Lachaise, Eugène, Michel

Biographie


Né le 10 octobre 1798 à Paris, fils d’un entrepreneur de bâtiment. Architecte. Le dossier de ses droits fut instruit par la Commission des récompenses nationales de la mairie du (ancien) Xe arrondissement. Il reçut la médaille de Juillet auprès de la mairie du (ancien) Xe arrondissement. Sa médaille lui fut délivrée le 1er juillet 1831 et son brevet le 8 septembre de la même année. En 1831, à l’occasion des fêtes anniversaires de Juillet, il reçut, auprès de la mairie du (ancien) Xe arrondissement, vingt-cinq francs de gratification, à titre de décoré mais non blessé. En 1832, il était lieutenant à la Xe légion de la garde nationale et était de service, le 3 avril 1832. Alors que l’épidémie de choléra faisait de très nombreuses victimes dans Paris, cinq individus furent poursuivis par la foule et désignés à la vengeance publique, sous l’accusation d’être des empoisonneurs ; les individus poursuivis vinrent se réfugier dans le poste de la rue de l’Université, que Lachaise commandait, et Lachaise contribua à les préserver du lynchage que la foule voulait leur faire subir. Sa conduite fut l’objet d’un rapport rédigé par le commissaire de police, et que nous reproduisons comme un témoignage intéressant de l’effervescence qui agita les esprits au cours de l’épidémie et dont plusieurs personnes furent les victimes. Ce rapport était ainsi rédigé, en date du 17 avril 1832, par le commissaire de police du quartier des Invalide : « M. le préfet, j’ai eu l’honneur de vous faire connaître, par une lettre du 5 avril, les causes et les détails de l’arrestation des nommés Jonnard, Roost-Carré, ouvriers tailleurs d’habit, Benoit, Boudier et Brun, ouvriers et commis gantiers, poursuivis par la clameur publique qui les signalait comme empoisonneurs, comme distributeurs de dragées empoisonnées, rue de l’Université, au Gros-Caillou, près la ferme des Tabacs, le 3 avril vers 5 heures et demie du soir. J’ai eu l’honneur de vous présenter quelques détails sur la conduite honorable de M. Lachaise, lieutenant de la Xe légion, commandant le poste de la rue de l’Université et des divers détachements accourus pour nous secourir. Je prends la liberté de vous soumettre, avec la liste des gardes nationaux du poste de la rue de l’Université, quelques observations sur cette affaire importante et qui pouvait avoir des suites bien funestes, incalculables ! car le peuple est dangereux et l’on ne sait où il s’arrête lorsqu’il s’abandonne aveuglement à des fureurs sanguinaires. Les assassinats commis dans certains quartiers, presque dans le bureau d’un commissaire de police, sont des exemples trop récents et douloureux. Je ne crains pas de le dire, seuls, avec M. Lachaise et ses huit gardes nationaux, nous avons sauvé la vie aux six prévenus, qui, sans l’énergie et la prudence que nous avons apportées, eussent été arrachés de nos mains et livrés tous à une mort certaine par les cailloutins qui entouraient en masse notre poste et le cernaient, en criant A mort ! A mort ! Ils ne sortiront pas ! Il faut les hisser à la lanterne ! On a entendu une femme s’écrier qu’elle voulait un morceau du cœur de l’un des trois tailleurs, d’autres dire qu’ils voulaient se partager les morceaux. Nous ne nous dissimulions pas le danger de notre position et nous avions, M. Lachaise et moi, fait le sacrifice de notre vie, résolus de ne point livrer les prisonniers. La garde était rangée devant le poste. Nous avons dit, proclamé et répété aux individus qui nous demandaient la tête des prévenus, que ceux-ci, coupables ou non, étaient sous la main de la justice, que du moment où le peuple voudrait se faire justice et exercer l’office du bourreau, l’ordre public serait renversé ; que nous devions tous respecter la loi ; que frapper les prévenus serait commettre un assassinat ; que quiconque désarmait un poste était puni de mort ; qu’enfin les prévenus étaient confiés à notre garde, à notre honneur et que le peuple ne s’en emparerait qu’après avoir marché sur nous. Nous étions, je le répète, seuls, avec notre petite troupe, pour résister et imposer à une masse d’ouvriers sur les ports et autres du Gros-Caillou, au nombre d’abord de plus de cinq cents, hommes et femmes, nombre qui s’est ensuite augmenté jusqu’à douze ou quinze cents, parmi lesquels étaient des furieux qui s’agitaient en poussant des cris. Vous savez, M. le préfet, que mon quartier est un des plus maltraités par la maladie régnante ; le nombre des décès étant considérable, chacun déplore la perte d’un parent, d’un ami, d’un voisin ; des enfants sont devenus orphelins abandonnés. La douleur exaspérait ces individus qui presque tous croyaient alors aux empoisonnements et non au choléra morbus. Nous sommes parvenus, par nos représentations, nos exhortations, à les calmer à plusieurs reprises et souvent, pendant l’instruction que je faisais dans le corps de garde même, attendu que nous n’aurions pas pu faire sortir les prévenus, pas même pour les faire conduite à la préfecture et que nous n’aurions pu sortir pour appeler du secours, souvent, dis-je, M. Lachaise est venu m’avertir qu’il était forcé par le nombre et me prier d’intervenir, ce que j’ai fait, toujours revêtu de ma ceinture, exhortant d’abord sur le seuil du poste, pour repousser les individus qui le forçaient et qui ont même fait des tentatives pour désarmer la petite troupe, puis, parcourant les groupes, les déterminant à s’éloigner un peu et leur donnant l’assurance que j’instruirai la procédure aussi rigoureusement que possible et avec impartialité. M. Lachaise et moi nous avons pensé qu’il était prudent de prendre des témoins parmi les crieurs mêmes et nous en avons fait entrer plusieurs, du choix de leurs camarades dans le corps de garde, pour être témoins de mes actions et de notre conduite. Ils ont reconnu que le magistrat ne pouvait agir plus loyalement et plus rigoureusement, et ce moyen n’a pas été sans succès. J’ai fait mettre à nu les six prévenus, successivement ; j’ai examiné leurs vêtements et les ai fait examiner dans le plus grand détail par mes témoins. Je dois dire ici que ces témoins sont intervenus lorsque la populace voulait forcer le poste et désarmer la troupe ; qu’ils ont eux-mêmes annoncé aux assaillants que l’instruction se faisait régulièrement et qu’ils les ont exhortés à être calmes. J’ai encore admis dans le poste deux autres témoins qui criaient et s’agitaient dans la foule. J’ai consenti, sur la demande de ces témoins et des individus assemblés en dehors à faire avaler par l’un des prévenus (Roos) une substance blanche trouvée dans sa poche et supposée être du poison, mais que l’inculpé présumait être du sucre. Je lui ai donné moi-même ce breuvage, qu’il avait d’abord refusé. Ce nouveau fait a encore satisfait, et les témoins ont proclamé le résultat. Cependant la foule grossissait et nous ne pouvions rester longtemps dans cet état ; il ne fallait qu’un moment pour tout perdre. Le brave M. Lachaise, sur mon invitation, avait adroitement fait avertir par des émissaires sûrs et secrets (M. Tournon, propriétaire et garde national en bourgeois, rue de Chevert n° 11, a porté mon réquisitoire à la barrière de la Cunette malgré les efforts pour l’empêcher de sortir parce qu’on présumait qu’il allait chercher du renfort. M. Houberon, garde national, a porté la lettre que je vous écrivais) : Premièrement le détachement que je savais être à la barrière de la Cunette, commandé