Labarthe, Antoine, Marie

Biographie


Né le 25 thermidor an XI rue Pannecau à Bayonne (Pyrénées-Atlantiques) de Etienne Labarthe, gendarme de la marine, et de Dusau ou Dussau, Jeanne, Thérèse, demeurant alors rue Pannecau. Premier garçon tailleur, depuis le 4 mars 1829 chez Legaud, marchand tailleur 14, cloître Saint-Honoré. Il combattit dès le 27 juillet. Le 29 vers midi, il fut gravement blessé au coin des rues de Rohan et Saint-Honoré, de trois balles, l’une à la tête et les deux autres dans la poitrine. Il mourut le jour même des suites de ses blessures. Le dossier des droits que son décès entraînait fut instruit par la Commission des récompenses nationales de la mairie du (ancien) IVe arrondissement. Le 28 février 1831, devant le juge de paix du (ancien) IVe arrondissement, comparurent : Bastide, François, tailleur d’habits, demeurant 14, rue Coquillière ; Lalanne, Jean, marchand tailleur d’habits, demeurant 5, rue Mercière ; Passe, Jean, marchand tailleur, demeurant 4, rue du Four-Saint-Honoré. Ils attestèrent avoir parfaitement connu Labarthe, Antoine, Marie « et savoir qu’il est sorti de chez lui le 29 juillet à 9 heures du matin et que vers midi, au coin de la rue de Rohan et Saint-Honoré, il a été atteint de trois balles, l’une à la tête et les deux autres dans la poitrine et que le même jour et de suite il est mort de ces blessures ». Le patron pour lequel Labarthe travaillait délivra le certificat suivant : « Je certifie que le sieur Antoine, Marie Labarthe, né à Bayonne, est entré chez moi pour travailler le 4 mars 1829 et qu’il en est sorti le 27 juillet 1830 pour se battre pour la liberté et a été tué le 29 rue de Rohan et qu’il s’est toujours bien comporté et par son travail soutenait sa sœur. » Signé, le 16 septembre 1830 : Legaud, demeurant 14, cloître Saint-Honoré. Suivaient les signatures de : Fiérard, serrurier, demeurant 12, rue du Cloître-Saint-Honoré ; Visbecq, demeurant 14, cloître Saint-Honoré ; Cordier, demeurant 16, rue du Cloître-Saint-Honoré ; Boué, Xavier. Labarthe laissait une sœur, Marie, Gabrielle (voir ce nom), née le 2 germinal an X (23 mars 1802) à Bayonne, giletière, orpheline de père et de mère, dont il était le soutien et à qui il procurait de l’ouvrage. La mère était décédée le 24 févier 1822 à Bayonne ; sur son acte de décès, elle est indiquée comme âgée de cinquante-neuf ans, fille de Dusau, Jean et demeurant 2, rue Douer à Bayonne Le 1er mars 1831, devant le maire du (ancien) IVe arrondissement, comparurent : Bullot, Pierre, Antoine, Michel, marchand tailleur, principal locataire du 49, rue de l’Arbre-Sec ; Burée, Charles, Nicolas, Denis, marchand faïencier, demeurant 49, rue de l’Arbre-Sec ; Lemerle, Jean, Eugène, marchand épicier, demeurant 66, rue de l’Arbre-Sec. Ils attestèrent connaître parfaitement Marie, Gabrielle Labarthe et avoir également bien connu Labarthe, Antoine, Marie « son frère, tué en combattant le 29 juillet 1830 et savoir que ladite demoiselle étant giletière recevait ses moyens d’existence de son frère, qui lui procurait de l’ouvrage ; que depuis la mort de ce dernier elle est loin d’avoir assez d’ouvrage et qu’en manquant souvent elle se trouve dans un grand état de gêne ». Cet autre certificat constatait aussi que Labarthe était le soutien de sa sœur : « Nous, soussignés, certifions qu’il est à notre connaissance que M. Antoine, Marie Labarthe, tué le 29 juillet 1830, était le seul soutien de Mlle Marie, Gabrielle Labarthe, sa sœur, en la faisant vivre du produit de son travail et que sa mort la met dans une position difficile. » Signé, le 25 février 1831 : Legaud, demeurant 14, cloître Saint-Honoré ; Lemerle, marchand épicier, électeur, demeurant 66, rue de l’Arbre-Sec ; Bussot, principal locataire du 49, rue de l’Arbre-Sec. Marie, Gabrielle reçut un secours de deux cents francs en septembre 1830, sur les secours distribués par Le Constitutionnel et