétaire de son cabinet au directeur général des douanes dont il joint ici une copie qu’il n’avance rien que de vrai. M. Oudard a été en grande partie témoin de [ces] faits. En retournant à Neuilly, le 29 juillet, après la prise du Palais-Royal, M. Oudard passa chez M. Verret à qui il parla de moi et à qui il fit l’éloge de sa conduite dans cette circonstance. S’il fallait un autre témoignage, il invoquerait celui de tous les hommes qui se trouvaient de service au palais ce jour-là. Il n’y est rentré qu’une fois depuis le 29 juillet, ce fut le jour que Lafayette y fut à travers les barricades, avec les députés présents alors à Paris. C’était le jour où le lendemain de ce que Votre Majesté se rendit à l’hôtel de ville comme lieutenant général du royaume. Il fut reconnu par beaucoup de ceux qui s’y trouvaient le 29 et tous vinrent lui parler et lui témoigner le plaisir qu’ils avaient de le revoir. Ils disaient à leurs camarades : “Sans lui, il y aurait eu du fracas ici le 29.” Puis ils ajoutaient : “Lorsque le prince le saura, il vous récompensera comme vous le méritez il vous fera placer à son service.” C’était là, Sire, toute mon ambition mais on ne l’a pas voulu non plus. Cependant Votre Majesté n’aurait pas eu de serviteur plus fidèle ni plus dévoué. M. Oudard doit se rappeler que, le 29, je lui dis hautement et devant tout le monde : “Le duc d’Orléans peut compter sur moi à la vie et à la mort, et l’on marchera sur mon corps avant d’entrer dans ses appartements.” Enfin, Sire, l’exposant vient donc solliciter de votre équité la petite médaille qui fut distribuée aux hommes qui, le 29 juillet, entrèrent au Palais-Royal. Il est sans fortune, dénué de tout mais cette petite médaille sera tout pour lui. Elle sera la preuve qu’il faisait partie de ces braves qui osèrent briser les fers sous lesquels notre belle France courbait depuis quinze ans son front couvert de tant de lauriers. Elle lui rappellera également qu’il a été assez heureux pour vous prouver son dévouement personnel et qu’il n’avait pas oublié qu’en 1825, lorsque l’administration des douanes l’eût destitué de sa place, il reçut de Votre Majesté en qualité de soldat de Moscou et de Waterloo des secours qui lui furent très utiles. » Le 26 août 1830, Oudard, secrétaire du cabinet du roi, l’avait en effet recommandé dans ces termes auprès du directeur général des douanes : « M. Jeangirard est un des braves qui s’emparèrent du Palais-Royal le 29 juillet après un combat très vif. J’ai été témoin de son zèle pour empêcher le désordre et c’est en grande partie à lui, à ses instances et à sa fermeté qu’il faut attribuer le maintien du bon ordre dans ces premiers moments de confusion. Si vous voulez bien, Monsieur, rendre compte au ministre des Finances de ces circonstances particulières, je suis persuadé qu’il trouvera juste de réintégrer sur-le-champ le sieur Jeangirard dans l’emploi qu’il a perdu et même de lui en donner un meilleur si cela est possible. Je n’ai pas voulu importuner M. le baron Louis de cette affaire mais s’il est nécessaire que j’aie l’honneur d’aller lui en parler je vous serai très obligé de m’en instruire. » En 1831, Jeangirard demanda au maire du VIIIe arrondissement l’envoi de sa médaille et du brevet à Billiat, où il avait été nommé lieutenant d’ordre dans l’administration des douanes et « envoyé à cent soixante lieues de Paris sur les frontières de Savoie, […] dénué de tout et pouvant à peine manger un pain qu’il gagne par des fatigues inouïes ». Il protesta auprès du ministre que « dans la séance du 3 septembre [1831, N.D.A.] la Chambre des députés, par l’organe de l’honorable M. Dounou, rapporteur de la commission des pétitions, vous a renvoyé une pétition de M. Charles Maurice, qui prétend dans les journées de Juillet avoir sauvé plusieurs monuments publics de tous dégâts et notamment le Palais-Royal » et assura que cette part du combat ne lui revenait qu’à lui seul. En 1833, toujours lieutenant des douanes à Pont-de-Bonvoisin (Isère), il reçut un secours de cent cinquante francs et écrivit à cette occasion : « […] Je n’aurais pas pris la liberté de vous adresser une demande […] si j’eusse prévu les investigations auxquelles je devais être soumis mais que je n’avais pas à redouter la grande publicité qu’il devait être donnée à cette légère faveur. J’aurais, je crois, mieux aimé rester dans le besoin et la détresse. » Il reçut un secours de cent francs en 1849, un secours de cent francs en 1850, un secours de cent cinquante francs en 1852, à titre de médaillé de Juillet. Il demeurait 84, rue de Ménilmontant en 1830 ; à Billiat (Ain) en 1831 ; à Pontcharra (Isère) en 1849-1850 ; à Névache (Hautes-Alpes) en 1852. Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la médaille instituée par la loi du 13 décembre 1830 sur les récompenses nationales, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la médaille instituée par la loi du 13 décembre 1830 sur les récompenses nationales, Le Moniteur universel, 19 juin 1831 ; Archives nationales F/1dIII/33 état des candidats recommandés par la Commission des récompenses nationales, qui ont obtenu des emplois dépendant du ministère des Finances ; Archives nationales F/1dIII/39 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens proposés pour la médaille (ancien) VIIIe arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/59 ; Archives de la préfecture de police AA 369, Rapport au ministre, en date du 19 mai 1849, sur la proposition d’accorder à quatorze décorés, combattants, veuves de Juillet et sœur d’une victime de Juillet, domiciliés dans les départements des secours s’élevant ensemble à la somme de huit cent dix francs, minute 33, idem rapport du 19 août 1850, proposition d’accorder à douze décorés, médaillés, veuves et combattants de juillet 1830, domiciliés dans les départements des secours s’élevant à la somme de 755 francs, minutes 127, idem Proposition d’autoriser sur le crédit ouvert au chapitre 6 du budget de 1852, l’ordonnancement d’une somme de 745 francs, pour être répartie, à titre de secours, entre huit victimes de juillet 1830 domiciliés dans divers départements, minutes 230-231, en date du 30 juillet 1852. Voir sans doute Girard, demeurant aussi 84, rue de Ménilmontant ?