Lafon, Pierre
Biographie
Né le 13 avril 1806 à Gramat (Lot). Etudiant en médecine. Il combattit à la caserne de Babylone (il « fut le chef de l’attroupement qui se rendit maître de la caserne de Babylone », disent ses amis en 1848). Le dossier d’examen de ses droits fut instruit par la Commission des récompenses nationales du (ancien) Ier arrondissement. Il fut décoré de la Croix de Juillet auprès de la mairie du (ancien) Ier arrondissement. Se trouvant par hasard à Paris en février 1848, il participa à la révolution. Il déposa un dossier devant la Commission des récompenses nationales instituée après la Révolution de Février et qui nous laisse de nombreuses indications biographiques. Il adressa par exemple la notice biographique suivante à la Commission : « 1825. Elève du collège royal de Cochon, signalé pour ses opinions républicaines. 1828. Etudiant en médecine, l’un des chefs politiques de l’Ecole, désigné par la jeunesse pour les députations, les démarches publiques et l’exécution des résolutions générales. 1830. Organise la révolution, prend le commandement de corps d’ouvriers, combattant des trois jours, assiste à la prise de l’Hôtel de ville, du Louvre, des Tuileries. Décoré de Juillet, refuse le serment. 1831. Membre de la Société des droits de l’homme, fait une active propagande à Montpellier et dans le département du Lot, où il exerce la profession de médecin. Chéri de la population, il met au service de la cause républicaine l’influence que lui donnent son caractère et la mission toute philanthropique qu’il accomplit. 1838. Fonde le journal le Radical, qui représente les intérêts de la démocratie dans le Lot et les départements limitrophes, est cité quatre fois à la barre des cours d’assises et de la police correctionnelle, est condamné à la prison et à de fortes amendes, consacre sa fortune à soutenir la lutte engagée contre la monarchie. 1848. Organise la résistance, échappe à la fusillade de l’hôtel des Capucines, se montre au National, excite le peuple aux armes et, le 24, le conduit à cheval à l’attaque du poste du Château d’eau, pénètre un des premiers aux Tuileries (où il rejoint Auguste Mie, représentant du peuple, avec lequel il proclame la république sur toutes les barricades dressées jusqu’à l’Hôtel de ville). Est nommé commissaire dans le département du Lot, y maintient l’ordre et la conciliation tandis que de graves désordres éclatent dans les circonscriptions voisines. Candidat à la députation, échoue avec une minorité de trente mille voix. Est rappelé à Paris, avec la promesse d’une position équivalente à celle qu’il occupait ; promesse faite par le ministère de Ledru-Rollin et confirmée par le citoyen Recurt. Indéfiniment ajournées, ces espérances tiennent le docteur Lafon éloigné de sa famille ; elles lui ont fait négliger la recherche de la clientèle, qu’il a abandonnée pour le service de la république […]. » Il sollicitait soit l’inspection des eaux thermales de Vichy demeurées, précisait-il, « sous la direction du docteur Prunelle, l’un des hommes le plus servilement dévoué à l’ancienne monarchie », soit une inspection générale des prisons. Il joignait plusieurs témoignages à sa demande. Le premier témoignage, ainsi rédigé : « Si vous avez besoin, monsieur, du témoignage de deux gardes nationaux témoins oculaires de votre belle action sur la place du Palais-Royal, lorsque vous avez ramené le peuple à la charge, le drapeau rouge à la main, vous pouvez compter sur nous. Les braves sont modestes, monsieur, et quoique tous ceux qui étaient présents à cette action aient pu vous voir, nous, soussignés, auxquels vous avez donné votre adresse, témoigneront en tout temps et en tant que de besoin de la bravoure que vous avez montrée dans une occasion aussi important pour le succès de la cause du peuple. » Signé : Lebrun, sergent à la 3e compagnie du 3e bataillon de la VIe légion, demeurant 10, rue Sainte-Appolline ; Grobety fils, demeurant 7, rue du