Lacroix, Pierre, Gustave
Biographie
Né le 28 décembre 1799 à Brive (Corrèze), fils d’un officier de la Légion d’honneur, capitaine aide-de-camp, ayant servi vingt-huit ans et fait toutes les campagnes de l’Empire jusqu’en 1815, atteint de douze blessures et mort d’amputation. Imprimeur. Il s’illustra à l’Hôtel de Ville, au Louvre et aux Tuileries ; il était le beau-frère de Herbé, Jean-Baptiste (voir ce nom), aux côtés duquel il combattait quand celui-ci fut atteint d’une balle, dont il devait mourir le 17 août suivant à l’Hôtel-Dieu. Il ne put faire aucune demande devant la Commission des récompenses nationales, à cause d’une maladie dont il fut affecté après la Révolution. Il déposa, le 7 septembre 1831, un dossier à la Commission des Réclamants ([ancien] IIe arrondissement), sise 10, rue Bourg-Labbé puis 6, rue Dalayrac, afin d’obtenir la croix et un emploi d’aide garde au magasin des fourrages, sous-chef de parc ou tout autre emploi dans l’administration de la Guerre. Il expliquait qu’il était tombé malade à la suite de la Révolution et qu’il avait été profondément affecté par la mort de son beau-frère et par celle de son beau-père, mort de chagrin peu après le décès de son fils, le 26 août 1830 ; de plus, sa belle-mère, atteinte de paralysie, se trouvait à sa charge ; qu’il n’avait pu faire aucune demande devant la Commission des récompenses nationales mais avait demandé au roi un emploi à la préfecture de police, en vain, puis s’était adressé à M. Conté, député du Lot, pour obtenir un emploi et qu’il attendait la réponse. Il était porteur de plusieurs certificats. Le premier certificat, ainsi rédigé : « Je certifie avoir vu le sieur Lacroix, le 29 juillet 1830, au combat de la prise du Louvre, malgré que son beau-frère (Herbé, Jean-Baptiste) eût succombé à ses côtés le 28 à la prise de l’Hôtel de ville et blessé mortellement (sic), le sieur Lacroix, imprimeur, en était pas moins découragé pour défendre nos droits et la patrie. » Signé, le 9 août 1831 : Bourbel, demeurant 18, rue de l’Hôtel-Colbert. Le deuxième certificat, ainsi rédigé : « Je certifie que le sieur Lacroix, Pierre, Gustave, imprimeur, âgé de trente-deux ans, a payé de sa personne dans les mémorables journées de juillet 1830, notamment dans celle du 28, dont le résultat fut la prise de l’Hôtel de ville, où son malheureux beau-frère, Herbé, Jean-Baptiste (voir ce nom) fut blessé à ses côtés, à la cuisse droite et décéda à l’Hôtel-Dieu le 17 août suivant des suites de cette blessure. J’atteste que le sieur Lacroix a combattu, joint à son beau-frère, pour défendre nos droits et la patrie et qu’il s’est toujours conduit loyalement à cet égard, étant ami de l’ordre et de la patrie. » Signé, le 7 août 1831 : Buzenet, demeurant 20, rue Galande. Le troisième certificat, ainsi rédigé : « Je, soussigné, propriétaire de la maison sise rue Saint-Jacques n° 70, certifie que M. Pierre, Gustave Lacroix, imprimeur, habite dans ladite maison, qu’il est de bonnes vie et mœurs, qu’il est à ma connaissance qu’il est sans ouvrage depuis longtemps et qu’il a fait une maladie grave de laquelle il est maintenant en convalescence. » Signé, le 15 juillet 1831 : Auguste, demeurant 4, rue d’Enfer. Le quatrième certificat, ainsi rédigé : « Je, soussigné, médecin, atteste que M. Lacroix, Pierre, demeurant rue Saint-Jacques 70, a été affecté de pleuropneumonie pendant les mois de mars et d’avril 1831. Cette affectation fort grave, pour laquelle j’ai été appelé à lui donner mes soins, a été suivie d’une convalescence très longue. Je certifie en outre que pendant les six mois qui ont précédé cette maladie, M. Lacroix était dans l’impossibilité de se livrer à