Jouffroy d’Eschavanes, Edouard
Biographie
Né vers 1810 à Plaisance (Italie). Ancien élève de la Marine et élève de l’Ecole centrale. Il ne réussit pas à faire valoir ses droits auprès de la Commission des récompenses nationales. On trouve dans le récit que fit Chevalier, Louis, Albert de sa propre participation aux combats de Juillet, des indications sur la participation de Jouffroy d’Eschavanes : « [Le 29 juillet après la prise de la caserne de Babylone] Un de mes amis, Edouard Jouffroy (d’Autun), demeurant alors n° 56, rue de la Montagne-Sainte-Geneviève, avec qui j’allais depuis à Rambouillet, fut laissé pour commander le poste que l’on plaça dans la caserne. […] Le 3 août, j’allais à Rambouillet avec M. Edouard Jouffroy d’Eschavannes (d’Autun) […]. » Le 2 mai 1831, Jouffroy d’Eschavanes adressait la lettre suivante à un des membres de la Commission des récompenses nationales (non identifié) : « Monsieur, ce que vous m’avez dit ce matin m’a prouvé que la Commission n’était pas dans le dessein de m’accorder la décoration de Juillet. N’étant pas habitué à intriguer, j’ai l’honneur de vous prévenir que mon intention est de retirer les papiers que j’ai présentés dans le cas où on ferait la moindre difficulté pour m’accorder la décoration lorsque vous aurez la complaisance de présenter mes réclamations. Vous savez qu’un homme d’honneur ne doit jamais se décorer d’un signe que l’on croirait qu’il n’a pas mérité ; c’est pour quoi, monsieur, je m’adresse à vous comme à un ami pour m’instruire de ce qui se passera à mon égard dans le conseil des membres. Cependant, ne voulant pas passer pour un impudent qui ose se glorifier de ce qu’il n’a pas fait, je promets de prouver par des témoins tout ce que j’ai avancé dans mon rapport. Si j’ai désiré la décoration, ce n’est pas par ambition, soyez-en bien persuadé, mais seulement parce qu’elle sera toujours un signe de ralliement entre les patriotes et que l’on pourra compter sur ceux qui la porteront pour la défense de la liberté. J’ai déjà combattu trois fois pour la liberté, en Grèce, en France et en Espagne ; jamais l’ambition ne m’a guidé mais l’honneur et l’amour de la liberté. Mon pays, je le sais, ne me doit rien pour les services que j’ai rendus aux autres, aussi je ne réclame rien comme ayant rendu des services à l’étranger ; ils sont d’ailleurs si faibles que je ne devrais pas les compter. Je voulais seulement avoir bien mérité de ma patrie, mais elle me demande plus ; je le ferai lorsqu’elle m’appellera. La patrie peut se tromper en remerciant ses enfants ; ses enfants ne se trompent jamais en la défendant. Je vous prie, monsieur, si la Commission hésite un instant, de retirer mes réclamations. Veuillez me pardonner si je fais appel à votre honneur mais, entre patriotes, je crois qu’on peut se le permettre. Agréez, etc. » Il déposa un dossier à la Commission des Réclamants ([ancien] XIe arrondissement), sise 10, rue Bourg-Labbé, puis 6, rue Dalayrac, afin d’obtenir la Croix de Juillet. Il était porteur de plusieurs certificats. Le premier certificat, ainsi rédigé : « Je, soussignée, supérieure de la maison de la Providence, rue des Brodeurs n° 10, certifie que M. Jouffroy Deschavannes a pris une part très active dans la prise de la caserne de Babylone, qu’il a fait conduire dans notre maison trois prisonniers suisses, qu’il y a établi un poste et qu’il s’est occupé avec beaucoup de soin et de zèle de nous faire conduire les blessés. » Signé, le 22 juin 1831 : sœur Madeleine. Le deuxième certificat, ainsi rédigé : « Nous, soussignés, réfugiés italiens, déclarons sur notre honneur que le sieur Jouffroy, sous-lieutenant, faisait partie de l’expédition qui devait avoir lieu pour entrer en Savoie, qu’il s’est toujours comporté en brave patriote et qu’il a donné en tout temps des preuves non équivoques en faveur de la liberté constitutionnelle. » Signé, le 25 juin 1831 (pour les noms lisibles) : Roccatti ; Solidini, L., R. ; Milsagio ; Ghersi, capitaine. Le troisième certificat, ainsi rédigé : « Je, soussigné, ex-capitaine de la 1re compagnie du corps des étudiants, certifie que M. Jouffroy, Edouard, élève de l’Ecole normale, ex-élève de Marine, a contribué dans nos rangs aux belles journées des 27, 28 et 29 juillet 1830, notamment à la prise de la caserne rue de Babylone, où, seul, il a fait le service d’une pièce de canon, qu’il a fait partie du détachement envoyé sous mes ordres à l’expédition de Rambouillet et que, dans toutes ces circonstances, il a montré un zèle et un patriotisme dignes des plus grands éloges. » Signé, le 17 août 1830 : Lebas (voir Lebas, Philippe), ancien aspirant de 1re classe, professeur au collège Saint-Louis, demeurant 15, rue Féron ; Durande (voir Durande, Etienne, Jules), élève de l’Ecole polytechnique ; Gouguet, Charles (voir Gouguet, Jean, Charles), élève de l’Ecole polytechnique ; Pieraggi (voir Pierraggi, Jacques, Pierre), ex-capitaine de la 3e compagnie des étudiants ; Douda, Louis (voir ce nom), élève en médecine et en pharmacie ; Guietand, élève en médecine ; Solignac (voir Solignac, Napoléon, Marie, André, Alexandre), élève de l’Ecole polytechnique. Le quatrième certificat, ainsi rédigé (en espagnol ; nous en donnons la version traduite : « Je certifie que M. Edouard Jouffroy a servi comme sergent dans la Compagnie sacrée, depuis le mois d’août 1830 jusqu’au mois de novembre de la même année illisible à la frontière d’Aragon. Il s’est distingué par sa bonne conduite et par son amour du service de la cause de la liberté. » Signé, le 27 avril 1831 : Don Pedro Mendez de Vigo, maréchal de camp. Il signa, le 14 mars 1848 et comme « ancien officier d’ordonnance du général Mendez Vigo », le certificat suivant en faveur de Jouglas, Félix, Charles, Auguste : « Je certifie que le nommé Félix Jouglas faisait partie de la compagnie sacrée qui, en 1830, sous les ordres du général Mendez Vigo, pénétra en Espagne pour y porter l’indépendance. Je me plais à déclarer qu’il remplissait les fonctions de secrétaire d’état-major et qu’il s’est distingué à l’affaire de la venta de Sau Carlos, où périt le général Don Pablo. Il est aussi à ma connaissance que M. Félix Jouglas, voulant consacrer son ardent patriotisme à la cause italienne, a ensuite fait partie de l’expédition du Pont-de-Beauvoisin, dirigée par le général Ramorino. » Il demeurait 56, rue de la Montagne-Sainte-Geneviève en 1830 ; 55, rue Saint-Jacques en 1831 ; 68, rue de Babylone en 1848. Archives de Paris VK3 42 in dossier Chevalier, Louis, Albert ; Archives de Paris VK3 46 ; Archives de la préfecture de police AA 395 (aussi sous le nom de Jouffroy, Joseph, Louis, Edouard) ; Archives de la préfecture de police AA 395 in dossier Jouglas, Félix, Charles, Auguste.