Jouglas, Félix, Charles, Auguste
Biographie
Né le 13 novembre 1809 à Berlin, de parents français, et pourtant présentant en 1848 une demande de naturalisation. Homme de lettres. Il déposa un dossier devant la Commission des récompenses nationales instituée après la Révolution de Février, et qui nous donne quelques indications sur sa participation à la révolution de Juillet. Il adressait en effet la lettre suivante à la Commission : « […] J’entrais dans ma vingt et unième année lorsqu’arriva la révolution de 1830 ; mes états de service comme républicain datent de cette époque. Imbu de bonne heure d’idées libérales, c’est-à-dire nobles, généreuses, ayant pour principe l’intelligence, le patriotisme mais surtout la haine de l’égoïsme et de l’oppression, je combattis le 27 et le 28, pour renverser la monarchie du droit divin. Je fus blessé au genou et atteint à l’épaule gauche par une balle morte, rue Saint-Honoré, au coin de la rue du 29-Juillet, appelée alors rue du Duc-de-Bordeaux. Le 26, j’avais été arrêté et enfermé pendant deux heures au poste de gendarmerie place de la Bourse, pour avoir crié A bas les ordonnances ! Guéri de ma blessure, je m’enrôlai pour la cause espagnole. Je remplissais les fonctions de secrétaire auprès du général Merdez Vigo et je payai de ma personne à l’affaire de la Venta de Sau Carlos, où périt le général Don Pablo. Plus tard, forcé de rentrer en France, je fis partie de l’expédition qui, sous les ordres de Ramorino, tenta de rendre l’Italie, indépendante. Après cette échauffourée, je me rendis à Bar-le-Duc, où cinq à six cents hommes formaient le premier noyau de la Légion étrangère. Alors qu’il n’y avait encore aucun officier nommé par le ministre, j’organisais, sous la direction du sous-intendant militaire M. Gosse de Serlay, un corps indiscipliné, qui fut ensuite formé plus militairement par son lieutenant-colonel M. Clavet-Gaubert. Je fus spécialement chargé, pendant plusieurs mois, du logement des nombreux détachements qui arrivaient de différents points ; et il faut bien croire que je m’acquittai de ces fonctions avant autant d’intelligence que de délicatesse et de désintéressement puisque, d’un commun accord, le préfet, le maire, l’intendant militaire, le lieutenant-colonel de la Légion et d’autres officiers me proposèrent pour sous-lieutenant, dans une pétition que je remis à Louis-Philippe, lors de son passage à Verdun. Ma conduite pendant les journées de Juillet y était invoquée ainsi que mon dévouement à la monarchie nouvelle, entourée qu’elle promettait d’être d’institutions républicaines. Néanmoins, au lieu de tenir compte des services que j’avais rendus et d’avoir égard au témoignage de mes supérieurs, témoignage tout favorable à ma nomination, on s’en prit à mes opinions et, revenant sur une décision ministérielle qui m’avait admis à jouir de la faible demi-solde de sous-lieutenant pendant les quelques mois que j’en avais rempli les fonctions, on m’offrit d’être seulement sous-officier. L’espoir d’un prompt avancement en Afrique me fit accepter le grade de sergent-fourrier mais je ne devais pas l’occuper longtemps. Désigné comme chef de je ne sais quel complot imaginaire des sous-officiers, je dus sans doute à l’intervention de quelques-uns de mes chefs, dont je m’étais concilié l’amitié, de ne pas être traduit devant un conseil de guerre, car on se contenta de me casser de mon grade. Toutefois, il est vrai de dire que je continuai d’en remplir les fonctions pendant tout le temps que j’ai servi en Afrique. Las de la carrière militaire, vers laquelle je m’étais senti appelé cependant, je me fis réformer et revins vers la fin de 1833 à Paris. De nouveaux tourment m’y attendaient. J’eus des démêlés avec les limiers de la police ; les visites domiciliaires ne