Lafaure, Joseph

Biographie


Né le 1er mars 1796 (mais le 9 novembre 1795 in Archives de la préfecture de police AA 396) à Carcassonne. Ancien sous-officier au 43e de ligne, devenu garde magasin d’imprimerie. Le dossier d’examen de ses droits fut instruit par la Commission des récompenses nationales du (ancien) XIe arrondissement. Il fut décoré de la Croix de Juillet auprès de la mairie du (ancien) XIe arrondissement (sous le nom de Laffaure sur les listes du Bulletin des lois et surtout in Archives nationales F/1dIII/39, faire le changement ?). Il sollicita un emploi de sergent de ville mais est indiqué comme absent sur l’état de candidats présentés par la Commission des récompenses nationales pour l’emploi de sergent de ville tenu par la préfecture de police. Si la loi du 13 décembre 1830 instaura les récompenses de Juillet, une ordonnance, en date du 30 avril 1831, voulut changer les règles de la distribution et stipuler, entre autres, que la Croix de Juillet porterait gravée la légende Donné par le roi des Français, que la couleur du ruban serait bleue avec des lisérés rouges et que les citoyens décorés de la Croix de Juillet prêteraient serment de fidélité au roi des Français, et d’obéissance à la charte constitutionnelle et aux lois du royaume. Cette nouvelle ordonnance souleva des protestations chez les décorés de Juillet. Ces derniers trouvaient en effet cocasse de prêter serment à un roi qui, lui, n’avait pas combattu sur les barricades ! Et le journal la Révolution de demander : « Que parlez-vous donc de serment à des gens qui vous ont fait ce que vous êtes, et qui seraient plutôt en droit de vous demander compte de vos promesses...? » Alexandre Dumas, quant à lui, dans ses Mémoires, ajoutait la précision suivante : « Le droit acquis à la place de Grève, au Louvre et à la caserne de Babylone, est antérieur à tous autres droits : on ne peut, sans tomber dans l’absurde, supposer la décoration donnée par un roi qui n’existait point à cette époque, et pour la personne duquel, nous l’avouons hautement, nous ne nous battions point alors. » Une réunion eut lieu, à ce sujet, le 6 mai 1831, dans la salle de la Grande Chaumière, passage du Saumon, qui réunit un millier de décorés. Elle fut présidée par Garnier-Pagès (voir Garnier dit Pagès, Etienne, Joseph, Louis), avocat et qui représentait le (ancien) VIIe arrondissement. Avec au bureau : Lamoure (voir Lamoure, Auguste), représentant le (ancien) Ier arrondissement ; Arago (voir Arago, Etienne, Vincent), représentant le (ancien) IIe arrondissement ; Trélat (voir Trélat, Ulysse), représentant le (ancien) IIIe arrondissement ; Moussette (voir Moussette, Paul, Benoît), représentant le (ancien) IVe arrondissement ; Higonet (voir Higonet, Guillaume, Philippe, Joseph), représentant le (ancien) Ve arrondissement ; Bastide (voir Bastide, Jules), représentant le (ancien) VIe arrondissement ; Garnier-Pagès (voir Garnier dit Pagès, Etienne, Joseph, Louis), représentant le (ancien) VIIe arrondissement ; Villeret (voir Villeret, Antoine, Médéric ), représentant le (ancien) VIIIe arrondissement ; Gréau (voir Gréau, Anne, Louis), représentant le (ancien) IXe arrondissement ; Cavaignac (voir Cavaignac, Godefroy, Jacques, Eléonore), représentant le (ancien) Xe arrondissement ; Raspail (voir Raspail, François, Vincent), représentant le (ancien) XIe arrondissement ; Bavoux (voir Bavoux, François, Nicolas), représentant le (ancien) XIIe arrondissement ; Geibel (voir Geibel, Antoine, Benoit), représentant le (ancien) XIIIe arrondissement (arrondissement de Saint-Denis) ; Dumas (voir Dumas, Alexandre), représentant le (ancien) XIVe arrondissement (arrondissement de Sceaux). Voici comment Le Constitutionnel, du 7 mai 1831, rapporta le déroulement de cette réunion : « Les citoyens désignés pour la décoration de Juillet avaient été invités à se rendre aujourd’hui à la Grande-Chaumière, passage du Saumon, pour délibérer sur plusieurs