cent trente-sept francs et cinquante centimes auprès de la mairie du (ancien) IVe arrondissement. Sa demande de pension fut refusée, étant âgée de plus de dix-huit ans. Elle retira les pièces qu’elle avait confiées à la Commission des récompenses nationales, le 30 mai 1831. Le Moniteur universel du 4 août 1831 relatait les faits suivants : « On écrit de Bayonne que les trois journées de Juillet ont été célébrées avec la dignité qui convenait à l’objet auquel elles étaient consacrées. Les Espagnols qui se trouvaient à Bayonne en ont été vivement émus… Le 27, après les cérémonies funèbres, on a posé la première pierre du mausolée qui doit être élevé en l’honneur de deux Bayonnais ; il portera l’inscription suivante : A la mémoire d’Ader et Labarthe, morts à Paris pour la liberté le 29 juillet. » La ville de Bayonne éleva en effet, place Montaut, un monument à sa mémoire et à celle d’Ader, autre Bayonnais. Pierre Hourmat apporte les précisions suivantes relatives à l’inauguration du monument : « Ce fut le premier jour de l’anniversaire de la révolution, le 27 juillet 1832, qu’un cortège composé de citoyens, et essentiellement, hommes du peuple, et de gardes nationaux se réunit par les rues du Pont-Mayou, Argenterie et place Notre-Dame au monument élevé près du porche ouest de la cathédrale. Les organisateurs avaient cependant obtenu le concours de la musique du 63e de ligne. Au pied du monument un premier discours fut prononcé par Viellajeux aîné, chef de bataillon de la garde nationale et conseiller municipal de la minorité d’opposition : il y déposa “l’hommage de la reconnaissance et de l’admiration de tous les Bayonnais… Honneur et gloire à Ader et à Labarthe !” “Hélas ! devait-il poursuivre, qu’il a pâli le soleil de Juillet car si la tyrannie d’un seul avait disparu, n’avons-nous pas encore le luxe de la Cour, le despotisme de l’or et des renégats ?… Alors [qu’en juillet 1830] tous les peuples d’Europe allaient s’unir à nous, aujourd’hui la Pologne n’est plus et l’Italie expire !…” Un ami de Gentil Ader, le jeune avocat Crabit, déposa à son tour “le tribut de son admiration et de sa douleur pour les deux héros bayonnais… lesquels, aujourd’hui, n’apercevraient qu’une absurde tyrannie au-dedans et des humiliations au-dehors”. Enfin, le capitaine des voltigeurs de la garde nationale, Hippolyte Guichenné, évoqua ces journées de prodiges de juillet 1830 et “les regrets amers”, qui les suivirent ; car, poursuivait-il, “où en étions-nous après deux années ? l’état malheureux de la France répondait assez à la question !” Après les discours et les applaudissements qui les accueillirent, la musique interpréta des airs de La Muette, de La Marseillaise et de La Parisienne, puis un nouveau défilé s’organisa, empruntant les rues de Luc et Poissonnerie, le pont et la rue Pannecau, la place des Capucins, la rue Bourgneuf et la place de la Liberté, où furent entonnés de nouveaux chants “nationaux” et “patriotiques”. Les adjoints n’assistèrent pas à la cérémonie d’hommage aux morts bayonnais de juillet 1830 ; leur présence, il est vrai, eût été un contraste parmi les hommes dévoués à la cause de la liberté ! On ne saurait s’étonner de l’absence des “autorités” et des notables à cette manifestation de nature politique destinée davantage à condamner le gouvernement de la Résistance qu’à célébrer l’héroïsme des deux combattants bayonnais. Le sous-préfet Dayme, dans son compte rendu des journées anniversaires adressé au préfet, énuméra “les honnêtes gens” qui avaient cru devoir s’abstenir ; lui-même n’avait pas voulu, par sa présence, autoriser “d’odieuses manifestations”, car il se doutait bien que les discours annoncés ne feraient que “jeter l’irritation dans la multitude”. Ces discours reprenaient les thèmes chers au journal de l’opposition ; ne lisait-on pas en effet dans la Sentinelle : “Le peuple seul avait vaincu, lui seul fut oublié… il demandait la liberté, ce fut un roi qu’il obtint ; il réclamait des économies, on doubla le budget ; il voulait la gloire, on lui donna la honte ; il espérait des jours de prospérité, on lui octroya la misère et les émeutes. La révolution de Juillet nous avait placés à la tête de l’Europe, aujourd’hui nous sommes isolés, bafoués par les rois et méprisés par les peuples que nous avons abandonnés”. » Le nom de Labarthe (A.