Joarhit, Pierre

Biographie


Né le 12 juin 1789 à Gex (Ain). Décatisseur de draps. Dans une lettre adressée au général Fabvier, président de la Commission des récompenses nationales, il donnait les indications biographiques suivantes : « […] Dans le 3e régiment d’infanterie légère depuis 1808 jusqu’en 1815, j’ai fait les campagnes d’Autriche, d’Espagne, de France et reçu des blessures graves dans divers combats. Incorporé en 1816 dans la 81e légion de Vaucluse, sous-officier de voltigeurs, des injustices de tout genre faites aux anciens serviteurs, dont les récompenses, les grades étaient le prix non du mérite mais de la naissance, je pris le service en dégoût et me retirai en 1820 dans mes foyers pour m’y livrer à des travaux moins glorieux mais non moins importants pour mon pays. Je me jetai dans la fabrication des draps, j’examinai attentivement l’état de cette branche d’industrie et je ne tardai pas à être convaincu que la confection de ces étoffes était loin du point de perfectionnement où elle pouvait arriver. Par un travail opiniâtre et au moyen de changements opérés dans le système de manipulation, c’est-à-dire au moyen de l’application de la vapeur de l’eau bouillante, je suis arrivé à donner aux draps ce lustre, ce brillant, cet éclat (connu sous le nom de lustre d’apprêt indestructible) que l’on désirait tant et qui fait qu’aucune puissance étrangère ne peut soutenir la rivalité avec nous. Deux brevets me furent accordés pour cette découverte, l’un d’invention en 1826 et l’autre de perfectionnement en 1829. Mais ses brevets, loin de contribuer à m’enrichir, ont contribué au contraire à m’appauvrir, vu d’une part la mauvaise législation sur la matière pour l’amélioration de laquelle tous les Français font des vœux et vu d’autre part le grand nombre de contrefacteurs que j’ai eu à poursuivre et pour la poursuite desquels j’ai sacrifié au fur et à mesure mes bénéfices et mon avoir. » Il lui faisait parvenir, d’autre part, un Détails sur la conduite quà tenue le sieur Joarhit, décatisseur, demeurant rue Tirechappe, n° 10, dans les mémorables journées des 27, 28 et 29 juillet dernier, et ainsi rédigés : « M. Joarhit, ancien sous-officier, ayant dix ans de service dans la vieille armée, fut un des premiers qui a pris les armes. Le 27, après avoir fabriqué des cartouches, il se rendit dans la rue Saint-Antoine, où étaient les cuirassiers et se joignit à un ancien chef de parc de la Vieille Armée, son voisin, M. Ots, brave soldat qui se battait en déterminé. Plusieurs ouvriers étaient embusqués dans les allées et aux coins des rues. Il les appela, les réunit et, par un feu bien nourri, ils obligèrent les cuirassiers à se retirer. Le mercredi 28 juillet Joarhit sortit de chez lui à l’insu de sa femme et de ses enfants et se porta dans les rues du Roule, Saint-Honoré et Saint-Germain-l’Auxerrois, où il se battit contre les Suisses et les gardes royaux jusqu’à la nuit. Le jeudi 29, il se rendit encore dans la rue Saint-Germain-l’Auxerrois. D’abord peu nombreux, les combattants se virent bientôt en nombre, les élèves de l’Ecole polytechnique ayant amené un grand nombre de citoyens. Alors il marcha avec eux sur le Louvre, qui fut pris en peu de temps. Joarhit avait fait afficher des écrits dans diverses rues, pour appeler les Français aux armes et électriser le peuple. La journée finie, il se joignit à quatre-vingt-dix gardes nationaux de la rue des Bourdonnais pour faire patrouille toute la nuit et veiller à la sûreté des habitants. Ce ne fut que le 31 qu’il déposa les armes. » Il joignait plusieurs certificats qui attestaient sa participation aux combats et qui concluaient : « Ses vœux, son désir et son opinion ont toujours été manifestés publiquement pour l’élévation au trône de roi des Français de Sa Majesté Philippe 1er, duc d’Orléans. » Signé : Glaudot, Jean-Baptiste (voir ce nom), demeurant 10, rue Tirechappe ; Guillemard ; Ytasse (voir ce nom), demeurant 10, rue Tirechappe ; Montel, demeurant 3, rue Tirechappe ; Piel, demeurant 9, rue Tirechappe ; Thevenon, demeurant 1, rue des Bourdonnais ; veuve Bettembost, demeurant 10, rue Tirechappe ; Crampel, demeurant 1, rue du Roule (voir Crampel, Louis, André) ; illisible …mard, demeurant 12, rue Tirechappe ; Ots, Martin, François (voir ce nom). Le dossier d’examen de ses droits fut instruit par la Commission des récompenses nationales de la mairie du (ancien) IVe arrondissement. Il reçut la médaille de Juillet auprès de la mairie de cet arrondissement (sous le nom de Joarbit, Pierre sur les listes du Bulletin des lois et sur celles du Moniteur universel). Il signa un certificat en faveur d’Ots, Martin, François, pour attester que ce dernier s’était « distingué dans les journées des 27, 28 et 29 juillet dernier en prenant les armes et volant au secours de la patrie et liberté en danger. Il s’est battu rue Saint-Antoine contre les cuirassiers qui venaient