Laffitte, Charles, Pierre, Eugène
Biographie
Né le 29 brumaire an XII (20 novembre 1802) à Paris, fils de Laffitte, Jean-Baptiste (voir ce nom) et de Lefebvre-Desnouettes, Antoinette, Louise ; il était par conséquent le neveu du banquier Laffitte, Jacques (voir ce nom). Propriétaire. Dans son ouvrage, La Restauration, de Roux, rapporte l’activité d’Eugène Laffitte, dans les termes suivants : « L’exemple qui décida tout vint du 53e de ligne. Casimir Perier passa pour avoir entraîné ce régiment qui stationnait sur la place Vendôme. La vérité est plus complexe et montre mieux les ressorts secrets qui firent triompher l’insurrection. Une sorte de Vente […section locale de Charbonnerie, N.D.A.] s’était formée dans le régiment et avait envoyé négocier chez Laffitte les conditions de son ralliement. Ces soldats avaient aussi leurs scrupules. Persuadés du crime de l’autorité royale, ils ne voulaient pas se rendre à l’émeute ; ils demandaient la promesse de garder leurs armes, de ne pas être employés contre les autres troupes, enfin ils voulaient un chef militaire à qui obéir. Le général Gerard prétexta qu’il n’avait pas d’uniforme, et ce fut Eugène Laffitte, qui, en grand costume de capitaine des grenadiers de la garde nationale, alla accepter leurs conditions et les amena à l’hôtel de son frère. Le 5e de ligne suivit et comme les députés n’étaient pas prévenus de cette nouvelle recrue, ils se curent poursuivis par un régiment fidèle et s’enfuirent d’abord. Mais la péripétie était décisive, l’exemple de la défection était donné. » On trouve la trace suivante de son activité pendant les combats de Juillet : « Sur la rive droite de la Seine, M. de Laborde (voir Delaborde, Alexandre, Louis, Joseph), a été un des premiers à accepter, le 29, un commandement de la garde nationale. Il s’est mis à la tête de la légion du deuxième arrondissement et lui a assigné le manège, rue Cadet, pour rendez-vous. A l’instant, trois compagnies s’y sont formées et ont nommé leurs officiers. L’une d’elles, commandée par le capitaine Servatius (voir Servatius, Mathias), avait en tête, pour soldats, MM. Ferrère-Laffitte (voir ce nom), Eug. Laffitte (voir Laffitte, Charles, Pierre, Eugène), Ad. Laffitte, Morlot (voir Morlot de Wengy, Alexandre), Bainière, agent de change, et Larreguy (voir Larreguy, François), banquier, l’un des collaborateurs du Journal du commerce ; de braves artisans et de simples ouvriers les suivaient. Elle s’est aussitôt rendue à l’entrée du faubourg Montmartre, qu’on lui avait désignée comme position, en attendant de nouveaux ordres. Là, deux ordres différents n’ont pas tardé à arriver à son capitaine, qui en a donné aussitôt lecture à sa compagnie. “Vous le voyez, mes camarades, a dit en finissant M. Servatius, d’un côté on nous ordonne de rester dans notre arrondissement, et de rentrer chez nous en attendant un nouveau rappel ; de l’autre on nous demande du secours sur un point où on se bat ; que voulez-vous faire ?” Le cri unanime au feu a répondu aux paroles du capitaine ; la compagnie a suivi un élève de 1’Ecole polytechnique, qui était chargé de diriger les renforts vers le Théâtre-Français. Elle y est arrivée, au moment où quelques braves venaient de s’emparer vaillamment d’une pièce de canon. Ceux qui l’avaient prise étaient à cheval dessus et traînés en triomphe. Les femmes l’avaient couverte de fleurs. » Le dossier d’examen de ses droits fut instruit par la Commission des récompenses nationales du (ancien) IIe arrondissement. Il fut décoré de la Croix de Juillet auprès de la mairie du (ancien) IIe arrondissement. En 1831, à l’occasion des fêtes anniversaires de Juillet, il reçut, auprès de la mairie du (ancien) IIe arrondissement, vingt-cinq francs de gratification, à titre de décoré mais non blessé. Il mourut en 1875. On trouve dans Les Ministres des Finances de la Révolution française au Second Empire les indications suivantes le concernant : « Banquier, député de Louviers (1844-1848), concessionnaire du chemin de fer de Paris à Rouen et au Havre, membre du Jockey-Club, il avait épousé à Paris en 1831 Florence, Anna Cunningham, dont il eut deux filles : l’une mariée en 1858 au banquier Frédéric, Emile Erlanger, l’autre mariée en 1859 au marquis de Gallifet, futur général et ministre de la Guerre du cabinet de défense républicaine de Waldeck-Rousseau en 1899-1900 [et qui sera surnommé le Massacreur de la commune, à cause de la férocité qui fit sa légende dans l’exécution des vaincus, à Paris en 1871, N.D.A.]. » Il demeurait 23, rue de Choiseul en 1831. Histoire de la révolution des quatre-vingt-seize heures, de ses causes et de ses effets, Auguste Imbert, 2e édition, Paris, Guyonnet éditeur, 1830, p. 145-146 ; Ordonnance du roi contenant publication des noms des citoyens qui ont obtenu la Croix de Juillet, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la Croix de Juillet, instituée par la loi du 13 décembre 1830, sur les récompenses nationales, Le Moniteur universel, 2 mai 1831 ; Archives de Paris VD6 3, liste des décorés de la Croix de Juillet du (ancien) IIe arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/34, Commission des récompenses nationales, état des sommes payées en dépenses diverses pour le compte de cette commission, du 8 octobre 1830 au 31 octobre 1831 par la mairie du (ancien) IIe arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/39 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens qui ont mérité la décoration spéciale, (ancien) IIe arrondissement ; La Restauration, marquis de Roux, Paris, Fayard, 1930, p. 330-331 ; Les Ministres des Finances de la Révolution française au Second Empire, Antonetti, Comité pour l’histoire économique et financière de la France, 2007, p. 268 ; La Banque en France au XIXe siècle, Gille Bertrand, Droz, Genève, Paris, 1970, p. 183. On trouve dans le Procès des quinze, en janvier 1832, procès intenté contre les membres les plus influents de la Société des Amis du peuple, pour complot ayant pour but d’instaurer la république, la déposition de Hingray (voir Hingray, Charles, Joseph) ainsi rapportée par la Société des amis du peuple : « L’imprimeur d’un journal est rencontré dans la rue Poissonnière par un officier d’état-major de la garde nationale, conduisant une troupe de dragons : Dragons ! s’écrie l’officier, sabrez-moi cet homme ! Le citoyen indigné saisit aussitôt la bride du cheval et invite l’officier à lui donner son adresse ; car, ajouta-t-il, c’est ainsi qu’un homme prouve qu’il a du cœur et qu’il n’est pas un lâche assassin. L’officier déconcerté, voyant que les dragons ne sabraient pas, changea son apostrophe impertinente en représentations officieuses. Je n’écoute pas plus vos représentations que vos menaces, répondit le citoyen menacé ; voilà mon adresse, j’attends demain votre réponse. Le lendemain, M. Hingray reçoit un message lui apportant des excuses au nom de M. Charles Laffitte, fils de M. Eugène Laffitte. Les voilà tous ! des excuses en particulier, des assassinats en masse. » Procès des quinze, publié par la Société des Amis du peuple, Paris, Auguste Mie, 1832. Qu’en est-il de la filiation des Laffitte ?