me furent pas épargnées et, à la suite d’une rixe avec des sergents de ville, je subis trois mois de prévention à La Force mais comme j’avais été fort maltraité je fus acquitté. J’arrive aux journées de Février. Le premier jour, je me dirigeais vers la Madeleine pour protester avec quelques vrais patriotes contre le parti pris d’empêcher la grande manifestation qui devait avoir lieu. Refoulés vers le boulevard par un détachement de gardes municipaux à cheval, nous fûmes forcés de nous éloigner, par suite de l’impossibilité où nous nous trouvions d’opposer aucune résistance, étant tous sans armes. Près le ministère des Affaires étrangères, j’aidais un commerçant à fermer sa boutique, tout en exhortant ses voisins à faire de même lorsque je fus renversé par d’autres gardes municipaux qui avaient envahi le trottoir. J’en fus quitte pour quelques contusions. Le soir du même jour, je me trouvais à la caserne du faubourg Saint-Martin avec des gardes nationaux employant tous nos efforts à contenir la foule, qui, de même qu’en 1830 voulait mettre le feu à cette caserne (ce qui malheureusement eut lieu le lendemain). Au moment où tout Paris se réjouissait de la chute du ministère, j’appris que plusieurs gardes nationaux venaient de tomber, atteints par le feu de la troupe ; alors, suivi d’un grand nombre d’ouvriers, j’allai chez un marchand de fer du faubourg et me fis délivrer des pinces pour enlever les pavés. Une formidable barricade s’éleva aussitôt à la porte Saint-Martin. Dès le lendemain matin, je dirigeai la construction d’une autre barricade rue des Petite-Ecuries. Bien que peu de personnes crussent à l’avivement prochain de la république, je déclarais que nous allions combattre pour l’obtenir et me ralliai quelques partisans résolus à vaincre ou mourir. Tels sont, citoyen président, les gages que j’ai donnés à la république : voici ceux que je veux lui offrir encore. Je veux, de toute mon énergie, contribuer à en assurer le maintien et m’opposer, comme je l’ai fait aux funestes journées de juin [1848, N.D.A.], aux tentatives insensées qui essaieraient de lui substituer une autre forme de gouvernement. Fidèle à cette devise : Liberté, égalité, fraternité, je n’oublierai jamais que la liberté ne peut régner sans l’ordre et qu’il n’y a pas d’égalité possible sans la fraternité […]. » Il précisait sans sa lettre avoir « obtenu une mention favorable au Moniteur », sans doute pour sa participation au maintien de l’ordre en juin 1848. Dans une autre lettre il donnait comme précisions biographiques qu’après sa libération du service, il avait travaillé en qualité de secrétaire chez les généraux Trezel et Danlion comme employé à la colonisation de l’Algérie, que de retour en France, il fut pendant six ans rédacteur à l’Agence des feuilles politiques, rue Jean-Jacques-Rousseau fournissant aux journaux de Paris et des départements de province les nouvelles de l’étranger, qu’il avait été chef de la correspondance chez Marsurzi de Aguirre, banquier 6, rue de la Révolution et ne quitta cet emploi que par suite de la liquidation de cette maison depuis la Révolution de Février. Il joignait plusieurs certificats à sa demande. Le premier certificat, ainsi rédigé : « Je, soussigné, demeurant en 1830, rue des Filles-Saint-Thomas n° 21, certifie y avoir connu le nommé Félix Jouglas. Je puis affirmer qu’il a pris une part active à la révolution de Juillet pendant les journées des 27, 28 et 29 et que bien que blessé au genou droit et à l’épaule, il n’a fait aucune démarche pour obtenir une récompense puisque dans le courant du mois d’août il partit pour l’Espagne. » Signé le 14 mars 1848 : Chapron, négociant, demeurant 7, rue de la Paix. Le deuxième certificat, ainsi rédigé : « J’atteste que les faits ci-dessus sont entièrement