Ponceau. Le deuxième était signé des membres de la Commission républicaine du département du Puy-de-Dôme, qui envoyèrent une lettre de recommandation concernant Lafon, comme étant un républicain ayant « droit à des distinctions même dans les rangs des patriotes les plus distingués et les plus dévoués » Ils ajoutaient à leur recommandation le récit qui leur avait été fait de la conduite de Lafon, récit qu’ils retranscrivaient ainsi : « Au milieu de tout cet héroïsme qui vient d’immortaliser Paris, Lafon a su trouver le moyen de mettre en relief un héroïsme chevaleresque. Le jeudi sur le boulevard des Panoramas, aux acclamations d’une multitude enthousiaste, il s’est élancé sur un fourgon, escorté de plusieurs escadrons, l’a ouvert et a répandu à brassées les cartouches qu’il contenait. Deux heures plus tard, dans la sanglante fusillade du Palais-Royal, sous une grêle de balles, il est allé se placer seul et à cheval sur la place, excitant d’une voix qui dominait tout, l’ardeur des combattants embusqués aux coins des rues. Entraîné dans la chute de son cheval et légèrement blessé lui-même, il ne s’est relevé que pour déterminer de plus grands efforts, enlever le poste du château d’eau et pénétrer aux Tuileries. Quelques instants après, il arrivait des premiers à l’Hôtel de ville et recevait la mission de faire imprimer la proclamation du gouvernement provisoire. La victoire était inexorablement fixée ; dès ce moment, il est rentré chez lui, s’est pratiqué lui-même une saignée et n’a plus voulu sortir. Les témoins de tant de bravoure sont venus chaque jour depuis le presser de demander une position parmi les vainqueurs mais leurs instances n’ont pu le décider à la moindre démarche […]. » Les signataires étaient (pour les noms lisibles) : ...crinal Lajarrize (voir Vimal Lajarrige ?) ; Gazard, A. ; Delaire ; Astaix ; Tachet aîné. On trouve dans son dossier la lettre suivante qui lui avait été adressée et qui donne aussi des indications sur sa participation aux combats de Février : « Je prends la liberté de vous rappeler que, le 24 février 1848 à 1 heure, moment de l’action la plus vive sur la place du Château-d'Eau, je vous rencontrai à cheval, courant les plus grands dangers et je vous engageai à continuer de prendre part au combat avec nous, ce que vous fîtes mais à pied. La mêlée devenant de plus en plus périlleuse et mes munitions s’étant épuisées, je fus obligé, en portant à plusieurs reprises des blessés, dont un mourut dans mes bras [par une balle qui lui avait traversé le cerveau, N.D.A.], chez le marchand de vins [situé au coin des rue de Richelieu et Saint-Honoré, N.D.A.], d’aller chercher des cartouches. Je revins de nouveau au combat et après avoir concouru, au péril de ma vie, à incendier le poste où mieux la forteresse du Château d’eau, je concourus à la prise des Tuileries malgré les promesses que nous faisait le maréchal... que nous ne voulûmes pas écouter. J’y arrivai à environ 2 heures et peu après au moment où je descendais du trône, du haut duquel je venais de chanter un couplet de la Marseillaise, j’eus le plaisir d’être accosté par vous, qui me donnâtes une poignée de main. Voici les paroles que vous m’adressâtes : – Comment vous voilà ? – Pourquoi cette demande ? – Donnez-moi votre adresse – Comment ! vous donner mon adresse ? mais donnez-moi la vôtre. C’est ce que vous fîtes et je vous remis la mienne. Depuis cette époque, citoyen Lafon, je n’ai pas eu le plaisir de vous voir mais j’ai constamment pensé à vous. Je me suis rendu à votre domicile pour avoir le plaisir de vous revoir et de fraterniser avec vous après la victoire, comme nous l’avions fait pendant la chaleur du combat. Votre concierge me donna l’adresse de M. Lagarde, rue d’Alger n° 10. Il m’a appris que vous étiez commissaire du gouvernement provisoire à Cahors, que vous alliez être conservé à la tête de cette administration départementale avec le nouveau titre de préfet. Permettez-moi, citoyen, de