par un capitaine et un lieutenant ; il n’a pas tardé à arriver, mais il était insuffisant pour contenir les masses qui murmuraient. Deuxièmement l’Ecole militaire, où M. le caporal Renaud pénétra muni de mon réquisitoire et du mot d’ordre à lui donné par M. Lachaise. M. le commandant m’envoya promptement un détachement de carabiniers commandé par M. le lieutenant de Pezard, 5e escadron. Troisièmement et vous-même, M. le préfet, qui m’avez envoyé immédiatement un détachement de quarante gardes municipaux, commandé par M. Reveau, Isidore, sergent, 4e compagnie, 1er bataillon. L’arrivée successive de ces forces nécessaire a imposé ; le public a été éloigné de la façade du poste et j’ai pu achever l’instruction. Une seule pierre a été lancée et a cassé un morceau de la fenêtre du corps de garde auprès de laquelle je me trouvais. Elle était dit-on, dirigée sur moi ou peut-être sur l’un des inculpés. Elle était assez grosse pour me tuer, elle a frappé la baïonnette ou le bonnet [le fameux bonnet à poil des gardes nationaux, N.D.A.] d’un des gardes nationaux, M. le caporal Fromont. Cette scène s’est prolongée depuis 6 heures du soir jusqu’à 2 heures du matin, heure à laquelle j’ai fait conduire à la préfecture les inculpés, escortés sou la conduite de M. Eyriès, mon secrétaire, qui m’a secondé dans l’instruction, par le détachement de garde municipale et ceux de carabiniers et du 38e de ligne, car j’avais appris que l’on s’était caché pour tomber sur les prévenus s’il n’y avait pas force suffisante ; ils sont arrivés sains et saufs. Le lendemain, j’ai effectué des perquisitions sévères dans les logements et en présence des inculpés. J’ai appris que cinq des inculpés ont été remis en liberté et qu’un seul a été retenu et envoyé à La Force, à raison de quelques charges peu graves. Deux des inculpés sont venus me remercier et ont remercié M. Lachaise. Ils reconnaissent qu’ils ont échappé par nos soins à une mort certaine, que plusieurs autres ont reçue dans d’autres quartiers. M. Lachaise, qui s’est si bien montré dans cette affaire, est recommandable d’ailleurs par d’autres précédents. Décoré de la médaille de Juillet, architecte, marié, père de deux enfants, demeurant rue de Grenelle-Saint-Germain n° 94, fils d’un entrepreneur des bâtiments de la Couronne, qui construisit sous les ordres de M. Fontaine le grand escalier du Muséum, la restauration de la grande galerie et de la basse église du Panthéon, élève de Sainte-Barbe, bachelier ès lettres, il a voyagé en 1817 avec M. le comte de Forbin, à bord de la Cléopâtre, dans l’intérêt des arts et du gouvernement, en Asie, en Grèce, dans l’archipel, en Egypte, en Arabie et en Abyssinie ; il a publié à son retour un ouvrage sur les costumes et vues de l’Orient. Ses compagnons de voyage ont été récompensés et ont reçu la décoration, mais il n’a rien reçu. Soldat des trois journées, il a fait partie de l’expédition de Rambouillet ; il a fait preuve de zèle dans les émeutes et a reçu une pierre, rue Saint-Honoré, au coin de celle Saint-Louis, dans une émeute. Il était sergent aux premières promotions, il a été nommé lieutenant aux secondes ; il est membre du conseil de salubrité du faubourg Saint-Germain ; sa conduite est honorable, il a épousé la fille de M. Labarre, architecte du palais de la Bourse, membre de l’Institut ; ainsi, en récompensant le garde national, on honorerait en même temps l’artiste qui avait déjà rendu des services à son pays. J’ajouterai que M. le juge d’instruction Cazenave, après l’avoir entendu comme témoin, l’a félicité de sa conduite, en lui disant : “Monsieur, vous avez rendu un grand service au gouvernement, par votre fermeté, vous avez sauvé la vie à six individus, dont cinq étaient