Jeanson, Charles
Biographie
Inspecteur de l’octroi de Paris à la barrière de Clichy. Sa demande d’être indemnisé sur les pertes qu’il éprouva à l’occasion du saccage et de l’incendie de la barrière de l’octroi et des appartements qu’il y occupait, nous donne des indications sur les événements qui eurent lieu dans cet endroit de Paris. « J’habitais, en qualité d’inspecteur de l’octroi de Paris, la barrière de Clichy à l’époque des événements de juillet. Le 28, dès le matin, voyant l’orage se grossir, je parcourus ma division et pris toutes les mesures possibles pour mettre à l’abri les fonds des huit comptables placés sous mes ordres, et je parvins à en sauver une grande partie.
»Tandis que je m’occupais de ce devoir, le danger me menaçait. Eloigné de chez moi, ma femme et mes enfants par le fait seul de mon absence étaient tranquilles et n’avaient pas même l’idée que leur domicile pût être violé. Cependant ils furent détrompés lorsque je rentrai vers 2 heures, attendu que je les engageai à faire de suite des paquets de ce que nous avions de plus précieux et à les enlever.
»A peine commencions-nous à nous occuper de ce soin, que la barrière de Clichy fut envahie par une centaine d’hommes et trois à quatre cents enfants, qui tous demandaient des armes.
»Pour essayer de les calmer, j’allai à eux sur le milieu de la chaussée. Aussitôt je fus entouré et j’entendis dire et répéter par un grand nombre de bouches Ah ! le voilà, c’est lui que nous cherchions, il faut le pendre, le tuer, c’est un chien, etc. Un de la bande, le plus furieux, armé d’un fusil, me posa la baïonnette sur la poitrine et me dit Il nous faut des armes, tu en as. Si elles ne nous sont pas remises à l’instant, tu es mort, marche, il a assez longtemps que nous sommes tes domestiques, il faut qu’à ton tour tu sois le nôtre.
»Le sang-froid apparent que je montrai en leur répondant en désarma plusieurs. Si bien que l’un de ceux-ci dit : C’est un bon b., il ne faut pas lui faire de mal. Aussitôt tous disparurent, comme par enchantement, en disant Allons chez le curé et à la gendarmerie !
»A l’instant même je recommandai de nouveau au receveur de vider entièrement sa caisse, ce qui eut lieu puisqu’il ne perdit pas un centime des fonds de sa recette, et je montai chez moi, où je pris douze mille francs que j’avais en billets (et que j’ai fait voir aux commissaires du 1er arrondissement) plus une caisse d’argenterie non domestique, enlevai dans une petite charrette mon lit complet, une pendule, des cachemires, quelques menus objets et des cartons contenant des vêtements de femme.
»Je me disposai à faire un second voyage lorsque j’entendis revenir la bande qui avait quitté la barrière quelques instants avant mais alors la plupart de ceux qui la composaient et dont le nombre avait beaucoup augmenté étaient ivres. Il n’y eut plus moyen de leur faire entendre raison.
»En un instant le bâtiment fut envahi, les menaces les plus violentes furent proférées, et plusieurs coups de fusil tirés contre les employés et notamment contre ma femme, qui fuyait par le jardin, donnant la main à ses enfants.
»Je fus également obligé de disparaître car j’entendais qu’on disant en parlant de moi, Pour cette fois il nous faut sa tête, nous l’aurons n’importe où !
»Malgré ses menaces, je restai dans l’intérieur à quelques pas de la barrière et ne tardai pas à apprendre que ces misérables avaient enfoncé ma cave, qu’ils buvaient et se distribuaient pour plus de quatre mille francs de vin qu’elle renfermait (Jeanson était propriétaire en Champagne, N.D.A.].
»Peu de temps après, je vis jeter par les fenêtres tous mes meubles et ceux des autres habitants de la barrière, enfin ce ne fut qu’à la nuit que, le cœur navré de pareilles scènes, je me retirai dans une maison dont je suis propriétaire aux Batignolles.
»A peine y étais-je que j’entendis à ma porte se renouveler les menaces les plus violentes contre moi. Plusieurs de mes voisins vinrent me dire que, dans l’intérêt même de la commune, il était prudent que je m’éloignasse, ce à quoi je me décidai vers 4 heures du matin, en escaladant les murs de mon jardin. De retour le 30, j’acquis la certitude que tout absolument tout ce que je possédais à la barrière avait été brisé, brûlé ou enlevé. La cour du bâtiment de la barrière était remplie d’un monceau énorme de débris, que j’eus soin de rassembler pour servir de pièces de conviction. […] » Jeanson s’occupa aussi de faire percevoir une indemnité compensatrice pour Chambre, qui avait eu tout son mobilier perdu dans l’incendie de l’octroi, où il habitait. Jeanson demeurait 46, rue des Dames aux Batignolles en 1830. Archives de Paris VK3 10 ; Archives de Paris VD6 92 Mairie du (ancien) Ier arrondissement.