conformes à la vérité et qu’il est en outre à ma connaissance que M. Félix Jouglas est resté prisonnier pendant au moins deux heures au poste de gendarmerie de la place de la Bourse, le 26 juillet 1830, pour avoir manifesté d’une manière énergique son opinions au sujet des ordonnances. » Signé, le 18 mars 1848 : Réal, A, demeurant 9, rue Neuve-Saint-Sauveur. Le troisième certificat, ainsi rédigé : « Je certifie que le nommé Félix Jouglas faisait partie de la compagnie sacrée qui, en 1830, sous les ordres du général Mendez Vigo, pénétra en Espagne pour y porter l’indépendance. Je me plais à déclarer qu’il remplissait les fonctions de secrétaire d’état-major et qu’il s’est distingué à l’affaire de la venta de Sau Carlos, où périt le général Don Pablo. Il est aussi à ma connaissance que M. Félix Jouglas, voulant consacrer son ardent patriotisme à la cause italienne, a ensuite fait partie de l’expédition du Pont-de-Beauvoisin, dirigée par le général Ramorino. » Signé, le 14 mars 1848 : Jouffroy d’Eschavanes (voir Jouffroy d’Eschavanes, Edouard), ancien officier d’ordonnance du général Mendez Vigo, demeurant 68, rue de Babylone. Le quatrième certificat, ainsi rédigé : « Je certifie que, travaillant au bureau de traduction des Nouvelles étrangères, rue Jean-Jacques-Rousseau n° 3, en 1835, M. Jouglas, un des collaborateurs de ce bureau, fut l’objet d’une visite domiciliaire pour cause politique. » Signé, le 4 mars ou 4 mai 1848 : la signature n’est plus lisible, seul reste le prénom : Albert. Le cinquième certificat, ainsi rédigé : « Je, soussigné, certifie avoir rencontré lors de la Révolution de Février, le citoyen Félix Jouglas en différents endroits, haranguant la foule et notamment au faubourg Saint-Martin, à la caserne des gardes municipaux, où il exhortait les soldats du 52e de ligne à ne pas faire usage de leurs armes contre le peuple, enfin partout où je l’ai vu, il encourageait à la résistance pour amener le renversement d’un pouvoir corrupteur. J’affirme en outre que le 24 au matin le citoyen Jouglas a, un des premiers, organisé des barricades rue des Petites-Ecuries. » Signé, le 7 mars 1848 : Abazaer, demeurant 24, rue des Petites-Ecuries. Le sixième certificat, ainsi rédigé et à en-tête du bureau de bienfaisance du (ancien) IIIe arrondissement : « Citoyen, j’ai reçu la lettre par laquelle vous m’informez de votre détermination à vous charger, conjointement avec votre épouse, de l’éducation de deux jeunes filles pauvres de l’arrondissement, à titre d’offrande patriotique en faveur de la république. J’ai fait part au bureau de bienfaisance, que je préside, de vos intentions et, en attendant que je puisse vous faire connaître les sujets sur lesquels son choix se sera fixé, je vous fais tous remerciement en son nom et au mien de vos louables dispositions et vous prie d’agréer etc. » Signé : Hamelin, maire du (ancien) IIIe arrondissement. Sans emploi et à bout de ressources, il sollicitait un emploi dans une ligne de chemin de fer. Il fut proposé par la Commission pour un emploi d’expéditionnaire dans un bureau et pour recevoir le signe honorifique qui devait perpétuer la mémoire de la Révolution de Février mais qui ne fut jamais institué. Il était marié depuis deux ans et demi à une institutrice et était père de deux filles, l’une âgée de deux ans et l’autre nouveau-née en 1848. Il fit une demande de naturalisation le 28 mars 1848. Il demeurait 19 bis, rue des Petites-Ecuries en 1831. Archives de la préfecture de police AA 395 ; Archives nationales BB/11/535, dossier n° 5306 X4 ; Annuaire général du commerce, de l’industrie, de la magistrature et de l’administration ou almanach des 500.000 adresses de Paris, des départements et des pays étrangers, Société des annuaires, Firmin-Didot, Paris, 1853.