vous en féliciter et de crier bien haut que cette place, pour me servir d’une expression du champ de bataille où nous étions si près l’un de l’autre, connaissant les mêmes dangers, que cette place vous ne l’avez pas volée. Quant à moi, citoyen préfet, des devoirs impérieux à remplir envers plusieurs membres de ma faille m’ont conduit à demander l’emploi de garde forestier, que je suis apte à remplir. Le ministre, en me répondant une lettre dans laquelle il me promet cette place, m’a demandé un certificat des faits que je lui ai exposés dans ma pétition. Soyez assez bon, citoyen combattant, frère d’armes du 24 février, au Château d’eau et aux Tuileries, de me l’envoyer cette fois, car ma première lettre, que je n’avais affranchie, a pu ne pas vous parvenir. J’aurai avec la vôtre dix signatures de mes frères d’armes, dans le cas où la vôtre ne suffirait pas quoique cependant je pense que seule elle aurait plus de poids que les autres. P.S. Nul ne peut prévoir, citoyen préfet, si une récompense justement méritée lui sera accordée. Voudriez-vous être assez bon pour vous occuper de moi dans votre département dans le cas où je ne serai pas employé par le ministère, qui cependant me la promis. J’attends que vous vouliez bien honorer d’une réponse votre humble frère d’armes. » Signé : Samuseau (voir Samuseau, François), demeurant 3, rue de la Banque. Dans la première lettre qu’avait adressée Samuseau, les mêmes circonstances étaient reprises mais parfois avec des nuances qui apportent quelques informations supplémentaires ; voici les extraits de cette lettre, datée du 1er mai 1848, chaque fois qu’ils apportent de nouvelles indications : « […] Sur la place du Château-d’Eau, où vous étiez à cheval, entre 1 heure et 2 heures. A ce moment, j’ai pris la bride de votre cheval, en vous disant : Descendez, afin de ne pas vous exposer inutilement, puisque vous étiez sans armes ; votre cheval a ensuite été remis par moi en d’autres mains. […] [Aux Tuileries, où ils empêchent le pillage] C’est à ce moment que je vous rencontrai pour la deuxième fois et où vous me frappâtes sur l’épaule, en me serrant la main et me disant Comment vous voilà !!! Donnez-moi donc votre adresse. Alors je vous demandai pourquoi. Vous me répondîtes Donnez-la-moi toujours on ne sait pas ce qui peut arriver. Je vous la donnai en vous priant de me donner la vôtre, ce que vous fîtes […]. J’ai parfaitement remarqué que vous étiez décoré de Juillet malgré la redingote blanche qui cachait presque entièrement cette décoration […]. » On trouve aussi dans son dossier une lettre adressée par Gilmer, mécanicien, demeurant 46, rue Saint-Sébastien, et qui, arrêté pendant l’émeute de juin 1848, sollicitait son intervention pour être élargi ; cette lettre était ainsi rédigée, en date du 4 juillet 1848 : « J’ai l’honneur de me rappeler à votre souvenir et de vous faire représenter par ma femme la petite note que vous me remîtes le 24 février à l’Hôtel de ville. Non que je veuille m’appuyer ici du fait fortuit de notre rencontre en ce moment difficile. Non ! c’est plutôt à la générosité de votre cœur et à la justice de ma cause que je me recommande. Par suite des funestes événements de juin, je viens d’être incarcéré à la Conciergerie. Il est vrai que je suis descendu dans la rue ! Mais j’ose m’honorer du devoir que j’ai rempli en cette circonstance : le caporal Roland, instructeur au 24e mobile, 73e de ligne, venait d’être fait prisonnier par les insurgés ; je descendis afin de lui sauver la vie. Je fus assez heureux pour réussir. Mais la délation, qui, sans calculer les actions humaines, répand son venin sur tout ce qu’elle peut atteindre, m’a désigné comme coupable. Peut-être avez-vous pu, citoyen représentant, apprécier au 24 février quelles étaient les mœurs de celui qui réclame votre bienveillance et remet entre vos mains le sort de sa famille. » Lafon fut proposé par la Commission pour être nommé inspecteur général des eaux