Jeannisson, Pierre, François
Biographie
Né vers 1783 à Arc-et-Senans (Doubs). Propriétaire et boucher. Il avait son établissement rue des Boucheries-Saint-Honoré et fut tué près de cette rue le 29 juillet (mais dans la rue de Richelieu in Archives de Paris DM13 1). Dans un certificat délivré par Toussaint, Charles, neveu de Jeannisson, en faveur de Bureau, Eugène, il est fait mention que Bureau avait été « vu, malgré le feu le plus actif porter les blessés dans la maison du café partie du manuscrit brûlé entre autres M. Jeannisson ». Le Constitutionnel, 2 août 1830 rapporte à son sujet « Honorable victime de son dévouement aux lois et au pays, M. Jennesson (sic) a été tué à l’attaque de la rue Saint-Nicaise ; son corps a été porté hier par ses compagnons de périls et de gloire au cimetière Montmartre. Notre célèbre Charlet marchait en tête du convoi. Arrivés au bord de la fosse, M. Gabriel, auteur dramatique, a improvisé le discours suivant : “Brave garde national, tu es mort en repoussant une indigne agression ; que ton sort est à envier et qu’en même temps il est à plaindre ! Tu ne seras pas témoin du bonheur dont nous allons jouir sous l’égide d’une sage liberté ! Reçois en ce moment le dernier tribut de notre reconnaissance ; tes frères viennent t’accompagner au champ d’éternel repos et verser des larmes sur ta cendre. Adieu, Adieu, digne enfant de notre chère patrie ! Vive la France ! » D’autres sources relataient à son sujet : « Après avoir abattu trois de ces égorgeurs du peuple parisien, que l’on allait chercher à l’étranger, et auxquels on donnait le nom odieux de soldats suisses, un grenadier de la garde nationale, M. Jeannisson, propriétaire des bains Saint-Guillaume, fut atteint d’une balle et succomba rue de Richelieu, dans la maison du café Minerve près le Théâtre-Français où il s’était établi en tirailleur. En tombant il s’est écrié : “Vive la liberté !” Les amis, les compagnons d’armes de Jeannisson n’ont pas voulu que des mains mercenaires le rendissent à cette terre qu’il avait arrosée de son sang et fertilisée par le sang ennemi ; Jeannisson, recouvert de son uniforme, entouré d’un cortège nombreux, que commandaient M. Champeaux, l’un des rédacteurs du journal le Gilblas, et M. Charlet, le peintre national, Jeannisson a été porté par ses camarades au cimetière Montmartre ; eux-mêmes l’ont inhumé ; un discours a été prononcé sur sa tombe ; et lorsqu’en signe de dernier adieu toutes les armes ont été laissées vers cette terre sacrée, lorsque tous les fronts se sont inclinés devant le dernier asile de l’homme de bien et du brave, un seul, un même cri est sorti de toutes les bouches : Vengeance ! Souvenir ! Vive la patrie ! Vive la liberté ! On aurait peine à rendre l’effet que produisait, pendant une marche longue et difficile, puisqu’il fallait franchir toutes les barricades, l’aspect de ce convoi, où tout était si simple et si éloquent ; chacun s’arrêtait, saluait la victime immolée à l’indépendance du pays, mêlait son arme à celle de ses compagnons, et disait avec eux : Brave Jeannisson, que n’as-tu vécu un jour de plus, du moins tu aurais vu le triomphe de la sainte cause, tu aurais recueilli le prix de tes généreux efforts.” » Dans le récit que fit Lortias, Alexandre, François de sa propre participation aux combats de Juillet, il laissait les informations suivantes sur Jeannisson : « […] Le lendemain 30, j’accompagnais en armes avec sept ou huit autres gardes nationaux le corps de Jeannisson, mon client et ami, mort la veille rue de Richelieu. Nous le conduisîmes avec beaucoup de peine en passant sur les barricades jusqu’au cimetière de Montmartre, où il est enterré […]. » Dans le récit que fit Chaumerot, Jean-Baptiste (voir ce nom) de sa propre participation aux combats, le nom de Jeannisson est ainsi mentionné : « Le jeudi à 11 heures du matin, nous sortîmes de ladite maison [8, rue de Richelieu], où nous avions passé la nuit à faire des cartouches et nous allâmes chercher dans le passage Saint-Guillaume notre camarade Jannisson et nous attaquâmes avec la colonne qui descendaient la rue de Richelieu, la maison de la rue Saint-Honoré occupée par la garde royale. Ce fut quelque temps après que notre camarade Jannisson fut blessé mortellement à nos côtés. » Dans le récit que fit de sa propre participation aux combats un combattant dont le nom est illisible in Archives de Paris VD6 281 n° 1, ce dernier faisait ainsi mention de Jeannisson : « […] Nous eûmes pendant plus d’une heure à soutenir le feu des gardes royaux et des Suisses placés aux fenêtres des maisons. M. Jeannisson, propriétaire