innocents, la justice vous doit beaucoup. Le service que vous avez rendu ne restera sans doute pas sans récompense.” » Ce rapport était accompagné de la liste des gardes nationaux alors présents sous les ordres de Lachaise : Fromont, épicier, caporal des grenadiers du 3e bataillon de la Xe légion de la garde nationale, demeurant 78, rue de Lille ; Deviclastel, Horace, rentier, grenadier au 3e bataillon de la Xe légion de la garde nationale, demeurant 88, rue de l’Université ; Eudes, quincaillier, grenadier au 3e bataillon de la Xe légion de la garde nationale, demeurant 9, quai Voltaire ; Rousset, bottier, grenadier au 3e bataillon de la Xe légion de la garde nationale, demeurant 9, rue de Courty ; Moisson, layetier, grenadier au 3e bataillon de la Xe légion de la garde nationale, demeurant 15, rue de Bourgogne ; Berton, naturaliste, grenadier au 3e bataillon de la Xe légion de la garde nationale, demeurant 1, quai Voltaire ; Martine, épicier, caporal de grenadier au 3e bataillon de la Xe légion de la garde nationale, demeurant 2, rue Saint-Dominique ; Renaud, négociant en vins, grenadier au 3e bataillon de la Xe légion de la garde nationale, demeurant 60, rue du Bac. Et de celle des principaux témoins de la scène : « M..., inspecteur principal du nettoiement, envoyé à la barrière de la Cunette pour surveiller les décharges ; il revenait de la barrière avec M. Noël, est entré dans le poste, par curiosité, et n’a pu en sortir » ; Touron, propriétaire, demeurant 11, rue Chevert ; Houberon, garde national ; Reveau, sergent dans la 4e compagnie du 1er bataillon de la garde municipale ; Dufresnes, journalier, demeurant 17, rue de la Vierge ; Morand dit Lamalle, demeurant 31, rue de l’Université ; Houass, Etienne, Victor, demeurant 3, rue de la Vierge. Lachaise fut nommé chevalier de la Légion d’honneur en date du 28 mai 1832. On trouve dans l’Annuaire des artistes français la notice suivante le concernant : « Membre de la Société académique de Strasbourg (section d’architecture) et membre de la Commission sanitaire du faubourg Saint-Germain, élève de M. Huyot, membre de l’Institut. De 1817 à 1821, il a fait des voyages dans le Levant, avec M. le comte de Forbin, dans l’intérêt des arts ; collaborateur de M. Huyot, dans son voyage d’Orient, auteur d’une Collection de vues et costumes d’Orient. Il est architecte de l’établissement des bains de mer à Cherbourg. » Il demeurait 20, rue de Grenelle-Saint-Germain en 1830 ; 94, rue de Grenelle-Saint-Germain en 1831-1832. Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la médaille instituée par la loi du 13 décembre 1830 sur les récompenses nationales, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la médaille instituée par la loi du 13 décembre 1830 sur les récompenses nationales, Le Moniteur universel, 19 juin 1831 ; Archives de Paris Vbis7K4 2 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens proposés pour la médaille Xe arrondissement ; Archives de Paris VD6 545 n° 3 (liste des médaillés du [ancien] Xe arrondissement) ; Archives nationales F/1dIII/36, Commission des récompenses nationales, état des sommes payées en dépenses diverses pour le compte de cette commission, du 8 octobre 1830 au 31 août 1831 par la mairie du (ancien) Xe arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/39 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens proposés pour la médaille (ancien) Xe arrondissement ; Annuaire des artistes français, 1re partie, administrations et institutions consacrées aux Beaux-Arts, Guyot de Fère, 1832, Paris, chez Guyot de Fère, p. 232 ; Archives nationales F/1dIV/L/2. Il n’est pas dans la base Leonore de la Légion d’honneur...

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