Joly, Joseph

Biographie


Né le 12 mai 1793 à Saint-Quentin. Marchand de vin. Il fut un des témoins au procès des anciens ministres de Charles X en décembre 1830. Le procès-verbal de sa déposition fut ainsi retranscrite : « D. Savez-vous comment a commencé, au lieu où vous vous trouviez, le combat entre la troupe et les citoyens, dans la journée du mardi 27 juillet ? – R. Dans l’après-midi, j’ai d’abord vu des détachements de gendarmerie à cheval envahir la place du Palais-Royal, et disperser à coups de sabre les citoyens qui s’y trouvaient réunis, et qui criaient Vive la Charte ! La place fut bientôt déblayée : toutes les personnes qui débouchaient par la rue Saint-Thomas-du-Louvre étaient arrêtées, conduites au poste de gendarmerie et accablées de mauvais traitements. Je dois même dire que j’ai vu, dans le poste, un citoyen renversé par un maréchal-des-logis de gendarmerie, qui l’a tué à coups de talon de botte et de crosse de fusil. Après trois coups de fusil tirés par des soldats de la garde royale, les premières décharges ont été faites sans provocation par les détachements du 3e régiment qui stationnaient sur la place et qui ont été exécuter des feux de peloton du côté de la rue du Lycée. Je mentionnerai un autre fait dont j’ai été témoin, et qui s’est passé sous mes fenêtres. J’ai entendu un chef d’escadron de gendarmerie intimer à un jeune officier d’un régiment de ligne l’ordre de tirer sur le peuple. Cet officier répondit qu’il n’avait point reçu d’instruction : un papier fut alors exhibé par le chef d’escadron. L’officier répliqua par un signe négatif, et en inclinant son épée vers la terre. J’ajouterai enfin que j’ai vu des officiers et des sous-officiers distribuer de l’argent aux soldats, et que M. le commissaire de police Mazug circulait sans cesse sur le front des détachements, paraissant donner des ordres à la troupe. » Il déposa un dossier devant la Commission des récompenses nationales instituée après la Révolution de Février. Il adressa en effet, le 15 mars 1848, la lettre suivante à la Commission : « […] Ancien marchand de vin, place du Palais-Royal, ancien officier dans la 1re compagnie, 1er bataillon, Ire légion de la garde nationale […] Par suite de fâcheux événements, causés en grande partie par ses opinions républicaines, il se trouve maintenant réduit à un état voisin de la misère ; qu’en toutes circonstances il a fait preuve de son dévouement au parti qu’il a ardemment embrassé soit par des sacrifices d’argent soit de tout autre manière. Qu’en 1830, particulièrement lors du procès des ministres de Charles X il fit tous ses efforts pour mettre la justice à même de prononcer un arrêt équitable contre ces agents d’un tyran, qu’il fut appelé comme témoin et qu’il vint rendre témoignage à la vérité, qu’en sortant il fut menacé d’être poignardé ; que l’on peut encore retrouver encore les traces de sa déposition dans les archives de la Chambre des pairs ; que depuis environ deux ans il est affligé d’une paralysie qui l’empêche de parler et qui par conséquent le met hors d’état de [pourvoir à ses besoins] […]. » Il invoquait dans sa lettre d’être connu de Barbès et de Bastide. La Commission le recommanda pour une pension de quatre cents francs, ajoutant : « Ce citoyen est complétement ruiné et l’était de paralysie dans lequel il se trouve l’empêche de pourvoir à ses moyens d’existence. » Il était marié en 1848. Il demeurait 23, rue de Chartres en 1830 ; 1, rue des Amandiers près le Panthéon en 1848. Procès des derniers ministres de Charles X, tome Ier, Paris, chez Audot, 1830, déposition de Joly, p. 357-358 ; Archives de la préfecture de police AA 394.

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