questions relatives aux dispositions de l’ordonnance du 30 avril, qui détermine la couleur du ruban, décide que ces mots donné par le roi seront inscrits sur la décoration et prescrit un serment aux citoyens désignés. La réunion était très nombreuse. Un projet de résolution a été mis aux voix, article par article, et adopté sans discussion et sans réclamation. Voici l’acte proposé à l’approbation de l’assemblée : “Considérant que le serment en France ne peut être demandé que par une loi ; que nul article de la loi du 13 décembre 1830, qui a institué la décoration de Juillet, ne prescrit de serment ; que reconnaître au gouvernement le droit d’imposer une condition quelconque en dehors de la loi du 13 décembre 1830 ce serait lui reconnaître celui de modifier arbitrairement cette loi, et par conséquence de refuser les décorations acquises ou d’en distribuer de nouvelles sans le concours de la Commission ; que le roi, comme représentant de la nation, peut remettre aux décorés de Juillet, qui alors la recevraient de sa main, l’étoile qu’ils doivent porter mais que rien de l’autorise à la donner en son nom ; que ces mots donné par le roi, changeraient la nature de la récompense, qui cesserait d’être une récompense nationale, pour devenir une faveur royale ; que les faits à raison desquels la décoration a été instituée sont antérieurs à l’existence même du gouvernement du roi ; que le seul serment à exiger, en ce cas, serait celui de fidélité aux principes qui ont mis les armes à la main et valu la décoration nationale. Par ces motifs, les citoyens présents à la délibération s’engagent à ne pas se soumettre à la condition du serment, qu’ils considèrent comme illégale. Ils s’engagent, en outre, à porter immédiatement, après la décision prise par l’assemblée, la décoration spéciale, telle qu’elle a été fabriquée sur le modèle donné par la Commission.” La commission qui avait rédigé cette déclaration étant d’avis qu’il ne convenait pas à des citoyens, surtout à des citoyens de Juillet, d’attacher de l’importance à la couleur d’un ruban, le premier article a été adopté à la presque unanimité. Sur la question de l’inscription Donné par le roi, il a été clairement expliqué qu’il ne pouvait être dans la pensée d’aucun des patriotes de Juillet de refuser la décoration de la main du roi, et que la résolution n’était proposée que dans l’intérêt des principes et de la loi. La troisième question, celle du serment, a été résolue pour des motifs semblables. L’ordre le plus parfait a été observé dans cette délibération. Parmi cette élite des patriotes de Juillet, plusieurs portaient des marques glorieuses de leur courage. On a distingué avec intérêt un vieux citoyen (voir Decombis, Antoine) blessé une première fois, le 14 juillet 1789, devant la Bastille, et blessé de nouveau, le 28 juillet 1830, devant l’Hôtel de ville. Il avait obtenu la médaille commémorative de la victoire du 14 juillet 1789. Toute l’assemblée s’est empressée de rendre honneur à ce vétéran de la liberté. La séance levée, plusieurs des assistants se sont empressés de se séparer du ruban bleu bordé de rouge. Une quête a été faite au profit des détenus politiques. » Il fut cependant l’un des signataires (il signe bien Laffaure), comme « sergent au 34e », (voir la liste des signataires à Fribourg, François) de la pétition suivante, qui protestait contre les différentes contestations qui repoussaient les délais de remise des décorations : « Sire, les combattants de Juillet s’attendent depuis longtemps à voir briller sur leur poitrine un signe de liberté et d’honneur. La Commission des récompenses nationales avait arrêté le modèle des décorations et même le ruban, il était rouge avec deux raies noires. Elle avait voulu sans doute, par un signe perpétuel de deuil, rappeler le souvenir de nos braves camarades qui ont succombé dans la glorieuse lutte de la liberté contre le despotisme. Cette décision a reçu son exécution, la