aucun genre d’occupation à cause de l’état d’indisposition dans lequel il se trouvait. » Signé, le 20 juillet 1831 : Matriez. Il était indiqué sur les fiches de la Commission comme sans fortune. Lacroix fit des démarches auprès de la Commission des récompenses nationales, pour empêcher que la femme légitime ou la concubine d’Herbé ne fissent valoir des droits auprès de cette Commission. On trouve dans le dossier d’Herbé, par exemple cette lettre envoyée par Lacroix à la Commission : « Je prends la respectueuse confiance de me présenter devant vous pour vous donner quelques renseignements exacts sur les droits que prétendent avoir différentes personnes à la bienfaisance nationale en faveur du dévouement du sieur Herbé fils dans les mémorables journées de Juillet où il fut blessé mortellement et mourut le 17 août des suites de ses blessures. C’est en ma qualité de beau-frère du défunt, que je regarde comme un devoir de vous donner quelques éclaircissements sur sa position à sa mort, que vous pourrez juger dans votre sagesse et apprécier ceux qui ont plus de droits à la reconnaissance nationale. Herbé, après sa mort, laissa une femme et un enfant du sexe masculin âgé de dix ans, qu’il avait eu avant son mariage avec une autre femme que celle qu’il avait épousée. Il avait reconnu cet enfant et s’était même chargé du soin de l’élever. Quant à femme Herbé [il s’agissait de Gentil, Anne, Jeanne, Elisabeth, née le 14 novembre 1785 à Paris et qu’il avait épousée le 23 décembre 1820 à Paris, N.D.A] elle lui fut toujours la plus étrangère, elle n’eut jamais pour lui la moindre tendresse. Elle éprouvait même tant d’indifférence pour son mari qu’elle l’avait quitté et ne vivait plus avec lui depuis six ans. Elle reste rue Galande, n° 63 tandis que son mari restait rue de Bièvres, n° 2. Ils vivaient ainsi sans avoir besoin l’un de l’autre, et la femme d’Herbé ne réclamait aucun secours à son mari. La mère de l’enfant n’avait point pour lui plus de sensibilité. Elle ne le regardait point et, à la mort d’Herbé, ces deux femmes refusèrent d’en prendre soin, au point qu’il resta à la charge du frère d’Herbé [lire sans doute le beau-frère, N.D.A. pas sûr], qui voulut bien le prendre chez lui quoiqu’il n’eut pas les moyens de pourvoir à ses besoins mais il le faisait par sensibilité pour son malheureux frère. Bientôt les choses changèrent de face : on annonça des récompenses nationales en faveur des épouses et des enfants des victimes de Juillet. Ce fut un appât séduisant pour la femme d’Herbé et pour la mère de son enfant. Elles ne tardèrent point à venir remuer les cendres du pauvre Herbé et à affecter la plus vive douleur sur la perte qu’elles avaient faite, l’une de son époux et l’autre du père de son enfant, pour qui elles avaient montré jusqu’alors tant d’insensibilité. Ah ! Si le malheureux Herbé avait pu du fond de sa tombe entendre leurs injustes plaintes, combien il les eût repoussées loin de lui ! Il ne connaissait que trop leurs mauvais cœurs. Je suis fâché d’être obligé d’entrer dans des détails aussi étendus. Mais je crois remplir un devoir en cherchant à vous faire connaître la personne qui a les plus justes titres pour participer aux bienfaits de la reconnaissance nationale. Vous me permettrez de vous dire un mot en faveur de la mère du défunt Herbé. Jaloux de rendre hommage à la vérité, je désire fixer sur elle votre attention. Elle a soixante-quatre ans et est attaquée de paralysie. Son fils était son unique appui. En le perdant, elle ne tarda pas à éprouver une double perte par celle de son mari qui, trop sensible à la mort de son fils, le suivit de près au tombeau car il succomba sous le poids de sa