pour prendre la place de Grève, faisant partie de ceux de nos braves qui ont pris le Louvre avec tant de courage. Il n’a déposé les armes qu’après la journée du 31 ». Sa médaille et son brevet lui furent délivrés le 30 septembre 1831. Il apostilla la demande de décoration présentée par Hardouin, Michel. En 1830, il était sergent dans la garde nationale. Il signa le certificat suivant en faveur de Glaudot, Jean-Baptiste : « Nous, soussignés, habitants de la rue Tirechappe à Paris, certifions que le sieur Glaudot, Jean-Baptiste, décatisseur, demeurant même rue n° 10, ancien garde national, s’est distingué dans les journées des 27, 28 et 29 juillet dernier, en prenant les armes et volant au secours de la patrie en danger. Il est un de ceux qui ont fait feu sur les Suisses et pris le Louvre. Pendant ces mémorables journées, il n’a pas discontinué de se montrer bon soldat et fidèle garde national. Il s’est battu avec une intrépidité et un courage héroïques. Malgré ses grandes fatigues, il n’a point quitté son arme que le 30 suivant. Dans la nuit du 29 au 30, il s’est joint à la compagnie de la rue des Bourdonnais pour faire patrouille et maintenir l’ordre, le repos et la tranquillité du peuple. Son vœu, son désir et son opinion ont toujours été manifestés publiquement pour l’élévation au trône de Sa Majesté Louis-Philippe Ier, duc d’Orléans. » En 1832, il était décatisseur de draps à Saint-Etienne et déposa un brevet d’invention pour un appareil à décatisser les draps à la vapeur d’eau bouillante. En 1848, il demanda, comme l’annonçait les journaux, le remplacement de son brevet de médaillé (sans doute pour remplacer par les effigies de la république les effigies royalistes). A cette occasion, il donnait les indications biographiques suivantes : « […] J’ai l’honneur de vous observer citoyens que je ne suis pas fortuné, il s’en faut de beaucoup. Inventeur breveté sans garantie du gouvernement pour le décatissage indestructible des draps, qui m’a suscité un grand nombre de contrefacteurs pour cette invention, dont ils se sont groupés en association pour résister avec plus de force contre mes poursuites. Ils ont corrompu la religion de mes juges, qui n’étaient pas de mon opinion ; ces derniers m’ont condamné à tous les frais et dépens ; j’ai été ruiné, brise et anéanti comme le pot de terre qui a voulu lutter contre le pot de fer. D’autre part, j’ai servi ma patrie avec honneur et probité pendant dix ans, sans jamais avoir reçu aucune récompense que la médaille de juillet 1830. Depuis plusieurs années, j’ai aussi le malheur d’être affligé en hiver d’un cathare aigu asthmatique, qui altère chaque année ma santé et qui m’empêche de pouvoir travailler avec activité de mon état de décatisseur pour gagner la nourriture de mes enfants qui sont encore à ma charge, au nombre de six, quatre filles et deux garçons dont le plus jeune n’a que six ans. » Il déposa, en décembre 1838, un brevet d’invention pour un appareil portatif propre à donner à domicile des douches et des bains de vapeur à la russe. Il demeurait à Saint-Etienne en 1826 ; 10, rue Tirechappe en 1830 ; 53, rue Tirechappe en 1831 ; cour Saint-Charles, rue de Villard à Lyon (Rhône) en 1831 ; à Saint-Etienne en 1832 ; 7, petite rue Longue à Lyon en 1838-1848. Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la médaille instituée par la loi du 13 décembre 1830 sur les récompenses nationales, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la médaille instituée par la loi du 13 décembre 1830 sur les récompenses nationales, Le Moniteur universel, 19 juin 1831 ; Archives de Paris Vbis1K4 2, Département de la Seine, IVe arrondissement, contrôle nominatif des citoyens décorés de la médaille de Juillet, 1831 ; Archives de Paris VD6 3, liste des décorés du (ancien) IVe arrondissement ; Archives de Paris VD6 277 in dossier Glaudot, Jean-Baptiste ; Archives de Paris VD6 278 et in dossier Hardouin, Michel ; Archives de Paris VD6 281 n° 1 in dossier Ots, Martin, François ; Archives nationales F/1dIII/39 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens proposés pour la médaille (ancien) IVe arrondissement ; Archives de la préfecture de police AA 394 ; Bulletin des lois 8e série, tome VI, Paris, 1827, Imprimerie royale, n° 136 bis, p. 58 ; Description des machines et procédés consignés dans les brevets dinvention, de perfectionnement et dimportation, publiée par les ordres du M. le ministre du Commerce et des Travaux publics, tome XXII, Paris, chez Huzard, p. 402 ; Indicateur lyonnais commercial, industriel, administratif et judiciaire pour 1842, contenant une liste par ordre alphabétique des habitants de la ville de Lyon et de ses faubourgs daprès le dernier recensement administratif, Lyon, chez Ayné, 1842, p. 179 ; Bulletin des lois IXe série, tome 18, n° 656, Paris, 1839, Imprimerie royale, p. 523.

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