croix et le ruban ont été fabriqués et, la Commission ayant terminé son travail, rien ne s’oppose à ce que les décorations soient distribuées dans les premiers jours de mai et que cette distribution soit l’épisode le plus glorieux de la fête de Votre Majesté. Mais, Sire, il n’en n’est pas ainsi : on croit aujourd’hui devoir ôter de la décoration les mots qui la caractérisent, la date de nos immortelles journées, changer la couleur du ruban et prolonger ainsi indéfiniment l’exécution des promesses sacrées. Les blessés et tous les combattants de Juillet sont persuadés, Sire, que vous ignorez ces misérables tracasseries et que jamais vous n’avez eu l’intention de déprécier une récompense acquise au prix de leur sang et d’empoisonner ainsi la joie qu’ils éprouvent de recevoir de votre main un signe si glorieux. Ils vous supplient, Sire, de donner des ordres pour que rien ne soit changé aux dispositions arrêtées par la Commission et déjà exécutées et de fixer le jour le plus prochain pour cette distribution. Ils sont, Sire, de Votre Majesté, les très fidèles sujets. » En 1831, à l’occasion des fêtes anniversaires de Juillet, il reçut, auprès de la mairie du (ancien) XIe arrondissement, vingt-cinq francs de gratification, à titre de décoré mais non blessé. Il fut nommé sous-officier, sur proposition de la Commission des récompenses nationales et affecté comme sergent à la 5e compagnie du 3e bataillon du 34e régiment de ligne. Il prêta son serment de décoré, le 25 juin 1831, à la mairie de la ville de Nîmes (Gard), en présence de son colonel. Ce serment était ainsi libellé : « Je jure fidélité au roi des Français, obéissance à la charte constitutionnelle et aux lois du royaume. » Il donna procuration à sa femme, Léonard, Pierrette, pour retirer sa croix et son brevet à la mairie. Il déposa un dossier devant la Commission des récompenses nationales instituée après la Révolution de Février. Le 23 avril 1848, il sollicitait de reprendre du service, avec le grade de sous-lieutenant. Il était porteur du certificat suivant : « Nous, soussignés, citoyens demeurant à Paris, certifions et attestons à tous ceux qu’il appartiendra que le citoyen Laffaure, ancien militaire, que nous déclarons bien et personnellement connaître pour un brave et honnête citoyen, a pris une part active au succès des trois glorieuses journées de février dernier, pendant lesquelles il n’a cessé de combattre pour la conservation de la liberté et a montré autant de zèle que de courage, qu’il est un des premiers qui ait pris les armes dans le quartier et qu’il a ainsi excité les citoyens à le suivre, tant par son exemple que de sa voix, que notamment il est sorti armé d’un sabre et faisant partie d’un groupe du peuple dont il en commandait une partie et il est allé au poste du Palais-Royal dont ils s’emparèrent après une vigoureuse résistance et qu’aussitôt après la prise de ce poste si terrible, malgré la chaleur dont il était accablé il s’est rendu aux Tuileries avec peloton jusqu’au 29. » Signé, le 7 avril 1848 : Jacob, A., demeurant 127, rue de Sèvres ; Gadou, sergent fourrier de grenadiers au 34e régiment de ligne, qui ajoutait que Laffaure « venant du poste des Tuileries, a passé à l’Ecole militaire et est venu en aide pour préserver du pillage les effets appartenant à mes parents et à ceux de l’Etat » ; Fiet, architecte, officier de la garde nationale. Il fut d’abord recommandé, en date du 14 novembre 1848, pour un emploi d’assembleur à l’Assemblée nationale, mais celle-ci ne possédant pas d’atelier de typographie, il ne fut pas possible de répondre favorablement à la demande. Il fut recommandé par la Commission pour un emploi d’assembleur à l’Imprimerie nationale. Il totalisait dix-sept années de service militaire. En 1849, n’ayant encore jamais touché de secours, veuf, père de trois enfants en bas âge, « dans une position très malheureuse et indigente » selon le maire de la commune de