douleur et mourut le 26 du même mois (août dernier). Ce fut cette bonne mère qui est celle aussi de mon épouse qui pendant six ans consécutifs, aidée de son fils, prodigua les plus grands soins à son petit-fils, l’éleva jusqu’à ce qu’il fût assez grand pour le rendre à son père. C’est elle enfin qui a rempli les devoirs de mère à son égard. Elle est aujourd’hui sans aucun moyen d’existence et, ne pouvant plus avoir aucun secours de son fils, elle périrait de faim si nous ne partagions avec elle le morceau de pain que nous n’avons qu’avec la plus grande peine car nous ne sommes pas nous-mêmes au-dessus des besoins. Je suis ouvrier imprimeur, sans travail et réduit à employer mes faibles ressources pour exister. Nous ne pouvons pas faire tout ce que notre cœur désirerait. Ah ! S’il m’était possible de pouvoir entrer soit comme ouvrier ou dans tout autre fonction où je puis être utilisé dans l’imprimerie royale mais je suis sans protection et sans recommandation. Je ne puis avoir cet espoir. Je ne demanderai rien pour cette bonne mère qui a tout perdu par suite des événements de Juillet et qui réclame avec tant de justice au moins une partie de la récompense que le dévouement de son fils à méritée. Daignez, Messieurs, en vous intéressant à mon sort, vous intéresser aussi au sien puisque c’est pour lui être utile que je désire tant d’être placé dans l’imprimerie royale. Votre seule recommandation suffit. Veuillez me l’accorder en faveur de cette mère infortunée qui n’a plus aucun moyen d’existence si je ne peux lui tendre les bras. […] » Signé Lacroix, demeurant 29, rue du Four-Saint-Germain, au 2e étage au fond du corridor. Lacroix appartint au conseil de famille institué pour Herbé, Louis, Valentin, Jean, le fils de son beau-frère Herbé, et son nom apparaît plusieurs fois dans le dossier de l’orphelin. En 1848, Lacroix était alors typographe et déposa un dossier devant la Commission des récompenses nationales instituée après la Révolution de Février. Il expliquait avoir fait une demande, en 1835, pour obtenir un bureau de tabac et avoir fourni, à cette époque, l’état de service de son père, des certificats attestant sa propre participation aux combats de Juillet, des certificats attestant la mort de son beau-frère, qu’il avait coopéré à la dernière révolution et en profitait pour renouveler sa demande d’obtenir un bureau de tabac. Sa demande était apostillé favorablement par Cadet, président de la commission administrative de la commune de Montrouge, qui présentait Lacroix comme « digne sous tous les rapports de bienveillance et d’intérêt ». Il fut recommandé par la Commission pour une mention honorable à paraître dans le Moniteur. En avril 1849, s’étant rendu compte que les travaux de la Commission resteraient sans effet, il adressa une lettre au président de la république, afin de récupérer les pièces qu’il lui avait confiées. il dit que son premier cri lors de la révolution de 1830 avait été Vive Napoléon ! et donnait le récit suivant de sa participation à la Révolution de Février : « […] J’ai formé un corps de garde pour protéger un établissement évalué à un million, renfermant des machines que l’on voulait briser et même incendier et dont la conservation est due à la fermeté de mes braves camarades et à la mienne. » Il donna procuration à sa femme pour retirer ces pièces. Les pièces furent retirées le 18 juillet 1850. Lacroix demeurait 70, rue Saint-Jacques et aussi 29, rue du Four-Saint-Germain, au 2e étage au fond du corridor en 1831 ; 112, route d’Orléans au petit Montrouge en 1848 ; 6, rue Montmorency en 1849 ; 82, route d’Orléans au petit Montrouge. Archives de la préfecture de police AA 396.