de Vichy (ce qu’il n’obtint pas, le docteur Prunelle restant titulaire du poste jusqu’à sa mort en 1853) et pour recevoir le signe honorifique qui devait perpétuer la mémoire de la Révolution de Février mais qui ne fut jamais institué. Dans le dossier de Samuseau, François, quand ce dernier tenta de faire valoir ses droits devant la Commission des récompenses nationales instituée après la Révolution de Février, on trouve deux certificats où le nom de Lafon apparaît. Le premier certificat, signé, le 28 mai 1848, par Grobetz, demeurant 7, rue du Ponceau, et ainsi rédigé : « Le 24 février, me trouvant avec plusieurs hommes de ma compagnie devant le poste du château d’eau, ci-devant Palais-Royal, je remarquai parmi les combattants qui entouraient le citoyen Pierre Lafon, actuellement commissaire de la république au département du Lot, un camarade nommé Samuseau, remarquable par l’énergie qu’il déployait et communiquait à tous. Plus tard, nous nous rencontrâmes aux Tuileries puis à l’Hôtel de ville, enfin partout où le devoir appelait tout bon patriote. » Le deuxième certificat, délivré par Lafon, Pierre lui-même, à en-tête du « commissaire du gouvernement dans le Lot » et ainsi rédigé à la date du 8 mai 1848 : « J’atteste que le citoyen Samuseau, demeurant à Paris, rue de la Banque n° 3, a pris une part aussi active que courageuse aux événements de Février. Que dans la journée du 24 il s’est trouvé à mes côtés dans l’attaque dirigée contre le poste du château d’eau (quartier du Palais-Royal), qu’il s’est associé au mouvement populaire avec bravoure et humanité, s’occupant après le combat du transport et du soin à donner aux blessés. Enfin que je l’ai retrouvé aux Tuileries, où il s’employait activement à la surveillance des richesses de tout genre livrées à la garde du peuple. » Il fut condamné, le 18 juin 1839, et solidairement avec Souilhac, à un an d’emprisonnement et quatre mille francs d’amende pour infidélité de compte rendu et d’offense aux magistrats composant la cour d’assises mais relaxé, en date du 2 août 1839 par la Cour de cassation ; il fut, le 25 août 1839, acquitté par cour d’assises du Lot du délit d’offense envers la personne du roi et d’apologie de faits qualifiés de crimes politiques ; il fut condamné, en date du 30 avril 1841, à cinquante francs d’amende, aux frais et à insérer dans son journal une lettre de Salgues, sous-préfet de l’arrondissement de Cahors ; il fut, le 22 mai 1841, acquitté par la cour d’assises du Lot, de l’accusation de diffamation envers des agents de l’autorité publique mais condamné, solidairement avec Lachiez, à payer des dommages et intérêts aux parties civiles (le montant à payer est sur une partie brûlée du manuscrit). Il était marié et père de deux enfants en 1848. Il demeurait 28, rue Neuve à Montpellier en 1831 ; à Gramat en 1839 ; 7, rue d’Alger (parfois 10, rue d’Alger et même 5, rue d’Alger) en 1848. Ordonnance du roi contenant publication des noms des citoyens qui ont obtenu la Croix de Juillet, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la Croix de Juillet, instituée par la loi du 13 décembre 1830, sur les récompenses nationales, Le Moniteur universel, 2 mai 1831 ; Archives de Paris VD6 3, liste des décorés de la Croix de Juillet du (ancien) XIe arrondissement ; Archives de Paris VK3 25 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens qui ont mérité la décoration spéciale, (ancien) Ier arrondissement ; Archives de Paris VK3 27 Mairie du (ancien) Ier arrondissement, état nominatif des citoyens qui n’ont pas retiré de la mairie les croix et les brevets de la décoration de Juillet ; Archives nationales F/1dIII/39 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens qui ont mérité la décoration spéciale, (ancien) 1er arrondissement (il est bien au Ier et non pas au XIe) ; Archives de la préfecture de police AA 396 ; Archives de la préfecture de police AA 413 in dossier Saint-André, Félicité mademoiselle.