Grenelle, il sollicita un secours. Son certificat d’indigence avait été délivré sur les attestations de : Boutefoy, Jacques, Narcisse, propriétaire et jardinier, demeurant 12, rue de Javel à Grenelle ; Morin, Gabriel, jardinier, demeurant 1, chemin des Vaches à Grenelle. Il mourut la même année, du choléra. Il avait été blessé au cou pendant les événements de juin (lesquels 1832, 1848 ? le certificat médical est daté de 1849, c’est sans doute 1848). Il était veuf et père de deux enfants en 1848. Il demeurait 34, rue Monsieur-le-Prince (mais 24, rue Monsieur-le-Prince in Archives nationales F/1dIII/33) en 1831 (mais la poste le dit inconnu à cette adresse) ; 24, rue Monsieur-le-Prince en 1831 in Archives de Paris VD6 3, in Archives de Paris VK3 19 et in Archives de Paris, VD6 631 n° 1 ; 12, rue de Tournon en 1848 ; 18, rue de Javel en 1848-1849. Ordonnance du roi contenant publication des noms des citoyens qui ont obtenu la Croix de Juillet, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la Croix de Juillet, instituée par la loi du 13 décembre 1830, sur les récompenses nationales, Le Moniteur universel, 2 mai 1831 ; Archives de Paris VD6 3, liste des décorés de la Croix de Juillet du (ancien) XIe arrondissement ; Archives de Paris, VD6 631 n° 1, mairie du (ancien) XIe arrondissement, état nominatif des citoyens décorés de la Croix de Juillet non blessés, auxquels il a été payé une gratification de vingt-cinq francs ; Archives de Paris VD6 633 n° 1, prestations de serment et autorisations de retirer des brevets, reçus de brevets, convocations des décorés à la mairie ; Archives de Paris VD6 639 n° 5, mairie du (ancien) XIe arrondissement, liste des décorés de la Croix de Juillet, présumés à habiller ; Archives de Paris VK3 19, Mairie du (ancien) XIe arrondissement de Paris, état des citoyens décorés de la Croix de Juillet non blessés auxquels il a été payé une gratification de vingt-cinq francs ; Archives nationales F/1dIII/33 nominations à des emplois civils (1831) (sous le nom de Laffavre, Joseph), aussi état de candidats présentés par la Commission des récompenses nationales pour l’emploi de sergent de ville (sous le nom de Laffavre), aussi dossier indemnités et récompenses, envoi du 3 décembre 1830 du ministre de l’Intérieur à la Commission des récompenses nationales (sous le nom de Laffaure, Joseph) aussi Commission des récompenses nationales, liste générale de présentation et de nomination de sous-officiers (sous le nom de Laffaure, Joseph) et aussi Commission des récompenses nationales, deuxième état de sous-officiers (sous le nom de Laffaure, Joseph) ; Archives nationales F/1dIII/37, Commission des récompenses nationales, (ancien) XIe arrondissement, état des sommes payées en dépenses diverses pour le compte de cette Commission, du 8 octobre 1830 au 31 octobre 1831 par la mairie du (ancien) XIe arrondissement (sous le nom de Lafauze) ; Archives nationales F/1dIII/39 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens qui ont mérité la décoration spéciale, (ancien) XIe arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/60 ; Archives de la préfecture de police AA 366, Condamnés politiques sous la Restauration qui résident à Paris, état des secours accordés pour le mois de septembre 1848 ; Archives de la préfecture de police AA 369, Etat nominatif des décorés, blessés, combattants de Juillet 1830 et des veuves de décorés ou médaillés qui ont formé des demandes de secours et sur lesquels il y a lieu de prendre des renseignements, minute 83 ; Archives de la préfecture de police AA 396 (parfois aussi sous le nom de Laffaure, Joseph ; il signe bien Laffaure, si c’est lui qui signe, sans doute il est typographe...) ; Le Constitutionnel, 7 mai 1831 ; Mes Mémoires, Alexandre Dumas, huitième série, nouvelle édition, Paris chez Lévy frères, 1869, pp. 162-166 ; Archives nationales F/9/1154 Protestations.

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