Lacolonge, Léon

Biographie


Il déposa un dossier devant la Commission des récompenses nationales instituée après la Révolution de Février, et qui nous donne quelques indications sur sa possible participation à la révolution de Juillet et sur la mort de son frère pendant les combats, le 29 juillet devant le Louvre (pas retrouvé ce frère...). Il adressa une lettre ainsi rédigée à la Commission : « Ancien militaire de l’armée d’Afrique et officier au service de la Belgique, j’ai commencé en 1830 cette longue série de sacrifices à mes opinions. Mon frère aîné fut tué à la prise du Louvre en 1830, moi-même je pris du service en Afrique. Ayant quitté l’armée, je fus successivement directeur des théâtres d’Amsterdam, d’Anvers et en dernier lieu de Toulouse, où, soutenu par l’Emancipation et la municipalité illisible. Je fus forcé de l’abandonner par les tracasseries du préfet Napoléon Duchatel. Ces jours derniers, j’ai pris, le premier, les armes dans mon quartier, présidé à la formation des trois barricades du Collège de France, soutenu le feu les trois jours et ai enlevé les blessés sous les yeux de l’ennemi, ainsi que vous l’attestera le certificat dont j’ai l’honneur de vous donner copie. Professeur de rhétorique à la pension Delattaye illisible, qu’il est obligé de fermer à cause des derniers événements, les parents ayant retiré leurs enfants à cause de nos opinions, j’ose solliciter citoyen général [il s’agirait de Cavaignac ?, N.D.A.], de faire partie de votre état-major ou d’être employé par vous. Je pense que la république ne laissera pas un de ses défenseurs dans la détresse pour avoir pris les armes pour elle. Très connu des citoyens Paya illisible et Reyberolles de la Réforme, ce dernier m’a conseillé de vous écrire directement. » Il signe La Colonge ou Lacolonge. Il était porteur du certificat suivant : « Nous certifions que les citoyens de la Colonge, Léon, Eugène, de Lattage, demeurant rue Saint-Jacques n° 98, ont soutenu le feu des troupes de ligne à la barricade formant l’angle de la rue Saint-Jacques et du Collège de France, qu’ils ont porté les blessés et fait former les trois barricades de la rue ; que depuis le matin ils ont pris les armes et ne les ont quittées que quand tout a été rétabli dans la tranquillité ; qu’ils ont formé un poste pour maintenir l’ordre du quartier. » Signe, le 25 février 1848 : Roseau ; Dubois ; Berchez et Joffray (tous médecin ou pharmacien ou propriétaires). Sa demande fut rejetée par la Commission, Lacolonge ne s’étant pas présenté aux convocations, la dernière datant du 17 octobre 1848 et étant revenu avec la mention Parti sans adresse. Nous empruntons au Dictionnaire biographique de Maitron la notice qui lui est consacrée et ainsi rédigée (sous les noms de De La Collonge Léon Hubert, La Colonge Léon, Lacolonge Léon et Lacollonge Léon) : « Né en 1816. Journaliste, homme de lettres, maître d’études à l’institution Delahaye, 8, rue du Montparnasse, à Paris. Combattant de Juin 1848. Probablement le meilleur chef politique et militaire de l’insurrection. L’un des secrétaires de l’Association démocratique des Maîtres d’études des lycées de Paris, La Collonge fonda, le 30 mai 1848, L’Organisation du Travail, journal des ouvriers, quotidien dont il était le rédacteur en chef, qui se donnait pour mission de répandre les lumières parmi les classes ouvrières et qui se fit l’écho des revendications corporatives et l’organe des sociétés fraternelles. Il parut vingt numéros du journal du 3 au 24 juin 1848. Les autres rédacteurs en étaient Paul Dupont, Jacques Désiré, Savinien Lapointe, Ch. Deslys et Ch. Deshaye. Rédacteur des statuts de la Société générale des ouvriers en papiers peints, La Collonge fut l’animateur de leur grève qui attira l’attention générale en raison de l’usage que firent les grévistes des Ateliers nationaux comme remède à leur chômage volontaire. En juin 1848, cet homme plein d’intelligence et d’activité devint sans contredit le chef le plus notable de l’insurrection, quoique son action se soit limitée au VIIIe arrdt (ancien). Il dirigea l’assaut contre la caserne de Reuilly, puis contre la mairie du VIIIe, où il usurpa les pouvoirs du maire et chercha, en contrôlant l’Imprimerie nationale, à jeter les bases d’un gouvernement révolutionnaire. Le maire du VIIIe arrdt était alors Victor Hugo. Pour s’être « violemment emparé » de cette écharpe illustre, et pour son rôle de chef, La Collonge fut condamné, le 27 avril 1849, à vingt ans de détention. Immédiatement après sa condamnation, il fut transféré aux Madelonnettes. Il y partagea la cellule d’un autre condamné des conseils de guerre, Pottier, et d’un condamné de droit commun, employé des postes. Une évasion fut préparée, pour ce dernier, par Frédéric Cournet, un ami de la famille. Naturellement, Pottier et La Collonge devaient profiter de l’aubaine. L’entreprise réussit pour Pottier. Quant à La Collonge il eut peur de se suspendre au va-et-vient qui, du toit, devait le transporter directement dans la rue, et il s’abstint. Son échec, volontaire ou non, lui valut une condamnation supplémentaire à un an de prison, en mars 1850. Ses camarades de captivité lui en tinrent cependant rigueur. Il ne fit aucun geste pour mettre fin à cet état de choses, et supporta son isolement avec beaucoup de dignité. Il était devenu sceptique en politique et ne croyait plus guère en l’avènement de la Sociale, pour laquelle, cependant, il se déclarait toujours prêt à combattre. Selon son dossier de la préfecture de police, il aurait été transféré à Belle-Ile, le 2 octobre 1850. Là, sa conduite lui valut, en mai 1856, une réduction de trois ans et, en octobre, le restant de sa peine lui fut remis à l’occasion de la naissance du prince impérial. » L'ouvrage donne les références biographiques suivantes : Arch. PPo., A a/429 et 430. Arch. Nat., BB 24/489-493, dossier 2250. G. Lefrançais Souvenirs d’un Révolutionnaire. Journal des débats politiques et littéraires, 8 avril 1849, p. 2, 2e col. Il demeurait 98, rue Saint-Jacques en 1848. Archives de la préfecture de police AA 396 ; Instructions pour une prise d’armes ; L’Eternité par les astres, Blanqui, Futur antérieur, 1972, p. 28 (sous le nom de Dellacollonge) ; L’Enfermé, Geffroy, Charpentier, 1919, p. 170.

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