des bains Saint-Guillaume, fut tué comme je venais de me mettre derrière une colonne pour charger mon fusil […]. » Le dossier des droits que son décès entraînait fut instruit par la Commission des récompenses nationales de la mairie du (ancien) IIe arrondissement. Son nom fut d’abord oublié et sur les tables d’airain du Panthéon et sur la colonne de la Bastille. Ses parents réclamèrent la réparation de l’erreur ; le commissaire de police rappelait que « le conseil général du département ayant arrêté que la rue des Boucheries-Saint-Germain, voisine du domicile du sieur Jeannisson, prendrait le nom de ce particulier en raison de la belle conduite qu’il a tenue dans les journées de Juillet et les plaques indicatives du nouveau nom de cette rue [ont] été posées il y a six mois à ses deux extrémités », il n’y avait pas lieu à enquêter davantage pour savoir si la requête de la famille était fondée ou pas. La rue des Boucheries-Saint-Honoré prit le nom de Jeannisson (avant de disparaître pour l’ouverture de la place du Théâtre-Français). Il avait un frère, Charles, Joseph, qui réclama une pension, au nom de la famille. Sa nièce, la demoiselle Toussaint, reçut, à titre de cas exceptionnel, une indemnité définitive de la part de la Commission de la souscription nationale en faveur des veuves, orphelins et blessés de juillet 1830. Les héritiers de Jeannisson avaient adressé la requête suivante à la Commission des récompenses nationales : « Le sieur Jeannisson, boulanger à Arc, département du Doubs, tant en son nom personnel que comme subrogé-tuteur de Claude et Florent Toussaint, demeurant avec le sieur Jeannisson, à Paris, rue des Boucheries-Saint-Germain, n° 13 ; la dame Anne Jeannisson, épouse de François Prost dit Leblondin, marchand boucher, demeurant à Arc, logé à Paris, susdite rue des Boucheries ; M. Etienne Chenu, fermier à Vernois, hameau d’Arc, présentement à Paris, rue des Boucheries-Saint-Germain, n° 13 ; M. Jean-Claude Toussaint, forgeron à Trésilly, canton de Rioz, au nom et comme tuteur des mineurs ses enfants issus de son mariage avec la feue dame Jeanne, Françoise Jeannisson son épouse, demeurant ordinairement audit lieu d’Arc et présentement à Paris susdite rue des Boucheries ; la demoiselle Anne Toussaint, célibataire majeure, demeurant au Havre, place Louis XIV et présentement à Paris susdite rue des Boucheries ; M. François Toussaint, tailleur, demeurant à Trésilly. Tous les susnommés, habiles à se dire et porter héritiers mais sous bénéfice d’inventaire seulement de M. Pierre, François Jeannisson, en son vivant propriétaire de bains qu’il exploitait susdite rue des Boucheries, n° 13, ont l’honneur de vous exposer, messieurs, que le sieur Jeannisson, leur frère et oncle, emporté par son ardent patriotisme a pris part aux combats qui eurent lieu dans les glorieuses journées du 29 aux approches des Tuileries. Il fut frappé rue de Richelieu presqu’au coin de la rue des Boucheries peu d’instants après le moment où il était sorti de son domicile pour se joindre aux combattants de la rue de Richelieu. Il venait de créer dans la rue des Boucheries-Saint-Honoré un établissement de bains dans lequel il avait dépensé des sommes immenses que son industrie seule pouvait lui faire recouvrer. Ses héritiers, tous établis en province, se voient aujourd’hui dans la nécessité de vendre cet établissement et de réaliser ainsi une perte immense, qui ne leur permettra même pas de satisfaire aux nombreux créanciers qui grèvent la succession. Il est constant que si le sieur Jeannisson n’eût pas succombé, il eût pu par son travail et son industrie parvenir non seulement à se liquider mais encore se placer dans une position de fortune que lui assurait le succès déjà satisfaisant de l’établissement qu’il avait fondé. Dans ces circonstances, les héritiers Jeannisson se croient en droit, sinon de réclamer la pension à laquelle aurait droit leur auteur s’il avait survécu du moins d’invoquer la bienfaisance du gouvernement pour obtenir une faible indemnité de la perte qu’ils font dans la personne de leur parent. Sans aucune espèce de fortune, ils ont droit à la sollicitude du gouvernement ; c’est le décès de leur parent qui les a seul appelés à Paris et la position de la succession est telle que s’ils n’obtiennent le secours qu’ils sollicitent, ils auront à ajouter à la perte qu’ils ont déjà faite celle des frais qu’a entraîné pour eux un déplacement coûteux, etc. » La demande fut rejetée, la loi n’ayant pas prévu d’accorder aux frères et aux nièces. Jeannisson, Pierre, François demeurait 7-8, cour ou passage Saint-Guillaume (mais 13, rue des Boucheries-Saint-Honoré in Archives de Paris DM13 1). Le nom de Jeannisson (P.