-M. Labarthe) est inscrit sur la colonne de Juillet, place de la Bastille, et sur les tables du Panthéon. La municipalité de Bayonne donna le nom d’Antoine Labarthe à une rue de la ville. Labarthe demeurait 4, rue Belthizy ; sa sœur, 49, rue de l’Arbre-Sec en 1830-1831. Troisième et dernier état de distribution des secours patriotiques versés au Constitutionnel ; Le Moniteur universel, 4 août 1831 ; Archives de Paris DM13 1, préfecture de la Seine, tableau des décès qui ont eu lieu pendant les mois de juillet, août et septembre 1830, (ancien) IVe arrondissement ; Archives de Paris VD6 281 n° 1, Citoyens du (ancien) IVe arrondissement dont les noms ne sont point inscrits au Panthéon et dont la cause de la mort est douteuse quant à sa nature pour mériter l’inscription au Panthéon (son nom est pourtant inscrit sur la colonne de la place de la Bastille) ; Archives de Paris VD6 288 n° 7, (ancien) IVe arrondissement, Etat des morts et des blessés par suite des événements de juillet 1830 ; Archives nationales F/1dIII/33 Commission des récompenses nationales, deuxième état des citoyens tués ou blessés mortellement dans les journées de Juillet avec indication du champ de bataille où ils ont été frappés (201 citoyens) (ancien IVe arrondissement) ; Archives nationales F/1dIII/38 A, mairie du (ancien) IVe arrondissement de Paris, état par ordre alphabétique des blessés et autres victimes des événements de Juillet, secourus dans la mairie du (ancien) IVe arrondissement de Paris, du 8 octobre 1830 au 10 mars 1831, et depuis cette dernière époque jusqu’au 6 avril suivant, état de cent cinquante demandes formées en vertu des articles 1er, 2e, 3e, 4e et 11e, de la loi du 13 décembre 1830 et reconnues non fondées, et morts de Juillet, inscrits au Panthéon sans avoir donné lieu à liquider de pension ; Archives nationales F/1dIII/60 ; Archives nationales F/1dIII/64 dossier Lucotte ; Archives nationales F/1dIII/82, état des citoyens tués ou blessés mortellement dans les journées de Juillet, aussi liste des victimes de Juillet 1830, colonne de Juillet et aussi liste générale des citoyens morts dans les journées de juillet 1830, en combattant pour les libertés publiques et dont les noms sont inscrits sur les tables du Panthéon et sur la colonne de Juillet ; Archives nationales F/1/B/II Basses-Pyrénées 11 ; la Sentinelle, 21 avril 1832, 28 juillet 1832 ; Archives municipales de Bayonne, registre des délibérations du conseil municipal, 22 avril 1831, 26 mai, 20, 28 juillet 1832 ; Bulletin des lois, IXe série, tome 21, n° 746, Paris, imprimerie royale, février 1841, p. 83, liste générale des citoyens morts ou blessés mortellement dans les journées des 27, 28 et 29 juillet 1830, en combattant pour la défense des lois et des libertés publiques, les noms de ces citoyens sont inscrits sur les tables du Panthéon et sur la colonne de Juillet (et aussi Archives de Paris D1K1 138, qui contient les mêmes informations puisqu’il s’agit de ce même numéro du Bulletin des lois) ; Colonne de Juillet, liste officielle et par ordre alphabétique des citoyens tués ou blessés mortellement dans les journées de juillet 1830, Paris, chez Vve Demoraine et Boucquin, 1841 ; Bayonne au temps de la Monarchie de Juillet, Hourmat, publication de la Société des sciences, lettres et arts de Bayonne, 2004, p. 66 ; consulter aussi le Républicain du Sud-Ouest, d’août 1946 et Propos landais et bayonnais, 1932.

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