-F. Jeannisson) est inscrit sur la colonne de Juillet, place de la Bastille, et sur les tables du Panthéon. Le Constitutionnel, 2 août 1830 ; Histoire de la révolution des quatre-vingt-seize heures, de ses causes et de ses effets, Auguste Imbert, 2e édition, Paris, Guyonnet éditeur, 1830, p. 140-142 ; Révolution mémorable des journées des 27, 28 et 29 juillet 1830, Cousin d’Avalon, Paris, Stahl, imprimeur-libraire, quai des Augustins, n° 9, p. 47-48 ; Souvenir glorieux du Parisien, précis historique des journées des 26, 27, 28, 29, 30 et 31 juillet 1830, par P. G. Prosper L***, nouvelle édition revue et augmentée, Paris, chez l’auteur, place Saint-André-des-Arts, n° 26 et chez les principaux libraires, p. 108 ; Souvenir glorieux du Parisien, précis historique des journées des 26, 27, 28, 29, 30 et 31 juillet 1830, par P. G. Prosper L***, nouvelle édition revue et augmentée, Paris, chez l’auteur, place Saint-André-des-Arts, n° 26 et chez les principaux libraires, p. 108 (sous le nom de Jennesson) ; La Liberté reconquise ou histoire complète et détaillée de la révolution de Paris en juillet 1830, J.-B. Ambs, troisième édition revue et corrigée, Paris, Terry jeune, libraire, Palais-Royal, galerie de Valois, n° 185, 1830, p. 166-167 ; Histoire de la révolution de 1830 et des nouvelles barricades, par F. Rossignol et J. Pharaon, Paris, chez Vimont, Levavasseur et Urbain-Canel, 1830, Nom des personnes qui se sont distinguées dans les mémorables journées p. 273 ; Compte-rendu des travaux de la Commission de la souscription nationale en faveur des veuves, orphelins et blessés de juillet 1830, liste nominative des cas exceptionnels du IIe arrondissement auxquels il a été alloué des indemnités définitives lu et approuvé à la séance générale du 11 juillet 1832, Paris, Imprimerie de Crapelet, rue de Vaugirard, n° 9, novembre 1832, p. 69 ; Archives de Paris DM13 1, préfecture de la Seine, tableau des décès qui ont eu lieu pendant les mois de juillet, août et septembre 1830, (ancien) IIe arrondissement ; Archives de Paris VD6 172 n° 6 in dossier Chaumerot, Jean-Baptiste ; Archives de Paris VD6 281 n° 1, idem les feuillets dont la signature du combattant est illisible ; Archives de Paris VD6 288 n° 7, (ancien) IVe arrondissement, Liste des morts, pensions ; Archives nationales F/1dIII/33 Commission des récompenses nationales, deuxième état des citoyens tués ou blessés mortellement dans les journées de Juillet avec indication du champ de bataille où ils ont été frappés (201 citoyens) (ancien IIe arrondissement) ; Archives nationales F/1dIII/38 A, Commission des récompenses nationales, état de cent cinquante demandes formées en vertu des articles 1er, 2e, 3e, 4e et 11e, de la loi du 13 décembre 1830 et reconnues non fondées, et morts de Juillet, inscrits au Panthéon sans avoir donné lieu à liquider de pension ; Archives nationales F/1dIII/59 ; Archives nationales F/1dIII/82, état des citoyens tués ou blessés mortellement dans les journées de Juillet, aussi liste des victimes de Juillet 1830, colonne de Juillet et aussi liste générale des citoyens morts dans les journées de juillet 1830, en combattant pour les libertés publiques et dont les noms sont inscrits sur les tables du Panthéon et sur la colonne de Juillet, aussi Compte rendu des travaux de la Commission de la souscription nationale en faveur des veuves, orphelins et blessés de juillet 1830, lu et approuvé à la séance générale du 11 juillet 1832, liste nominative des blessés des 1re et 2e classes auxquels il a été alloué des indemnités définitives (ancien) IIe arrondissement, cas exceptionnels ; Bulletin des lois, IXe série, tome 21, n° 746, Paris, imprimerie royale, février 1841, p. 82, liste générale des citoyens morts ou blessés mortellement dans les journées des 27, 28 et 29 juillet 1830, en combattant pour la défense des lois et des libertés publiques, les noms de ces citoyens sont inscrits sur les tables du Panthéon et sur la colonne de Juillet (et aussi Archives de Paris D1K1 138, qui contient les mêmes informations puisqu’il s’agit de ce même numéro du Bulletin des lois) ; Archives de la préfecture de police AA 375 in dossier Bureau, Eugène ; Archives de la préfecture de police AA 399 in dossier Lortias, Alexandre, François ; Colonne de Juillet, liste officielle et par ordre alphabétique des citoyens tués ou blessés mortellement dans les journées de juillet 1830, Paris, chez Vve Demoraine et Boucquin, 1841. Voir aussi Hézoult, Louis, Pierre.